mai 8 2010

“Même dissous, le parti d’Aung San Suu Kyi reste très influent”

source : lexpress.fr - Par Jérémie Lanche

Devant l'ambassade de Birmanie à bangkok en août 2009.

REUTERS

Devant l’ambassade de Birmanie à bangkok en août 2009.

Le parti du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi vient d’être dissous par la junte birmane. Quels sont les nouveaux rapports de force qui animent le pays? Isabelle Dupuis, du site Info-Birmanie a répondu aux questions de LEXPRESS.

La junte birmane au pouvoir depuis 1988 a annoncé aujourd’hui, la dissolution de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), sous prétexte qu’elle refuse de participer aux élections législatives prévues à la fin de l’année. Le parti du prix Nobel de la paix 1991, Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, est la figure de proue de l’opposition birmane, vingt ans après son succès aux élections. Les généraux ont promulgué en mars, les nouvelles lois électorales qui achevaient d’annuler le scrutin de 1990.

Comment interpréter ce nouveau revers pour l’opposition birmane, plus de deux ans après le soulèvement des moines bouddhistes, et la répression sanglante du régime militaire qui a suivie? Réponses avec Isabelle Dubuis, coordinatrice de l’association Info-Birmanie qui milite pour le respect des droits de l’homme dans le pays.

L’annonce de la dissolution de la LND est-elle une surprise ?

Non, pas vraiment. La LND s’était prononcée fin mars déjà, sur sa non-participation au scrutin. Les partis disposaient de deux mois pour s’enregistrer, délai au-delà duquel ils seraient considérés comme illégaux, et donc passibles d’interdiction. C’était une décision difficile, et il faut saluer cette position courageuse.

La LND a décidé de s’opposer à ce scrutin pour ne pas cautionner un processus politique fantoche, alors que les militaires n’ont fait aucune concession. Il y a toujours plus de 2100 prisonniers politiques, et les généraux ont refusé tout dialogue avec les forces pro-démocratiques, ainsi qu’avec les minorités ethniques. L’attitude de la LND a aussi permis à la communauté internationale de s’intéresser aux lois électorales, et d’admettre que le scrutin n’a aucune transparence.

La LND était déjà frappée par un “arsenal législatif” mis en place par la junte pour barrer la route à Suu Kyi (défense pour les Birmans mariés à un étranger de se présenter aux élections, interdiction aux personnes purgeant une peine de prison d’appartenir à un parti politique…). Sa dissolution modifie-t-elle radicalement sa situation?

Pas vraiment. Il ne faut pas avoir le sentiment que la LND pouvait travailler librement dans le pays jusqu’à hier soir. Il y a eu une répression terrible qui s’est abattue sur elle depuis vingt ans, et de nombreux leaders politiques sont aujourd’hui en prison. Aucun bureau local ou régional n’est autorisé, et seul le bureau de Rangoon [la capitale économique], est ouvert. Il ne faut donc pas avoir le sentiment qu’il y aura un changement majeur pour les cadres du parti ou pour la population. Même dissoute, la LND restera une force politique très influente.

En tant que soutien de l’opposition birmane, supportez-vous la décision d’anciens cadres du LND de former un nouveau parti politique?

C’est une question difficile. Il y a beaucoup d’incertitudes sur ce nouveau parti démocrate, et aucune indication ne permet de dire si la commission électorale l’autorisera à participer au scrutin. Si ces personnes se revendiquent trop de la LND, elles seront censurées. Mais participer aux élections, en espérant un changement politique au vu des lois promulguées, c’est tout simplement illusoire, voire utopique.

Nous soutenons l’organisation d’élections -nous l’attendons depuis vingt ans- mais pas celles qui sont prévues par la junte. En l’absence de partis d’opposition, la junte a déjà gagné, et la population ne sait pas pour qui voter. Mais il est trop tôt pour se prononcer sur ce nouveau parti, qui n’est pas encore enregistré, ni sûr d’être accepté par le pouvoir.

La junte au pouvoir souffle le chaud et le froid sur l’opposition. Il y a eu la libération le 13 février du vice-président de la LND, Tin Oo, arrêté en 2003, et l’arrestation une semaine plus tard de quatre opposants birmans, pendant la visite du rapporteur de l’ONU sur les droits de l’homme. Les généraux se sentent-ils menacés avant ces élections?

