En Birmanie, les journalistes risquent gros

source : liberation - Arnaud Vaulerin

Manifestation pour la liberté de la presse, le 11 juillet à Rangoun.

Manifestation pour la liberté de la presse, le 11 juillet à Rangoun. (Photo Soe Zeya Tun. Reuters)

Un nouveau procès s’ouvre contre la rédaction d’un hebdomadaire, tandis qu’une émeute a éclaté après une fausse accusation de viol par des musulmans.

Un nouveau procès à hauts risques pour des journalistes birmans a démarré lundi. Cette affaire, qui intervient après la condamnation à dix ans de prison et de travaux forcés infligés à cinq journalistes, témoigne de tensions croissantes autour de la liberté d’expression dans une Birmanie en transition chaotique depuis plusieurs mois.

Dans cette nouvelle affaire, quatre membres de l’hebdo Bi-mon Te Nay sont accusés d’avoir inquiété le public et d’avoir porté atteinte à la sûreté de l’Etat. Le 7 juillet, le magazine, sur la base d’une rumeur véhiculée par Mouvement pour la démocratie et la force actuelle, publiait en une que la responsable de l’opposition Aung San Suu Kyi et plusieurs leaders des communautés ethniques avaient été mandatés par le peuple pour former un gouvernement intérimaire. Il s’agissait bien évidemment d’une fausse information.

Les autorités n’ont pas tardé à réagir. Le jour même, elles ont arrêté plusieurs personnes à Rangoun avant de demander aux autorités thaïlandaises de s’emparer, le 16 juillet, des responsables du journal dans la ville de Mae Sot. La prochaine audience aura lieu le 4 août pour les sept personnes poursuivies qui risquent jusqu’à 14 ans de prison.

Armes chimiques

«Sachant que nous avons maintenant une loi sur les médias et un Conseil de la presse, il serait judicieux que le gouvernement aborde cette question des médias à travers le Conseil et de demande ensuite que des poursuites judiciaires soient entreprises si cela ne fonctionne pas», a confié à Democratic voice of Burma Robert San Aung, l’avocat de la défense. «Je redoute que de telles arrestations d’employés de presse favorisent l’oppression des médias.»

Déjà, le 10 juillet, cinq journalistes du Unity Weekly News avaient été lourdement condamnés à la suite d’un article publié cinq mois plus tôt, suspectant un complexe militaire de produire des armes chimiques. Le régime birman avait évoqué la défense de secrets d’Etat. «Le gouvernement sévit contre les médias faisant leur travail, mais je pense que cette affaire devrait être regardée de manière un peu à part», expliquait à l’AFP David Mathieson, l’un des experts de la Birmanie pour l’ONG Human Rights Watch, ajoutant que révéler des secrets d’Etat était illégal dans de nombreux pays.

Par ailleurs, la presse birmane n’est pas toujours exempte de reproches. Mais malgré les erreurs flagrantes et un manque de professionnalisme dans certains cas, «la façon de traiter ces problèmes ne s’envisage avec les méthodes d’un Etat policier», rappelait récemment Tom Malinowsku du Département d’Etat américain. «Condamner un journaliste à dix ans de travaux forcés, quoi qu’on pense de la qualité ou de l’exactitude d’un article, n’est pas un bon signe.»

Faux viol

Dans ce climat de méfiance, Internet et les réseaux sociaux sont également la ligne de mire du gouvernement. Depuis l’ouverture du régime au printemps 2011, le Web, bien que très peu accessible par la grande majorité des Birmans, est devenu une agora, un défouloir voire un vecteur redoutable pour le «feu religieux» qui ravage le pays depuis la mi-2012. Ainsi, un blog a été à l’origine d’un nouvel accès de fièvre ethnique début juillet. Deux musulmans ont été accusés d’avoir violé une bouddhiste a à Mandalay, la deuxième ville du pays. Ces événements ont fait deux morts et plusieurs dizaines de blessés.

Les autorités ont mené l’enquête avant de faire savoir, dimanche, que la bouddhiste avait menti. Elle «a confessé avoir accusé les deux hommes parce qu’elle avait été payée» pour le faire par deux personnes qui auraient été en conflit avec les deux musulmans, selon la Pravda du régime, New Light of Myanmar. Le journal, citant le ministère de l’Intérieur, a également indiqué qu’un examen médical n’avait montré «aucun signe de viol ou d’autres violences».

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