En Birmanie, les combats hétéroclites de la scène artistique
source : AFP
Photo prise le 5 décembre 2009 de jeunes punks birmans assistant à un concert, à Rangoun
Il n’est pas rare qu’un guitariste réduise en pièces son instrument devant une foule de punks en extase, mais la scène se passe en Birmanie, où le régime militaire en place depuis un demi-siècle a peu fait, c’est un euphémisme, pour l’émergence de la contre-culture.
Des musiciens déterminés à se produire en public doivent soumettre les paroles de leurs chansons à la censure de la junte, et la prudence suffit généralement à prévenir tout message politique.
Mais un discours émerge malgré tout lorsque le chanteur entame une virulente version de la chanson “Je veux te tuer”.
Dans le parc en plein air, les fans en tenue réglementaire punk et gothique internationale, maquillage et cheveux rouges inclus, en redemandent: “Chez moi, je ne m’intéresse à personne. Je me fiche de mes voisins. Je suis punk et je fais ce que je veux”, clame Ko Pyae, 16 ans, tout de noir vêtu.
Rien de très élaboré dans cette boutonneuse revendication. En 2007, les rues de Rangoun étaient couvertes du sang des manifestants qui emboîtaient le pas des moines bouddhistes, lors de la “Révolution de Safran”.
Alors la scène artistique s’adapte comme elle peut et créé les espaces qu’elle s’invente. Outsider, un groupe de hard, travaille ainsi dans un studio miteux à la création de son premier album.
“Si je veux écrire quelque chose sur la liberté, je ne peux pas le faire directement. Si je veux montrer quelque chose qui représente le peuple birman, il n’y aucune façon de le faire. Car si j’écris ça, cela devient politique”, admet le batteur et auteur, Thar Nge.
Les restrictions vont encore plus loin. L’alcool et la cigarette aussi sont tabous, comme tout ce que le régime juge contraires aux valeurs traditionnelles birmanes. Il faut maîtriser l’art de l’analogie, du second degré. “Nous faisons ce que nous pouvons”, admet le musicien. “Mais nous n’essayons pas de changer la politique. Avant tout, nous sommes musiciens”.
Debbie Stothard, militante pro-démocratie basée à Bangkok, condamne un système qui oblige les artistes à ignorer la politique. Les militaires ont le pouvoir depuis 1962 en Birmanie et emprisonnent tous ceux qui leur résistent, dont Aung San Suu Kyi, chef de l’opposition et prix Nobel de la paix.
“Les jeunes ont appris à penser que la politique était dangereuse, et qu’être politique, c’était demander à être enfermé, à perdre son travail, à être torturé et tué”, estime la militante. “Mais au bout du compte, chacun en arrive à chanter ce qu’il pense”.
Aung, un peintre et vidéaste qui se cache derrière un pseudonyme, vend des toiles pour vivre et créé pour son plaisir des vidéos conceptuelles. Elles expriment sa frustration, mais il ne les montre à personne ou presque, et il affirme qu’il ne cherche pas à changer le système.
L’une d’elles montre un poisson rouge dans un petit verre d’eau. Une main lâche un comprimé qui se dissout en provoquant d’intenses remous. Le poisson se débat, cogne contre la paroi, puis meurt lorsque l’eau trouble fini par s’éclaircir.
Aung parlait de la “Révolution de Safran”. Certains lui ont reproché la cruauté à l’égard du poisson. “Et les gens qui ont été tués ici en Birmanie ? Pourquoi n’en parlent-il pas ?”, s’indigne-t-il.
Les punks, eux, ont d’autres soucis. A la fin du concert, ils brisent des bouteilles, tentent de détruire la scène, urinent sur des posters du groupe. La police laisse faire: ils réclament juste un rappel de leur groupe favori.













février 10th, 2010 at 12 h 21 min
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