jan 24 2014

L’ONU appelle la Birmanie à enquêter sur des meurtres de Rohingyas

source : romandie.com

L’ONU a appelé la Birmanie à enquêter sur des informations faisant état de dizaines d’hommes, femmes et enfants tués lors d’attaques contre un village de la minorité musulmane apatride des Rohingyas dans l’ouest du pays, sous tension depuis des violences communautaires meurtrières en 2012.

Je déplore les morts à Du Chee Yar Tan et j’appelle les autorités à mener une enquête complète, rapide et impartiale, a déclaré la Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Navi Pillay dans un communiqué jeudi soir.

Les Nations unies ont précisé avoir reçu des informations crédibles sur des attaques contre des Rohingyas dans l’ouest de l’Etat Rakhine, région isolée peuplée en grande majorité de Rohingyas dont les déplacements sont très contrôlés par des forces de sécurité très présentes.

Au total, au moins 48 Rohingyas, hommes, femmes et enfants, ont été tués par des bouddhistes de la minorité rakhine et des policiers, avant et après la capture d’un policier tué par des villageois rohingyas, selon l’ONU.

Médecins sans frontières, l’une des seules organisations internationales autorisées dans la région, a de son côté indiqué avoir soigné au moins 22 patients avec des blessures par arme blanche ou par balle qui auraient été infligées lors de ces violences.

Depuis les premières informations la semaine dernière, le gouvernement birman a démenti de façon catégorique toute mort de civils, évoquant la disparition d’un policier après des affrontements.

Le communiqué de l’ONU est regrettable et basé sur des sources infondées, a indiqué vendredi à l’AFP Ye Htut, porte-parole du président Thein Sein, soulignant les risques d’augmenter la méfiance entre les communautés.

Plusieurs vagues de violences entre musulmans et bouddhistes dans l’Etat Rakhine ont fait depuis 2012 au moins 250 morts et déplacé quelque 140.000 personnes, principalement des Rohingyas.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et plusieurs ONG ont exprimé leur inquiétude après ces nouvelles violences.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague s’est notamment dit sur Twitter écoeuré des informations sur la mort de femmes et d’enfants.

Human Rights Watch a précisé avoir reçu des informations selon lesquelles la police avait été autorisée à arrêter tous les hommes et garçons rohingyas âgés de plus de dix ans dans cette zone.

La discrimination officielle contre les Rohingyas et l’impunité pour les abus du passé ont créé un terrain fertile pour de nouvelles atrocités, a dénoncé Phil Robertson, directeur adjoint en Asie de l’organisation.

Les quelque 800.000 Rohingyas qui vivent confinés dans l’ouest de l’Etat Rakhine sont considérés par l’ONU comme l’une des minorités les plus persécutées de la planète.

Privés de nationalité par l’ancienne junte birmane, ils sont considérés par les autorités comme des immigrés illégaux du Bangladesh voisin et beaucoup de Birmans ne cachent pas une réelle hostilité à leur égard.

Des attaques meurtrières contre des musulmans ont eu lieu également dans d’autres parties du pays, jetant une ombre sur les réformes spectaculaires entreprises par le gouvernement qui a succédé à la junte en 2011.


jan 14 2014

Aung San Suu Kyi de la prison à la présidentielle

source : paris match

Aung San Suu Kyi de la prison à la présidentielle

Aung San Suu Kyi © REUTERS/Soe Zeya Tun

La « dame de Rangoon » va enfin se présenter à la présidentielle

« The Lady sera là dans cinq minutes », annoncent les gardes qui font les cent pas devant l’hôtel de Rangoon où Aung San Suu Kyi doit prononcer le discours d’ouverture du Women’s Forum. Aussitôt, les Birmanes venues l’écouter s’agglutinent, paumes resserrées sur leur portable, prêtes à aspirer l’icône dans leur mémoire photographique. Depuis sa libération il y a trois ans, la ferveur populaire pour Aung San Suu Kyi n’a pas faibli. A la faveur de la libéralisation du régime, elle a pu devenir députée, et seul un ultime obstacle lui barre l’accès à la présidence : la Constitution, qui stipule que le pouvoir suprême est interdit à tout Birman ayant eu des enfants d’un étranger.

Or elle a eu deux fils de son mari anglais… Mais le gouvernement hésite, et on dit que d’ici peu il devrait céder. Voilà pourquoi, ce matin, dans ce hall, l’air s’épaissit de rêves. Et soudain, elle est là. Elle me confiera quelques heures plus tard, dans un salon : « Tôt ou tard, la Constitution sera modifiée. Le peuple n’y croit pas. » Le peuple, son mot fétiche, son bouclier, son joker, l’argument qu’elle oppose systématiquement aux critiques que certains répandent sur le flou de ses projets économiques, son indifférence à l’oppression des minorités ethniques, notamment musulmane, enfin sa confiance absolue dans les vertus de la spiritualité. Et de fait, ce matin, c’est le passage d’une sainte.

Ses idéaux à la Gandhi ont-ils une chance sérieuse d’arrêter la déferlante matérialiste qui s’abat sur la Birmanie ?

