juin 28 2013

Travail des enfants en Birmanie : “J’ai 11 ans et je suis serveur 7 jours sur 7″

source : france 24

Un jeune serveur de 11 ans travaille dans un café à Rangoun. Toutes les photos ont été prises par notre Observateur
Malgré l’ouverture démocratique récente, le travail des enfants reste un fléau en Birmanie, où il est fréquent de voir de très jeunes mineurs servir des cafés à la terrasse d’un restaurant jusque tard dans la nuit. Notre Observateur a sillonné Rangoun, pour recueillir leurs témoignages.
La Birmanie fait partie des pays où les risques de violation des droits des enfants sont les plus élevés. Dans un rapport citée par l’Unicef en 2012, le pays est au même niveau que la Corée du Nord, le Soudan et la Somalie. Pourtant, les lois existent : il est interdit d’employer des mineurs de moins de 15 ans, et seulement ceux âgés de 15 à 18 ans ont le droit de travailler au maximum quatre heures par jour. Mais ces règles sont très peu respectées.
Les associations de défense des droits de l’Homme pointent également du doigt le recrutement de dizaine de millliers d’enfants au sein de l’armée.  En Birmanie, un tiers de la population est âgée de moins de 15 ans.

“Ces enfants sont l’avenir de notre nation, mais ils sont déjà détruits”

Poe Thar (pseudonyme) vit à Rangoun.
Les réformes économiques et politiques récentes en Birmanie n’ont clairement pas bénéficié aux très jeunes enfants. Même avec l’arrivée massive de touristes et les regards des investisseurs étrangers tournés vers la Birmanie, le travail des enfants continue à prospérer dans les magasins, les restaurants, les karaokés, les cafés ou encore les salons de massages.
J’ai rencontré un enfant de 11 ans qui travaille dans un salon de thé à Rangoun. Comme j’étais un client régulier, nous sommes devenus amis. Il m’a raconté son histoire : ses parents sont fermiers près du delta de l’Irrawaddy, au sud de Rangoun. Il a quitté l’école à 9 ans, à la demande de sa famille, pour trouver du travail en ville. Il gagne 30 000 kyats par mois (environ 24 euros), beaucoup moins que ses amis plus expérimentés qui peuvent espérer gagner 50 000 kyats (40 euros) [ il n'existe pas encore de salaire minimum légal en Birmanie]. Ses employeurs lui offrent les repas, un lit dans une pièce minuscule au-dessus du salon de thé qu’il partage avec d’autres enfants. Il garde 10 000 kyats pour ses besoins personnels (8 euros) et envoie le reste de son salaire à ses parents.

L’enfant interrogé par notre Observateur est le serveur avec un t-shirt vert.

“Ces enfants dorment 5 à 6 heures par nuit, parfois moins puisque le café diffuse des matchs de football”
Je suis bouleversé de voir à quel point cet enfant est exténué. Lui et ses collègues se lèvent à quatre heures du matin pour nettoyer le salon, laver les tasses et préparer les tables. Certains font même la cuisine, d’autres servent les clients toute la journée jusqu’à 22 heures. Ils dorment 5 à 6 heures par nuit, parfois moins. Lorsqu’il y a des matchs de football à la télévision – parfois très tard à cause du décalage horaire entre l’Europe et la Birmanie – ils ne peuvent aller se coucher que lorsque tous les clients sont partis, vers minuit ou 1 heure du matin. Et le lendemain, ils doivent tout de même être opérationnels à 4 heures. Ils n’ont jamais de jour de repos.
J’ai aussi été ému par l’histoire d’un jeune garçon de 14 ans qui travaille dans un bar à nouilles dans le centre-ville de Rangoun. Il est l’aîné d’une fratrie de sept enfants, et il a dû commencer à travailler à 13 ans pour aider sa famille. Il voulait continuer ses études, mais ses parents n’en avaient pas les moyens. Il m’a dit qu’il espérait toujours retourner à l’école [seule l'école élémentaire, soit jusqu'à 9-10 ans, est obligatoire en Birmanie].
Ces enfants sont exploités, ils souffrent et n’ont aucun avenir. Ils sont le futur de notre nation, mais ils sont déjà détruits. Ce n’est pas bon pour le futur du pays.

