juil 27 2012

Les talibans menacent la Birmanie

source : lefigaro.fr

Les talibans pakistanais ont menacé aujourd’hui d’attaquer la Birmanie pour venger la minorité musulmane apatride des Rohingyas, impliquée dans de récentes violences communautaires meurtrières dans l’ouest de ce pays, à moins qu’Islamabad cesse toutes ses relations avec le gouvernement birman.

Dans une rare déclaration consacrée aux difficultés des musulmans à l’étranger, le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP) se présente en défenseur des musulmans de Birmanie, déclarant: “nous vengerons votre sang qui a coulé”. Le porte-parole du mouvement, Ehsanullah Ehsan, a demandé à Islamabad de suspendre toute relation avec Naypyidaw et de fermer l’ambassade birmane. “Sinon, nous allons non seulement nous en prendre aux intérêts birmans n’importe où, mais nous allons aussi attaquer les camarades pakistanais des Birmans, un après l’autre”, a-t-il menacé dans un communiqué.

Le TTP revendique souvent des attentats au Pakistan, mais sa capacité à mener des actions hors des frontières pakistanaises est mise en doute. Les autorités américaines estiment cependant que ce mouvement était derrière la tentative d’attentat de 2010, à Times Square à New York, conduite par l’Américano-Pakistanais Faisal Shahzad. La tentative avait échoué.

Quelque 800.000 Rohingyas, considérés par l’ONU comme une des minorités les plus persécutées de la planète, vivent confinés dans le nord de l’Etat Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie.

Des violences entre bouddhistes et musulmans, notamment les Rohingyas, avaient causé en juin la mort de plus de 80 personnes dans cet Etat et déclenché une vague de xénophobie sur les réseaux sociaux birmans.


juil 25 2012

Premier discours au parlement birman d’Aung San Suu Kyi : le soutien aux minorités

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi parle lors de la Journée des Martyrs, le 19 juillet 2012 à Rangoun (AFP/Archives, Soe Than Win)

La chef de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi a choisi mercredi, pour son premier discours au parlement, d’appeler à la protection des droits des minorités ethniques, qui représentent un tiers de la population du pays.

“Pour devenir une véritable Union démocratique (…), avec des droits égaux et un respect mutuel, j’appelle tous les membres du Parlement à discuter de la mise en place des lois nécessaires pour protéger les droits égaux des groupes ethniques”, a déclaré celle qui avait été élue député en avril.

La lauréate du prix Nobel de la paix a pris la parole en soutien à une proposition de loi sur la protection des droits des minorités ethniques, déposée par un député du parti au pouvoir, le Parti pour la solidarité et le développement de l’union (USDP).

L’opposante, dont le retour au coeur du jeu politique est l’une des preuves les plus manifestes des réformes entamées depuis la dissolution de la junte en mars 2011, a notamment souligné que les niveaux de pauvreté dans les Etats où sont concentrées ces minorités étaient supérieurs à la moyenne nationale.

Leur développement économique n’est “pas satisfaisant”, a-t-elle souligné, rappelant que la “guerre” n’était pas terminée dans certaines régions.

Les groupes rebelles des minorités n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948.

Le nouveau gouvernement qui a multiplié les réformes depuis plus d’un an a entamé des négociations avec ces groupes et est parvenu à signer plusieurs cessez-le-feu. Mais les combats se poursuivent en Etat Kachin, à la frontière avec la Chine.

Suu Kyi fait depuis longtemps face à une certaine méfiance, sinon défiance, des minorités ethniques qui représentent un tiers des 60 millions d’habitants du pays.

Elle est vue par certains comme appartenant à l’élite de l’ethnie majoritaire birmane ou bamar, mais elle tente depuis plusieurs mois de se poser en figure unificatrice.

Lors d’une cérémonie à Olso en juin où elle avait enfin prononcé son discours Nobel, plus de vingt ans après avoir été récompensée, elle avait notamment appelé à la “réconciliation nationale”.

“Mon parti, la Ligue nationale pour la démocratie, et moi-même sommes prêts et désireux de jouer tout rôle dans le processus de réconciliation nationale”, avait-elle déclaré.

