nov 30 2012

Birmanie : Aung San Suu Kyi réclame des excuses après une manifestation réprimée

source : lepoint.fr

La chef de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi a réclamé vendredi des excuses aux autorités, après la répression violente d’une manifestation d’opposants à une mine de cuivre chinoise, un dossier dans lequel elle a entamé des efforts de médiation.

Les images de moines bouddhistes brûlés grièvement et gisant sur leur lit d’hôpital ont rappelé aux Birmans les violences commises par la junte dissoute il y a un an et demi, et soulevé des questions sur la capacité du nouveau régime à répondre aux attentes croissantes de la population.

“Nous savons que les chefs de la police sont responsables de ce qui s’est passé, mais nous devons savoir pourquoi ils l’ont fait. Personne n’est satisfait de ça”, a déclaré Suu Kyi à la presse à Monywa, ville proche de la mine.

“Je pense que les moines bouddhistes méritent des excuses”.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la police avait mis fin par la force au rassemblement sur le site de quelque 300 moines, villageois et étudiants qui exigeaient l’abandon du projet, dénonçant notamment l’insuffisance des compensations financières pour les saisies de terres.

Selon Myo Thant, un cadre de l’organisation pro-démocratie Génération 88, environ 100 personnes ont été blessées. Une trentaine a été hospitalisée et “huit sont dans un état critique”, a-t-il ajouté.

Les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau et gaz de nature indéterminée. Mais le gouvernement a rejeté les accusations de médias locaux et de militants assurant que la police avait utilisé des armes chimiques.

Quelque 200 moines, dont beaucoup blessés la veille, ont organisé un sit-in vendredi à Mandalay (centre) pour dénoncer la répression.

“Nous demandons au gouvernement de s’excuser auprès des moines blessés d’ici cinq jours”, a déclaré à l’AFP Thawbita, un organisateur, promettant des manifestations similaires dans tout le pays dans le cas contraire.

La mine de cuivre, située près de Monywa dans la Division de Sagaing (nord), est gérée par une société mixte formée par le groupe chinois Wanbao et la société appartenant à l’armée Myanmar Economic Holdings.

Suu Kyi a entamé ses efforts de médiation jeudi, lors d’une visite prévue avant l’intervention de la police pendant laquelle elle a rencontré tous les protagonistes.

“Je veux que le problème (…) soit résolu de façon pacifique (…) Je crois que je réussirai si les gens m’accompagnent pour trouver une solution”.

“Elle nous a dit de demander ce qui était possible (…), plutôt que de réclamer l’impossible”, a indiqué Khin Mar Thin, une villageoise de 35 ans.

Suu Kyi n’a pas en tout cas exigé l’arrêt pur et simple du projet. “Nous pouvons évaluer la situation seulement si le projet n’est pas arrêté”, a-t-elle estimé vendredi, en référence à une commission d’enquête du parlement.

Une position qui pourrait en partie satisfaire Pékin, qui a plaidé pour la poursuite des opérations. “Les questions de relogement, de compensation, de protection de l’environnement et de partage des profits concernant le projet ont été réglées par les négociations” en amont du projet, a assuré l’ambassade de Chine à Rangoun.

Pékin a profité des décennies de dictature pour étendre son influence sur la Birmanie, en particulier sur son appareil économique. Mais le changement de régime modifie la carte géopolitique et l’opposition de la population à certains des grands projets chinois se fait de plus en plus vive.

Suu Kyi a fait preuve de la plus grande prudence sur ce dossier. La Birmanie doit être “amie” avec son voisin, a-t-elle estimé, tout en relevant n’avoir “jamais considéré la Chine comme notre bienfaiteur”.


nov 29 2012

Birmanie : des dizaines de manifestants blessés par la police

source : lenouvelobs

Des dizaines de manifestants qui occupaient une mine de cuivre dans le nord-ouest de la Birmanie ont été blessés jeudi lors d’une opération de police. Les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau, entre autres, pour disperser les moines bouddhistes et les villageois protestataires, à quelques heures de l’arrivée de l’opposante Aung San Suu Kyi, venue entendre leurs doléances.

Selon une infirmière de l’hôpital de Monywa, 27 moines et une autre personne ont été hospitalisés pour des brûlures causées par des projectiles. Deux des moines plus gravement blessés ont été envoyés à l’hôpital à Mandalay, la deuxième ville du pays, à 2h30 de route.

Les autres manifestants évacués se sont rassemblés dans un temple bouddhiste à environ 5km de l’entrée de la mine.

Les protestataires, qui ont installé six campements autour de la mine de Letpadaung près de Monywa, estiment que l’exploitation de la mine provoque des problèmes d’environnement, de santé et des problèmes sociaux. La répression qui s’est abattue sur eux, et en particulier sur les moines, pourrait transformer l’opération en fiasco pour le président Thein Sein, prompt à se féliciter de la transition démocratique en Birmanie.

