déc 31 2012

Mort de 54 migrants birmans: entre trois et dix ans ferme pour les trafiquants thaïlandais

source : rfi  article Arnaud Dubus

Un million de migrants birmans travaillent illégalement en Thaïlande.

Un million de migrants birmans travaillent illégalement en Thaïlande.

Getty Image / Paul Chesley

En Thaïlande, un tribunal de province a condamné ce vendredi 28 décembre à des peines comprises entre trois et dix ans de prison quatre Thaïlandais responsables de la mort en 2008 de 54 travailleurs migrants birmans. Ceux-ci avaient péri étouffés à l’arrière d’un camion. Il s’agit de la peine la plus lourde jamais infligée à des trafiquants de travailleurs migrants en Thaïlande.

L’affaire avait profondément choqué l’opinion thaïlandaise et internationale. En avril 2008, 121 travailleurs migrants birmans avaient été embarqués par un réseau de trafiquants thaïlandais dans un container à l’arrière d’un camion, entre le port frontalier de Ranong et l’île de Phuket où ils devaient être employés. A cause du système de ventilation du container cassé, 54 des passagers étaient morts par étouffement. Le chauffeur avait ignoré les tambourinements de leurs camarades destinés à l’alerter. Quatre Thaïlandais ont été condamnés ce vendredi à de lourdes peines de prison.

L’affaire est emblématique. Un million de Birmans travaillent en effet illégalement en Thaïlande, ce qui les expose à une exploitation cruelle par les trafiquants et par les employeurs. Le mois dernier, de jeunes Birmans ont été libérés d’une usine de transformation de fruits de mer, où ils devaient travailler dix-huit heures par jour, sept jours sur sept, pour un salaire de cinq euros par semaine. Les brutalités des propriétaires d’usine et les séquestrations de travailleurs sont monnaie courante. Elles sont facilitées par la corruption de la police.

Une visite par l’opposante birmane Aung San Suu Kyi en mai dernier dans une province de Thaïlande où travaillent des centaines de milliers de Birmans avait attiré l’attention de l’opinion internationale sur leur sort.


déc 29 2012

Les quotidiens privés bientôt autorisés en Birmanie

source : lemonde.fr

Dans le cadre de sa politique d’ouverture entamée il y a dix-neuf mois, le gouvernement birman a indiqué, vendredi 28 décembre que les quotidiens privés seraient de nouveau autorisés à paraître. Pour l’heure, seuls des journaux contrôlés par l’Etat, considérés souvent comme des feuilles de propagande, sont publiés.

Avant l’arrivée au pouvoir des militaires lors du coup d’Etat de 1962, le pays comptait plus d’une douzaine de quotidiens privés en plusieurs langues. “Nous pouvons dire qu’il s’agit du commencement de la troisième et dernière phase de la réforme des médias dans le pays, a déclaré un haut responsable du ministère de l’information. Nous recevrons les candidatures en février et je m’attends à ce qu’il y ait une douzaine de dossiers.”

Le gouvernement civil – formé d’anciens militaires – arrivé au pouvoir en mars 2011 a fait de la réforme des médias un des grands axes de sa politique de démocratisation.

“SECRETS D’ÉTAT”

Sous les militaires, chaque chanson, livre, dessin animé, article de journal ou projet artistique devait être validé par les organismes de censure à l’affût de tout message politique sous-jacent ou de critiques dirigées contre la junte.

L’assouplissement a commencé en juin 2011, avec la décision du ministère de l’information d’autoriser environ la moitié des hebdomadaires et mensuels privés de publier sans visa préalable de la censure. Il y a quatre mois, le ministère a supprimé officiellement toute forme de censure et les quotidiens d’Etat ont commencé à lancer de nouvelles formules.

En dépit de ces changements, une bonne dose d’autocensure devrait continuer à prévaloir tant que perdureront des dispositions comme la loi sur la transaction électronique, qui menace de quinze ans de prison la révélation de “secrets d’Etat” à la définition très floue.


déc 27 2012

Birmanie : Le président appelle à de nouvelles pratiques

source : leparisien

Le président birman, Thein Sein, a prôné mercredi une refonte des pratiques en Birmanie pour lutter contre la corruption et mettre en application les normes internationales de la bonne gouvernance.

Dix-neuf mois après avoir accédé au pouvoir, le chef de l’Etat, issu des rangs de l’armée, a engagé un mouvement de réformes politiques, démocratiques et sociales salué à l’étranger. Mais il estime que des améliorations d’importance doivent être apportées au fonctionnement de la bureaucrate afin de renforcer la démocratie et l’économie d’un pays encore considéré comme une destination risquée pour les investisseurs étrangers.

