sept 30 2012

Birmanie : le président “accepterait” qu’Aung San Suu Kyi lui succède

source : lenouvelobs

Le président birman Thein Sein a indiqué qu’il ne s’opposerait pas à ce qu’Aung San Suu Kyi lui succède si le peuple le souhaitait, tout en relevant qu’il n’avait pas le pouvoir de changer seul la Constitution pour permettre à l’opposante d’accéder au poste suprême.

“Cela dépend du peuple. Si le peuple accepte (Suu Kyi), je devrai l’accepter. (…) Nous travaillons ensemble maintenant, il n’y a pas de problème entre nous”, a déclaré le chef de l’Etat dans une interview à la BBC dimanche.

Le parti de la chef de file de l’opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), est donné favori pour les élections législatives de 2015, après avoir raflé 43 des 44 sièges qu’il a brigués lors des partielles d’avril dernier.

Mais Suu Kyi est la veuve d’un Britannique et la mère de deux enfants britanniques ce qui, en vertu de la Constitution de 2008, l’empêche de prétendre à la présidence.

Thein Sein a donc précisé qu’il n’avait pas le pouvoir, seul, de décider de modifier la Constitution et s’en est remis au parlement. “Amender la Constitution ne peut être fait par moi seul”, a-t-il déclaré. “Les parlementaires et le peuple doivent soutenir” une éventuelle réforme.

Il a aussi souligné que l’armée, qui dispose d’office d’un quart des sièges au parlement et qui a dirigé le pays pendant un demi-siècle, jusqu’en avril 2011, conserverait un rôle important dans le pays.

“La Constitution définit clairement la responsabilité de l’armée”, a-t-il relevé. “Nous ne pouvons exclure l’armée de la politique”.

Selon un porte-parole de la LND, le parti “salue chaleureusement” les déclarations du président Thein Sein et assure vouloir également ancrer la légitimité présidentielle dans la Constitution.

“Si telle est la position réelle du président (Thein Sein), nous devrons amender certains points de la Constitution”, a souligné Ohn Kyaing à l’AFP.

Concernant le rôle de l’armée, le porte-parole a rappelé que l’ancien ministre de la Défense, Hla Min, avait déjà laissé entrevoir une réduction de sa représentation au parlement “le moment venu”.

Le président Thein Sein avait rendu cette semaine un hommage marqué à la prix Nobel de la paix devant les Nations unies, saluant “ses efforts en faveur de la démocratie”.

“Elle était dans l’opposition mais maintenant c’est une collègue”, a-t-il insisté dimanche. “Nous travaillons tous pour le pays”.

Le chef de l’Etat a convaincu la communauté internationale de sa sincérité en multipliant les réformes depuis un an et demi, notamment en libérant des centaines de prisonniers politiques et en permettant à Suu Kyi de réintégrer le jeu politique légal.

Il a obtenu la suspension ou la levée de la plupart des sanctions occidentales.


sept 27 2012

Le président birman félicite Aung San Suu Kyi pour son action

source : liberation

Thein Sein peu après son discours à la tribune des Nations unies, le 27 septembre 2012.

Thein Sein peu après son discours à la tribune des Nations unies, le 27 septembre 2012. (Photo Lucas Jackson. Reuters)

Nouveau signe de l’avancée de l’ouverture politique en Birmanie, le chef de l’Etat a salué l’action de l’opposante Aung San Suu Kyi.

Le président birman Thein Sein a rendu mercredi un hommage sans précédent à l’opposante Aung San Suu Kyi, la «félicitant» devant l’Assemblée générale de l’ONU pour ses «efforts en faveur de la démocratie».

«En tant que citoyen birman, je voudrais la féliciter pour les honneurs qu’elle a reçus dans ce pays en reconnaissance de ses efforts en faveur de la démocratie», a-t-il déclaré, en référence à la visite que Aung San Suu Kyi effectue parallèlement aux Etats-Unis, où elle a reçu la médaille d’or du Congrès américain. Il a également affirmé qu’il s’efforçait de «mettre totalement fin» au conflit entre l’armée birmane et les rebelles kachins, qui fait rage de nouveau depuis juin 2011 dans l’extrême nord du pays après 17 ans de paix.

http://video.liberation.fr/video/4d1623dca50s.html

Aung San Suu Kyi, désormais députée, a été accueillie avec tous les honneurs aux Etats-Unis et s’est entretenue avec le président américain Barack Obama dans le Bureau ovale. Les relations entre le chef de l’Etat birman et la dirigeante de l’opposition et Prix Nobel de la Paix n’ont cessé de s’améliorer depuis un an et demi. Elles sont considérées comme essentielles au bon déroulement des profondes réformes engagées en Birmanie par Thein Sein depuis la dissolution de la junte en mars 2011.