Mais certains lui ont reproché de ne pas avoir pris la défense de la minorité musulmane apatride des Rohingyas.

Des violences communautaires entre bouddhistes et musulmans, notamment des Rohingyas, ont fait plus de 80 morts en juin dans l’Etat Rakhine, à la frontière avec le Bangladesh.

Quelque 800.000 Rohingyas, considérés par l’ONU comme une des minorités les plus persécutées de la planète, vivent confinés dans le nord de cet Etat.

Ils ne font pas partie des groupes ethniques reconnus par le régime de Naypyidaw, ni par beaucoup de Birmans qui les considèrent le plus souvent comme des immigrés bangladais illégaux et ne cachent pas leur hostilité à leur égard.


juil 23 2012

Thaïlande et Birmanie appuient le projet industriel géant de Dawei

source : LesEchos.fr

Les dirigeants thaïlandais et birman ont promis lundi de faire avancer la réalisation d’un projet de plusieurs milliards de dollars qui doit voir la construction d’un complexe industriel tentaculaire dans le sud de la Birmanie.
Le port en eau profonde de Dawei, sur la côte de la mer Andaman, est une partie essentielle des plans de développement de la Birmanie et ouvre à son voisin thaïlandais le chemin vers l’Europe en évitant Singapour et le détroit de Malacca.
Mais le projet, développé par le géant thaïlandais Ital-Thai, fait face à la résistance de la population locale, inquiète notamment de l’impact sur l’environnement. Et des signes de problèmes de financement ont récemment surgi.
Les deux voisins ont signé lundi un accord de principe pour le développement d’une zone économique spéciale à Dawei, et Bangkok a accepté de fournir de l’aide en matière de sécurité, d’infrastructure et de logistique.
“Lors de nos discussions, j’ai réaffirmé l’engagement du gouvernement thaïlandais à faire avancer la coopération avec la Birmanie concernant le port en eaux profondes de Dawei, pour qu’il y ait des progrès concrets”, a déclaré à la presse la Première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, après un entretien avec le président birman, Thein Sein.
A terme, le complexe industriel de 250 kilomètres carrés comprendrait notamment une aciérie, une usine de pétrochimie et une raffinerie. Et Ital-Thai a insisté pour que le projet soit réalisé comme prévu.
Mais le nouveau gouvernement qui a multiplié les réformes depuis un peu plus d’un an a annulé il y a quelques mois la construction d’une centrale à charbon sur le site. Dawei fait partie de plusieurs gros projets financés par des pays étrangers ayant vu le jour avant que la junte ne soit dissoute en mars 2011.
Dimanche, Thein Sein avait visité le port en eaux profondes thaïlandais de Laem Chabang, sur le Golfe de Thaïlande, qui doit être connecté par la route à Dawei.


juil 19 2012

La Birmanie rend hommage au père d’Aung San Suu Kyi, héros de l’indépendance

source : levif.be

La Birmanie a rendu hommage jeudi au père de l’opposante Aung San Suu Kyi et à huit autres héros de l’indépendance assassinés, lors d’une cérémonie officielle qui a témoigné une nouvelle fois des changements en cours dans le pays.

La Birmanie rend hommage au père d’Aung San Suu Kyi, héros de l’indépendance

Le vice-président Sai Mauk Kham a mené cet hommage au général Aung San et à d’autres responsables assassinés le 19 juillet 1947, quelques mois avant que la Grande-Bretagne n’accorde officiellement son indépendance à la Birmanie. La présence d’un représentant de l’Etat aussi important au mausolée des Martyrs de l’ancienne capitale tranche avec les années précédentes où le maire de Rangoun était le seul officiel présent à une cérémonie organisée en toute discrétion. L’événement a également été retransmis en direct à la télévision d’Etat, nouveau signe du changement d’état d’esprit d’un régime qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en mars 2011. Le gouvernement dirigé par le président Thein Sein a notamment libéré des centaines de prisonniers politiques et permis le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, députée depuis avril. Après la cérémonie, la prix Nobel de la paix s’est elle aussi rendue au mausolée avec trois paniers de fleurs. L’an dernier, l’opposante, qui a passé la majeure partie des vingt dernières années en résidence surveillée, avait assisté à cette commémoration pour la première fois en neuf ans. Elle n’avait que deux ans à la mort de son père, qui reste un véritable symbole de fierté pour les Birmans.