«Notre pays est encore loin des normes internationales»

«Lorsqu’on en vient aux indices de bonne gouvernance, notre pays est encore loin des normes internationales», a-t-il dit lors d’une réunion avec des ministres, des représentants de région et des hauts fonctionnaires diffusée à la radio et à la télévision. «Les caractéristiques d’un gouvernement propre et d’une bonne gouvernance nous font encore défaut: des réformes sont nécessaires depuis la base jusqu’aux strates de l’Etat», a-t-il ajouté.

Selon des diplomates occidentaux et des analystes, le gouvernement central est animé d’une véritable volonté réformatrice. Mais des questions se posent quant aux limites de son pouvoir d’influence sur les instances régionales et sur l’appareil bureaucratique. «Pour que prévalent les pratiques démocratiques et que se développe notre nation, il est nécessaire de changer le système de l’administration, de sorte que le peuple puisse participer et coopérer», a ajouté Thein Sein.


déc 14 2012

Birmanie : nouvelles interpellations de manifestants

source : liberation

Des moines bouddhistes birmans manifestent pour obtenir des plus amples excuses du pouvoir après la dispersion par la police d'un rassemblement contre une mine de cuivre chinoise, le 12 décembre 2012 à Mandalay

Des moines bouddhistes birmans manifestent pour obtenir des plus amples excuses du pouvoir après la dispersion par la police d’un rassemblement contre une mine de cuivre chinoise, le 12 décembre 2012 à Mandalay (Photo AFP)

La police birmane a de nouveau interpellé des manifestants qui réclamaient de plus amples excuses du pouvoir, après la dispersion par la force le mois dernier d’un rassemblement contre une mine de cuivre chinoise, ont indiqué des responsables vendredi.

“Des militants ont été interpellés pour interrogatoire” jeudi dans deux villes du centre du pays, a indiqué un responsable policier sous couvert de l’anonymat, notant qu’ils avaient participé à des défilés sans autorisation.

Les manifestations sont autorisées depuis quelques mois sous réserve du feu vert préalable des autorités, dans un pays transformé par des réformes spectaculaires depuis la dissolution de la junte en mars 2001.

Selon l’organisation All Burma Federation of Student Unions, huit personnes ont été arrêtées à Mandalay, deuxième ville du pays, et à Myingyan (centre).

“Les quatre arrêtées à Myingyan ont été relâchées sous caution” mais seront jugées pour avoir manifesté sans autorisation, a précisé un de ses responsables, Moe Htet Myay, ajoutant que les quatre de Mandalay n’avaient pas payé la caution pour être libérées.

Les proches de deux militants interpellés à Mandalay ont également indiqué ne pas avoir de nouvelles d’eux. “Vers 20h15 hier (jeudi), deux policiers sont venus chez nous et ont emmené (mon mari) pour lui poser des questions. Il n’est pas rentré depuis”, a indiqué à l’AFP Khet Khet Tin, épouse de l’un d’entre eux.

Des centaines de personnes, dont de nombreux moines, avaient déjà manifesté mercredi notamment à Rangoun et Mandalay, pour demander au régime de s’excuser directement auprès des dizaines de moines blessés lors de la dispersion des opposants à la mine de cuivre de Monywa (centre).

La semaine dernière, le ministre des Affaires religieuses Myint Maung avait demandé “pardon pour les moines et les novices blessés” devant des dignitaires religieux, selon la presse officielle. Mais il ne s’était pas excusé pour la répression elle-même.

La mine est gérée par une société mixte formée par un groupe chinois et une société appartenant à l’armée birmane. Les opposants au projet exigent son abandon et dénoncent notamment l’insuffisance des indemnisations des saisies de terres.

L’opération des forces de l’ordre avait été la plus violente depuis l’avènement du régime réformateur en mars 2011.

Huit autres personnes avaient été arrêtées puis libérées sous caution lors de précédentes manifestations liées à la mine.


déc 11 2012

Birmanie : “un pied dedans, un pied dehors”, le nouveau credo des médias exilés

source : lexpress

Loués pendant des années pour leur courage sous la junte, les médias exilés birmans et leurs journalistes longtemps clandestins rentrent peu à peu chez eux au grand jour. Au risque de se voir reprocher d’être désormais trop proches du nouveau régime.