Depuis un an et demi, le gouvernement «civil» de Thein Sein a notamment libéré des centaines de prisonniers politiques et signé des cessez-le-feu avec plusieurs groupes rebelles des minorités ethniques. Il a également permis le retour au cœur du jeu politique de Suu Kyi, après quinze années en résidence surveillée. L’icône de la démocratie en Birmanie, députée depuis avril, milite depuis pour la poursuite des réformes et la levée des sanctions internationales. Les Etats-Unis ont annoncé mercredi la levée de l’embargo américain sur les produits birmans.

Thein Sein a souligné dans son discours que son gouvernement avait signé «dix accords de cessez-le-feu avec des groupes armés» de différentes ethnies et que les négociations avec les Kachins allaient «continuer pour parvenir à un accord de paix final qui mettrait totalement fin aux hostilités».

Le gouvernement et l’Armée pour l’indépendance de l’Etat kachin ont eu plusieurs sessions de pourparlers et selon le président Thein Sein, les deux camps «s’efforcent de renforcer les mesures de confiance» prises. «Nous considérons toute perte humaine et matérielle des deux côtés dans ce conflit comme une perte pour le pays», a-t-il affirmé.


sept 26 2012

Birmanie : Le droit de manifester mis en pratique

source : 20minutes

Un an et demi après le départ de la junte au profit d’un régime «civil», il est devenu possible de manifester en Birmanie, un droit que les villageois expérimentent avec ardeur face aux projets industriels qui empiètent sur leurs terres.

A Monywa, dans la division de Sagaing (centre), des centaines de villageois dénoncent depuis des semaines la confiscation de leurs terres par une mine de cuivre sino-birmane et les risques de pollution liés au projet. «Nous commençons seulement à oser dénoncer nos souffrances car nous avons entendu dire que nous pouvions nous exprimer normalement grâce au changement de gouvernement», a expliqué à l’AFP Myat Thaung, père de famille de 38 ans. «Nous n’osions pas nous plaindre quand les dirigeants étaient des militaires».

Pendant un demi-siècle, quiconque manifestait contre l’ordre établi était promis à la prison. Mais la junte a cédé le pouvoir en mars 2011 à d’anciens militaires crédités depuis de profondes réformes. Une loi a été votée fin 2011 autorisant les manifestations sous réserve d’autorisation préalable. Et le président Thein Sein a suspendu un immense projet de barrage chinois très impopulaire dans le nord du pays. Du coup, les Birmans s’enhardissent.

Les manifestations de Monywa «témoignent d’une confiance grandissante chez les citoyens birmans de ce que les réformes leur autorisent à s’organiser, manifester et se défendre», a souligné cette semaine le cabinet de consultant Vriens & Partners dans un rapport. En mai, des centaines de manifestants à Rangoun ont ainsi dénoncé les coupures de courant. Et les ouvriers sont de plus en plus nombreux à cesser le travail pour exiger de meilleurs salaires.

A quelques kilomètres de Monywa, les habitants du village de Kankone Gyi combattent pour leur part une usine d’acide sulfurique qu’ils accusent de provoquer des problèmes respiratoires. Jamais, depuis cinq ans, ils n’avaient osé s’en plaindre. Mais ils ont alerté leur député sur la question. «A cause de la fumée qui sort de l’usine, nous ne pouvons pas respirer”, se désole Khin San. «A chaque fois qu’elle fonctionne, nous souffrons». Au moins, elle a le droit le dire.

Phyo Min Thein, député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, a reçu 86 plaintes de villageois de sa seule circonscription pour des problèmes d’expropriation. Une commission sera chargée de les instruire.

«C’est la première fois depuis 1962 que le parlement enquête sur les droits des paysans et du public», relève-t-il, en référence au premier coup d’Etat militaire. «Nous ne savons pas quel sera le résultat mais nous devons faire le maximum pour le peuple». Certains villageois disent avoir été forcés à signer des accords défavorables et l’une des clés, explique-t-il, sera de faire connaître les nouvelles lois aux Birmans, qui «apprendront au fur et à mesure que notre société va s’ouvrir».

