juin 27 2012

Aung San Suu Kyi “en vrai”

Amis lecteurs
que d’émotions, voir “en vrai “Aung San Suu Kyi” ….. je reste sans mot et le cœur en joie
on aurait tous voulu avoir un instant avec elle, la toucher, lui parler, lui raconter notre soutien et mille autres choses encore
mais ça ne peut pas se passer comme ça, et je vous jure que ça a été une sacré cohue
mais ce soir devant mon ordinateur, je me repasse le film
je la revois arriver, elle irradie, elle est belle, elle est lumineuse
applaudissement…
j’entends quelqu’un près de moi demander “on peut crier ?”
et puis la vague déferle, tout le monde crie sa joie de la voir, ici là près de nous, libre
les discours et puis quand elle part…. oui on aurait aimer que ça dure encore et encore
mais c’est maintenant que le travail commence, le chemin vers la Démocratie n’est pas simple…
Daw Suu, soyez assurée de notre soutien, à vous et au peuple birman, plus que jamais
longue vie à vous
PS : promis photos demain !!!
je vous laisse avec un article un peu plus formel
à demain
source : AFP
Aung San Suu Kyi reçoit le titre de citoyenne d'honneur de la ville de Paris par le maire Bertrand Delanoë (g), le 27 juin 2012 à l'Hôtel de VilleAung San Suu Kyi reçoit le titre de citoyenne d’honneur de la ville de Paris par le maire Bertrand Delanoë (g), le 27 juin 2012 à l’Hôtel de Ville Fred Dufour afp.com

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a été célébrée mercredi par Paris, qui lui a remis le titre de citoyenne d’honneur de la ville, au deuxième des trois jours d’une visite en France clôturant une tournée européenne triomphale.

Après s’être entretenue mardi avec le président François Hollande, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991, privée de liberté pendant 15 ans, a reçu des mains du maire de la capitale, Bertrand Delanoë (socialiste), cette distinction qui lui avait été décernée en 2004.

Devant une foule comptant de nombreux Birmans, elle a ensuite pris la parole en français pour saluer “le profond attachement de Paris à la justice et à la liberté qui ne sont pas le produit d’idées abstraites”.

Dans l’après-midi, Aung San Suu Kyi, 67 ans, a demandé aux prisonniers de conscience et politiques dans le monde de ne pas abandonner leur combat, lors d’une allocution devant des ONG.

“Vous ne devez pas abandonner vos principes. Si vous vous respectez, vous ne devez pas abandonner votre combat”, a-t-elle déclaré, lors de cette rencontre organisée sur une péniche au coeur de Paris.

Dans l’assistance figuraient Pavel Khodorkovski, fils de Mikhaïl Khodorkovski, ex-magnat du pétrole et détracteur du régime russe, en prison depuis 2003 pour officiellement des délits économiques, et Yevgenia Timochenko, fille de Ioulia Timochenko, condamnée en octobre à sept ans de prison pour avoir conclu en 2009, lorsqu’elle était Premier ministre, des accords gaziers avec la Russie considérés comme défavorables à l’Ukraine.

Aung San Suu Kyi a terminé sa journée dans les jardins du ministère des Affaires étrangères, où elle a jeté quelques pelletées de terre au pied d’un “arbre de la liberté” planté le matin même.

“Pour nous vous êtes la dame des droits de l’homme”, a lancé le ministre Laurent Fabius en louant “sa résistance morale et physique”.

Le PDG du pétrolier Total Christophe Margerie participait à la cérémonie. Paris a justifié l’activité de Total en Birmanie, où il est présent depuis 1992 et a été critiqué dans le passé par des ONG reprochant au groupe français d’enrichir la junte, en rappelant que Mme Suu Kyi elle-même avait récemment “relevé que Total était une entreprise ‘responsable’”.

Si des entreprises en Birmanie ne respectent pas les droits de l’homme, les normes environnementales et sociales, “Aung San Suu Kyi pourra à tout moment me joindre pour que nous puissions y mettre bon ordre”, avait affirmé mardi soir François Hollande.

Lors de sa visite en France, où elle a été reçue avec un protocole habituellement réservé aux chefs d’Etat, la “Dame” de Rangoun a réaffirmé sa confiance dans le processus de transition démocratique en Birmanie tout en soulignant qu’on en était “juste au début du chemin”.