Ils ont mis en place un dispositif légal pour s’assurer de leur pouvoir. Des opposants nous disent: “Ces élections c’est comme un match de foot, sauf qu’il n’y aurait qu’une seule équipe sur le terrain”. Et même si les généraux sont un peu patauds, ils arriveront à marquer des buts puisqu’il n’y a personne dans les cages.

Il y a eu beaucoup de changement ces dernières semaines, avec la démission [de ses fonctions militaires] du Premier ministre, Thein Sein, pour pouvoir se présenter aux élections. Mais il s’agit d’une façade civile, où la dictature militaire troque le kaki pour enfiler un costume. Les généraux ont suffisamment verrouillé ces élections pour s’assurer de leur total contrôle sur le processus politique. La modification de la Constitution [soumise à un référendum adopté avec un score de 92.4%] leur accorde l’impunité pour les crimes commis pendant l’exercice de leurs fonctions.

Comment jugez-vous l’attitude de la communauté internationale sur le dossier birman? Faut-il faire confiance à la junte lorsqu’elle envisage d’organiser les premières élections législatives depuis 1990?

Ce processus politique a été initié suite aux pressions internationales. Le lancement de la « feuille de route vers une démocratie disciplinée », en 2003, a été lancé l’année où Aung San Suu Kyi a échappé à une tentative d’assassinat, et était de nouveau placée en résidence surveillée. Les voisins de la Birmanie, y compris la Chine, ont d’ailleurs poussé les généraux à normaliser une situation politique de plus en plus insoutenable.

Il y a une volonté de la part des généraux de contenter la communauté internationale, et de se faire oublier de l’ONU. Mais le problème reste le manque de clarté des réactions diplomatiques, et l’absence de réponses fermes et concertées, notamment de la part de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), dont la Birmanie est membre.

Les 27 Etats membres de l’Union européenne ont adopté une position commune, et lors d’un vote au Parlement européen fin avril, ils ont prolongé d’un an les sanctions imposées à la Birmanie. Malgré cela, l’Union n’a pas initié de pressions tangibles et concrètes sur la junte, pas plus que l’ONU qui est paralysée, et l’ASEAN qui se retranche derrière le principe de non-ingérence dans les affaires internes de ses membres.


fév 15 2009

Un émissaire de l’Onu

en visite dans l’est de la Birmanie

Source : lexpress.fr

RANGOUN - Un émissaire des Nations unies s’est rendu dans l’est de la Birmanie, près de la frontière avec la Thaïlande, pour faire le point sur les conditions de vie des minorités ethniques, apprend-on de source gouvernementale.

Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial de l'Onu pour les droits de l'homme en Birmanie, s'est rendu dimanche dans l'est de la Birmanie, près de la frontière avec la Thaïlande, pour faire le point sur les conditions de vie des minorités ethniques. Il s'agit de la première étape d'une mission au cours de laquelle il espère rencontrer l'opposante Aung Sang Suu Kyi. (Reuters/Aung Hla Tun)

Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial de l’Onu pour les droits de l’homme en Birmanie, s’est rendu dimanche dans l’est de la Birmanie, près de la frontière avec la Thaïlande, pour faire le point sur les conditions de vie des minorités ethniques. Il s’agit de la première étape d’une mission au cours de laquelle il espère rencontrer l’opposante Aung Sang Suu Kyi. (Reuters/Aung Hla Tun)

Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial de l’Onu pour les droits de l’homme en Birmanie, a effectué une visite dimanche dans l’Etat oriental de Kayin, première étape d’une mission au cours de laquelle il espère rencontrer l’opposante Aung Sang Suu Kyi.

Les médias officiels n’ont pas rendu compte de cette visite de cinq jours, la deuxième d’Ojea dans le pays depuis sa prise de fonctions en mai dernier.

Lors de son précédent voyage, en août, l’émissaire s’était vu refuser par la junte militaire au pouvoir un entretien avec Aung Sang Suu Kyi, qui est assignée à résidence.

La prix Nobel de la Paix figure parmi les 2.162 personnes détenues en Birmanie pour leurs convictions politiques ou religieuses, selon un décompte des Nations unies.

A la veille de la visite d’Ojea, deux hauts responsables de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung Sang Suu Kyi, ont été condamnés à 15 années de prison, en l’absence d’avocats ou de membres de leurs familles.