Pour se faire, la société civile se mobilise à l’image de «Génération 88», groupe issu du mouvement populaire réprimé par la junte (3.000 morts) en 1988. Ses leaders ont été libérés de prison et se sont engagés dans les conflits sociaux.

Les villageois «ont gardé leurs souffrances pour eux pendant des années. Mais une certaine transparence a été obtenue et ils commencent à comprendre comment se battre pour leurs droits», a expliqué Kyaw Min Yu alias «Jimmy», militant de G88 venu à Monywa aux côtés des manifestants. «Les deux parties doivent faire attention de ne pas se menacer. Celui qui a le pouvoir doit tout particulièrement faire preuve de retenue».

L’apprentissage, de fait, est tout aussi nécessaire du côté du pouvoir que chez les villageois. Forces armées, police et autres milieux d’affaires doivent prendre conscience de leurs nouvelles limites. «Sans règle de droit, ça peut devenir l’anarchie», prévient le député Phyo Min Thein, qui craint un coup d’Etat militaire si la colère populaire devient incontrôlable. «Il faut que nous fassions tous très attention à respecter la voie démocratique».


sept 24 2012

Visite historique du président birman aux Etats-Unis

source : lenouvelobs

Le président Thein Sein, auréolé des profondes réformes politiques qu’il a engagées, a quitté la Birmanie lundi pour une visite historique aux Etats-Unis, un voyage qui coïncide avec celui de l’opposante Aung San Suu Kyi, accueillie la semaine dernière avec tous les honneurs.

L’ancien général, qui dirige le pays depuis la dissolution de la junte en mars 2011, doit se rendre à l’Assemblée générale de l’ONU à New York et rencontrer des responsables américains, même si aucune discussion avec le président Barack Obama n’a été annoncée pour l’instant.

“Le voyage va ouvrir un nouveau chapitre avec la communauté internationale”, a commenté lundi Zaw Htay, un responsable du bureau présidentiel. “Il doit expliquer le processus de réformes du pays, ce que le gouvernement a fait et ce qu’il va faire”, a-t-il ajouté, précisant qu’il rencontrerait la secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

Depuis un an et demi, le gouvernement “civil” de Thein Sein a notamment libéré des centaines de prisonniers politiques et signé des cessez-le-feu avec plusieurs groupes rebelles des minorités ethniques.

Il a également permis le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, après quinze années en résidence surveillée.

La lauréate du prix Nobel de la paix, députée depuis avril et désormais libre de ses mouvements, a entamé la semaine dernière une tournée triomphale aux Etats-Unis où elle s’est entretenue avec Obama dans le célèbre bureau ovale.

Le centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington a plaidé pour que le président Obama rencontre aussi son homologue birman afin de ne pas minimiser son “rôle courageux” dans les réformes.

Mais même si rien de tel n’est prévu, Thein Sein, qui se rend pour la première fois aux Etats-Unis en tant que chef de l’Etat, n’a pas d’autre choix que d’accepter d’être moins bien traité que la chef de l’opposition, estiment d’autres experts.

“Même si Suu Kyi a été reçue avec le tapis rouge, Thein Sein doit aller aux Etats-Unis parce qu’il y a beaucoup en jeu. La Birmanie veut désespérément la levée des sanctions américaines”, souligne Pavin Chachavalpongpun, de l’université de Kyoto.

Washington a mis fin à la plupart des restrictions sur ses investissements en Birmanie, y compris dans le gaz et le pétrole. Un nouvel ambassadeur est en poste depuis juillet, une première depuis 22 ans, et Thein Sein a été retiré de la liste noire des personnalités du pays faisant l’objet de sanctions.

Mais le Congrès a prolongé l’embargo sur les importations birmanes.

La semaine dernière, le régime de Naypyidaw a libéré une nouvelle vague de prisonniers politiques dont pourra se faire valoir Thein Sein. Human Rights Watch avait jugé cette décision “programmée” pour que le président arrive avec “une bonne nouvelle” aux Etats-Unis.

Il est pourtant sans doute trop tôt pour espérer une levée complète des sanctions. Notamment parce que, selon Pavin, les Américains “veulent garder certaines cartes comme monnaie d’échange”.

Ils réclament en particulier la libération de tous les prisonniers politiques et la fin des violences contre les minorités ethniques.

