avr 26 2009

” Le temps d’un étrange carnaval…”

C’était il y a une quinzaine de jour. La Birmanie fêtait le nouvel an bouddhiste.

Pendant 4 jours tout s’est arrêté ou presque : La dictature court toujours…

On se prend à rêver que le pouvoir purificateur de toute cette eau ait débarrassé la Birmanie des esprits malins qui la peuplent…
oh, à propos… Paix, Prospérité, Bonheur et Liberté pour les années à venir, pour le peuple Birman, toutes les autres ethnies, les prisonniers politiques et Aung San Suu Kyi.

Quand Mandalay, trois jours durant,

se fait folle ville d’eau

source : rue89    par Jean-Pierre Thibaudat

(De Mandalay, Birmanie) Dès les premiers galops du matin, à l’heure où les bonzes en robe lie de vin, partis pieds nus par les rues en quête de leur pitance quotidienne, s’en reviennent aux monastères de Mandalay et de ses faubourgs, commence un phénoménal jeu de l’arroseur arrosé.

Tasse, cuvette, bassine, bouteille en plastique, tuyau d’arrosage voire pompe à incendie, tout est bon pour arroser tous ceux qui passent. Qu’ils soient à pied, à deux sur une bicyclette, à trois sur une mobylette, ou à une trentaine debout serrés sur la plateforme d’un pick up. Que l’on soit bien sapé ou pas, riche ou pauvre, homme ou femme, vieux ou jeunes, la Birmanie -ou Myanmar- a un peuple très jeune.

On avance mouillé. A peine sec, un nouveau déluge s’abat, ce n’est pas désagréable par une chaleur qui excède les 30 degrés, c’est résolument festif. Plus on est mouillé, plus on rit, plus on fait le fou. Le sommet de la folie est atteint au pied des estrades dressées spécialement pour l’occasion par la municipalité, des hôtels, des firmes qui en profitent pour faire leur pub.

Sur l’estrade, des dizaines de tuyaux d’arrosage agrémentés d’une sono d’enfer diffusant les tubes en vogue. En bas, dans un déluge de flotte, ça danse, ça se trémousse, ça chante, ca ararose tant et plus. Il n’est pas rare que les rues deviennent des torrents en milieu de journée. Les pick up chargés de grappes humaines font la queue (embouteillages monstres sur les grandes artères de la ville) pour recevoir cette pluie à haut débit. A la tombée du jour, cela se tasse.

Le soir, c’est l’heure des concerts disco-rock sur les plus grandes estrades autour du palais de Mandalay. Le lendemain matin on remet ça. Trois jours durant. On arrose et on se fait arroser. Trois jours fous. Plus fous à Mandalay qu’ailleurs dit-on, dans cette capitale des temps anciens avec son palais des miroirs dont Amitav Ghosh a écrit une belle saga (à lire en Points Seuil).

Et la dictature dans tout ça ?

C’est d’autant plus fou qu’on a évidemment en tête l’image d’un pays tenu par une poignée de militaires qui pillent sans vergogne le pays et le tiennent sous la botte. Qu’on pense à l’image de cette frêle femme qu’est Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, assignée à résidence ; s’y superpose l’image d’une dictature privant l’opposition de tout moyen d’expression. Et puis chacun a en mémoire les manifestations de bonzes dans les rues de Yangon et la répression qui s’en est suivi.

nouvel an bouddhiste  en 2 photo jpt

Le temps d’un étrange carnaval, tout cela semble être mis entre parenthèses. Les jeunes crient leur envie de vivre, se travestissent, se griment en monstres, se décolorent les cheveux, se font un look iroquois ou punk. La bière aussi coule à flot.

Cette authentique forme carnavalesque avec son lot de renversement de valeurs et ses transgressions constitue les trois premiers jours du nouvel an bouddhiste en Birmanie (mais aussi dans d’autres pays d’Asie comme la Thaïlande) chaque année en avril.

Une fête de purification

A l’origine, cette fête de l’eau (« thimgyam ») était plus modeste : on se contentait d’asperger les individus avec un rameau d’arbre sacré (l’eugénia) trempé dans une eau bénéfique. Fête de purification bien sûr, qui liquide les mauvaises choses de l’année écoulée. La purification est tout simplement passée à la vitesse supérieure, de là à penser que les moyens mis en œuvre sont proportionnels au poids de saletés dont le pays doit être chaque année lavé…

nouvel an bouddhiste  en Birmanie  photo jpt

Le quatrième jour, on ne s’asperge plus, on va dans les pagodes -dans la paya Shwedagon à Yangon, la plus célèbre, on se croirait dans le métro aux heures de grande affluence- offrir des fleurs au bouddha, le nettoyer en le frottant avec de l’eau parfumée.

Moustaches à sec

Fête de l’eau ou pas, les Moustaches Brothers jouent chaque soir dans leur petit local. Trois frères dont deux ont connu la prison. Leur théâtre volontiers satirique attirait un public birman nombreux. Il est interdit depuis de longues années. Les autorités tolèrent que la troupe (familiale) se produise -en anglais- devant un public de touristes étrangers. Une tolérance qui les piège car ils y ont perdu leur mordant. Ils survivent vaille que vaille en faisant cela, mais cela ne rime à rien, ils sont l’ombre de ce qu’ils furent, assurément de bons acteurs. C’est un peu pathétique, c’est surtout triste.

Quand on demande à un chauffeur de taxi de nous conduire à l’adresse des Moustaches Brothers, ses yeux s’affolent, il refuse. On n’insiste pas. Ce même chauffeur au physique replet de père tranquille, quelques minutes auparavant, nous racontait que, dans sa jeunesse, lors de la fête de l’eau, il aimait s’habiller en femme un jour et le lendemain se faire un look hard rock.