“Le processus (de démocratisation) n’est pas irréversible, tant que les militaires n’ont pas fait preuve de leur engagement envers le processus, car ce sont encore eux les plus forts, mais au final c’est le peuple birman qui doit décider de la direction qu’il veut pour le pays”, a-t-elle déclaré mercredi.

En Birmanie, le président Thein Sein, un ancien général, espère obtenir la levée des sanctions de l’Union européenne, aujourd’hui seulement suspendues.

“Je préfère cette suspension à la levée totale des sanctions, c’est un moyen d’indiquer que l’Union européenne souhaite soutenir le processus démocratique, mais qu’elle a conscience qu’il est toujours possible d’assister à une régression”, a jugé Aung San Suu Kyi, élue députée lors des dernières élections législatives.

La tournée en Europe de Aung San Suu Kyi a débuté le 13 juin en Suisse, avant une étape à Oslo où elle a prononcé son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix, 21 ans après avoir reçu cette distinction.

Jeudi, elle sera reçue à l’Assemblée nationale et au Sénat avant de participer dans l’après-midi à un débat avec des étudiants à l’université de la Sorbonne. Elle quittera Paris vendredi.


juin 27 2012

L’«irréductible» Aung San Suu Kyi ne cache pas les «nombreux défis»

source : liberation

Aung San Suu Kyi et François Hollande dans les jardins du Palais de l'Elysée, le 26 juin 2012.

Aung San Suu Kyi et François Hollande dans les jardins du Palais de l’Elysée, le 26 juin 2012. (REUTERS)

La députée birmane a entamé mardi une visite de trois jours en France où elle a été accueillie par François Hollande.

Par ARNAUD VAULERIN

Sous les ors des salons de l’Elysée, François Hollande a accueilli Aung San Suu Kyi comme un chef d’Etat mardi soir à Paris, qui achève en France une tournée européenne de 17 jours. Le président s’est amusé à remarquer que c’était la première fois qu’un de ses invités était applaudi avant de saluer le «sacrifice de tant d’années» de l’opposante birmane. Il a tenu à rappeler le qualificatif d’«irréductible» que lui avait attribué François Mitterrand dans les années 1990 au moment où Aung San Suu Kyi entamait une longue période d’assignation à résidence.

En affirmant que la «France soutiendra l’ensemble des acteurs de la transition» lancée depuis un an en Birmanie, François Hollande a souligné qu’il restait «encore de nombreux problèmes»: prisonniers politiques toujours détenus, droits syndicaux non reconnus et minorités ethniques pas respectées. «La France, avec l’Europe, fera toutes les pressions nécessaires, mais aussi les accompagnements en terme de coopération pour conforter le processus», notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Mais pour accompagner cette ouverture, contrairement au Premier ministre britannique David Cameron, le chef de l’Etat s’est bien gardé d’inviter officiellement le président birman Thein Sein, ancien général de la junte et aujourd’hui architecte des réformes. «S’il veut venir, il viendra» s’est contenté de dire François Hollande.

Au moment où le pays s’engage sur un second volet de réformes économiques voulues par le président Thein Sein, François Hollande a tenu à rappeler que la France afficherait une «très grande vigilance sur la transparence des transactions financières», notamment sur les «bonnes pratiques» des entreprises qui investissent en Birmanie, comme les sociétés «extractives». Le chef de l’Etat a d’ailleurs assuré mardi que le groupe pétrolier Total, présent en Birmanie depuis 1998, respectait les normes en matière d’environnement et de travail. «S’il advenait qu’il n’y ait pas ce respect, Mme Aung San Suu Kyi pourra à tout moment me joindre pour que nous puissions y mettre bon ordre», a promis le président.

La députée birmane de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) n’a pas masqué non plus les «nombreux défis» qui attendent son pays: «ça ne sera pas facile, car il y a eu trop d’années de pouvoir autoritaire». Elle a précisé que le «développement économique ne devait pas être un substitut à la démocratie». Elle a appelé à l’établissement de «véritables fondements pour la démocratie» afin «d’autonomiser notre peuple», notamment les jeunes et les nouveaux acteurs. Reprenant les grandes lignes d’un discours qu’elle tient depuis de nombreuses années, elle a demandé à ce que l’accent soit mis sur l’éducation. Avant d’évoquer une «révolution de l’esprit» pour mener à bien le processus de démocratisation. «Il faut que ceux qui ne sont pas encore engagés en faveur du processus de réforme le comprennent.»