Thein Sein devra à cet égard s’expliquer sur l’échec des négociations avec les Kachins, dans l’extrême-nord du pays, et sur le sort réservé aux Rohingyas, une minorité musulmane apatride au coeur de violences communautaires qui ont fait des dizaines de morts depuis juin, dans l’ouest.

Il est notamment accompagné par deux hommes-clés des négociations de paix, le ministre aux Affaires frontalières le général Thein Htay, et le ministre de l’Immigration Khin Yi.


sept 23 2012

Aung San Suu Kyi, une icône mais pas d’expérience du pouvoir

source : leparisien

Aung San Suu Kyi demeure plus que jamais le visage birman de la lutte pour la démocratie, mais elle devra s'entourer de figures technocratiques compétentes pour jouer pleinement son rôle dans les années à venir, estiment les analystes.

Aung San Suu Kyi demeure plus que jamais le visage birman de la lutte pour la démocratie, mais elle devra s’entourer de figures technocratiques compétentes pour jouer pleinement son rôle dans les années à venir, estiment les analystes. | Stan Honda
Aung San Suu Kyi demeure plus que jamais le visage birman de la lutte pour la , mais elle devra s’entourer de figures technocratiques compétentes pour jouer pleinement son rôle dans les années à venir, estiment les analystes.
L’accueil triomphal de la lauréate du prix Nobel de la paix aux Etats-Unis confirme une stature internationale inégalée. Mais cette image ne suffira pas forcément lors des législatives de 2015, et au delà, pour lui assurer une fonction politique à la hauteur des attentes qui pèsent sur ses épaules.

La chef de l’opposition, formée à Oxford, a passé plus de 15 années sur 22 coupée du monde, en résidence surveillée, tandis que ses compagnons de lutte étaient en prison. Et elle ne dispose pas de l’entourage nécessaire, pour l’instant, pour assumer le pouvoir.
Sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) se résume à sa personnalité et son charisme d’un côté, et une implantation populaire énorme de l’autre, résume un diplomate étranger. “Mais entre les deux, il n’y a rien”.
“Ce n’est pas un parti de notables, et ce n’est pas un parti de masse car il n’y a pas de programme”, ajoute-t-il. “Il y a toutes les chances qu’elle ait une majorité relative en 2015, mais ce ne sera pas le grand soir”.
La figure de proue de l’opposition, libérée fin 2010, a d’ores et déjà opéré une mutation spectaculaire.
Ex-ennemie publique numéro un de la junte, elle s’est rapprochée des généraux réformateurs qui ont succédé à cette dernière en mars 2011. Et elle est devenue députée, chef du premier parti de l’opposition, en acceptant de légitimer les réformes du Thein Sein.
Mais au sein du , l’opposante et ses 41 collègues de la LND n’ont pu dissimuler leur inexpérience des questions économiques, notamment dans les débats sur la loi sur les investissements étrangers.
Ils “n’ont pas d’expérience dans les affaires”, constate Myat Thin Aung, un entrepreneur influent.
Un certain nombre de députés du parti majoritaire, l’USDP, sont des hommes d’affaires expérimentés. Mais ceux de la LND “n’ont pas de vision économique” car “dans l’opposition, beaucoup étaient en prison”, ajoute ce membre de la chambre de commerce et de l’industrie de Birmanie.
Et s’il se réjouit du rôle de Suu Kyi pour la conquête des libertés publiques, il espère un gros travail de son entourage sur le plan économique. “Ils peuvent travailler pour nous s’ils nous écoutent”.
Il n’est pas le seul à soulever le problème. Même dans les rangs de l’opposition, où les références à Suu Kyi sont empreintes de respect, pointe une certaine inquiétude.
Les instances dirigeantes de la LND sont dominées par les compagnons de la première heure. Beaucoup sont octogénaires et pas forcément les mieux placés pour réformer le pays.
Même si Suu Kyi leur a renouvelé sa confiance et si les députés de la LND disent se sentir à leur aise dans leurs nouvelles fonctions, c’est bien une nouvelle génération de militants qui devra prendre le relais lorsque la “Dame”, âgée de 67 ans, prendra ses distances avec la politique.
“La LND devrait se réformer pour permettre à la jeunesse de participer au processus”, réclame Zaw Thet Htwe, journaliste et ancien prisonnier politique.
Et comme pour doucher les rêves de certains, il rappelle que la constitution empêche Suu Kyi, veuve d’un Britannique et mère de deux étrangers, de devenir chef de l’Etat. “Suu Kyi ne peut pas être présidente à cause de la constitution”, tranche-t-il. “Nous devons abandonner cette idée. Ce n’est pas possible”.
Il incombe donc à l’opposante de prendre conscience du vide qui demeure autour d’elle. La prochaine échéance sera le scrutin de 2015, au cours duquel chacun lui reconnaît un rôle majeur. Mais la démocratie suppose qu’aux personnalités succèdent des appareils capables de bâtir une stratégie de développement.
“Les années passant, certaines personnalités vont peu à peu s’effacer”, prévient Aung Tun Htet, un intellectuel respecté de Rangoun. La question, c’est comment s’assurer que les générations qui arrivent vont travailler ensemble”.