juil 17 2012

Birmanie : Aung San Suu Kyi se rendra aux Etats-Unis en septembre

source : lenouvelobs

L'opposante birmane et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi se rendra aux Etats-Unis en septembre, pour sa première visite dans ce pays depuis la fin de sa résidence surveillée, a-t-on appris mardi auprès d'un centre de réflexion américain. (c) Afp

L’opposante birmane et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi se rendra aux Etats-Unis en septembre, pour sa première visite dans ce pays depuis la fin de sa résidence surveillée, a-t-on appris mardi auprès d’un centre de réflexion américain. (c) Afp

L’opposante birmane et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi se rendra aux Etats-Unis en septembre, pour sa première visite dans ce pays depuis la fin de sa résidence surveillée, a-t-on appris mardi auprès d’un centre de réflexion américain.

Mme Suu Kyi, qui a été élue au parlement birman cette année et a voyagé le mois dernier en Europe, a indiqué qu’elle assisterait en personne à un dîner organisé à New York le 21 septembre pour recevoir une récompense de l’Atlantic Council, a précisé Taleen Ananian, une porte-parole de ce centre de réflexion basé à Washington.

Il s’agira de la première visite sur le sol américain de Mme Suu Kyi, 67 ans, depuis les années 1980. Elle a passé la plus grande partie des deux dernières décennies sous résidence surveillée dans son pays, après que la junte militaire eut refusé la victoire de son parti aux élections de 1990.

Après la victoire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), lors des élections partielles d’avril dernier, la “Dame de Rangoun” a mené une tournée triomphale en Europe en juin où elle a enchaîné discours, entretiens avec des dirigeants politiques et rencontres avec des stars.

Des responsables du département d’Etat ont indiqué qu’ils n’avaient pas d’annonces à faire concernant le voyage de Mme Suu Kyi mais il semble peu probable qu’elle aille aux Etats-Unis sans rendre visite à ses soutiens au sein de l’administration et du Congrès.

Le dîner de l’Atlantic Council se tiendra en même temps que l’Assemblée générale des Nations unies, qui rassemble chaque année de nombreux dirigeants du monde entier au siège de l’ONU à Manhattan.

Le centre de réflexion a précisé qu’il comptait remettre à l’opposante birmane le prix de “Citoyen du monde”, ainsi qu’à la Japonaise Sadako Ogata, ancienne Haute commissaire de l’ONU pour les réfugiés.


juil 16 2012

Aung San Suu Kyi au Parlement : la situation en Birmanie n’est pas résolue

source : nouvelobs

Par
Auteur de “Résistances. Pour une Birmanie libre”

LE PLUS. Après la visite d’Aung San Suu Kyi en Europe, certains observateurs y vont vu un signe positif quant à l’amélioration de la situation en Birmanie. Ce serait tirer des conclusions trop rapidement, argumente Frédéric Debomy, auteur de “Résistances. Pour une Birmanie libre”. Il ne suffit pas d’attendre les élections en 2015.

 Aung San Suu Kyi au siège du LND le 2 avril 2012 (S. THAN WIN/AFP)

Aung San Suu Kyi au siège du LND le 2 avril 2012 (S. THAN WIN/AFP)

Aung San Suu Kyi a donc achevé le 29 juin dernier, une tournée européenne qui l’a vue successivement visiter la Suisse, la Norvège, l’Irlande, le Royaume-Uni et la France. Dans quelle mesure cette venue, longtemps impensable, a-t-elle contribué à installer ou renforcer l’idée que le processus d’ouverture politique à l’oeuvre en Birmanie était désormais irréversible, qu’il pouvait être qualifié de “démocratisation” et que cette démocratisation était largement le fruit de la lutte menée de longue date par une femme seule ?

Aung San Suu Kyi sur France Inter

Invité par une radio française à évoquer les évolutions récentes de la situation dans ce pays d’Asie du Sud-Est, j’ai entendu l’un des autres intervenants affirmer qu’il ne fallait pas “voler la victoire d’Aung San Suu Kyi et des démocrates” : si le régime birman s’était “résigné à la démocratie”, c’était en raison de la seule mobilisation de la “dame de Rangoun”, du mouvement pour la démocratie et de leurs soutiens extérieurs.