Alors que le pays est confronté à une grave crise ethnique dans l’état du Rakhine (ouest du pays) qui a fait au moins 100 morts depuis le début du mois, la députée birmane s’est à nouveau montrée très prudente quant aux solutions pour résoudre les troubles entre musulmans et bouddhistes. Affirmant que le «problème ne pourra pas être réglé en 24 heure», elle a évoqué des questions juridiques, notamment des «lois sur la citoyenneté (en Birmanie) qui doivent être en phase avec les normes internationales» pour mieux protéger les minorités. Aung San Suu Kyi a également insisté sur «la corruption énorme au sein du ministère de l’immigration» pour expliquer la complexité de la crise.

Invitée mardi soir à un dîner à l’Elysée, la députée birmane a reçu des mains de François Hollande une colombe de la paix en baccarat et les oeuvres complètes de Simenon. Jusqu’à vendredi, elle va rencontrer les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi que le maire de Paris et le ministre des Affaires étrangères. Dès le 30 juin, elle replongera dans le chaudron birman où le plus dur reste à faire.


juin 22 2012

Aung San Suu Kyi approuve Londres d’avoir invité le président birman

source : leparisien

Le gouvernement britannique a annoncé avoir invité le président birman au Royaume-Uni, ouvrant la porte à une normalisation accrue des relations avec la Birmanie, alors que la chef de l'opposition Aung San Suu Kyi s'adressait solennellement au parlement de Westminster.

Le gouvernement britannique a annoncé avoir invité le président birman au Royaume-Uni, ouvrant la porte à une normalisation accrue des relations avec la Birmanie, alors que la chef de l’opposition Aung San Suu Kyi s’adressait solennellement au parlement de Westminster. | Dan Kitwood

Le britannique a annoncé avoir invité le birman au Royaume-Uni, ouvrant la porte à une normalisation accrue des relations avec la Birmanie, alors que la chef de l’opposition Aung San Suu Kyi s’adressait solennellement au de Westminster.
“Je suis ici en partie pour demander une aide pratique, en tant qu’amie et qu’égale, un soutien aux réformes qui peuvent apporter des vies meilleures et de nouvelles opportunités au peuple de Birmanie”, a-t-elle lancé lors de son discours dans Westminster Hall, un honneur rare conféré avant elle à Nelson Mandela ou au général de Gaulle.

Aung San Suu Kyi, les traits un peu tirés au 9e jour de sa tournée internationale, mais très élégante dans une longue robe traditionnelle prune, fleurs blanches piquées dans les cheveux, a été ovationnée par les parlementaires.
Une heure plus tôt, la “dame de Rangoun” avait approuvé la décision du Premier ministre David Cameron d’inviter le président -et ex-général- Thein Sein, lors d’une conférence de presse commune avec M. Cameron.
“Je suis d’accord”, a-t-elle dit, ajoutant: “Nous ne devons pas nous laisser entraver par le passé” mais au contraire “l’utiliser pour construire le futur”.
David Cameron a justifié sa décision par le “processus de réforme en cours en Birmanie”, ajoutant: “pour qu’il aboutisse, nous devons travailler avec le régime”.
Il a promis d’”investir dans le renforcement de la démocratie birmane”.
Après 24 ans d’isolement dans son pays, l’opposante birmane a reçu un accueil de star pour cette première tournée historique de 17 jours en Europe, dont une semaine particulièrement émouvante au Royaume-Uni où elle a rencontré son défunt mari et fondé une famille, avant d’endosser en 1988 un rôle politique en raison duquel elle a été coupée du monde pendant un quart de siècle.
L’invitation lancée au milieu de cette visite symbolique au président de l’ancienne colonie britannique place le Royaume-Uni aux avant-postes du rapprochement avec la Birmanie.
David Cameron avait déjà été le premier chef de gouvernement occidental à se rendre dans le pays asiatique depuis le coup d’Etat militaire de 1962. Il avait alors rencontré le président Thein Sein, un ex-général crédité dans le monde entier de l’impulsion réformatrice engagée après l’auto-dissolution de la junte en 2011. C’est aussi lors de cette visite qu’il avait invité Aung San Suu Kyi à se rendre en Grande-Bretagne en juin.
Depuis, le parti de Mme Suu Kyi a remporté en avril lors d’élections partielles 43 sièges sur les 44 qu’il briguait, devenant la première force d’opposition du pays avec quelque 10% des députés.
Un processus unanimement salué par la communauté internationale, mais qui reste fragile.
Au pouvoir depuis mars 2011, le président Thein Sein est confronté à l’une des pires crises de son mandat
Le pays est secoué depuis le début du mois par un cycle de violences entre membres de l’ethnie bouddhiste rakhine et musulmans.
Les réformes entamées demandent à être poursuivies, a martelé Aung San Suu Kyi au cours de sa visite, réclamant notamment l’amendement de la constitution.
La Birmanie a été encouragée dans la voie des réformes par la suspension ou la levée par de nombreux pays des sanctions en place depuis la fin des années 90.
En avril, l’Union européenne a mis entre parenthèses pour un an ses sanctions politiques et économiques, à l’exception de l’embargo sur les armes, et Washington a annoncé le mois dernier la nomination d’un ambassadeur en Birmanie et la levée de certaines restrictions aux investissements.