sept 21 2012

Birmanie : manifestations pour la paix dans l’État kachin

source :lepoint

Des centaines de personnes se sont rassemblées vendredi à Rangoun pour réclamer la paix dans l’État kachin, dans l’extrême nord de la Birmanie, où les combats se poursuivent entre la rébellion et l’armée. Certains manifestants, qui avaient bravé l’interdiction de la police pour cette Journée internationale de la paix, portaient des tee-shirts bleus sur lesquels on pouvait lire “Arrêtez la guerre civile”. D’autres brandissaient des pancartes “une balle = un repas”, “Arrêtez de gaspiller l’argent du peuple” et “Nous voulons la paix”.

Le conflit entre l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA) et l’armée birmane a repris en juin 2011 après 17 ans de trêve. Il a provoqué l’exode de dizaines de milliers de personnes, une sérieuse ombre au tableau des réformes accomplies par le nouveau régime depuis la dissolution de la junte en mars 2011. “Nous avons besoin de la règle de droit pour obtenir la paix. Quand nous aurons la paix, nous aurons le développement”, a déclaré Nay Myo Zin, un responsable de l’organisation Myanmar Social Development network.

Les manifestants punis ?

Des manifestants avaient prévu de partir à l’aube dans des bus pour la capitale Naypyidaw, mais ils en ont été empêchés par les forces de l’ordre. Les manifestations sont désormais autorisées en Birmanie mais soumises à une demande préalable. Dans les faits, elles sont rarement acceptées par les forces de l’ordre. Des militants ont à cet égard indiqué craindre des arrestations. “La police a dit que nous serions poursuivis car nous avons manifesté sans autorisation”, a indiqué Khin Sandar Nyunt, une organisatrice.

La police a confirmé de son côté son intention d’engager des mesures coercitives. “Ils ont manifesté sans permission donc nous allons les poursuivre”, a déclaré le major Myint Htwe. Ils sont passibles d’un an de détention. Le gouvernement, dirigé par d’anciens militaires réformateurs, a entamé l’an dernier des négociations avec les groupes rebelles des minorités ethniques dont beaucoup n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948.

Des troupes pas entièrement contrôlables

Il a conclu des cessez-le-feu avec plusieurs d’entre eux. Mais les négociations avec les Kachins n’ont pour l’instant rien donné. Un porte-parole de la rébellion avait demandé au gouvernement de “cesser de lancer des offensives dans l’État kachin”, un ordre officiellement déjà donné à l’armée par le président Thein Sein en début d’année. Mais Aung Min, ministre auprès de la présidence, considéré comme un des hommes-clés dans les négociations avec les Kachins, a reconnu cette semaine que les troupes n’étaient pas entièrement contrôlables par le gouvernement.

“Je ne peux pas personnellement faire se retirer les troupes. Je ne peux assumer que mes responsabilités dans les questions politiques et économiques”, a-t-il déclaré dans un entretien au site d’information birman en exil Irrawaddy. “Le retrait est quelque chose qui doit être décidé par les commandants des deux armées”.


sept 20 2012

Birmanie: malgré la fin annoncée de la censure, un hebdo attaqué en diffamation

source : lexpress

En Birmanie les responsables de l’hebdomadaire privé The Voice Weekly ont annoncé avoir été inculpés jeudi pour diffamation contre le ministère des Mines que le journal avait accusé de fraudes, quelques semaines après l’abolition officielle de la censure dans le pays.