Ils avaient écrit une lettre ouverte aux Nations unies critiquant la “feuille de route” élaborée par les militaires pour la démocratisation du régime.

Tomas Ojea Quintana compte se rendre également dans l’Etat occidental de Rakhine et septentrional de Kachin, qui abritent d’importantes minorités ethniques.

Aung Hla Tun, version française Jean-Stéphane Brosse


fév 6 2009

Birmanie :

l’ONU appelle au dialogue

AFP  06/02/2009   source : le figaro.fr

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, appelle la junte militaire au pouvoir en Birmanie et l’opposition à reprendre sans délai et sans conditions des négociations politiques substantielles, a déclaré jeudi sa porte-parole, Michèle Montas.

M. Ban a lancé cet appel après s’être entretenu à New Delhi avec son émissaire spécial pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, qui vient d’effectuer une visite de quatre jours dans ce pays, a indiqué Mme Montas, lors d’un point de presse.

Le chef de l’ONU se trouvait dans la capitale indienne à la fin d’un voyage de deux semaines en Europe, en Afrique et en Asie.

La porte-parole a ajouté que M. Ban souhaitait s’appuyer sur cette visite de M. Gambari pour “continuer à encourager un dialogue national et la réconciliation” en Birmanie.

Il “appelle le gouvernement et l’opposition à reprendre un dialogue substantiel sans préconditions et sans nouveau retard”, a-t-elle dit.

“Le Châtiment des rois”,

de Thierry Falise :

le cyclone oublié

LE MONDE DES LIVRES | 05.02.09

Article paru dans l’édition du 06.02.09.

Thierry Falise est journaliste, et il est le premier à livrer un décryptage complet de la catastrophe humanitaire qui a touché la Birmanie, au mois de mai 2008, après le passage du typhon Nargis. Un drame qui a causé, selon le bilan officiel, plus de 138 000 morts et disparus.

Basé à Bangkok, Thierry Falise couvre la Birmanie depuis plus de vingt ans et il s’y rend régulièrement, malgré l’interdiction de la presse occidentale. Son expérience lui a permis de rencontrer de nombreux rescapés, de passer du temps dans le delta de l’Irrawaddy, la zone la plus sinistrée, et de présenter aujourd’hui un travail documenté et nuancé.

Pour ce récit, Le Châtiment des rois, il prend le parti de la reconstitution chronologique. Du 2 mai, jour où le typhon a été annoncé sans que la junte n’en informe la population, jusqu’à aujourd’hui et “l’oubli”, selon lui, de l’opinion internationale. Il détaille les joutes diplomatiques entre l’armée birmane et les Nations unies, les rumeurs aussi, qui ont germé depuis ce drame à huis clos. Et il en tire un constat : si les Birmans sinistrés n’ont pas été anéantis par la catastrophe comme l’avaient annoncé certains humanitaires, ils ont au moins perdu “dix ans de développement”.


LE CHÂTIMENT DES ROIS de Thierry Falise. Editions Florent Massot, 250 p., 17,90 €.

Signalons aussi un ouvrage indispensable, résultat du travail d’immersion clandestin de plusieurs chercheurs : Birmanie contemporaine, sous la direction de Gabriel Defert, Les Indes savantes, 474 p., 33 €.

Marie Walvein

“Une odyssée birmane”,

de Pascal Khoo Thwe :

la Birmanie vue de l’intérieur

LE MONDE DES LIVRES | 05.02.09

Le témoignage de Pascal Khoo Thwe est rare et c’est à James Joyce qu’on le doit. A la passion que ce Birman originaire d’une tribu de femmes-girafes a nourrie, voilà vingt ans, pour l’écrivain irlandais. A la curiosité que cela a suscitée, par hasard, de la part d’un professeur de Cambridge, un soir, dans une gargote moite de Birmanie. L’histoire est vraie et elle mérite son titre : “Odyssée birmane”.

C’était au mois de février, en 1988, à Mandalay, dans les hautes terres chaudes du pays. Le professeur de Cambridge attablé s’appelait John Casey. Celui qui le servait, Pascal Khoo Thwe. Il avait 21 ans. Il était étudiant en lettres anglaises. Et c’était presque une incongruité, en ces années de socialisme autoritaire, sous l’égide du général Ne Win, au pouvoir depuis 1962, après un coup d’Etat. Le professeur laissa ses coordonnées. L’histoire et la chance firent le reste.