juin 21 2012

Birmanie : plus de 80 morts dans les violences communautaires

source : leparisien

Les violences communautaires se poursuivent dans l'ouest de la Birmanie entre communautés bouddhiste et musulmane et ont fait au total plus de 80 morts,

Les violences communautaires se poursuivent dans l’ouest de la Birmanie entre communautés bouddhiste et musulmane et ont fait au total plus de 80 morts,

Les violences communautaires se poursuivent dans l’ouest de la Birmanie entre communautés bouddhiste et musulmane et ont fait au plus de 80 morts, a indiqué à l’AFP jeudi un responsable gouvernemental.
“Le dernier bilan fait état de 71 morts”, a-t-il précisé, un bilan auquel s’ajoutent dix musulmans lynchés au début du mois par une foule de bouddhistes en colère qui voulaient venger le et le d’une femme.

L’état d’urgence a été décrété le 10 juin dans l’ensemble de l’Etat Rakhine mais ne semble pas suffire à restaurer la sécurité.
Les dépouilles de huit bouddhistes de l’ethnie rakhine ont été découverts mercredi dans la seule ville de Yathedaung, où deux personnes étaient aussi portées disparues, a ajouté ce responsable. Plusieurs incidents ont été déplorés dans cette localité ces derniers jours.
Un résident de Sittwe, la capitale de l’Etat Rakhine (ex-Arakan), a confirmé que les incidents se poursuivaient. “Les gens ne dorment pas la nuit car ils ont peur pour leur sécurité”, a-t-il indiqué à l’AFP par téléphone.
Des responsables de la minorité apatride des Rohingyas, une des composantes de la communauté musulmane de la région, ont affirmé depuis le début des violences que le bilan était bien plus élevé que celui diffusé par les médias officiels. L’AFP n’a pas été en mesure de le vérifier.
Les 800.000 Rohingyas, confinés dans le nord de l’Etat, ne font pas partie des minorités reconnues par le régime de Naypyidaw, ni par beaucoup de Birmans qui ne cachent pas leur hostilité à leur égard. Ils sont considérés par l’ONU comme une des minorités les plus persécutées de la planète.
Plusieurs centaines d’entre eux ont tenté de fuir en traversant en bateau vers le Bangladesh, mais les gardes-côtes bangladais les ont systématiquement repoussés.
Au-delà de leur cas, extrêmement complexe, ces violences mettent en exergue les tensions religieuses sous-jacentes.



juin 20 2012

Aung San Suu Kyi et l’automne birman

source : lemonde idées

article : David Camroux, maître de conférences des universités à Sciences Po, rattaché au CERI

Le 16 juin, après plus de vingt ans, Daw Aung San Suu Kyi, leader iconique du mouvement démocratique birman, libérée depuis fin 2010 de sa résidence surveillée, a pu se rendre à Oslo pour recevoir le Prix Nobel de la Paix qui lui avait été décerné en 1991. Son discours d’acceptation met en exergue les éléments qui font de cette femme courageuse un symbole fort de la lutte de son peuple pour les libertés. Tout d’abord, des références très personnelles à sa famille nous font comprendre pourquoi beaucoup de birmans l’appellent “Mère Suu” : elle est la fille du père de la Birmanie indépendante, le Général Aung San, assassiné en 1947. Ensuite, sa foi bouddhiste inébranlable qui inspire sa philosophie politique : dans son recueil d’articles, Se Libérer de la Peur, elle décrit en 1991 les dix vertus d’un dirigeant/guide bienveillant. Enfin, en réclamant la libération des derniers prisonniers politiques dans son pays, elle a souligné l’universalité des droits de l’homme et la dimension internationale de sa cause. En revanche, ce qui n’est pas mis en évidence dans son discours ce sont ses qualités de fine stratège politique, chef du parti de l’opposition en Birmanie / Myanmar.