Deux jeunes filles employées dans une boutique du village de Kay Moe Chaung, dans l’État de Môn, dans le sud de la Birmanie.


juin 24 2013

Birmanie : la une du Time fait scandale

source : lefigaro.fr

La couverture d’un prochain numéro du magazine américain Time, consacré aux responsabilités d’un moine bouddhiste dans les violences religieuses en Birmanie, a déclenché les protestations officielles des autorités et une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux.

Le magazine fait sa Une avec la photo de Wirathu, un moine de Mandalay auteur de violents discours islamophobes et identitaires, avec le titre suivant : “Le visage du terrorisme bouddhiste. Comment des moines militants alimentent la violence anti-musulmane en Asie”. “La Birmanie est un pays où la liberté religieuse est garantie sans discrimination”, a indiqué la présidence birmane. “L’article du magazine Time crée un malentendu sur le bouddhisme qui existe depuis des milliers d’années et constitue la religion de la majorité des citoyens. Il porte atteinte à la confiance mutuelle entre les religions”.

A la mi-journée, une pétition sur internet contre la couverture recueillait quelque 40.000 soutiens. “Je ne suis pas un partisan de Wirathu”, pouvait-on lire dans un texte accompagnant la pétition. “Mais le mélange de ces deux mots bouddhiste et terrorisme provoque un sentiment très triste chez tous les bouddhistes”. Environ 200 personnes avaient été tuées l’an passé et 140.000 déplacées dans des violences, dans l’ouest du pays, entre bouddhistes de l’ethnie rakhine et membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas.


juin 21 2013

Birmanie : Suu Kyi contre l’interdiction des mariages interreligieux

sourec : lapresse.ca

«C'est inéquitable. Pourquoi seulement les femmes? Vous ne... (PHOTO YE AUNG THU, AFP)

«C’est inéquitable. Pourquoi seulement les femmes? Vous ne pouvez traiter les femmes de façon injuste», a déclaré Aung San Suu Kyi (au centre) dans un entretien publié vendredi par la radio Radio Free Asia. «Il ne devrait pas y avoir de différence entre les hommes et les femmes».

Le chef de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi a dénoncé sur une radio américaine le projet de moines nationalistes d’interdire le mariage des femmes bouddhistes avec des fidèles d’autres religions, alors que les tensions ne cessent de croître entre bouddhistes et musulmans.

La proposition, défendue en particulier par le moine Wirathu, auteur de discours islamophobes violents ces derniers mois, imposerait que les hommes désireux d’épouser une bouddhiste se convertissent au préalable. Ils devraient aussi demander l’autorisation aux parents de la jeune fille sous peine de risquer dix ans de prison.

«C’est inéquitable. Pourquoi seulement les femmes? Vous ne pouvez traiter les femmes de façon injuste», a déclaré la lauréate du prix Nobel de la paix dans un entretien publié vendredi par la radio Radio Free Asia. «Il ne devrait pas y avoir de différence entre les hommes et les femmes».

Suu Kyi est souvent critiquée, en particulier à l’étranger, pour son silence face aux violences religieuses. Une prudence que certains lient à sa volonté de ménager l’opinion birmane, majoritairement bouddhiste, en vue des élections législatives de 2015.

Le projet «n’est pas en accord avec les lois du pays et (…) cela ne fait pas partie du bouddhisme», a-t-elle ajouté. «C’est une violation des droits des femmes et des droits humains».

Environ 200 personnes avaient été tuées l’an passé et 140 000 déplacées dans des violences, dans l’ouest du pays, entre bouddhistes de l’ethnie rakhine et membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas.

Les heurts se sont depuis élargis à d’autres régions, faisant des dizaines de morts et impliquant des religieux, dans les discours et dans les violences elles-mêmes.