C’était seulement quelques mois avant la répression des manifestations étudiantes d’août 1988, l’une des plus sanglantes que la Birmanie ait connues. Quelques mois seulement avant que Pascal Khoo Thwe, jeune Birman sans histoires, se découvre une “conscience révolutionnaire”. Jusqu’alors, “la pensée autonome (lui) paraissait un péché”. Les mots “boycott”, “grève” ont été “comme apprendre une nouvelle langue”. Très vite, comme de nombreux autres étudiants birmans, ses prises de position le contraignent à la fuite. Obligé à la marche à travers la jungle, en tongs, l’armée aux trousses. Forcé au combat armé, à la frontière birmano-thaïe, où il trouve refuge aux côtés de l’ethnie Karenni, l’une des nombreuses minorités birmanes qui, encore aujourd’hui, refusent la tutelle de la junte au pouvoir. Continue reading


fév 4 2009

L’envoyé spécial de l’ONU

rencontre le PM birman

Source : Xinhua

L’envoyé spécial des Nations  Unies Ibrahim Gambari s’est entretenu avec le Premier ministre  birman le général Thein Sein mardi après-midi, au quatrième jour  de sa visite à Rangoon, selon une source diplomatique.

Avant ses entretiens avec M. Thein Sein, le conseiller spécial  du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon sur le dossier birman a également rencontré, pour la deuxième fois, l’équipe des  porte-paroles officiels du gouvernement conduite par le ministre  de l’Information Kyaw Hsan, a souligné la source sans donner de  détails.

M. Gambari devrait terminer sa visite de quatre jours à Rangoon mardi soir.

Au cours de sa mission au Myanmar, M. Gambari a également  rencontré quatre autres ministres - le ministre des Affaires  étrangères U Nyan Win, le ministre de Liaison U Aung Kyi, le  ministre du Plan national et du Développement économique U Soe Tha et le ministre de l’Agriculture et de l’Irrigation Htay Oo -,  ainsi que la secrétaire générale de la Ligue nationale pour la  démocratie (NLD) Aung San Suu Kyi, qui est assignée à résidence  depuis l’incident sanglant du 30 mai 2003.

Aung San Suu Kyi avait refusé de rencontrer M. Gambari au cours du voyage de ce dernier en août 2008 après le passage du cyclone  Nargis en mai et la tenue d’un référendum constitutionnel dans le  pays.

Parmi les autres chefs de partis politiques que M. Gambari a  rencontrés figurent U Aung Shwe, président de NLD, U Khin Maung  Kyi, sous-secrétaire général du Parti d’union nationale (NUP) et U Sai Saw Aung, secrétaire de la Ligue des nationalités Shan pour la démocratie (SNLD).

M. Gambari est arrivé samedi matin à Rangoon, dans le cadre de sa 7e mission, pour promouvoir la réconciliation nationale et le  processus démocratique au Myanmar.


Les boat people rohingyas

continuent d’affluer

en Indonésie et en Thaïlande

Source : Le Monde

Malgré le refus de la Thaïlande et de l’Indonésie de les accepter, les Rohingyas, groupe ethnique musulman persécuté en Birmanie, continuent de fuir par la mer via le Bangladesh au péril de leur vie. Mardi 3 février, la marine indonésienne a annoncé avoir recueilli 198 hommes dans un état d’extrême faiblesse au large d’Aceh, à la pointe nord de l’île de Sumatra.

A court d’eau et de vivres, debout sur une barque de 12 mètres de long, les rescapés ont déclaré errer en mer depuis trois semaines et avoir perdu 22 de leurs compagnons d’exil. Ils ont été hospitalisés à Aceh. Comme d’autres boat people rohingyas repêchés ces dernières semaines au large de la Thaïlande où des îles Andaman, ils ont affirmé avoir été battus par des militaires thaïlandais ; plusieurs d’entre eux portaient des traces de coups. C’est la deuxième vague de boat people rohingyas recueillie en Indonésie : 193 autres hommes, arrivés le 7 janvier, sont sous le coup d’une décision d’expulsion. Continue reading


fév 2 2009

Aung San Suu Kyi rencontre

l’émissaire de l’Onu

en Birmanie

Par Reuters, publié le 02/02/2009 à 08:52

Source : express.fr

RANGOUN - Aung San Suu Kyi, chef de file de l’opposition birmane, a rencontré lundi à Rangoun l’émissaire spécial des Nations unies pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, en mission pour tenter d’obtenir l’ouverture de négociations entre l’opposition et la junte militaire sur une démocratisation de la vie politique.