Avec sa visite en Europe, la personnalisation de son combat politique est à son apogée, notamment avec le concert “Electric Burma” à Dublin le 18 juin organisé en son honneur par Bono, rocker vieillissant du groupe U2. Pourtant, la “peopolisation” qui accompagne sa tournée européenne et qui donne l’image d’un mélange de Madonna, de John F. Kennedy et de Gandhi, n’est pas seulement réductrice, pire encore, elle nuit à l’appréciation lucide des transformations en cours en Birmanie et de leur défis. En effet, si on en croit certains medias, il y aurait un parfum de “printemps birman” dans l’air à Rangoon. Mais est-ce bien le cas ? Ou assiste-t-on plutôt, non pas à la fin mais à l’automne d’un régime, à sa mutation et au commencement d’une transition lente, on l’espère, vers une démocratie libérale ? Ma présence en Birmanie au moment des élections partielles du 1er avril 2012 me conduit vers la seconde interprétation car le sentiment prédominant, mis à part pour les militants du parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la Démocratie (NLD), n’est pas celui de l’euphorie, mais celui du soulagement.

Pour la majorité de la population, une situation bloquée depuis plus de vingt ans semble, enfin, évoluer dans le bons sens. Les Birmans, d’ethnie burmah, n’ont plus peur de l’armée, et comme Suu Kyi l’écrit dans Se libérer de la peur, …“quand il n’y a plus de peur, tout devient possible”. Demain ne sera sans doute pas un paradis, mais il sera mieux qu’aujourd’hui. Pour autant, chez les minorités ethniques des zones frontalières, l’oppression des militaires continue.

Ces élections partielles ont vu Aung San Suu Kyi et quarante-deux autres membres du National League for Democracy (NLD) entrer à la chambre basse (Pythu Hluttaw) du Parlement birman, une assemblée créée par l’ancien régime militaire en 2010 et constituée après les élections législatives boycottées à l’époque par la NLD. Les députés de la NLD forment dorénavant un petit groupe d’opposition dans cette chambre de 440 sièges, dont 110 (25%) sont réservés aux militaires.

Toutefois, accompagnées de la libéralisation des medias et de l’ouverture économique, ces élections marquent un tournant dans le long processus de transition démocratique qui est en cours, car elles se sont déroulées librement et ont pu bénéficier d’une couverture médiatique pluraliste. Néanmoins, la portée des élections partielles a bien été soulignée dans la une du Mynamar Times du 2 avril 2012 : “en route vers 2015″. Suu Kyi a dû faire elle-même campagne dans l’ensemble des circonscriptions, attirant des foules enthousiastes désireuses de voir “Mère Suu”, leur idole qui a tout sacrifié pour son peuple.

Bien que la focalisation sur sa personne et son combat soit compréhensible, elle présente cependant deux inconvénients. D’une part, à l’aube de la transformation birmane, elle élude le rôle d’autres acteurs au sein d’un mouvement d’opposition hétérogène mais également et surtout, au sein d’un gouvernement d’anciens militaires qui détient le pouvoir depuis les élections législatives d’octobre 2010, nous y reviendrons. D’autre part, se concentrer exclusivement sur la situation birmane empêche d’appréhender l’expérience des pays voisins en Asie du Sud-est, expérience qui pourtant peut nous éclairer sur la viabilité de la démocratisation en cours. En effet, depuis leur indépendance, et dans le cas de la Thaïlande depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, les pays de l’Asie du Sud-est sont globalement confrontés à trois défis politiques. Tout d’abord, trouver des voies et des moyens pour maintenir et renforcer l’unité nationale dans des sociétés multi-ethniques et multi-religieuses.

