nov 17 2015

Birmanie : Suu Kyi au Parlement après sa victoire historique

source : lexpress

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi arrive le 16 novembre 2015 au parlement birman, à Naypyidaw

Naypyidaw (Birmanie) - L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, qui a remporté une victoire écrasante aux législatives du 8 novembre, a fait son retour lundi au parlement en tant que députée, avec en ligne de mire le délicat passage de relais promis par les héritiers de la junte au pouvoir.

Préparons le terrain pour permettre au nouveau Parlement de travailler“, a lancé le président de l’Assemblée, Shwe Mann, devant des centaines de députés sortants, dont Aung San Suu Kyi, députée depuis des législatives partielles en 2012 où son parti avait déjà remporté la quasi-totalité de la quarantaine de sièges offerts.

Avec à la main deux roses rouges, Aung San Suu Kyi est arrivée seule, au dernier moment, suivie par des dizaines de caméras. L’air solennel pour cette première apparition publique depuis l’annonce de sa victoire historique, après 30 ans de lutte, elle n’a pas souhaité s’exprimer.

Sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) avance en effet sur des oeufs: un de ses porte-parole, Win Htein, a confié dimanche soir à l’AFP son “inquiétude que l’histoire ne se répète” et que “la transition ne soit pas à 100% parfaite“.

Une partie des troupes du parti au pouvoir, l’USDP, marqué par une défaire cuisante aux législatives, manquait à l’appel. Les députés militaires, contingent non élu qui occupe 25% des sièges, étaient quant à eux arrivés avant tout le monde, en uniforme, refusant de faire toute déclaration.

J’appelle tous les députés à travailler jusqu’à la fin de la session“, qui doit s’achever fin janvier 2016, a ajouté Shwe Mann, lui même balayé par le raz-de-marée électoral du 8 novembre. Il s’agit de voter le budget dans les prochaines semaines.

Bizarrerie du système birman, Aung San Suu Kyi et sa quarantaine de députés de la LND se retrouvent coincés jusqu’à fin janvier dans le rôle d’opposition parlementaire face aux 331 députés de l’USDP pro-pouvoir. Le nouveau Parlement - dominé à quelque 80% par la LND, sans compter les 25% de députés militaires - n’entrera en fonction que début 2016, sans doute en février ou mars. Viendra alors seulement le temps des réformes par Aung San Suu Kyi et son équipe.

Cette transition de plusieurs mois, héritage de la junte autodissoute en 2011, est “stupide“, avait prévenu Aung San Suu Kyi avant même les élections. “C’est incroyable, nulle part ailleurs dans le monde il n’existe un tel écart entre la fin des élections et la formation de la nouvelle administration“, avait-elle déclaré début novembre.

- Pas de date de négociations -

L’heure est aux tractations en coulisses à Naypyidaw, la capitale administrative. Et Shwe Mann a d’ores et déjà proposé à Aung San Suu Kyi une rencontre à ce sujet jeudi. Mais le président Thein Sein et le chef de l’armée, acteurs clefs de la transition, n’ont pas encore donné de date à Aung San Suu Kyi, qui a sollicité un entretien avec eux.

Dans ce contexte d’incertitude, rares étaient lundi les députés sortants à vouloir parler lors des suspensions de séance.

Bien sûr, nous sommes inquiets pour la période de transition. Car transférer le pouvoir sans négociations est inquiétant sur le long terme“, a confié à l’AFP Khaing Maung Yi, député du parti NDF (né d’une scission du parti d’Aung San Suu Kyi en 2010), défait aux élections du 8 novembre.

Le nouveau parlement sera plus intéressant. Ce sera intéressant de voir quel genre de président nous aurons“, ajoute-t-il, bon perdant.

En effet, la première étape du nouveau Parlement en février ou mars, sera de choisir le prochain président.

Aung San Suu Kyi ne pourra pas se présenter en raison d’un article de la Constitution qui bloque l’accès à la fonction suprême aux personnes ayant des enfants de nationalité étrangère. Or ses deux enfants sont britanniques.

Mais elle a indiqué qu’elle entendait bien être la chef de file du gouvernement, se plaçant “au-dessus du président“.

Son parti, assuré de pouvoir imposer son candidat à la présidence en raison de sa majorité absolue, n’a pas révélé le nom de sa doublure.

la LND a annoncé lundi qu’elle recevrait le 28 novembre à Rangoun les centaines de députés de son parti élus, l’occasion de célébrer une victoire pour l’heure soumise aux négociations en coulisses.


nov 11 2015

Birmanie : Aux marches du pouvoir, Suu Kyi invite les héritiers de la junte à des pourparlers

source : l’express

Portrait de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi projeté sur un écran au siège de son parti à Rangoun, le 9 novembre 2015

Rangoun - Aung San Suu Kyi a appelé mercredi à des pourparlers le président et le chef de l’armée, héritiers de la junte l’ayant confinée pendant plus de 15 ans en résidence surveillée, au moment où les résultats partiels des élections en Birmanie créditent son parti d’une victoire historique.