La rencontre, à laquelle ont pris part également quatre autres responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi, a duré plus d’une heure.

Mais un porte-parole de la LND a souligné que l’opposition s’en tenait aux conditions qu’elle a posées avant tout dialogue avec les généraux au pouvoir - dont la libération de l’ensemble des prisonniers politiques, Aung San Suu Kyi en tête.

L’opposition réclame également une révision de la nouvelle constitution birmane et la reconnaissance des résultats des élections de 1990, qu’elle avait largement remportées mais dont l’armée n’a pas tenu compte.

La condition minimale, c’est la libération de tous les prisonniers politiques“, a déclaré Suu Kyi, dont les propos tenus devant l’émissaire de l’Onu ont été rapportés par Nyan Win, porte-parole de la LND.

D’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, basée en Thaïlande, la Birmanie compte 2.162 personnes détenues en raison de leurs idées politiques ou de leurs convictions religieuses.

Les six précédentes visites de Gambari n’ont produit aucun résultat. Lors de son dernier passage à Rangoun, Suu Kyi, en résidence surveillée depuis mai 2003, n’avait pas même voulu le voir.

Son refus de discuter avec Gambari avait alors été attribué par les observateurs à son mécontentement face à ce qu’elle tient pour l’acceptation par l’Onu des élections que prévoit de tenir la junte en Birmanie en 2010.

Ces élections ont été programmées en vertu de la “feuille de route vers la démocratie” élaborée par la junte militaire. Une nouvelle constitution garantissant le contrôle du pays par l’armée a été adoptée lors d’un référendum fortement controversé l’an dernier.

L’envoyé spécial de l’Onu devrait se rendre mardi à Naypidaw, la nouvelle capitale érigée par les généraux. On ignore s’il rencontrera le chef suprême de la junte, le général Than Shwe.

Version française Eric Faye et Henri-Pierre André


fév 1 2009

Birmanie:

l’envoyé de l’ONU

rencontre le ministre

en contact avec Mme Suu Kyi

RANGOUN (AFP) — L’envoyé spécial de l’ONU pour la Birmanie, Ibrahim Gambari a rencontré dimanche le ministre de la junte chargé des relations avec la dirigeante de l’opposition et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, a indiqué un responsable birman.

Arrivé samedi pour une visite de quatre jours, M. Gambari a rencontré dimanche les ministres de l’Information Kyaw Hsan et des Affaires étrangères Nyan Win à Rangoun.

Il a aussi rencontré le ministre chargé des relations avec M. Suu Kyi, a indiqué un responsable gouvernemental sous couvert de l’anonymat, sans donner de détails sur le contenu des entretiens.

M. Gambari a souhaité “des “discussions sérieuses avec toutes les personnes concernées sur tous les points abordés” lors de sa dernière visite.

Mais il ne devrait pas rencontrer le chef d’Etat Than Shwe, et il n’est pas certain que Mme Suu Kyi acceptera de le rencontrer.

Aung Kyi, le ministre chargé des relations avec Mme Suu Kyi avait été nommé par la junte en octobre 2007 peu après la violente répression de manifestations massives de moines boudhistes.

La dernière rencontre de ce ministre avec la dirigeante de l’opposition remonte à janvier 2008 et Mme Suu Kyi s’était dite peu après “insatisfaite” de la façon dont progressait le dialogue avec la junte, qui gouverne le pays depuis 1962.