Le pouvoir, toujours aux militaires

On ne saurait pourtant sérieusement affirmer que le régime birman se trouvait totalement acculé au moment où les premiers changements sont survenus. En outre, soutenir que la junte a compris “qu’il [valait] mieux se retirer parce qu’elle [était] complètement isolée”, comme l’assurait mon interlocuteur, était de la plus haute fantaisie : le régime n’était assurément pas “complètement” isolé et l’on ne peut pas dire non plus que la junte se soit “retirée” dans la mesure où ceux qui détiennent le pouvoir aujourd’hui sont bien les militaires et d’anciens militaires.

Si l’on veut comprendre les raisons des réformes engagées par le gouvernement du président Thein Sein, il faut au contraire garder à l’esprit que les dirigeants actuels ne sont pas des nouveaux venus : on ne peut donc pas imaginer que leurs objectifs aient changé du tout au tout. Ce qui devrait au moins conduire à une certaine prudence dans l’emploi du mot “démocratisation” (parlons plutôt, comme je l’ai fait, d’”ouverture”). Dans le même temps, il faut reconnaître au président ses mérites et ne pas minorer le rôle de Thein Sein (et d’autres) dans les changements opérés.

La belle histoire racontée par mon interlocuteur – un régime dictatorial défait par les forces démocratiques – souffrait à l’évidence d’un manque de rigueur. Certaines dimensions de la question birmane semblaient en outre lui échapper : tandis que je regrettais de ne pas m’être davantage exprimé sur la question des minorités au cours de l’émission, il estimait quant à lui que cette dernière ne devait pas être “l’arbre qui cache la forêt”.

Or, toute personne s’étant un peu sérieusement intéressée à la Birmanie sait qu’il s’agit là du noeud du problème : il n’y aura pas de stabilité dans ce pays tant que les minorités ne seront pas satisfaites du rôle et de la place qui leur sont accordés. Autrement dit : l’ouverture actuelle pourrait être remise en cause si minorités nationales et État birman ne parvenaient pas à des accords convenant à toutes les parties.

Les (fragiles) accords de cessez-le-feu signés par le régime avec un certain nombre de groupes armés issus des minorités (mais toujours pas avec l’Armée Indépendante kachin, la KIA) sont un point encourageant mais encore faut-il qu’ils débouchent sur des accords politiques pérennes. Dès lors, plusieurs questions se posent : les groupes armés doivent-ils être les seuls à porter les revendications des minorités ? Les nombreux interlocuteurs du régime sur cette question s’entendront-ils sur tout ? Etc. On le voit : le processus d’ouverture actuel, s’il est porteur d’espoir, peut encore voler en éclats.

Scepticisme et limites

L’actualité, enfin, aurait dû empêcher mon interlocuteur de présenter les choses de façon si idyllique (les bons démocrates triomphant des méchants dictateurs) : le déferlement de haine raciste récemment observé à l’encontre de la minorité musulmane Rohingya n’est certainement pas à l’honneur du mouvement démocratique. Dans ce contexte où certains combattants de la démocratie et des libertés révèlent leurs limites, la prise de position d’un Zarganar affirmant que les Rohingya ont été “institutionnellement discriminés depuis des décennies” était assurément bienvenue.

Comment ne pas être d’accord avec le célèbre comédien et militant lorsqu’il regrette que la liberté d’expression retrouvée des Birmans ait pu permettre à certains d’exprimer des vues incitant à la haine raciale ? Il reste à voir comment Aung San Suu Kyi – au-delà d’un discours sur la nécessité d’instaurer un Etat de droit – entend aborder cette question. La dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie, répondant à une question du journaliste de “Libération” Arnaud Vaulerin, a évoqué la “nécessité que les lois sur la citoyenneté soient en phase avec le droit international”. Or, le président Thein Sein vient de réaffirmer le refus du régime de considérer les Rohingya comme des citoyens birmans.