Les citoyens ont exprimé leur volonté lors des élections“, écrit-elle dans une lettre adressée au général Min Aung Hlaing, au président Thein Sein et au président de la chambre basse du Parlement Shwe Mann.

Je souhaiterais vous inviter à discuter la semaine prochaine de réconciliation, au moment qui vous conviendra“, ajoute-t-elle dans ce courrier rendu public par sa formation politique, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Les résultats des élections de dimanche tombent chaque jour au compte-gouttes, mais la LND est d’ores et déjà donnée largement en tête.

Elle a encore raflé 56 des 61 sièges de la chambre basse du Parlement, selon le dernier décompte publié mercredi, lui donnant a priori les coudées franches pour gouverner.

La prix Nobel de la Paix, icône dans son propre pays, a de son côté été réélue députée dans sa circonscription rurage de Kawhmu, un siège décroché lors de législatives partielles en 2012, raz-de-marée pour la LND et premier test démocratique pour le régime de transition.

Mais les soupçons se multiplient autour de la lenteur possiblement délibérée de la commission électorale, dans ce pays où l’administration reste largement dominée par des fonctionnaires au passé militaire.

- Rencontre bilatérale -

Le président Thein Sein, un ancien général de la junte autodissoute en 2011, a répondu mercredi à la lettre d’Aung San Suu Kyi et a offert à l’opposante “une rencontre bilatérale quand le processus électoral sera achevé“, selon un message diffusé par le ministre de l’Information Ye Htut sur Facebook.

Une alternance historique est théoriquement en marche, mais elle est donc suspendue pour l’heure à la publication des résultats.

Et les partisans d’Aung San Suu Kyi s’inquiètent de ce que peut être la réponse de l’armée à une déroute annoncée dans les urnes. La stratégie de la LND étant de laisser au gouvernement post-junte le temps de “digérer la nouvelle“, sans mettre d’huile sur le feu, dans ce pays d’Asie du Sud-Est où “faire perdre la face” à son adversaire en fanfaronnant est considéré comme une erreur stratégique.

D’où l’extrême prudence avec laquelle manoeuvre jusqu’ici Aung San Suu Kyi, évitant les apparitions publiques et faisant démonter l’écran géant et les hauts-parleurs devant le siège de son parti.

Les partisans de “la Dame de Rangoun“, qui étaient descendus dans la rue en nombre dimanche et lundi pour célébrer la victoire, respectent jusqu’ici la consigne de rester chez eux.

Et la vie a repris son cours à Rangoun, dans l’attente des résultats. Mais leur annonce permettra à Aung San Suu Kyi de donner le feu vert à une explosion de liesse populaire historique.

Suu Kyi s’apprête à reprendre le chemin de Naypyidaw, à cinq heures de Rangoun, pour la reprise de la session parlementaire lundi, qui lui fournira l’occasion de rencontrer discrètement le président Thein Sein.

En effet, bizarrerie du système politique birman, l’assemblée sortante va se réunir à partir de lundi, Aung San Suu Kyi et sa quarantaine de députés de la LND se retrouvant coincés jusqu’à fin janvier dans le rôle d’opposition parlementaire, face aux 331 députés de l’USDP pro-pouvoir.

L’USDP avait été créé par la junte en 2010, un an avant l’autodissolution du régime, comme une plate-forme de transition. Mais le parti reste une formation de fonctionnaires, sans véritable assise populaire. Et plusieurs de ses hauts dirigeants ont déjà reconnu à titre personnel la victoire de la LND.

Le nouveau Parlement ne prendra ses fonctions que début 2016, sans doute en février ou mars. Viendra alors le temps du lancement des réformes par Aung San Suu Kyi et son équipe.

Le temps est aux négociations avec un pouvoir militaire qui s’arroge toujours, de par la Constitution, 25% des sièges de députés, lui donnant de facto un droit de veto, qu’Aung San Suu Kyi a annoncé qu’elle combattrait, en temps voulu.


nov 9 2015

Birmanie : Aung San Suu Kyi gagne les législatives

Le parti de la Dame de Rangoon, la Ligue nationale pour la démocratie, obtient plus de 70 % des sièges aux premières élections libres.

Source AFP

Si son parti revendique la victoire aux législatives birmanes, Aung San Suu Kyi estime qu'il "est un peu tôt pour féliciter" les candidats de la Ligue nationale pour la démocratie présumés victorieux.

La victoire est écrasante. Avec plus de 70 % des sièges (chiffres avancés par son parti), l’opposante birmane Aung San Suu Kyi triomphe aux premières élections législatives libres organisées en Birmanie. Son parti, Ligue nationale pour la démocratie (LND), obtient la majorité absolue au Parlement malgré la présence d’un quart de députés militaires. Selon des chiffres officiels, la participation a atteint environ  80 % des plus de 30 millions d’électeurs.  ”Je pense que le peuple a déjà une idée des résultats même si je ne dis rien”, a déclaré Aung San Suu Kyi, s’adressant à la foule réunie devant le siège de son parti, en plein coeur de Rangoun.