Birmanie: "un pied dedans, un pied dehors", le nouveau credo des médias exilés

Des militants birmans manifestent devant l’ambassade de Birmanie à Bangkok pour réclamer la libération des détenus politiques et des journalistes dans leur pays, le 9 septembre 2011

afp.com/Nicolas Asfouri

La Democratic Voice of Burma (DVB), site internet et télévision basé à Olso, qui revendique une audience de 5 millions de personnes, a ouvert il y a quelques mois un bureau à Rangoun.

Et si elle l’a fait dans un appartement discret et sous un nom d’emprunt, ses journalistes sont désormais reçus officiellement par les plus hauts responsables du gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011.

Une situation inimaginable il y a un peu plus d’un an lorsque la presse officielle accusait chaque jour la DVB et d’autres médias étrangers comme la BBC de diffuser des “programmes meurtriers“.

Avant, je ne dormais jamais sur mes deux oreilles (…). Je pouvais être arrêtée, cela pouvait arriver n’importe quand“, raconte à l’AFP Hla Hla Win, vidéo reporter qui a passé deux ans et demi derrière les barreaux avant d’être relâchée en janvier avec des centaines d’autres prisonniers politiques.

J’ai été surprise par la nouvelle administration. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils autoriseraient ce genre de choses“, poursuit celle qui avait été condamnée à 20 ans d’emprisonnement.

Signe de ces temps nouveaux, l’Irrawaddy distribuera pour la première fois cette semaine sa version papier en Birmanie, tout en maintenant sa base en Thaïlande.

Notre stratégie, c’est un pied dedans, un pied dehors, parce que nous voulons maintenir notre indépendance éditoriale“, explique Aung Zaw, directeur du groupe.

Le pays est malgré tout encore loin de satisfaire aux critères d’une presse libre, comme en témoigne le planisphère de Reporters sans frontières accroché au mur du bureau de la DVB, où le pays apparaît toujours en noir, aux côtés notamment de la Corée du Nord ou de l’Iran.

Mais la censure a été abolie en août, l’opposante Aung San Suu Kyi et le président américain Barack Obama font la Une des magazines, et les journaux osent écrire sur des scandales de corruption. Et si des journalistes ont été poursuivis en justice, aucun n’a récemment été arrêté.

La nouvelle politique des médias exilés ne va pourtant pas sans critiques. Certains leur reprochent ainsi d’avoir sacrifié leurs principes.

Je suis déçu de voir que ces médias exilés +transplantés+ pratiquent désormais trop d’autocensure“, regrette ainsi Maung Maung Myint, de l’Association des médias birmans, qui représente principalement des journalistes en exil.

Dans certains cas, ils ont perdu leur impartialité (…). Le gouvernement joue avec eux“, ajoute-t-il, dénonçant un mélange des genres lorsque la DVB organise des séminaires pour le ministère de l’Information.

Le groupe a effectivement “formé du personnel” et organisé un voyage du ministère en Norvège pour “étudier le modèle scandinave“, a indiqué à l’AFP le ministre adjoint de l’Information, Ye Htut.

Mais “nous n’avons pas changé notre politique éditoriale“, rétorque Aye Chan Naing, rédacteur en chef de la DVB, qui va abandonner son siège d’Oslo tout en conservant ses studios en Thaïlande.

Ses journalistes ne font selon lui qu’appliquer les règles du métier en donnant la parole aux représentants du pouvoir qu’ils ne pouvaient approcher auparavant. “La situation en Birmanie permet désormais (…) d’interroger une personne, une entreprise ou une autorité qui est accusée“.

Rappelez-vous que nous ne sommes ni les porte-parole ou des militants ni de l’opposition, ni du régime“, insiste de son côté Aung Zaw.

Aye Chan Naing reconnaît toutefois que parler à des ministres qui les considéraient il y a peu comme des “ennemis” peut être “controversé“.

Mais “nous devons tous changer, pas seulement le gouvernement“, relève-t-il. “En tant que journaliste, nous devons séparer notre émotion personnelle de l’Histoire“.


déc 10 2012

Le magazine d’opposition autorisé en Birmanie

source : courrier international

La une du numéro de décembre du magazine The Irrawaddy.

La une du numéro de décembre du magazine The Irrawaddy.
Avec une couverture sur la visite officielle du président américain, le magazine The Irrawaddy va pour la première fois être distribué officiellement en Birmanie, annonce le site Internet de ce journal créé par d’anciens étudiants ayant fui la répression contre les manifestations de 1988. Produit à Chiang Mai depuis 1993, le titre circulait sous le manteau à l’intérieur du pays. Reconnu pour ses enquêtes et ses éditoriaux, The Irrawaddy s’est imposé peu à peu comme une source fiable d’informations sur les événements majeurs en Birmanie.