Deuxièmement, faire évoluer les modèles de gouvernance vers plus de démocratie dans des nations hétérogènes où le patronage et les modèles autoritaires ou semi-autoritaires se sont avérés jusqu’à présent les plus durables. Enfin, encourager l’armée à se retirer de la vie politique ou, du moins, limiter son rôle en lui assurant privilèges et prestige. Ces trois défis sont plus ou moins présents dans les dix pays de l’ASEAN. Mis à part peut-être les petits états de Singapour et Brunei, c’est en Birmanie qu’ils se présentent avec le plus d’acuité.

Traditionnellement en Birmanie, pays très imprégné par le bouddhisme et par une conception assez rigide du rôle des femmes, il y a deux visions du pouvoir. La première, ana, implique la puissance coercitive et la force, elle justifie, du moins aux yeux des militaires, le rôle de ces derniers comme garant de l’unité nationale et de l’indépendance. La deuxième, awza, peut être traduite par influence, autorité morale et pouvoir charismatique.

Ce qui manque dans ce schéma c’est la notion wébérienne de pouvoir bureaucratique légal, rationnel et impersonnel. Au contraire, en Birmanie, le pouvoir reste personnel et sa conquête est un jeu à somme nulle. Après son retour à Rangoon en 1989, Aung San Suu Kyi s’est vue accorder le statut de minlaung, “roi imminent” qui dans la culture politique birmane est celui qui va renverser une monarchie tyrannique pour restaurer un règne bienveillant basé sur les principes bouddhistes.

Dans la conjoncture birmane actuelle, l’ancienne junte a opéré sa propre mutation. L’exdictateur Than Shwe s’est retiré pour une vie monastique laissant place à un régime “civil” avec ses anciens camarades au pouvoir. L’actuel président Thien Sein, ancien général tel Kim Nyunt précédant réformateur, issu des Services de Renseignements, est l’architecte principal des réformes en cours. Lui et son épouse, ont pu établir avec Aung San Suu Kyi, une relation de confiance. Mais, cette personnalisation des rapports de forces est également la raison de sa fragilité. Comment expliquer cette relation d’interdépendance ? Le Président a besoin d’Aung San Suu Kyi : elle seule est en mesure d’assurer la réintégration de cette nation paria dans la communauté internationale et, ainsi, lui permettre de prendre du lest par rapport à son voisin chinois, encombrant et impopulaire. C’est elle qui détient la clé pour la levée des sanctions et pour encourager la venue des investisseurs occidentaux.

Par ailleurs, en amenant les modérés de l’opposition vers une alliance de facto, elle permet au Président de faire face à la fronde des “durs” au sein de l’armée, inquiets du déclin de leur influence. En dernier lieu, Aung San Suu Kyi symbolise l’esprit de Panglong, l’accord interethnique pour un état fédéral orchestré par son père en février 1947 qui garantit la réconciliation et l’unité nationale. Les régimes militaires n’ont jamais su gagner la confiance des minorités ethniques dans les zones périphériques et l’opposition birmane se trouve désormais impliquée dans des négociations avec ces groupes.

Pour sa part, Aung San Suu Kyi et son parti doivent s’allier aux anciens militaires réformistes afin de devenir un acteur légitime face à l’armée et d’écarter la menace d’un contrecoup des “durs”. Dans l’immédiat, la libération des derniers prisonniers politiques dépend de la modération de l’opposition. Mais à moyen terme, l’opposition a besoin du régime pour mettre en place les réformes vitales préalables et les changements constitutionnels nécessaires afin que la NLD puisse prendre le pouvoir en 2015 par les urnes et dans de bonnes conditions.

Aung San Suu Kyi, aussi bien lors de son discours devant le Forum économique mondial à Bangkok le 1er juin, qu’à celui devant l’Organisation internationale du Travail le 14 juin à Genève et à Oslo deux jours plus tard, a beaucoup insisté sur l’établissement d’un Etat de droit comme une condition sine qua non à tout progrès politique, économique et social. Aung San Suu Kyi et Thein Sein ont besoin l’un de l’autre pour mener à bien ce vaste chantier.