« L’aube d’une nouvelle ère », titrait en une le journal officiel Global New Light of Myanmar, au-dessus d’une photo… du président sortant Thein Sein, dernier Premier ministre de la junte autodissoute en 2011, montrant fièrement son doigt taché d’encre à la sortie du bureau de vote, un geste devenu le symbole d’une liberté longtemps attendue. Mais, si les ex-généraux au pouvoir depuis 2011 s’affichent comme des réformateurs et promettent de respecter le résultat des urnes, les signes de crispation se sont multipliés avec en amont du vote des arrestations de meneurs étudiants, des centaines de milliers de musulmans privés de droit de vote, un vote anticipé obscur et le scrutin annulé dans des régions en proie à des conflits armés ethniques.

« Tout dépend du gouvernement »

Le scrutin de dimanche en lui-même s’est globalement bien déroulé, selon les premières évaluations de la mission d’observateurs européens, autorisés pour la première fois à assister à des élections en Birmanie.  « Je n’ai aucun doute quant aux résultats. Tout va changer maintenant », a confié Yee Yee, vendeuse d’épices et de soja sur un marché de Rangoun, qui a voté pour la LND d’Aung San Suu Kyi. « Tout le monde sait déjà qui a gagné. La LND. Maintenant, tout dépend du gouvernement », a ajouté la femme, qui porte comme Aung San Suu Kyi du jasmin dans ses cheveux et un tee-shirt rouge. « Si ces élections sont un important pas en avant, elles sont loin d’être parfaites », a commenté le secrétaire d’État américain John Kerry, disant Washington attentif au décompte des voix en cours.

Quant à Aung San Suu Kyi, elle appelle à la patience. « Attendez les résultats chez vous. Et quand les résultats tomberont, je veux que vous les acceptiez dans le calme », a déclaré celle que de nombreux Birmans appellent « Mère Suu ». Ses partisans s’étaient rassemblés par milliers dimanche soir devant le siège de son parti à Rangoun, mais la Prix Nobel de la paix, dont chaque apparition déchaîne les foules, n’est pas apparue, se contentant de faire lire le message.

La majorité estimée à 67 % des sièges

La popularité d’Aung San Suu Kyi dans son pays est indéniable, mais aucun sondage ne permet de l’étayer de façon indépendante. Le principal élément de comparaison reste les législatives de 1990, dernières élections nationales libres, remportées très largement par la LND. La junte n’avait finalement pas reconnu le vote, auquel Suu Kyi n’avait pu prendre part elle-même, étant alors en résidence surveillée. Mais vingt-cinq ans plus tard, la situation a changé, affirment les héritiers de la junte, promettant de ne pas piper les dés cette fois-ci. La Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi a besoin de remporter quelque 330 sièges dans les deux chambres du Parlement (soit 67 % d’après ses calculs) pour avoir la majorité.  Cela tient compte du fait que la LND sait qu’elle devra contrer l’influence des 25 % de députés militaires non élus qui siègent au Parlement, héritage de la junte qu’Aung San Suu Kyi a promis de détricoter. Le parti au pouvoir, l’USDP, n’aurait quant à lui besoin que de 33 % des sièges pour dominer, selon ces calculs, grâce au soutien des 25 % de députés militaires.

L’enjeu derrière les législatives est l’élection par le Parlement du président, qui devrait survenir début 2016. Si la LND obtient la majorité au sein des deux chambres, elle pourra décider de l’identité du prochain président. Aung San Suu Kyi sait d’ores et déjà qu’elle ne peut occuper cette fonction, la Constitution birmane interdisant l’accès à la fonction suprême à quiconque a des enfants de nationalité étrangère, ce qui est son cas. Mais elle a d’ores et déjà prévenu les tenants du système, encore largement contrôlé par d’anciens militaires malgré les réformes menées depuis quatre ans, qu’elle serait « au-dessus du président ».


nov 8 2015

Législatives historiques en Birmanie : les bureaux de vote ont ouvert

Source : Le Monde

A la sortie d’un bureau de vote, le 8 novembre à Rangoun. | Soe Zeya Tun / REUTERS

Les bureaux de vote ont ouvert, dimanche 8 novembre à 6 heures locales en Birmanie (0 h 30 à Paris) pour des législatives historiques, en mesure de propulser au pouvoir le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi. C’est la deuxième fois de sa vie que l’ex-dissidente de 70 ans vote dans son pays, depuis les élections partielles de 2012, qui avaient permis à sa Ligue nationale pour la démocratie de faire une entrée fracassante au parlement.

Ce scrutin doit permettre de mesurer le succès de la transition démocratique amorcée il y a quatre ans, avec l’auto-dissolution d’une junte ayant régné depuis 1962. Il s’agit des premières élections jugées libres dans le pays depuis celles de 1990, lors desquelles la junte s’était laissée surprendre et avait laissé la LND concourir et gagner. Les résultats n’avaient pas été reconnus. Quelque 30 millions de Birmans sont appelés aux urnes, la plupart n’ayant jamais voté de leur vie.