Birmanie: malgré la fin annoncée de la censure, un hebdo attaqué en diffamation

Un journaliste birman porte un t-shirt pour la liberté de la presse, le 23 août 2012 à Rangoun

afp.com/Soe Than Win

Citant des parlementaires anonymes, le journal avait écrit que le Bureau de l’auditeur général, équivalent de la Cour des comptes, avait découvert des fraudes dans quatre ministères dont celui des Mines, qui l’avait attaqué en justice.

Le tribunal a accepté le chef d’accusation” de diffamation, a expliqué le rédacteur en chef du titre, Kyaw Min Swe, inculpé en compagnie de son éditeur. Une décision qui intervient plusieurs semaines après une audience au cours de laquelle le ministère avait accusé le journal d’avoir nui à sa “dignité“.

Le dossier est considéré comme emblématique de la lutte pour la liberté de la presse dans un pays bouleversé depuis un an et demi par de profondes réformes politiques.

Plusieurs journalistes emprisonnés ont été libérés ces derniers mois, comme d’autres prisonniers politiques, au fur et à mesure que le régime qui a succédé à la junte militaire en mars 2011 multipliait les gestes d’ouverture. Fin août, la censure sur les médias a même été officiellement abolie.

L’organisation Reporters sans frontières continue pour autant de classer le pays au 169e rang sur 179 en en matière de liberté de la presse. Les journalistes estiment qu’une véritable liberté de la presse ne passera que par une profonde réforme législative qui devra garantir leurs droits.

La loi est actuellement en cours de préparation.

Le procès, dont la prochaine audience sur le fond aura lieu le 5 octobre, “nuit au processus de réforme et à l’image du gouvernement“, a déclaré Thein Nyunt, avocat de The Voice Weekly et député d’un petit parti d’opposition.

Juste avant l’abolition de la censure, The Voice Weekly et un autre titre avaient été suspendus pour n’avoir pas soumis certains articles à la censure préalable.

Cette décision avait fait descendre dans la rue des dizaines de journalistes qui craignaient que le régime ne revienne sur ses promesses. La suspension avait pris fin au bout de 15 jours.


sept 19 2012

Malgré le processus de paix, le fléau de la drogue reste intact en Birmanie

source : lenouvelobs

Le processus de paix entre rébellions ethniques et armée birmane a suscité des espoirs sur la lutte contre drogue, mais ils semblent pour l’heure douchés: la consommation de stupéfiants est à la hausse, comme la production.

Les autorités reconnaissent que le problème va croissant, alors que le flot des produits illicites venus de l’Etat Shan (est), dont une partie reste sous contrôle rebelle, entretient la triste réputation du “Triangle d’Or” de plaque tournante de la région.

En l’absence de statistiques, habitants et travailleurs sociaux de cet immense Etat situé sur la frontière avec la Chine, la Thaïlande et le Laos, affirment que les jeunes sont de plus en plus nombreux à succomber aux opiacés et drogues de synthèse.

Le cocktail à la mode s’appelle “formula”, un mélange de sirop contre la toux et d’opium. Les toxicomanes en boivent sur les campus, dans certains cafés de rue et lors des festivals. “C’est comme s’ils n’avaient la cote que s’ils prenaient de la drogue”, explique Ye Naung, 33 ans, un habitant de Taunggyi, capitale de l’Etat.

Myo Aung Zan, du Programme régional Asie pour le virus du sida-VIH (HAARP), confirme l’admiration que suscitent certains toxicomanes auprès des adolescents. “Le nombre d’usagers de moins de 18 ans est assez important, désormais”.

D’autant que la drogue est facile à trouver: la Birmanie est le deuxième producteur mondial d’opium derrière l’Afghanistan, avec 23% de la production l’an passé et des zones cultivées en hausse constante entre 2007 et 2011.

Concernant les drogues de synthèse, autre “spécialité” de la région, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) notait par ailleurs, dans un récent rapport, que “des quantités importantes” de méthamphétamines “continuaient d’être fabriquées” en Birmanie, dont la “majeure partie” en Etat Shan.

Pour financer la guérilla

Et en fin de semaine dernière, les Etats-Unis ont accusé la Birmanie - avec la Bolivie et le Venezuela - d’avoir “manifestement failli” dans la lutte contre le trafic de drogue.

Officiellement, le gouvernement évalue les consommateurs à 150.000 personnes, la moitié par injection. “Je crains fort que ce ne soit sous-estimé, mais en l’absence de chiffres, c’est difficile de l’affirmer avec certitude”, explique Jason Eligh, patron en Birmanie de l’ONUDC.