Pour conclure, cette obsession pour Aung San Suu Kyi ne rend service ni à elle ni à son mouvement politique. Faire reposer sur ses épaules des responsabilités qu’un leader seul, a fortiori dans l’opposition, n’est en aucun cas en mesure d’assumer malgré ses qualités exceptionnelles, donne l’impression de vouloir imposer le leurre d’un messie qui du jour au lendemain pourrait résoudre les problèmes profondément enracinés dans le pays. En tant que chef de l’opposition, elle doit mener simultanément deux combats.

Tout d’abord, au cours des trois prochaines années, elle devra coopérer avec les réformateurs au sein du gouvernement actuel et de l’armée pour promouvoir la réconciliation nationale. Notamment, introduire des changements constitutionnels destinés à diminuer le poids de l’armée dans la vie politique du pays et mettre en place, par un processus de dialogue, une structure fédérale potentiellement démocratique, apte à satisfaire les exigences d’une nation multiethnique et multi-religieuse. En même temps, elle devra renforcer son parti, former des cadres et préparer des successeurs afin que la NLD soit prête à prendre le pouvoir démocratiquement en 2015.

A deux occasions, en 1960-1962 et en 1988-1990, les tentatives d’une transition d’un régime militaire à un régime proprement civil ont avorté en Birmanie. Ceci devrait nous rendre à la fois prudent sur l’avenir du pays, mais devrait également inciter la communauté internationale à soutenir les acteurs de cette transition avec une force et une détermination d’autant plus accrues.

David Camroux, maître de conférences des universités à Sciences Po, rattaché au CERI


juin 19 2012

Aung San Suu Kyi débute au Royaume-Uni une visite chargée de souvenirs et… joyeux anniversaire !!!

source : liberation

Aung Sann Suu Kyi, le 19 juin 2012 à Londres

Aung San Suu Kyi, le 19 juin 2012 à Londres (AFP)

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a débuté mardi une semaine au Royaume-Uni particulièrement chargée d’émotion, puisqu’elle doit fêter ses 67 ans à Oxford, où elle a fait ses études et rencontré son époux et père de ses deux enfants.

“Happy birthday to you”, ont entonné mardi matin un millier de participants à une conférence à la London School of Economics, où elle a pris la parole.

Vêtue d’une tunique et d’une écharpe dans un camaïeu de rose et de parme, la dame de Rangoun s’est déclarée “touchée par la chaleur” de l’accueil reçu tout au long de sa tournée européenne de 17 jours, la première après 24 ans de confinement en Birmanie.

“C’est vous qui m’avez donné la force de continuer”, a-t-elle dit, avant d’ajouter en souriant: “Je suppose que j’ai aussi un côté tenace”.

“Si nous n’amendons pas la Constitution en harmonie avec les aspirations du peuple de notre pays, nous ne pourrons amener le type d’unité et de paix auquel nous aspirons”, a-t-elle souligné au cours d’un débat sur “L’Etat de droit”, jugeant “possible de travailler avec les militaires” birmans.

Ex-étudiante d’Oxford

Pour sa première visite en Europe depuis 1988, elle a choisi de revenir mardi à Oxford, où elle a étudié entre 1964 et 1967 et a vécu avec Michael Aris, épousé en 1972.

L’après-midi, une réunion privée est organisée pour son anniversaire. “J’espère que ce ne sera pas teinté de tristesse”, avait-elle confié à la BBC. “Je veux voir des vieux amis et revoir des endroits où j’ai été heureuse”.

Rentrée en Birmanie en avril 1988 au chevet de sa mère malade puis placée en résidence surveillée, Aung San Suu Kyi a passé les deux décennies de confinement loin de ses enfants, restés au Royaume-Uni avec leur père, un spécialiste du Tibet.

De peur que la junte militaire au pouvoir ne la laisse pas rentrer en Birmanie, elle avait choisi de rester à Rangoun alors que son mari succombait à un cancer de la prostate en 1999.

Son fils Kim, 35 ans, qui passe encore aujourd’hui la plupart de son temps à Oxford, devrait être présent pour son anniversaire.

Mais on ignore si Alexander, 39 ans, qui habite aux Etats-Unis et ne l’a pas revue depuis sa libération, sera de la partie. C’est lui qui avait prononcé le discours à Oslo lors de l’attribution du prix Nobel de la paix à sa mère en 1991, remis en son absence à ses deux fils.

Aung San Suu Kyi est accueillie mardi à Oxford –où elle doit recevoir le titre de docteur honoris causa– par le président de l’Université et ancien gouverneur de Hong Kong, Chris Patten.