Ce climat délétère met en lumière des tensions mises en sourdine pendant 50 ans par la junte, mais réapparues au grand jour depuis que celle-ci a cédé le pouvoir en mars 2011.

Wirathu, qui a présenté son projet lors d’une réunion de quelque 200 religieux à Rangoun la semaine dernière, veut le faire examiner par le parlement. Le moine est impliqué dans le mouvement «969», une campagne qui invite notamment les bouddhistes à boycotter les commerces musulmans.

Plusieurs hauts responsables du clergé ont pris leurs distances par rapport à son projet.


juin 14 2013

Birmanie : les moines bouddhistes en séminaire sur l’Islam

source : rfi

Conférence de moines bouddhistes birmans à Rangoon, le 13 juin 2013. Ils ont lancé un appel à la paix sans pour autant condamner explicitement les violences contre les musulmans.

Conférence de moines bouddhistes birmans à Rangoon, le 13 juin 2013. Ils ont lancé un appel à la paix sans pour autant condamner explicitement les violences contre les musulmans.

AFP PHOTO / YE AUNG THU

En Birmanie, deux cents moines se sont retrouvés jeudi et vendredi pour discuter des tensions avec la minorité musulmane. En pleine ouverture, le pays est entaché de violentes émeutes religieuses depuis l’année dernière, émeutes souvent conduites par des moines. On est donc très loin des manifestations pro-démocratie de 2007, la fameuse «Révolution safran». Dans ce monastère de la campagne de Rangoon, les moines n’avaient donc qu’un mot à la bouche : la paix et l’harmonie entre les religions. Mais la réalité est plus compliquée.

Reportage à Rangoon de François Mérignac

Le clergé birman fait sa profession de foi. Agenouillés devant les plus hauts dirigeants religieux de la Birmanie, l’assemblée veut redorer une image bien écornée. Pour le jeune Ponya Thiris, la faute revient avant tout aux musulmans : « Ce sont eux qui créent les problèmes. Vous avez vu ce qui se passe en Birmanie, les violences qu’il y a ? Nous, nous voulons la paix ! Par contre, pour eux, je ne sais pas du tout ».

Certains participants ici proposent d’interdire le mariage entre bouddhistes et musulmans. Le moine Wissaydork préfère s’en tenir aux grands discours : « Nous ne voulons faire de mal à personne. Nous disons aux bouddhistes de rester pacifiques. Il faut trouver un moyen d’arriver à vivre tous ensemble dans notre pays ».

Beaucoup de ces moines ont sur leur portable un autocollant avec le chiffre 969. C’est le symbole d’un mouvement bouddhiste de plus en plus redouté. Pour le porte-parole de la conférence, Ashin Dhammapiya, 969 n’est pas le problème en soi : « En coulisses, des gens manipulent le mouvement 969 [“gouchaogo” en birman, ndlr]. Alors ça donne l’impression que des moines mènent les émeutes, qu’ils tuent, ou même violent. Ils veulent donner le sentiment qu’il y a un conflit religieux en Birmanie ». À cette réunion sur la paix entre l’islam et le bouddhisme, aucun leader musulman n’avait été invité.


juin 7 2013

Birmanie : Aung San Suu Kyi brigue la présidence

source : lemonde

 "Je veux être candidate à la présidence et je suis assez claire sur le sujet", a déclaré jeudi 6 juin 2013 la chef de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi.

“Je veux être candidate à la présidence et je suis assez claire sur le sujet”, a déclaré jeudi 6 juin la chef de l’opposition birmane, à deux ans des élections de 2015, considérées comme potentiellement le premier scrutin libre dans le pays depuis plus de cinquante ans.

La lauréate du prix Nobel de la paix était devenue députée en avril 2012 lors de législatives partielles, après quinze ans de privation de liberté sous l’ancienne junte. Elle avait plusieurs fois laissé entendre que sa candidature à la présidence était inévitable.