Lors de la précédente mission de M. Gambari en août 2008, Mme Suu Kyi avait refusé de rencontrer l’émissaire de l’ONU, et son parti, la Ligne Nationale pour la Démocratie (LND), avait qualifié la visite du diplomate nigérian de “perte de temps”, mettant l’accent sur l’impasse des réformes politiques.


jan 30 2009

Un représentant de l’ONU

bientôt à Rangoun

Source : leJDD.fr 24/01/2009

Le représentant spécial de l’ONU pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, est attendu la semaine prochaine à Rangoun pour reprendre les négocaitions avec la junte militaire et avec la Ligue nationale pour la démocratie de l’opposante emprisonnée Aung San Suu Kyi, apprend-on samedi de sources autorisés et diplomatiques. Mais en ignore encore si diplomate nigérian pourra rencontrer personnellement le chef de la junte, le général Than Shwe, ou la prix Nobel de la paix durant son séjour, du 31 janvier au 3 février. L’un comme l’autre l’avaient snobé lors de sa dernière visite, l’an dernier.

pour mémoire cet article tiré du Courrier International n° 949 (du 8 au 14 janvier 2009)

L’ONU prête à payer

pour  pour la démocratie

Source : article tiré de The Irrawaddy (Chiang Mai - Thaïlande)

Consciente de l’échec de sa politique de sanctions, l’ONU serait tentée d’amadouer les généraux au pouvoir en leur graissant la patte.La dissidence est accablée.

L’an dernier, notre pays a connu bien des hauts et des bas. Pour autant, la tragédie birmane ne semble pas prêt de prendre fin. Début 2008, la junte a surpris la communauté internationale en dévoilant son intention de mettre sur pied un référendum constitutionnel, un de des sept points de sa feuille de route visant à prolonger le régime militaire. En mai, les questions politiques ont été balayées par le cyclone meurtrier qui a dévasté le sud du pays, faisant plus de 100 000 morts et des millions de sans-abri. Comme on pouvait s’y attendre, les généraux au pouvoir se sont contentés  d’entrouvrir la porte aux organisations humanitaires après avoir bloqué l’envoi d’équipes de secours sur le terrain. Dans le même temps, le régime a mis à exécution son simulacre de référendum, prétendant avoir obtenu un soutien de 92  à son projet de Constitution. Puis (en novembre), contre toute attente cette fois, il a lancé sa stratégie “choc et stupeur” (shock and awe, doctrine militaire théorisée aux Etats-Unis au milieu des années 1990 reposant sur un deploiement massif de ses forces pour annihiler toute volonté de riposte de son adversaire ; elle a été mise en œuvre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak) ; de lourdes peines de prison ont été prononcés à l’encontre de figures de l’opposition et d’humanitaires, incarcérés depuis séparément dans des prisons éloignées les unes des autres.

On apprend aujourd’hui avec consternation que l’envoyé spécial des Nations Unies, Ibrahim Gambari, suggère à la communauté internationale d’octroyer une aide financière au Myanmar pour qu’il libère ses quelque 2000 prisonniers politiques dont le Prix Nobel Aung San Suu Kyi, et qu’il amorce un changement démocratique. Le diplomate nigérian ne doit pas avoir toute sa tête pour imaginer que les généraux corrompus qui ont terrorisé le pays tout entier peuvent se laisser acheter.

“Dans les mois qui viennent”, a écrit le très influent Washington Post (qui a été le premier à avoir eu vent d’une note confidentielle remise à Ban Ki-moon par Ibrahim Gambari), “l’ONU fera pression sur l’administration Obama pour qu’elle assouplisse la politique birmane des Etats-Unis afin de permettre un retour des institutions financières internationales, en particulier de la Banque mondiale (qui a quitté le pays en 1987).” Il y a plusieurs années, quand la banque mondiale a offert au régime birman 1 milliard de dollards en échange de réformes politiques, elle s’était entendu répondre : “Pas la peine de nous donner des bananes, nous ne sommes pas des singes.”

M. Gambari semble atteint du syndrome de Stockholm : prisonnier des impostures de la junte birmane, il risque d’y succomber. S’il croit que l’ONU et la communauté internationale sont en mesure de soudoyer le régime pour obtenir la libération des prisonniers politiques, on peut légitimement douter de sa bonne compréhension du Myanmar. L’envoyé spécial est manifestement à court d’idées. Les généraux birmans doivent bien rire de lui et de sa proposition. Mais les prisonniers politiques, eux, n’ont pas de quoi rire. Ils doivent se demander si les Nations Unies ne pourraient pas nommer un émissaire plus efficace et mieux informé. Car les efforts de persuasion et les pots-de-vin demeureront sans effet sur les ravisseurs de plus de 2000 innocents.