L’un des fondateurs du principal parti d’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), Win Tin, se souvient même d’avoir réussi à le lire durant ses dix-neuf années de détention. “Il était introduit clandestinement avec des numéros de Newsweek et du Time“.

La version papier avait disparu depuis décembre 2011, l’équipe s’étant concentrée sur le développement du site Internet. Kyaw Zwa Moe, rédacteur en chef de la version anglaise, se réjouit à l’idée de voir les lecteurs pouvoir enfin lire le magazine en public dans son pays. “La distribution de ce premier numéro permettra de tester la détermination du gouvernement envers la liberté de la presse et le processus de réforme, car nous n’avons pas changé, explique Kyaw Zwa Moe, et nous continuerons à couvrir les sujets sensibles et d’importance pour le peuple birman.”


déc 7 2012

Birmanie : l’ONU inquiète pour des centaines de milliers de déplacés

source : romandie.com

L’ONU s’est inquiétée vendredi de la situation humanitaire critique de centaines de milliers de personnes déplacées à travers la Birmanie par des violences communautaires ou par des combats entre armée et rebelles de minorités ethniques.

Alors que nous sommes à un moment de changements positifs dans le pays, les besoins humanitaires ont augmenté, et c’est une inquiétude majeure, a déclaré Valerie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations unies responsable des questions humanitaires, à l’issue d’une visite de quatre jours dans le pays.

Au total, la Birmanie compte près d’un demi million de déplacés qui ont besoin d’assistance, a-t-elle relevé.

Quelque 300.000 personnes ont été déplacées au cours des années par des conflits entre l’armée et divers groupes rebelles à l’est, à la frontière avec la Thaïlande.

Mais Valerie Amos a surtout souligné le calvaire des déplacés plus récemment dans l’Etat Rakhine (ouest) et dans l’Etat Kachin (extrême nord), deux régions où elle s’est rendue.

A l’ouest, quelque 115.000 personnes, en grande majorité des membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas, ont été déplacées par deux vagues de violences entre bouddhistes et musulmans, en juin et en octobre.

Après sa visite en début de semaine, la responsable onusienne avait souligné les conditions terribles dans lesquelles vivent certains d’entre eux dans des camps surpeuplés aux conditions sanitaires déplorables.

Dans d’autres camps, une aide de base a pu être fournie mais je m’inquiète de l’avenir, a-t-elle ajouté vendredi.

Les enfants ne vont pas à l’école depuis parfois six mois, les hommes ne peuvent pas subvenir aux besoins de leur famille, et il y a un sentiment général de désespoir.

En Etat Kachin, où elle était jeudi, au total quelque 75.000 personnes ont dû fuir leurs maisons depuis la reprise de combats en juin 2011 entre l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) et l’armée birmane.

Mais depuis près de six mois, l’ONU n’a pas pu aider près de 40.000 personnes, parce que nous ne sommes pas autorisés à entrer dans les zones contrôlées par la KIA, a-t-elle déploré, appelant le gouvernement à leur donner enfin la permission de retourner dans ces zones.

Les stocks des partenaires locaux sont en train de s’épuiser et avec les mois d’hiver qui approchent, faire entrer plus d’approvisionnement est critique.

Le gouvernement d’anciens militaires réformateurs qui a succédé à la junte dissoute en mars 2011 a entamé l’an dernier des négociations avec les groupes rebelles des minorités ethniques dont beaucoup n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948.

Il a conclu des cessez-le-feu avec plusieurs d’entre eux. Mais les négociations avec les Kachins n’ont pour l’instant rien donné.

Valerie Amos, qui a également rencontré le président Thein Sein, a appelé le gouvernement de manière générale à accroître ses efforts pour faire face à ces situations humanitaires critiques. Cela sauvera des vies et aidera à restaurer la paix et la stabilité.


déc 5 2012

Birmanie : dans les bidonvilles de Rangoun, la frustration des pauvres

source : lepoint.fr

Le gouvernement a lancé des chantiers économiques, notamment en promulguant une loi encadrant les investissements étrangers. Mais leur impact ne sera pas visible à court terme pour les plus défavorisés du pays, lui-même l'un des plus pauvres de la planète.Le gouvernement a lancé des chantiers économiques, notamment en promulguant une loi encadrant les investissements étrangers. Mais leur impact ne sera pas visible à court terme pour les plus défavorisés du pays, lui-même l’un des plus pauvres de la planète.
Dans le bidonville de Shwe Paukan, à Rangoun, le verdict des habitants est sans appel: rien n’a changé depuis l’arrivée du nouveau régime. Et les attentes déçues de ces pauvres parmi les pauvres font peser un risque social non négligeable sur le processus de réformes en Birmanie.