“Si je prétendais que je ne voulais pas être présidente, je ne serais pas honnête”, a ajouté Aung San Suu Kyi lors d’un discours devant le Forum économique mondial sur l’Asie de l’Est, organisé dans la capitale, Naypyidaw, devant près d’un millier de délégués venus de plus de cinquante pays pour ce “Davos asiatique”.

Elle a cependant rappelé que la Constitution actuelle interdisait à un Birman marié à un étranger de briguer le poste suprême. Or, son époux, Michael Aris, aujourd’hui décédé, était de nationalité britannique, tout comme leurs deux enfants. “Pour que je sois éligible à la présidence, la Constitution doit être amendée”, a-t-elle convenu.


juin 5 2013

La Birmanie va libérer ses «prisonniers de conscience»

source : liberation

Le président birman Thein Sein, le 29 avril 2013 à Bangkok.

Le président birman Thein Sein, le 29 avril 2013 à Bangkok. (Photo Nicolas Asfouri. AFP)

Le président Thein Sein, qui a engagé la réforme du pays, a promis cette mesure dans un avenir proche. Ceux qui se sont par ailleurs rendus coupables de crimes violents seront exclus de la mesure d’amnistie.

Par AFP

Le président birman Thein Sein, crédité de profondes réformes politiques depuis deux ans, a promis mardi la libération prochaine de tous les prisonniers de conscience, se défendant de l’exploitation de leur dossier comme monnaie d’échange diplomatique.

«Je veux qu’aucun authentique prisonnier de conscience ne soit en prison», a déclaré l’ancien général dans un discours à la radio, affirmant que tous ceux qui seraient considérés comme tels seraient «libérés bientôt».

«Ceux qui ont commis des crimes tels que des violences, un meurtre, un viol liés à la politique» seront en revanche écartés de toute amnistie, a-t-il précisé, une disposition qui pourrait exclure un certain nombre de rebelles des minorités ethniques. «Nous prenons le temps d’examiner les cas dans lesquels se mélangent des infractions criminelles et des infractions politiques».

Le gouvernement a libéré des centaines de prisonniers politiques en plusieurs phases, dans le cadre d’un puissant mouvement de réformes qui a aussi permis l’abolition de la censure, l’autorisation des manifestations et l’élection comme députée de l’opposante Aung San Suu Kyi. Ces prisonniers étaient évalués à quelque 2 000 personnes - journalistes, étudiants, avocats, moines, militants politiques - avant l’auto-dissolution de la junte, en mars 2011.

Le nombre de ceux qui restent encore derrière les barreaux reste sujet à discussion, mais des défenseurs des droits de l’Homme évoquent un chiffre autour de 200. Les autorités ont créé il y a quelques mois un comité en charge du dossier, notamment pour «définir» les prisonniers de conscience au sein de la population carcérale. Un organe dans lequel siègent plusieurs personnalités de l’opposition. Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi, a ainsi précisé à l’AFP le mois dernier qu’une liste de 142 prisonniers avait été proposée par le parti au comité.

Thein Sein a souvent été accusé par des organisations de défense des droits de l’Homme de faire des prisonniers de conscience une monnaie d’échanges avant les importantes échéances diplomatiques du pays. Une stratégie dont il s’est défendu mardi. «Nous ne voulons tirer aucun profit politique» de ce dossier, a-t-il affirmé, relevant que ces libérations participaient d’une nécessaire «réconciliation nationale».

L’ancien général a réussi à séduire l’Occident en tournant la page avec certaines des politiques les plus dures de la junte sortante. Après des décennies d’isolement total, il a obtenu la levée de la grande majorité des sanctions. Son équipe vient aussi de signer un cessez-le-feu préliminaire avec la rébellion de la minorité ethnique des Kachins, la dernière en activité, dans l’extrême nord du pays.

Mais ses réformes sont fragilisées par des violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans qui ont embrasé plusieurs régions du pays, sans que ses appels au calme ne soient entendus.