“C’est inacceptable”, déclare Ottama Thara, un moine de 25 ans qui participe au mouvement. “Ce type de violences ne devraient pas arriver sous un gouvernement qui dit être engagé dans des réformes démocratiques.”

Entreprise chinoise et armée birmane

La mine de Letpadaung est exploitée par une entreprise chinoise et un groupe contrôlé par l’armée birmane. Le mouvement, qui a débuté en août dernier, a entraîné l’arrêt de l’exploitation de la mine le 18 novembre dernier, date de l’occupation de la zone, avait déclaré le ministère de l’Intérieur birman dans un communiqué.

Le gouvernement birman avait donné l’ordre aux manifestants de quitter les campements mardi soir à minuit. Certains ont obéi mais d’autres, dont une centaine de moines, sont restés sur les lieux mercredi.

“Vers 2h30 (jeudi), la police a annoncé qu’elle nous laissait cinq minutes pour partir”, raconte Aung Myint Htway, un agriculteur dont la peau est recouverte de brûlures. Ce producteur de cacahuètes ajoute que la police a utilisé des canons à eau avant de tirer avec des pistolets lance-fusées. “Ils ont tiré des balles noires qui explosaient en flamèches. Ils ont tiré environ six fois. Les gens se sont mis à courir et ils nous ont suivis”, relate l’homme, se tordant de douleur à cause de sa peau brûlée.

L’opposante Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, avait prévu de se rendre dans cette région reculée du pays pour entendre les manifestants. Ces derniers réclament que le projet de mine “soit totalement arrêté” et demandent que toute concession soit rendue publique, devant les médias.


nov 28 2012

Birmanie : des opposants à une mine de cuivre défient le gouvernement

source : lenouvelobs

Des centaines de moines bouddhistes et villageois, qui occupent une mine de cuivre dans le nord-ouest de la Birmanie, ont défié l’ordre du gouvernement de quitter le site d’ici à mercredi. Ils exigent l’arrêt du projet.

Les manifestants, qui ont installé six campements autour de la mine de Letpadaung près de Monywa, estiment que l’exploitation de la mine provoque des problèmes d’environnement, de santé et des problèmes sociaux. Mardi soir, la télévision officielle avait diffusé un communiqué ordonnant aux contestataires de cesser l’occupation de la mine d’ici à mercredi sous peine d’action légale. Cette mine est exploitée par une entreprise chinoise et une entreprise contrôlée par l’armée birmane.

“Nous n’arrêterons pas”

“Nous condamnons fortement l’ordre du ministère de l’Intérieur d’hier soir”, a déclaré Thwe Thwe Win, une des responsables du mouvement de protestation. “Nous n’arrêterons pas notre action tant que nous n’aurons pas été entendus”.

Les manifestants réclament que le projet de mine “soit totalement arrêté” et demandent que toute concession soit rendue publique, devant les médias.

Ce mouvement, qui a débuté en août dernier, a entraîné l’arrêt de l’exploitation de la mine le 18 novembre dernier, date de l’occupation de la zone, précise le communiqué du ministère de l’Intérieur. L’opposante Aung San Suu Kyi a d’ailleurs prévu de se rendre sur place jeudi prochain pour entendre les doléances des manifestants, ce qui devrait attirer l’attention sur cette action qui se déroule dans une région reculée du pays. La présence du prix Nobel de la Paix devrait également accentuer la pression sur le gouvernement du président Thein Sein, qui a des intérêts financiers dans l’affaire.

Après l’annonce du gouvernement, certains villageois ont quitté les lieux, a avancé Win Kyawt Hmu, un manifestant contacté par téléphone. D’après ce dernier, un millier de personnes sont présentes dans les six campements, dont au moins 300 moines bouddhistes.


nov 22 2012

La Birmanie, une zone d’influence chinoise à réinventer

source : lepoint.fr

"L'alignement plus ou moins forcé sur la Chine des années 1990 est en train d'être corrigé par Naypyidaw", assure Renaud Egreteau, de l'université de Hong Kong. "Il est clair que le temps du monopole est bien fini. Celui de la forte influence ne l'est pas".“L’alignement plus ou moins forcé sur la Chine des années 1990 est en train d’être corrigé par Naypyidaw”, assure Renaud Egreteau, de l’université de Hong Kong. “Il est clair que le temps du monopole est bien fini. Celui de la forte influence ne l’est pas”.
L’ouverture politique de la Birmanie et les ambitions désormais débridées qu’y revendiquent notamment les Etats-Unis, vont obliger la Chine à repenser sa stratégie, après avoir exercé sur son voisin une domination écrasante pendant des décennies.

Fini le temps où Pékin, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pouvait soustraire la junte aux sanctions onusiennes. Finie, aussi, l’époque où l’Occident interdisait investissements et commerce avec un pays paria, laissant le champ libre aux Asiatiques pour acheter le gaz birman et écouler leurs produits.