“Nous n’avons pas senti le changement dont tout le monde parle”, constate simplement Ni Ni Win, 27 ans, qui gagne environ 3 dollars par jour dans une usine de recyclage de plastique.

“Je pense que cela n’a touché que le sommet de la société”, poursuit celle dont la bicoque de bambou est construite sur pilotis, dans un bidonville du nord de l’ancienne capitale inondé chaque mois pendant les grandes marées.

Mais au moins la mère de famille et ses voisins ont-ils le droit d’être là. Quelques kilomètres plus loin, près du centre-ville, 400 à 500 personnes vivent illégalement à Aung Mingalar, bidonville coincé entre une rivière et des terrains de stockage de troncs de teck qui servent de toilettes à ciel ouvert.

Ko Ko, 46 ans, vit dans la peur de l’expulsion. “Nous ne vivons pas ici parce que nous le voulons” mais “parce que nous ne pouvons pas nous payer un endroit pour vivre”, explique-t-il.

Au milieu du squat, les détritus se mélangent à la terre, des vêtements sèchent sur des barbelés. Des viscères de poissons macèrent dans des bidons. Les habitants vendront plus tard cette mixture nauséabonde aux éleveurs de poulets.

L’ONU-Habitat estime qu’au moins 40% des quelque 5 millions d’habitants de Rangoun sont “pauvres ou extrêmement pauvres”, obligés de survivre “au jour le jour”, souvent dans des logements insalubres ou des installations illégales.

“Rien n’a été fait depuis 20 ans”, commente Michael Slingsby, spécialiste en développement urbain pour l’agence onusienne. Et s’il note une récente prise de conscience des autorités, les actions concrètes sont rares.

“Elles manquent de ressources plus que d’intérêt pour faire quelque chose”, poursuit-il, regrettant que les bailleurs de fonds étrangers négligent la pauvreté urbaine dans un pays où officiellement, 26% des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont une grande majorité en zone rurale.

De la frustration à la colère

Après plus d’un an de réformes politiques spectaculaires, le président Thein Sein a promis en juin une deuxième vague axée sur l’économie, avec l’espoir de réduire la pauvreté à 16% d’ici 2015.

Le gouvernement a lancé des chantiers économiques, notamment en promulguant une loi encadrant les investissements étrangers. Mais leur impact ne sera pas visible à court terme pour les plus défavorisés du pays, lui-même l’un des plus pauvres de la planète.

La frustration pourrait alors se transformer en colère. “C’est potentiellement l’un des principaux problèmes auquel pourrait avoir à faire face le processus de réformes”, insiste Slingsby.

“Des manifestations de mécontentement sur la pauvreté vont se produire”, prédit également Win Htein, député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi. “Mais pas au point de menacer le gouvernement”.

En 2007, une révolte menée par les moines bouddhistes avait été initiée par la colère contre la vie chère avant de devenir politique. Elle avait été réprimée dans le sang.

Mais depuis quelques mois, les manifestations ont été légalisées. Et au printemps, un mouvement contre les coupures de courant chroniques, pourtant non autorisé, s’était déroulé sans encombre dans plusieurs villes du pays.

Contrastant avec les années noires de la junte, la réponse du nouveau régime a été “appropriée”, note Sean Turnell, économiste à l’université de Macquarie en Australie. Mais “il y a toujours un danger”.

Ni Ni Win, elle, refuse d’attendre. Elle a pris son destin en main au sein d’un groupe d’épargne mis en place par l’ONU-Habitat à Shwe Paukan.

Chacune des 14 femmes du groupe place 1.100 kyats (1,30 dollar) chaque semaine dans une boite de métal cadenassée, dans l’espoir que leur pécule grossisse suffisamment pour, un jour, leur permettre de lancer leur propre affaire.

“Elles espèrent que leur rêve devienne réalité”, explique Win Kyi, 64 ans, leader du groupe. Mais sans compter sur le gouvernement. “Nous ne vivrons pas dans l’attente”.