Aung San Suu Kyi a récemment réclamé un peu de “scepticisme” de la part des observateurs de la situation en Birmanie. Il faut certes se garder de penser que l’Histoire est désormais écrite et qu’il suffit d’attendre patiemment les élections de 2015 et le triomphe probable de la Ligue nationale pour la démocratie à cette occasion pour que tous les problèmes du pays soient enfin résolus.


juil 13 2012

Le président birman ouvert aux ethnies mais pas aux Rohingyas

source : lemonde

Le président birman Thein Sein, en novembre 2011.Le président birman Thein Sein, en novembre 2011. | AP/CHARLES DHARAPAK

“Je ne vois plus les rebelles comme des ennemis mais comme faisant partie de la solution” des conflits avec les minorités ethniques datant de plus de soixante ans, a déclaré, jeudi 12 juillet, le président birman Thein Sein dans une interview au quotidien britannique The Financial Times (FT).

Le chef de l’Etat, ancien premier ministre et ex-général d’une junte militaire “auto-dissoute” en 2011 est l’architecte d’un processus de réformes politiques et économiques sans précédent en Birmanie depuis le coup d’Etat militaire de 1962.

“Nous avons conclu de premiers accords avec dix des onze groupes [de rebellions ethniques] et avons réussi à faire cesser les combats, s’est félicité le chef de l’Etat. Il a reconnu que, “dans le nord du pays, le conflit continue dans la région [de la minorité ethnique] kachin.” “Nous devons être patients”, a souligné Thein Sein.

Les critiques du président, et notamment les guérilléros de la minorité karen rencontrés lors de notre reportage dans les régions qu’ils contrôlent au sud-est de la Birmanie, reprochent au gouvernement birman de ne pas vouloir entendre parler de l’établissement d’une fédération au sein de laquelle les droits de minorités seraient respectés.

Voir le portfolio “Au cœur du pays Karen, dans la jungle birmane”

Lire le reportage “Les Karen, perpétuels rebelles” (Edition Abonnée)

Dans l’interview au Financial Times, le président, qui a assuré qu’il “ne peut y avoir la paix sans la démocratie et qu’il ne peut y avoir de démocratie sans paix”, a souligné la nécessité de garantir qu’il “n’y aura pas de sécession au sein de l’Union de Myanmar. Pour les responsables birmans, issus du régime militaire, toute velléité fédérative a toujours été perçue comme la perspective du démantèlement du pays.

LE TON MONTE CONTRE LES ROHINGYAS

La relative ouverture du président quant aux guerres ethniques ne l’ont pas empêché de durcir son discours à l’égard de la minorité musulmane des Rohingyas. A propos des heurts interconfessionnels qui ont éclaté en juin entre bouddhistes et musulmans dans l’Etat de l’Arakan, au nord-ouest de la Birmanie, Thein Sein a déclaré le 12 juillet au commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Gutterez, qu’il est “impossible d’accepter [la présence] de ces Rohingyas entrés illégalement [en Birmanie]. “Ils ne font pas partie de notre système” [ethnique], a—il ajouté en évoquant cette population qui est considérée par l’ONU comme la minorité la plus persécutée du monde.

Les Rohingyas, musulmans ethniquement proche des Bengladais, vivent en Birmanie depuis des générations mais sont considérés par une majorité de Birmans comme des immigrants illégaux.


juil 12 2012

Birmanie : Suu Kyi en appelle à la transparence des investissements étrangers

Le parti d'Aung San Suu Kyi a salué jeudi l'allègement des sanctions américaines sur la Birmanie, mais l'opposante a fait preuve d'une certaine prudence en renouvelant son appel à la

Le parti d’Aung San Suu Kyi a salué jeudi l’allègement des sanctions américaines sur la Birmanie, mais l’opposante a fait preuve d’une certaine prudence en renouvelant son appel à la “transparence” des investissements, désormais autorisés, dans le pétrole et le gaz. | Soe Than Win

Le parti d’Aung San Suu Kyi a salué jeudi l’allègement des sanctions américaines sur la Birmanie, mais l’opposante a fait preuve d’une certaine prudence en renouvelant son appel à la “transparence” des investissements, désormais autorisés, dans le et le gaz.
a décidé de permettre aux entreprises américaines, sous réserve de notification au Département d’Etat, d’ en Birmanie, y compris dans les hydrocarbures avec le groupe public Myanma Oil and Gaz Enterprise (MOGE).