Depuis mars 2011, la junte a transmis le pouvoir à un gouvernement d’anciens militaires qui a multiplié les réformes. Désormais, le régime de Naypyidaw n’est plus pestiféré, comme en a témoigné de façon spectaculaire la visite lundi de Barack Obama, premier président américain à se rendre à Rangoun.

Un changement d’ère que Pékin n’ignore pas. “L’alignement plus ou moins forcé sur la Chine des années 1990 est en train d’être corrigé par Naypyidaw”, assure Renaud Egreteau, de l’université de Hong Kong. “Il est clair que le temps du monopole est bien fini. Celui de la forte influence ne l’est pas”.

A Pékin, certains s’agacent de l’offensive américaine, proclamée avec emphase il y a un an lors de la visite de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

“L’Amérique utilisera d’autres moyens non-militaires pour ralentir ou empêcher l’essor de la Chine”, écrivait en juillet Yuan Peng, de l’Institut chinois des relations internationales contemporaines, l’accusant d’”enfoncer un coin dans les relations de la Chine avec la Corée du Nord, le Pakistan et la Birmanie”.

“Si la Birmanie gagne en soutiens internationaux, la Chine aura besoin d’une plus grande habileté diplomatique”, tempère de son coté Chen Qi, professeur à l’université Tsinghua de Pékin, convaincu que les liens bilatéraux ne seront pas “déracinés du jour au lendemain”.

Et ce qui est valable en diplomatie l’est aussi sur le plan économique: la fin du monopole irrite passablement les commerçants chinois qui étaient en Birmanie chez eux.

“Ils n’ont connu aucune compétition pendant plus de deux décennies sous la dictature. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient”, résume Aung Kyaw Zaw, 63 ans, un intellectuel dissident birman installé sur la frontière.

Même déconvenue chez les grands groupes: en septembre 2011, le président Thein Sein a suspendu les travaux d’un immense barrage contesté, bâti par les Chinois et dont la production électrique leur était destinée.

La décision, saluée en Occident comme le signe d’une écoute inhabituelle du régime vis-à-vis de son opinion, a marqué un tournant.

Car pendant plus de vingt ans, souligne le chercheur Josh Gordon de l’université de Yale, les Chinois ont entretenu d’excellentes relations avec le pouvoir birman sans entrer en contact avec la société civile ni les populations locales.

La nouvelle donne les oblige à repenser ces méthodes, d’autant que “la Birmanie a une culture politique xénophobe, et cela exacerbe sa réaction face à l’influence chinoise”.

Mais le géant saura rebondir. “Les projets chinois d’infrastructures et de grande ampleur vont peut-être baisser en proportion, au fur et à mesure que d’autres acteurs vont entrer en jeu”, analyse Gordon. “Mais les Etats-Unis ne sont pas près de s’emparer du marché des chaises en plastique”.

Ce pays de quelque 60 millions d’habitants restera encore longtemps inondé de produits de consommation chinois. Et Mandalay, plus grande ville du centre du pays, restera sous la coupe des commerçants chinois qui dominent les circuits de distribution.

Mais les observateurs soulignent que le géant asiatique aurait tort de ne craindre que la seule menace américaine. Le Japon a lui aussi rouvert le robinet de l’aide et prend pied dans les grands projets industriels. Mais sans les tambours américains.

“Si on regarde les chiffres, il est clair que le Japon est l’acteur silencieux mais qui monte”, assure Sean Turnell, de l’université australienne de Macquarie.


nov 19 2012

Aung San Suu Kyi reçoit Obama à Rangoun

source : leparisien

Aung San Suu Kyi a reçu ce lundi Barack Obama dans sa maison familiale où elle est restée 15 ans en résidence surveillée.

Aung San Suu Kyi a reçu ce lundi Barack Obama dans sa maison familiale où elle est restée 15 ans en résidence surveillée.
C’est une visite historique. a été, ce lundi, le premier américain en exercice à poser le pied en Birmanie. Il a été accueilli par une foule en liesse à son arrivée à Rangoun, dans un aéroport embelli par des légions de balayeurs et de peintres et décoré de drapeaux américains qui représentaient encore récemment l’ennemi absolu.

La prudence d’Aung San Suu Kyi

Avec cette visite, Washington veut récompenser les efforts du régime de Naypyidaw, la libération de centaines de prisonniers et les négociations avec les groupes rebelles des minorités ethniques. Barack Obama a ensuite rencontré la figure démocratique Aung San Suu Kyi dans la demeure où elle a passé 15 ans en résidence surveillée.

Les deux lauréats du prix Nobel de la paix (1991 et 2009) s’étaient déjà rencontrés brièvement en septembre, à la Maison Blanche. Ce lundi, Aung San Suu Kyi est restée prudente quant au succès des réformes : «Le moment le plus difficile dans une transition est quand le succès est en vue. Nous devons alors faire très attention de ne pas être trompés par le mirage du succès», a-t-elle prévenu. Obama a pour sa part rappelé le «soutien dévoué» des Etats-Unis.

