mai 12 2014

Pékin Express en Birmanie : scandale, droits de l’homme et publicité

source RFI - Claire Arsenault
mediaDes femmes Rohingyas à Sittwe, en Birmanie. Des membres de cette minorité musulmane qui compte 800 000 personnes en Birmanie, victimes de nombreuses persécutions, fuient le pays pour tenter de gagner l’Indonésie ou la Malaisie.
REUTERS/Soe Zeya Tun

C’est une émission populaire de la chaîne de télévision française M6. Pékin Express a l’ambition d’allier divertissement et découverte du monde. Mais le genre atteint ses limites quand en avril « la petite chaîne qui monte » diffuse son programme fétiche tourné cette fois en Birmanie. Les réseaux sociaux s’emparent du sujet interpellant M6 sur le « génocide d’une minorité musulmane en Birmanie ». Plusieurs commanditaires de Pékin Express ont préféré se retirer.

Pékin Express n’a jamais eu la prétention d’être une émission destinée à éveiller la conscience politique des téléspectateurs. Mais avec la diffusion de sa 10e édition qui s’ouvre sur la Birmanie et « ses merveilleux paysages », M6 semble avoir dépassé la mesure. Du moins c’est ce que pensent nombre d’internautes. « On ne peut plus faire comme si de rien n’était » s’insurge Samira, ce samedi, sur Twitter. Des commentaires de cet ordre, Pékin Express en a suscité jusqu’à plus de 150 à la minute.

Depuis, les appels au boycott se multiplient relayés à la vitesse exponentielle propre aux réseaux sociaux. Ainsi un des premiers à réagir, Baraka City, une association humanitaire « basée sur des valeurs islamiques », lance #contrepekinexpress2014 sur Twitter. L’association accuse M6 de « taire le génocide » de la communauté Rohingya en Birmanie et incite ses abonnés à contacter la chaîne.

Nettoyage ethnique

Un autre portail, al-kanz.org qui se veut celui des « musulmans consommateurs » prend à son tour le relais et suggère à ses internautes d’interpeller les marques partenaires de l’émission. Tout ce tintamarre tombe pile au moment où Human Rights Watch publie un rapport dans lequel l’ONG évoque des villages entiers rasés et « une campagne de nettoyage ethnique à l’encontre des musulmans Rohingyas dans l’Etat d’Arakan depuis 2012 » orchestrée par les autorités birmanes.

Montrée du doigt, M6 se défend en rappelant que Pékin Express, émission de voyages et d’aventures, est un divertissement : « Les questions géopolitiques sont à même d’être traitées par l’information et non par un programme de divertissement comme le nôtre. Qu’on nous targue de complicité de génocide, c’est assez blessant ».

Les marques reculent

Le bruit fait autour de l’émission n’est pas de ceux qu’apprécient les marques partenaires de Pékin Express d’autant plus qu’entre le premier et le deuxième épisode, M6 a perdu 700 000 téléspectateurs. C’est ainsi que H&M qui tient à préciser qu’elle se limite à prêter des vêtements au présentateur, Guy Degrenne, Bollywood Sari, Sari City et Twins for Peace ont préféré retirer leurs logos du site internet de l’émission.

A une exception près, Twins for Peace qui admet avoir réagi « à chaud » et dit maintenant « regretter sa décision. M6 n’est pas responsable du génocide » a cru devoir expliquer un des dirigeants de l’entreprise. Trois autres sponsors Traditions d’Asie, Energizer et Mercurochrome se sont abstenus de diffuser leur publicité lors de la dernière émission, le 30 avril.



mai 10 2014

Sommet de l’Asean : le retour de la Birmanie

source : rfi

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Le président birman Thein Sein, le 5 décembre 2013. REUTERS/Aaron Favila/Pool

La Birmanie accueille ce week-end les chefs d’Etat des 10 pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Le pays assure cette année la présidence tournante de l’organisation, une responsabilité qui lui avait échappé en 2006 en raison des atteintes aux droits de l’homme commises par la dictature militaire. Ce sommet marque le retour de la Birmanie sur la scène internationale.

Les réformes engagées par le président Thein Sein ont permis d’importants progrès depuis la dissolution de la junte militaire en 2011, mais de sérieuses inquiétudes persistent quant à la démocratisation du régime.

L’ONG Human Rights Watch dénonce un retour en arrière concernant le respect des droits humains ces derniers mois. Mercredi, un journaliste australien a été expulsé du pays pour avoir couvert une manifestation en faveur de la liberté d’expression. En mars dernier, le rapporteur spécial des Nations unies constatait une violation systématique des droits de l’homme par l’armée dans les zones ethniques en conflit, ajoutant que les exactions des militaires à l’encontre de la population Rohingya pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Mais ces épineuses questions ne sont pas à l’ordre du jour. Les discussions porteront principalement sur la situation en mer de Chine méridionale. Une situation très tendue en raison de conflits territoriaux entre la Chine et plusieurs pays de l’Asean. C’est un exercice délicat pour le président Thein Sein : les pays du sud-est asiatique veulent utiliser l’Asean pour contrer les prétentions de leur puissant voisin, mais la Birmanie est l’alliée de Pékin.

Autre dossier crucial, l’économie : le sommet doit faire progresser la mise en place d’un espace économique commun fort de 600 millions d’habitants, pour peser face à la Chine, mais aussi face à l’Inde.