Un groupe contre lequel Suu Kyi avait mis en garde le mois dernier lors de sa tournée en Europe.
Les pays étrangers devraient “demander à la MOGE de faire preuve de transparence. Je ne sais pas s’ils l’ont demandé ou pas”, a-t-elle déclaré à l’AFP dans la capitale Naypyidaw, jugeant que l’annonce américaine n’avait “rien de significatif”.
Les analystes relèvent que les bénéfices des revenus pétroliers et gaziers ont été confisqués depuis 50 ans par l’ancienne junte.
Selon la CIA américaine, la Birmanie disposerait de réserves de 283,2 milliards de m3 de gaz naturel, dont une grande partie au large, et de seulement 50 millions de barils de pétrole. Des chiffres qui se limitent aux réserves “prouvées”, en deçà de bien d’autres estimations.
Le porte-parole du parti de Suu Kyi a de son côté salué la décision américaine. “Il n’y a rien qui justifie que nous soyons déçus”, a expliqué Nyan Win.
“Je pense qu’ils ont fait ce qu’ils devaient faire”, a-t-il ajouté en précisant que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ne s’était jamais opposée aux investissements pour peu qu’ils “deviennent transparents”.
Les conditions dans lesquelles les investisseurs américains vont affluer en Birmanie, sans cadre légal fort ni système bancaire digne de ce nom, constituera un des grands enjeux des mois à venir.
Dans un entretien au Financial Times cette semaine, le président Thein Sein, qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en mars 2011, a indiqué qu’il voulait s’assurer du “maximum de transparence” pour être sûr “que les bénéfices iront au plus grand nombre et pas à un petit groupe”.
La promesse va dans le sens des déclarations de Barack Obama, selon lequel l’allègement des sanctions va “permettre aux entreprises américaines de faire des affaires de façon responsable en Birmanie”, où le manque de transparence et “le rôle de l’armée dans l’économie” demeurent selon lui préoccupants.
Naypyidaw n’a pas officiellement réagi. Mais un responsable du ministère birman des Affaires étrangères a salué la décision américaine. “D’un point de vue politique, c’est un autre signe positif”, a déclaré Aung Lynn en marge d’une réunion régionale à Phnom Penh.
C’est dans ce contexte que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton s’entretiendra vendredi avec Thein Sein à Siem Reap, au Cambodge, dans le cadre d’une réunion d’hommes d’affaires américains. L’ancien général a récemment annoncé un nouveau volet de réformes économiques, après un an consacré au chantier politique.
L’Union européenne avait suspendu ses sanctions en avril. Et Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, s’est réjouie de ces développements, jugeant qu’il était “important d’essayer de soutenir l’économie” birmane et que le pays devait “avoir le choix” entre les investisseurs.
Les Etats-Unis devront de leur côté, à terme, passer par le Congrès pour abolir les dernières restrictions. Mais les relations entre Washington et Naypyidaw n’ont plus rien à voir avec l’époque de la junte. Derek Mitchell est ainsi devenu mercredi le premier ambassadeur américain en Birmanie depuis 22 ans.
L’Association des nations d’Asie du sud-est (Asean), dont la Birmanie est membre depuis 1997, a appelé, elle, à la levée totale des sanctions.
Leur allègement est “une nouvelle fantastique” et un signe que “nous sommes sur le bon chemin”, a estimé le ministre indonésien des Affaires étrangères Marty Natalegawa.
“S’ils pouvaient lever toutes les sanctions ce serait mieux, comme l’Australie. C’est que nous voudrions voir”, a renchérit le chef de la diplomatie thaïlandaise, Surapong Tovichakchaikul.


juil 11 2012

Washington renoue des relations avec la Birmanie

source : lefigaro

Aung San Suu Kyi lundi à son arrivée à la Chambre basse du Parlement où elle a siégé lundi pour la première fois comme députée.