44 prisonniers politiques libérés

En venant rendre visite à cette icône démocratique à Rangoun, Barack Obama entend soutenir publiquement les réformes politiques en cours. Le président réélu a été célébré comme une «légende», un «héros» en Birmanie. Des écoliers en chemise blanche et longyi vert, la tenue traditionnelle locale, étaient massés le long des trottoirs, scandant parfois joyeusement «Amérique». Plus spontanés, des dizaines de milliers de badauds tentaient d’immortaliser l’instant.

La militante et prix Nobel s’était indignée la semaine dernière de l’«énorme tragédie internationale» que sont les violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans dans l’ouest de la Birmanie. Aung San Suu Kyi appelait ainsi jeudi à mettre un terme à l’immigration illégale à la frontière avec le Bangladesh. En septembre à Washington, elle faisait entendre sa voix pour la libération des Pussy Riot, les trois chanteuses punk emprisonnées en Russie.


nov 14 2012

Birmanie : nouvelle amnistie annoncée avant la visite d’Obama

source : romandie.com

Une nouvelle libération de prisonniers va être décrétée en Birmanie, à quelques jours de la visite historique du président américain, ont indiqué mercredi des responsables birmans à l’AFP, sans préciser si des prisonniers politiques seraient concernés.

L’annonce sera publiée demain (jeudi) dans le journal officiel, a déclaré Zaw Htay, porte-parole de la présidence. Un autre responsable a ajouté sous couvert de l’anonymat que 450 détenus seraient concernés.

Aucun des deux n’a précisé si des prisonniers politiques seraient parmi les bénéficiaires de cette nouvelle amnistie.

Cette annonce intervient alors que Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre en Birmanie, est attendu lundi à Rangoun. Le président tout juste réélu doit rencontrer le président Thein Sein et la leader de l’opposition Aung San Suu Kyi.

Cette visite va renforcer la détermination du président Thein Sein à poursuivre les réformes, avait estimé il y a quelques jours Zaw Htay, pour qui la décision d’Obama devait être interprétée comme son soutien concret au processus de démocratisation.

Obama avait le premier décidé en 2009 de rouvrir le dialogue avec la junte alors au pouvoir, dans l’espoir de la convaincre de faire des réformes.

Depuis, la junte a cédé le pouvoir en mars 2011 à un gouvernement d’anciens généraux qui a multiplié les réformes, libérant des centaines de prisonniers politiques et permettant le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, désormais députée.

Du coup, les Etats-Unis ont mis fin en juillet à la plupart des restrictions sur leurs investissements en Birmanie, y compris dans le gaz et le pétrole. Washington a également annoncé la volonté de lever l’embargo sur les produits birmans.

La dernière amnistie, dont des dizaines de prisonniers politiques ont bénéficié, avait eu lieu en septembre alors que Suu Kyi venait d’entamer une tournée historique aux Etats-Unis et juste avant un déplacement de Thein Sein à New York.

Des défenseurs des droits de l’Homme avaient alors estimé que ces nouvelles libérations avaient été programmées pour que le président birman ait une bonne nouvelle à annoncer à ses interlocuteurs américains.

Le nombre de prisonniers politiques encore derrière les barreaux en Birmanie n’est pas clair. L’opposition évoquait avant l’amnistie de septembre 300 personnes, mais certains groupes assuraient que ce chiffre était plus élevé.

Selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques de Birmanie (AAPP), basée en Thaïlande, il y a encore au moins 283 détenus politiques.

En juin, lors de son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix qui lui avait été attribué en 1991, Suu Kyi avait insisté pour la libération de tous les détenus politiques.

Un prisonnier d’opinion est un de trop (…). S’il vous plaît, souvenez-vous d’eux et faites tout ce qui est en votre pouvoir pour parvenir au plus tôt à leur libération inconditionnelle, avait-elle plaidé.


nov 13 2012

Birmanie : 26 morts dans le séisme de dimanche

source : lenouvelobs

Le séisme qui a touché le centre de la Birmanie dimanche a fait 26 morts et 12 disparus, a indiqué mardi à l’AFP un responsable de la Croix-rouge birmane, multipliant par deux le précédent bilan alors que la région était encore l’objet de fortes secousses.

Au total, 231 personnes ont été blessées, a ajouté Aung Kyaw Htut, secrétaire général adjoint de l’organisation en Birmanie.

Un tremblement de terre initial de magnitude 6,8 s’est produit dimanche au lever du jour à une centaine de kilomètres au nord de Mandalay, deuxième ville du pays. Et plusieurs autres secousses, dont une de 5,8, ont eu lieu depuis dans la région, entretenant la panique des habitants.

La dernière en date, mardi matin, a été recensée par l’Institut américain de géophysique (USGS) à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale Naypyidaw, d’une magnitude de 4,8.