La foule, comme frappée par la grâce, mendie le regard de « The Lady », quête son aura, les yeux emplis d’une fascination telle qu’on ne peut s’empêcher de se demander : qu’en restera-t-il quand, devenue présidente, Aung San Suu Kyi sera contrainte de plonger ses blanches mains d’icône dans le noir cambouis de la mondialisation et de l’économie de marché ? Ses idéaux à la Gandhi ont-ils une chance sérieuse d’arrêter la déferlante matérialiste qui s’abat sur la Birmanie ? A 68 ans, ne risque-t-elle pas d’être perçue comme décalée ? Et si le peuple, déçu, brûlait alors l’idole après l’avoir adorée ? Enfin aura-t-elle vraiment la force, et le temps, d’affronter pareil défi, elle qu’on dit isolée au coeur d’un parti divisé ? Moment crucial de son parcours.

La majorité des Birmans rêvent qu’elle dirige le pays, ce qui la transformera fatalement de déesse en imparfaite humaine. Ou alors il faudrait qu’elle renonce, se laisse embaumer de son vivant dans la légende de la sainte, icône jusqu’à la mort, retranchée à jamais dans la maison du lac qui fut le décor de son extraordinaire rébellion… Débat cornélien et sans issue, comme au jour de 1989 où la junte la mit en demeure de trancher entre sa famille et son combat politique. Je comprends enf n pourquoi Aung San Suu Kyi se tient si droite. Ce qu’elle défie, c’est la tragédie de son destin : elle s’interdit une troisième voie.


jan 10 2014

Birmanie : des opportunités économiques s’annoncent

source : rfi

Vue de Rangoun, capitale économique de la Birmanie.

Vue de Rangoun, capitale économique de la Birmanie.

Photo: Ralf-André Lettau, source: Wikipédia

Les pays membres de l’Asean se réunissent le vendredi 10 et le samedi 11 janvier 2014 dans la capitale birmane pour évaluer les besoins d’investissements dans ce pays. Avec un programme de réformes entamées après l’ouverture du pays au reste du monde il y a deux ans, la Birmanie attire désormais les investisseurs étrangers. Ils comptent sur des prévisions de croissance du PIB de 7% dans les prochaines années. Grâce à ces investissements, une phase de rattrapage économique semble bien enclenchée en Birmanie, estime Sylvain Fontan, économiste et créateur du site leconomiste.eu au micro de RFI.


jan 7 2014

Des journalistes birmans défilent contre des menaces à la liberté de la presse

source : lexpress

Des journalistes birmans ont manifesté mardi à Rangoun pour dénoncer de nouvelles menaces contre la liberté de la presse et demander la libération d’une de leur collègue, première journaliste emprisonnée depuis la dissolution de la junte.

Des journalistes birmans défilent contre des menaces à la liberté de la presse

Des journalistes birmans ont manifesté mardi à Rangoun pour dénoncer de nouvelles menaces contre la liberté de la presse et demander la libération d’une de leur collègue, première journaliste emprisonnée depuis la dissolution de la junte.

afp.com/Ye Aung Thu

Environ 150 journalistes et militants ont défilé aux slogans de “Pas de menace pour la liberté de la presse” et “le droit à l’information est la vie de la démocratie“.

La manifestation, à l’appel du Réseau des journalistes de Birmanie, faisait suite à la condamnation à trois mois de prison de Ma Khine, reporter du groupe Eleven Media, reconnue coupable de diffamation et d’insulte envers une avocate et de violation du domicile de cette même avocate lors d’une interview.

Son employeur estime qu’elle pourrait en fait avoir été poursuivie en raison d’un article sur la corruption dans le système judiciaire.

C’est une menace directe, quand des journalistes peuvent être condamnés pour des chefs d’accusation criminels lorsqu’ils travaillent sur une histoire“, a dénoncé Myint Kyaw, secrétaire général du Réseau.

Depuis l’auto-dissolution de la junte en mars 2011, la Birmanie a entrepris des réformes spectaculaires. Elle a notamment aboli la censure préalable et amnistié des journalistes emprisonnés.

Mais les défenseurs des droits de l’Homme craignent une nouvelle sorte de menace.

Les attaques contre la liberté de la presse en Birmanie sont passées d’un harcèlement manifeste de la part de l’Etat à une approche procédurière, les nouvelles lois sur les médias cherchant à exercer une pression plus subtile sur les journalistes et à les dissuader de faire leur travail“, a ainsi indiqué à l’AFP David Mathieson, de Human Rights Watch.

La Birmanie a bondi du 169e au 151e rang au classement 2013 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, qui a appelé à un réexamen du dossier de Ma Khine.

Une organisation de presse ne devrait pas s’exposer à des risques de poursuites criminelles, et dans ce cas, à la condamnation d’une de ses journalistes, à cause de sa couverture. La liberté de l’information est en jeu“, avait récemment indiqué l’organisation dans un communiqué.


jan 1 2014

Birmanie : Rangoon annonce la libération de tous les prisonniers politiques

source : rfi

La Birmanie a franchi un nouveau pas sur le chemin des réformes et de l’ouverture. Quelques heures avant la fin de l’année 2013, Rangoon a annoncé qu’il n’y avait « plus de prisonniers politiques ». Mais le doute persiste sur le nombre de prisonniers concernés par cette amnistie et sur le sort de plus de 200 personnes qui attendent leur procès.