Aung San Suu Kyi lundi à son arrivée à la Chambre basse du Parlement où elle a siégé lundi pour la première fois comme députée. Crédits photo : AP/AP

Le régime birman peut se frotter les mains: sa stratégie de séduction des États-Unis a parfaitement fonctionné. Mercredi, après 22 ans de silence diplomatique entre les deux pays, un ambassadeur américain a pris ses fonctions en Birmanie. Derek Mitchell, spécialiste de l’Asie, succède à Burton Levin, rappelé en 1990 après que la junte militaire décidait d’ignorer le résultat d’élections remportées haut la main par le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi.

Pour le nouveau gouvernement birman, composé en majorité de généraux de l’ancienne dictature, cet assouplissement de la position de Washington était l’objectif numéro un de sa politique de réformes.

Naypyidaw engrange décidément les succès: après l’Union européenne, qui a levé fin avril pour un an ses sanctions, à l’exception de l’embargo sur les armes, les États-Unis estiment à leur tour que l’État paria est devenu un interlocuteur acceptable. Le département américain du Trésor devrait émettre cette semaine deux licences autorisant l’investissement et l’offre de produits financiers à la Birmanie. Mais Washington doit trouver un juste équilibre entre les décisions destinées à récompenser le gouvernement birman pour ses avancées et la nécessité de contrôler le rythme de la levée des sanctions: aller trop vite en besogne serait prendre le risque de perdre toute capacité de levier en cas de piétinement, voire de remise en cause des réformes.

Derek Mitchell, nouvel ambassadeur américain, a pris ses fonctions en Birmanie, 22 ans après le départ du dernier représentant des États-Unis
Derek Mitchell, nouvel ambassadeur américain, a pris ses fonctions en Birmanie, 22 ans après le départ du dernier représentant des États-Unis Crédits photo : U.S. State Department

Un garde-fou est censé garantir la transparence: les entreprises américaines devront fournir des rapports détaillés sur leurs accords conclus sur place.

S’il est vrai que les Birmans respirent un peu mieux dans la «démocratie florissante et disciplinée» de cette junte militaire qui s’est autodissoute et est devenue un pouvoir civil en mars 2011, beaucoup de promesses relèvent surtout des effets d’annonce. Même protégés par une loi les autorisant à manifester, les Birmans ne peuvent le faire facilement. Les syndicats libres sont désormais officiels, mais ils n’osent pas défendre les droits des ­travailleurs. La censure s’est assouplie, mais les journalistes et les artistes vivent sous le couperet des décrets gouvernementaux.

La guerre aux minorités

Les réformes économiques n’ont pas transformé soudainement le pays en eldorado. La Birmanie est toujours une contrée archaïque, sans système financier adéquat ni justice indépendante, qui plus est en guerre avec plusieurs de ses minorités ethniques.

Le récent rapport de la Banque asiatique pour le développement est éloquent: après des années de planification anarchique, les infrastructures sont moyenâgeuses. Le taux d’électrification du pays est de 26 %. Le réseau routier n’atteint que 2 km pour 1 000 habitants, contre 11 km en moyenne en Asie du Sud-Est. Quand la Thaïlande affiche 370 voitures pour 1 000 habitants, la Birmanie atteint péniblement 18. L’état du système éducatif, qui ne représente que 3,7 % du budget national, est affligeant. Un quart des élèves arrêtent l’école après le primaire.

Quant à Aung San Suu Kyi, qui a siégé lundi pour la première fois comme députée de la Chambre basse du Parlement, elle ne peut changer grand-chose au rapport de forces politique. Le Parti de la solidarité et du développement, créé de toutes pièces par l’ancienne junte, conserve une écrasante majorité dans les deux assemblées, laissant peu d’espoir à des amendements de la Constitution, indispensables à tout véritable processus de démocratisation.


juil 10 2012

Birmanie : l’aura d’Aung San Suu Kyi éclipse les alternatives politiques

source : 20minutes

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi assiste à sa première session à la chambre basse du Parlement, le 9 juillet 2012 à NaypyidawL’opposante birmane Aung San Suu Kyi assiste à sa première session à la chambre basse du Parlement, le 9 juillet 2012 à Naypyidaw Soe Than Win afp.com

Les réformes en Birmanie doivent beaucoup à Aung San Suu Kyi, qui a su comme personne attirer l’attention sur son combat, mais l’admiration que lui vouent les Occidentaux a un prix: elle freine, selon les experts, l’émergence d’alternatives politiques.