Aung Kyaw Htut, qui n’a pu préciser combien de personnes étaient sans abri depuis dimanche, a indiqué que plus de 250 maisons avaient été détruites et 22 hôpitaux, 137 édifices religieux, des dizaines de bâtiments officiels et 4 écoles endommagés.

“Nous fournissons des bâches à certaines des victimes” qui doivent être hébergées dans des abris temporaires, a-t-il ajouté.

Le précédent bilan de l’ONG Save the Children faisait état de 13 morts et 40 blessés admis dans des hôpitaux. Un bilan officiel datant de dimanche, évoquait de son côté sept morts, quatre disparus et des dizaines de blessés.

Des journalistes de l’AFP a pu lundi se rendre dans la ville de Thabeikkyin, près de l’épicentre, où les communications étaient perturbées. Les patients de l’hôpital étaient soignés sous des tentes de crainte que de nouvelles répliques.

Le président Thein Sein avait transmis lundi soir ses condoléances aux victimes de la catastrophe et promis que le gouvernement ferait “de son mieux pour les secours et le relogement dans la zone”, tout en coopérant avec “toutes les organisations internationales”.

L’ONU s’est de son côté dit prête à soutenir les opérations de secours aux sinistrés dans la mesure de ses possibilités, alors qu’elle est déjà engagée, depuis juin, dans des efforts humanitaires importants dans l’ouest du pays où plus de 110.000 personnes ont été déplacées par des violences communautaires.

Le pays est frappé occasionnellement par des secousses telluriques, notamment dans cette région traversée par la fracture de Sagaing, qui parcourt le centre du pays du nord au sud. En mars 2011, une secousse de 6,8 dans l’Etat Shan, près de la frontière avec la Thaïlande et le Laos, avait tué 75 personnes.


nov 9 2012

Birmanie : Etat de droit et nettoyage ethnique

source : mediapart

«Aung San Suu Kyi est sans nul doute la Birmane à laquelle les minorités font le plus de confiance. Mais (…) cette confiance est menacée par son relatif silence sur les violations des droits de l’homme commises par l’armée birmane.» Frédéric Debomy, ancien président d’Info Birmanie, à l’origine du dialogue entre Aung San Suu Kyi et Stéphane Hessel, publié dans le livre Résistances (éditions Don Quichotte).

Le 1er avril 2012, des élections législatives partielles étaient organisées en Birmanie. Elles permirent à des membres de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) de la lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, de devenir pour la première fois députés. Désormais, nombreux sont les Birmans qui attendent le scrutin de 2015: il verra le renouvellement de la majorité des sièges du parlement. La victoire de la LND est probable, qui pourrait entraîner la désignation d’Aung San Suu Kyi comme chef de l’Etat. Certes, cela ne pourra se faire sans un amendement constitutionnel, la loi exigeant que le conjoint et les parents proches du président soient de nationalité birmane: or l’époux d’Aung San Suu Kyi, décédé en 1999, était britannique, ainsi que ses deux fils.

Supposons que cette difficulté soit levée et la «dame de Rangoun» à même d’assumer les plus hautes responsabilités de l’Etat: tous les problèmes de la Birmanie seront-ils pour autant résolus?

La place des minorités

Rien n’est moins sûr: outre qu’il serait naïf de penser que la démocratisation du pays pourrait être le fruit de la seule victoire de la LND, celle-ci est actuellement loin d’être prête à assumer le pouvoir. Direction vieillissante (les quarantenaires et cinquantenaires font largement défaut), manque de formation, répartition inégale de ses militants sur le territoire national sont au nombre des difficultés que doit affronter le parti.

Mais il y a plus inquiétant: le processus d’ouverture politique à l’œuvre en Birmanie, initié à la surprise générale par le régime à l’été 2011, n’a pas empêché que se poursuivent les affrontements entre les groupes armés issus des minorités nationales et l’armée birmane. Certes, des accords de cessez-le-feu ont été signés avec un certain nombre de groupes armés, mais ils demeurent fragiles. Ils sont en outre insuffisants pour assurer une paix durable. Enfin, les négociations du pouvoir avec la rébellion kachin n’ont abouti à aucun accord, et les affrontements armés se poursuivent dans le nord de la Birmanie.

Or, ceux qui se sont intéressés à la Birmanie le savent: il n’y aura pas de stabilité dans ce pays tant que les minorités nationales (qui constituent environ un tiers de la population) ne seront pas satisfaites du rôle et de la place qui leur sont accordées. Si Aung San Suu Kyi a été considérée par beaucoup d’observateurs (dont l’auteur de ces lignes) comme la personne la plus à même de favoriser l’unité nationale, c’est en raison de l’attention qu’elle a toujours porté aux revendications des minorités, qui souhaitent bénéficier d’une certaine autonomie administrative, culturelle et linguistique dans les territoires où elles sont établies. Le premier discours de la «dame» au parlement, le 19 juillet 2012, a été le reflet de cette préoccupation: «Pour devenir une véritable Union démocratique […], avec des droits égaux et un respect mutuel, j’appelle tous les membres du Parlement à discuter de la mise en place des lois nécessaires pour protéger les droits égaux des groupes ethniques».