“Si vous visitez des communautés du pays qui comptent des consommateurs, vous trouverez probablement des gens qui disent qu’ils en connaissent de plus en plus”.

Le pays connaît une forte percée des méthamphétamines — dont le “Yaba”, très populaire en Asie du sud-est. Rien qu’en juillet, les saisies ont totalisé 1,4 million de pilules et 116 kilos d’héroïne.

Le trafic est étroitement lié aux groupes rebelles qui ont combattu le pouvoir central aux confins du pays depuis des décennies, et dont certains se sont appuyés sur la drogue pour financer la guérilla. Et les cessez-le-feu signés par le pouvoir cette année n’ont pas tout réglé.

En août, un policier de la brigade des stupéfiants a admis sous couvert de l’anonymat que la prévalence des stupéfiants devenait “très dangereuse”, à Rangoun comme le long de la frontière, avec une circulation des amphétamines en forte hausse.

En arrière-plan se dessine l’état cadavérique du secteur sanitaire après 50 ans de négligence de la junte, au pouvoir jusqu’en mars 2011. Un tiers des toxicomanes seraient séropositifs, selon l’ONU. Et la méthadone n’est pas disponible pour aider les héroïnomanes à décrocher.

“Il va devenir difficile de contrôler” les jeunes, craint Sai Kyaw, dont l’identité a été modifiée. Drogué à 15 ans, il a commencé les injections quatre ans après et a contracté le virus VIH en partageant des seringues.

A 32 ans, sa vie n’est qu’addiction. “Mon père a toujours dit aux autres membres de la famille de ne pas me donner d’argent parce que cela revient à nourrir une plante vénéneuse”.


sept 18 2012

Rencontre radieuse entre la Birmane Aung San Suu Kyi et Hillary Clinton

source : lenouvelobs

L’icône de la démocratie birmane Aung San Suu Kyi a eu mardi un contact très chaleureux avec la secrétaire d’Etat Hillary Clinton pour sa première visite aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans, un pays où elle jouit d’une immense popularité.

Les deux femmes, quasiment du même âge, étaient ravies de se retrouver au département d’Etat à Washington, après leur rencontre historique et chargée d’une immense émotion en décembre 2011 à Rangoun. La dirigeante américaine avait alors embrassé sur les deux joues l’opposante birmane qui l’accueillait dans sa maison délabrée et mythique de Rangoun.

“Il y a tant d’enthousiasme et d’excitation parce que vous avez pu, de fait, venir” aux Etats-Unis, a déclaré tout sourire Mme Clinton.

La députée birmane était tout aussi souriante et détendue, arborant comme à son habitude trois jolies fleurs accrochées dans ses ses cheveux et vêtue d’une tenue traditionnelle.

La secrétaire d’Etat a parlé à Suu Kyi de sa prochaine visite à Fort Wayne (Indiana, nord), où vivent de nombreux réfugiés birmans qui étaient des opposants à la junte militaire. “C’est un endroit qui vous attend avec impatience”, lui a-t-elle dit.

Aung San Suu Kyi est à Washington depuis lundi pour un voyage de trois semaines à travers les Etats-Unis, où elle doit recevoir un accueil des plus chaleureux.

En Occident, la lauréate 1991 du prix Nobel de la paix est considérée comme une icône de la démocratie birmane: elle a été libérée de résidence surveillée fin 2010 après avoir passé 15 années privée de liberté sur 20 ans au total.

La junte militaire, qui a tenu ce pays d’Asie du sud-est pendant un demi-siècle, a cédé la place en mars 2011 à un régime civil d’anciens généraux réformateurs. Le processus s’est déroulé sans effusion de sang et la Birmanie a changé de visage, notamment avec la libération de dissidents et l’élection en avril de Aung San Suu Kyi comme députée de l’opposition.

Rencontre envisagée avec Obama

Elle doit participer à une centaine de manifestations à travers les Etats-Unis qu’elle quittera le 3 octobre, après quelques jours sur la côte ouest et des visites à Yale et à Harvard. Elle reverra New York, où elle a travaillé entre 1969 et 1971 pour l’ONU.

La Maison Blanche n’a rien annoncé, mais une rencontre est envisagée avec le président Barack Obama, lequel a soutenu dès 2009 le processus historique –et impensable il y a moins de deux ans– de démocratisation de la Birmanie.