Le prix Nobel de la paix, 67 ans, a fait ses premiers pas lundi au parlement et a déjà indiqué être prête à assumer la présidence en cas de victoire aux législatives de 2015.

Mais la question se pose de l’émergence d’une nouvelle génération de responsables pour conduire le pays au bout du processus de démocratisation.

Avant les élections de 2010, les chancelleries occidentales multipliaient les contacts au sein des mouvements démocratiques face “à une Aung San Suu Kyi encore sous résidence surveillée”, rappelle Renaud Egreteau, de l’université de Hong Kong.

“Deux ans plus tard, l’idolâtrie fait son grand retour. Les alternatives au sein même de l’opposition démocratique sont de nouveau marginalisées”.

Depuis 20 ans, la “Dame” de Rangoun occupe une place exclusive dans le paysage birman. Tous les observateurs, y compris ses détracteurs, admettent qu’elle a fait plus que quiconque face à la junte et que son prix Nobel en 1991 a installé durablement la Birmanie sur la carte du monde.

Mais certains s’insurgent contre une vision angélique qui résumerait le pays à un affrontement entre une icône magnifique et des généraux sanguinaires.

Le président Thein Sein, ex-général projeté à la tête du pays en mars 2011, est celui qui a orchestré les réformes. Mais son rôle n’est reconnu que “du bout des lèvres” par les Occidentaux, insiste Egreteau.

“Je ne crois pas que la communauté internationale réalise vraiment le rôle des autres partis et acteurs politiques en Birmanie”, confirme Trevor Wilson, ex-ambassadeur australien en Birmanie.

“C’est un peu inhabituel, pour quelqu’un qui dirige l’opposition, de recevoir un tel accueil”, ajoute-t-il, estimant que le récent voyage de Suu Kyi en Europe le mois dernier “ne faisait pas partie du monde réel”.

Suu Kyi s’est en effet exprimée à Londres au parlement de Westminster devant les deux chambres réunies, un honneur rare conféré avant elle à De Gaulle, Nelson Mandela, le pape Benoît XVI ou encore Barack Obama. Elle a été ensuite reçue à Paris avec le protocole réservé aux chefs d’Etat.

Celle qui en Occident incarne — avec sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) — la lutte contre l’oppression a pourtant ses calculs et objectifs personnels.

Son évocation irrite d’ailleurs singulièrement Khin Maung Swe, membre de la LND de la première heure, qui a fait 16 ans de prison. En 2010, lorsque le parti a boycotté un scrutin jugé injuste, il a fondé la Force démocratique nationale (NDF) pour pouvoir y participer.

Depuis, Suu Kyi ne lui adresse plus la parole. “Nous avons fait ce que nous avions à faire pour le bien du peuple”, se défend-il, amer. “Il serait nocif que la communauté internationale ne juge pas nécessaire de (…) communiquer avec les petits partis”.

Parmi eux figurent aussi la dizaine de partis ethniques — et leurs quelque 75 parlementaires — qui représentent les nombreuses minorités du pays, dont plusieurs tentent de consolider de fragiles cessez-le-feu avec l’armée après des décennies de guerre civile.

“Nous ne savons pas encore comment elle va coopérer avec nous”, déclare à l’AFP Hsai Maung Tin, député du Parti démocratique des nationalités shans. “Personnellement, je la respecte. Nous avons besoin d’autres personnes comme Suu Kyi”.

Mais une autre figure peut-elle émerger en Birmanie? Les experts soulignent en tout cas que la LND n’est pas un modèle de démocratie. Dominé par les vieux compagnons de lutte de Suu Kyi, le parti compte “beaucoup de jeunes membres très idéalistes et très passionnés (…) mais sans beaucoup d’influence”, constate Trevor Wilson.

Et admiration oblige, la critique arrive rarement jusqu’à celle que certains jugent intransigeante. “Beaucoup de gens redoutent Aung San Suu Kyi quand ils la rencontrent, et ils ne disent pas facilement des choses qu’elle pourrait ne pas apprécier. Ca devient un problème”.