Aung San Suu Kyi est sans nul doute la Birmane à laquelle les minorités font le plus de confiance. Mais cette confiance a ses limites, et sa popularité chez les minorités est loin d’atteindre la popularité dont elle bénéficie chez les Birmans. Cette confiance est même menacée par son relatif silence sur les violations des droits de l’homme commises par l’armée birmane dans l’Etat kachin. Un silence qu’elle observe également vis-à-vis de la crise dans l’Etat d’Arakan (frontalier du Bangladesh).

Violences dans l’Arakan

Le 28 mai dernier, une jeune femme bouddhiste était violée et assassinée et le crime attribué à trois membres de la minorité rohingya. Cet événement fut le déclencheur de violences dont les Rohingya furent les principales victimes. Cette minorité musulmane est considérée par l’ONU comme l’une des plus persécutées au monde: privés de citoyenneté, les Rohingya sont apatrides dans leur propre pays. Le rejet dont ils sont l’objet n’est pas le seul fait du régime: l’hostilité à leur encontre est partagée par une large partie de la population qui, refusant de les considérer comme des compatriotes,  les désigne par le terme «bengalis». La haine des Rohingya est en train de s’étendre à l’ensemble des musulmans de Birmanie, dont les Kamans. Face à cette situation, Aung San Suu Kyi est demeurée presque silencieuse jusqu’au début novembre, se contentant d’évoquer la nécessité que les lois sur la citoyenneté soient en phase avec le droit international et d’inciter la majorité bouddhiste à faire preuve de tolérance envers les minorités religieuses.

Pressée de s’exprimer sur des violences ayant entraîné le déplacement de plus de 100 000  personnes et la destruction d’environ 4 600 maisons, la lauréate du prix Nobel de la paix a tardivement justifié sa neutralité: «J’exhorte à la tolérance mais je ne crois pas que quiconque devrait user de son autorité morale, si vous voulez appeler cela ainsi, pour promouvoir une cause particulière sans se pencher véritablement sur les sources des problèmes […] Je sais que les gens attendent de moi que je m’engage pour l’une ou l’autre des parties, aussi chacun est déçu parce que je ne le ferai pas.» Si les «deux parties» -Arakanais bouddhistes et Rohingya– ont souffert des violences dans l’Etat d’Arakan, leur situation n’est pourtant pas équivalente. C’est pourquoi Tomás Ojea Quintana, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Birmanie, s’est dit «écoeuré» de la façon dont la communauté rohingya était traitée, évoquant la «discrimination endémique» dont elle était l’objet.

Epuration ethnique

L’émissaire onusien a interrogé le comportement du gouvernement birman face à cette crise: «Il est pour moi clair qu’il y a au sein du gouvernement un groupe de jusqu’au-boutistes qui s’emploie à appliquer cette politique de discrimination au travers de mesures concrètes à l’encontre des Rohingya […] Ma préoccupation est que je ne sais pas ce qu’est la position du président Thein Sein sur cette question.» Tomás Ojea Quintana a certes été informé de la volonté du gouvernement de mettre en œuvre une politique d’intégration des Rohingya, mais il note l’absence de mesures concrètes: «il ne s’agit», précise-t-il, «que de déclarations.»

Tun Khin, un militant rohingya établi en Grande-Bretagne, va plus loin. Il estime que le gouvernement a la capacité de faire cesser les violences: «Ils ont l’une des forces militaires les plus importantes de l’Asie du Sud-est ainsi que des forces de police et de sécurité parmi les plus redoutées de la région. Le fait est qu’ils permettent aux violences de se poursuivre parce que cela sert leur agenda.» Tun Khin rappelle notamment que le président Thein Sein avait demandé à la communauté internationale de l’aider à expulser les Rohingya de Birmanie: «La proposition la plus courante a été que l’on enferme les Rohingya dans des camps jusqu’à ce qu’ils puissent être déportés. C’est ce qui est en train de se passer au nez et à la barbe de la communauté internationale. Thein Sein n’est pas si stupide: il n’envoie pas ses propres soldats attaquer et enfermer les Rohingya. Il permet aux civils de le faire, les incite à le faire, et ainsi échappe aux reproches s’agissant de ce qui se passe. Il s’agit pourtant bien de sa politique.»