Aung San Suu Kyi doit recevoir mercredi le médaille d’or du Congrès, une récompense prestigieuse qui lui avait été décernée en 2008. Le représentant démocrate Joe Crowley, avocat de longue date des droits de l’homme en Birmanie et à l’origine de cette médaille d’or, a exprimé la joie des élus démocrates et républicains d’accueillir la Birmane.

Lors de ses multiples rencontres, Suu Kyi “pourra au moins évoquer la situation des réformes en Birmanie. Elle en aura l’opportunité”, avait dit, juste avant son départ, Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), son parti devenu première formation de l’opposition.

A l’inverse de sa tournée triomphale en juin en Europe, où Suu Kyi avait été reçue comme un chef d’Etat, la tournée américaine coïncidera avec la venue du président birman Thein Sein, attendu à l’assemblée générale de l’ONU, pour la première fois en tant que chef de l’Etat. Le centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington plaide d’ailleurs pour que le président Obama rencontre son homologue birman, au même moment que Suu Kyi, afin de ne pas minimiser son “rôle courageux” dans les réformes.

Après deux décennies de sanctions contre la Birmanie, les Etats-Unis y ont autorisé en juillet –mais sous contrôle– les investissements, y compris dans le secteur du gaz et du pétrole. Un nouvel ambassadeur est égelement en poste depuis juillet, une première depuis 22 ans.


sept 17 2012

Birmanie : des prisonniers politiques amnistiés

source : romandie.com

Au moins 15 prisonniers politiques ont été libérés en Birmanie lundi, ont indiqué des militants à l’AFP, juste après l’annonce par la télévision d’Etat d’une amnistie de plus de 500 prisonniers.

Le président Thein Sein a accordé une amnistie générale à un total de 514 prisonniers, a indiqué la télévision lundi en fin de journée, sans évoquer de prisonniers politiques mais en indiquant que des étrangers seraient concernés.

Génération 88, organisation qui milite pour la démocratie dans le pays, a précisé qu’au moins 15 détenus politiques avaient déjà retrouvé la liberté à travers le pays, dont plusieurs issus de la tristement célèbre prison d’Insein à Rangoun.

Selon l’un d’entre eux, lui et sept autres prisonniers politiques ont quitté Insein dès lundi.

En tout dix prisonniers: huit prisonniers politiques, un Indien et un Chinois ont été libérés de la prison d’Insein ce soir vers 17H30, a déclaré à l’AFP Nay Win, 50 ans, membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi.

Nos vies sont détruites même si nous sommes toujours vivants, a-t-il ajouté, précisant que six autres membres de la LND avaient été libérés en même temps que lui.

Je remercie mère Suu pour notre libération. Je ne veux pas remercier le gouvernement, a-t-il encore indiqué, expliquant avoir été condamné à huit ans de prison en 2008 pour avoir évoqué la corruption de juges.

Selon la télévision, la mesure d’amnistie a été prise pour servir la stabilité de l’Etat et la paix éternelle et pour servir l’amitié (…) avec les pays voisins, laissant entendre que des Chinois pourraient être libérés alors que Thein Sein est attendu à Pékin où il doit séjourner jusqu’à samedi.

Le chef de l’Etat est ensuite attendu aux Etats-Unis, qui réclament depuis longtemps la libération de tous les prisonniers politiques, où il doit notamment participer à l’Assemblée générale des Nations unies.

La junte au pouvoir depuis un demi-siècle en Birmanie a cédé le pouvoir en mars 2011 à d’anciens généraux qui ont depuis multiplié les réformes, et acquis un crédit auprès de l’Occident.

Ils ont notamment libéré des centaines de prisonniers politiques mais un nombre encore important d’entre eux - environ 300 selon certaines organisations - restent aujourd’hui derrière les barreaux.

L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a salué cette nouvelle amnistie, tout en soulignant attendre la liste pour en évaluer la portée. Le problème est qu’il y a un manque de transparence du gouvernement birman concernant qui est un prisonnier politique, où ils sont, et combien il en reste, a commenté Phil Robertson.

Ces nouvelles libérations interviennent alors que Suu Kyi, elle-même libérée de résidence surveillée fin 2010, a quitté dimanche la Birmanie pour son premier voyage aux Etats-Unis depuis plus de vingt ans.

En juin, lors d’une tournée historique en Europe, elle avait insisté pour la libération de tous les détenus politiques.