Yan Naing Tun (au centre) s'est adressé à la presse à sa sortie de prison. Derrière lui, un autre prisonnier libéré : Aung Min Naing. Rangoon, le 31 décembre 2013.

Yan Naing Tun (au centre) s’est adressé à la presse à sa sortie de prison. Derrière lui, un autre prisonnier libéré : Aung Min Naing. Rangoon, le 31 décembre 2013.

REUTERS/Soe Zeya Tun

« Le président a tenu sa promesse faite au peuple qu’il n’y a plus de prisonniers politiques à la fin de 2013 », a déclaré sur sa page Facebook le porte-parole du président, Ye Htut, sans pour autant annoncer combien de prisonniers doivent être libérés et quand précisément ils pourront quitter la prison.

Au moins neuf prisonniers politiques ont retrouvé la liberté ce mardi 31 décembre, selon l’AFP. Parmi eux : Yan Naing Tun, condamné à huit mois de prison pour avoir participé à une marche pour la paix dans l’Etat Kachin dans le nord du pays, région régulièrement secouée par des affrontements entre l’armée et les rebelles de la minorité ethnique kachin. « Je respecte le président pour avoir tenu sa promesse », a déclaré Yan Naing Tun à sa sortie de prison, où une centaine de personnes attendaient leurs proches.

« C’est un pas important », selon HRW

« C’est un pas important », estime David Mathieson de l’organisation pour la défense des droits de l’homme Human Rigths Watch (HRW) interrogé par RFI. « Le nombre de prisonniers politiques concernés par les libérations reste contesté, mais il doit encore y en avoir entre 30 et 40. La grande majorité sera libérée dans les prochains jours. »

Cette amnistie s’inscrit dans la droite ligne des réformes entamées après la dissolution de la junte en mars 2011 par le président réformateur Thein Sein. A l’époque, les organisations des droits de l’homme accusaient la Birmanie de détenir quelque 2 000 prisonniers de conscience. Depuis, le nouveau régime, soucieux de regagner la confiance de la communauté internationale et de mettre fin aux sanctions occidentales, a libéré des centaines d’opposants, moines, journalistes ou avocats. La plus importante vague de libération intervient en janvier 2012, lorsque le gouvernement relâche plusieurs centaines de prisonniers et, parmi eux, quelques-uns des plus célèbres prisonniers politiques, leaders du mouvement étudiant de 1988 et moines impliqués dans la vague de protestation de 2007.

La junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle avait toujours nié l’existence des prisonniers politiques. C’est à la fin de 2012 que le gouvernement de Thein Sein a finalement créé un comité pour les « définir » au sein de la population carcérale. Depuis le début des travaux de ce comité en février 2013, 354 d’entre eux ont retrouvé la liberté, selon le porte-parole du gouvernement Ye Htut. A l’occasion de sa première visite à Londres en juillet dernier, le président Thein Sein est allé plus loin, en annonçant sa volonté de libérer tous les prisonniers de conscience avant la fin de l’année.

Les familles de prisonniers attendent la libération de leurs proches devant la prison Insein. Rangoon, le 31 décembre 2013.

REUTERS/Soe Zeya Tun

Un signal envoyé à la société civile birmane

Simple geste de bonne volonté ou stratégie payante pour gagner les faveurs des capitales étrangères ? « Bien sûr, ces dernières années, des prisonniers ont été relâchés pour apaiser l’opinion publique, mettre fin aux sanctions et attirer des investissements, estime David Mathieson de Human Rights Watch basé à Rangoon. « Cette fois-ci, c’est en partie parce que le président l’avait promis, mais aussi pour envoyer un signal à la société civile et aux militants birmans, pour dire que le gouvernement est sur la bonne voie. »

Même si aujourd’hui, grâce aux réformes engagées par Thein Sein, presque toutes les sanctions occidentales sont levées, les défenseurs des droits de l’homme appellent à rester vigilant. « Il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes sont encore jetées en prison ou accusées devant les tribunaux parce qu’il existe toujours des lois très répressives », met en garde David Mathieson. « Ne croyons pas que ces libérations sont la fin de l’histoire, ça n’est pas le cas. Le gouvernement doit entamer une profonde réforme de son système judiciaire pour priver les autorités locales de ces moyens répressifs ».

Le doute persiste par ailleurs sur le sort de près de 200 personnes en attente de leur procès, accusées pour la plupart d’avoir participé à des manifestations illégales.

Selon Mireille Boisson de l’ONG Amnesty International, interrogée par RFI, les charges contre ces activistes ne seraient pas annulées mais seulement suspendues. Le flou entoure aussi les arrestations dans l’Arakan, à l’ouest de la Birmanie, où les autorités ont jugé de façon arbitraire de nombreuses personnes en marge de violences religieuses. Les organisations des droits de l’homme ne disposent d’aucun chiffre fiable sur le nombre de détenus de conscience dans cette région reculée.