Face au nettoyage ethnique, la neutralité d’Aung San Suu Kyi

De fait, la situation dans l’Etat d’Arakan, décrite par Aung San Suu Kyi comme relevant d’un affrontement entre communautés, s’apparente de plus en plus à de l’épuration ethnique. Le renvoi dos à dos des parties paraît dès lors peu acceptable. Pour Tomás Ojea Quintana, la crise en Arakan «ne doit pas être l’occasion d’exclure de façon permanente une communauté indésirable». Aung San Suu Kyi partage-t-elle les préjugés d’une partie du mouvement démocratique à l’encontre des Rohingya? Pour avoir abordé le sujet avec elle en septembre 2011, lors d’une entrevue à son domicile, je répondrais que non. La dissidente trouvait d’ailleurs paradoxal que les Birmans puissent à la fois jalouser le printemps arabe et être habités de préjugés à l’encontre des musulmans. Mais elle ne se prononçait pas sur la citoyenneté des Rohingya.

Aung San Suu Kyi évite-t-elle de prendre position sur un sujet sensible par souci de préserver une popularité dont elle a grand besoin? Doit-elle composer, au sein de son parti, avec des collègues aux préjugés ancrés? En septembre 2011, la dirigeante de la LND m’expliquait qu’elle comptait aborder la question sensible des Rohingya par le prisme d’un discours général sur l’Etat de droit. Lorsqu’elle évoque, aujourd’hui, la nécessité de se pencher véritablement sur les sources des problèmes lorsqu’on interroge son relatif silence sur la crise dans l’Arakan, c’est à l’absence d’un véritable Etat de droit en Birmanie qu’elle renvoie. Certains députés de la LND ont tenu ce même discours qui fait l’impasse sur la discrimination spécifique qui vise les Rohingya. Comment l’expliquer? Le parti a-t-il choisi de regarder ailleurs, le temps que s’accomplisse cette politique d’exclusion définitive des Rohingya du pays ? Leur stratégie, alors, ne serait pas très différente de celle prêtée au président Thein Sein par Tun Khin : une politique du fait accompli. Ou Aung San Suu Kyi souhaite-t-elle simplement attendre que la crise actuelle soit passée pour agir en faveur de la reconnaissance des droits des Rohingya ? En ce cas : ne sera-t-il pas déjà trop tard ?

Et le désire-t-elle seulement ? Le communiqué de la LND consacré aux événements d’Arakan, le 24 octobre, n’est pas rassurant : rien ne saurait en effet justifier que le parti y ait utilisé le terme « bengalis » pour parler des Rohingya. Un choix de vocabulaire qui n’a rien de neutre.


nov 5 2012

Birmanie : Barroso veut l’arrêt des violences et offre une aide humanitaire

source : lenouvelobs

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a appelé samedi à Rangoun à l’arrêt des violences entre bouddhistes et musulmans dans l’ouest de la Birmanie et s’est engagé à fournir une aide humanitaire, à l’issue d’un entretien avec le président birman Thein Sein.

Plus de 110.000 personnes ont été déplacées depuis les premières violences intercommunautaires en juin dans l’Etat Rakhine, qui ont repris depuis octobre et provoqué la fuite de près de 30.000 autres. De nombreuses personnes de part et d’autre ont été tuées et leur maison brûlée.

La plupart des déplacés sont des Rohingyas, une minorité musulmane apatride décrite par l’ONU comme l’une des communautés les plus persécutées de la planète, et considérée par beaucoup de Birmans comme illégale.

“On est profondément inquiet par ces événements (…) On espère que tous les responsables appelleront à la retenue”, a déclaré M. Barroso dans un discours dont le texte a été communiqué à Bruxelles.

“L’Union européenne (UE) est prête à mobiliser quatre millions d’euros (5 millions de dollars) pour une aide humanitaire immédiate, à condition que l’accès à la zone concernée soit garanti”, a-t-il ajouté.

M. Barroso s’exprimait lors de la visite d’un centre pour la paix flambant neuf à Rangoun.

L’UE a apporté 700.000 euros pour la construction de ce centre destiné à faciliter “le dialogue entre tous ceux qui sont concernés par les processus de paix ethniques en Birmanie”, précise un second communiqué de la Commission.

Ce premier apport sera complété dans les semaines ou les mois à venir par “une enveloppe significative, également au bénéfice des communautés ethniques”, souligne le texte. Au total, l’UE contribuera à hauteur de 30 millions d’euros au processus de paix en 2013.

Depuis la dissolution de la junte en mars 2011, le gouvernement dit “civil” du président Thein Sein a entamé des négociations avec les groupes rebelles des minorités ethniques dont beaucoup n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948.

Il a conclu des cessez-le-feu avec plusieurs d’entre eux. Mais les négociations avec les Kachins (l’une des ethnies de l’Etat de Kachin, au nord du pays) n’ont pour l’instant rien donné.

L’UE a déjà promis 150 millions d’euros en 2012-2013 pour accompagner les réformes en Birmanie. Et Bruxelles devrait accroître son aide de façon “significative” à partir de 2014, a laissé entendre le président de la Commission, selon Andreas List, le représentant de l’UE en Birmanie.

M. Barroso s’est entretenu avec le président Thein Sein et l’ex-dissidente Aung San Suu Kyi.

Celle-ci a appelé à la tolérance et à l’arrêt des violences entre bouddhistes et musulmans mais s’est refusée à prendre position malgré les critiques de militants des droits de l’Homme.

“J’exhorte à la tolérance mais je ne pense pas qu’on doive utiliser son autorité morale, si vous voulez l’appeler ainsi, pour défendre une cause particulière sans chercher à connaître vraiment les racines du problème”, a déclaré la prix Nobel de la paix à la BBC.


nov 3 2012

Birmanie : dans les camps de déplacés, la peur le dispute à la faim

source : lenouvelobs

Les déplacés s’entassent jour après jour en amenant avec eux leur lot d’angoisses mais sans nourriture, ni eau ni médicaments. Dans les camps de l’ouest birman en proie à des violences communautaires meurtrières, une grave crise humanitaire est en marche.

Plus de 100.000 personnes ont été déplacées depuis les premières violences en juin entre bouddhistes et musulmans en Etat Rakhine, sur la frontière avec le Bangladesh. Un tiers d’entre eux ont fui les affrontements des derniers jours.

La plupart sont des Rohingyas, une minorité musulmane apatride décrite par l’ONU comme l’une des communautés plus persécutées de la planète, et considérée par beaucoup de Birmans comme illégale.

Mais même les membres de l’ethnie bouddhiste rakhine, qui jouissent pourtant de la liberté de mouvement, ont faim.

“Nous n’avons pas assez à manger”, explique Phyu Ma Thein (femme), déplacée rakhine réfugiée dans un monastère bouddhiste. “Le supérieur nous a donné un bol de riz mais nous n’avons pas de casseroles ni d’assiettes. Nous n’avons rien. Nous essayons juste de survivre”.

La situation menace de s’aggraver, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR), qui a annoncé cette semaine que “les camps déjà surpeuplés (avaient) dépassé leurs capacités en terme d’espace, d’abris et d’approvisionnement de base tel que nourriture et eau”.

“Les prix alimentaires ont doublé dans la zone et il n’y a pas assez de médecins pour traiter les malades et les blessés”.

Dans les camps de Rohingyas, la misère est absolue. Après des décennies de persécutions diverses et de restrictions de l’accès à la santé et à l’éducation, les dernières violences ont tué tout espoir.

Selon Refugees International (RI), un quart des enfants dans les camps de déplacés étaient déjà mal nourris avant les dernières violences. “Les conditions dans les camps sont aussi mauvaises, sinon pires, que dans l’est du Congo et au Soudan”, estime ainsi Melanie Teff, chercheur pour l’ONG.

“Les taux de malnutrition infantiles sont effrayants (…). Si de l’aide supplémentaire n’arrive pas rapidement, on comptera des morts qui n’étaient pas inévitables”.

Dans des myriades de villages isolés, des dizaines de milliers d’autres Rohingyas vivent dans des conditions à peine plus enviables. La région est susceptible de connaître à tout instant une nouvelle flambée de violences. Donc un nouvel exode de déplacés vers des camps déjà au bord de la rupture.

Au-delà de la pénurie, les ONG gèrent un traumatisme psychologique terrible. “Ils ont perdu leurs maison dans les incendies. Les enfants ne peuvent pas être laissés sans surveillance comme avant, donc ils sont déprimés”, explique Moe Thadar, employée de la Croix-Rouge.

Et l’avenir ne s’annonce pas meilleur. Après des décennies à vivre ensemble malgré les préjugés et le racisme ordinaire, Rakhines et Rohingyas ne veulent plus cohabiter.

De plus en plus ouvertement, les Rakhines exigent le départ de ceux qu’ils considèrent comme des immigrés illégaux, même si certains sont là depuis trois générations.

“Aujourd’hui, l’absence d’espoir est totale pour les Rohingyas. Ils ont été rejetés dans de nombreux pays. Ils ont souffert partout”, constate Mélanie Teff, en réclamant de la communauté internationale une politique urgente et cohérente sur le long terme.

Au large de Sittwe, la capitale de l’Etat Rakhine, des bateaux profitent de la nuit pour prendre la fuite. Mais l’issue n’est pas celle qu’ils attendaient: quelque 130 Rohingyas sont portés disparus depuis le naufrage dimanche d’un navire qui tentait de gagner la Malaisie, dernier eldorado des Rohingyas depuis que le Bangladesh s’est mis à les refouler.

Des dizaines d’autres bateaux transportant des déplacés venus de zones frappées par les violences ont tenté d’accoster à Sittwe en début de semaine. Les autorités ne les ont pas laissé faire, a constaté l’AFP.

“Un homme a besoin d’un endroit pour dormir et manger”, explique Myint Oo, un déplacé musulman qui a tout perdu. “Si vous ne pouvez manger et dormir, c’est pire que de mourir”.