Au Parlement jeudi

Jeudi, elle s’adressera au Parlement à Londres, un privilège rare. Elle doit rencontrer le même jour le Premier ministre David Cameron et le prince Charles, puis le vice-Premier ministre Nick Clegg la semaine prochaine avant de partir pour la France.

Lundi soir, elle a été acclamée comme une rock-star lors d’un concert en son honneur à Dublin, pendant lequel le chanteur Bono lui a remis un prix décerné par Amnesty International récompensant son combat pour les droits de l’Homme.

L’opposante birmane, libérée en 2010 et élue députée depuis, avait été invitée en avril à se rendre au Royaume-Uni par M. Cameron, premier chef de gouvernement occidental à se rendre en Birmanie depuis le coup d’Etat militaire de 1962.

Elle a entamé le 13 juin en Suisse cette tournée historique en Europe, qui l’a également menée en Norvège et en Irlande. Le Royaume-Uni est la quatrième étape de ce voyage qui doit s’achever en France, du 26 au 29 juin.


juin 18 2012

Aung San Suu Kyi, escortée par son fan Bono, en star d’un concert à Dublin

source : lepoint.fr

Bono, qui utilise son statut de star planétaire pour promouvoir les droits de l'Homme et lutter contre la pauvreté, avait rappelé à Oslo que lors des concerts de la dernière tournée mondiale de U2, des messages de Mme Suu Kyi avaient été projetés sur des écrans géants.Bono, qui utilise son statut de star planétaire pour promouvoir les droits de l’Homme et lutter contre la pauvreté, avait rappelé à Oslo que lors des concerts de la dernière tournée mondiale de U2, des messages de Mme Suu Kyi avaient été projetés sur des écrans géants.

L’icône birmane de la démocratie, Aung San Suu Kyi, accompagnée par son fervent admirateur Bono, est arrivée lundi à Dublin où elle doit assister à un concert en son honneur et recevoir un prix d’Amnesty International récompensant son combat pour les droits de l’Homme.

Vêtue d’une robe longue noire à losanges et d’une écharpe jaune, des fleurs rouges dans les cheveux, Aung San Suu Kyi est arrivée d’Oslo à bord du jet privé du chanteur de U2.

La lauréate du prix Nobel de la Paix a ensuite brièvement rencontré le président irlandais Michael D. Higgins et son épouse Sabina dans leur résidence officielle. Le président irlandais s’est déclaré “très heureux” d’avoir pu accueillir l’opposante birmane, à qui il a “exprimé l’admiration que ce pays ressent pour elle”.

De son côté, la “Dame de Rangoun” s’est réjouie de la volonté des autorités irlandaises d’accréditer un ambassadeur non résident en Birmanie.

“Plus il y a d’engagements entre les pays, mieux c’est pour le monde entier”, a estimé Aung San Suu Kyi, qui devait ensuite assister à un concert en son honneur, “Electric Burma”.

A l’affiche se trouvaient Bob Geldof, la chanteuse béninoise Angélique Kidjo, et Bono, qui doit remettre à Aung San Suu Kyi le prix “d’ambassadeur de conscience” décerné par Amnesty International.

L’opposante birmane doit aussi recevoir un prix de la ville de Dublin qui lui avait été accordé il y a 12 ans, et s’adresser à la foule, qui doit de son côté lui chanter “Happy Birthday”, à la veille de ses 67 ans.

Plus tôt, lors de sa rencontre à Oslo avec Aung San Suu Kyi, Bono s’était dit “ébloui” par l’opposante birmane à qui il a dédié une chanson, “Walk On”, avec son groupe U2. “Ce que je trouve le plus impressionnant, c’est son attitude de non-violence”, avait expliqué le chanteur irlandais lors d’un forum pour la paix organisé dans la capitale norvégienne.

Aung San Suu Kyi, qui a entamé en Suisse son premier voyage en Europe en 24 ans, après des années de résidence surveillée, a reçu un accueil de rockstar en Norvège, où elle a enfin prononcé son discours d’acceptation du prix Nobel de la Paix qui lui avait été décerné en 1991.

Bono, qui utilise son statut de star planétaire pour promouvoir les droits de l’Homme et lutter contre la pauvreté, avait rappelé à Oslo que lors des concerts de la dernière tournée mondiale de U2, des messages de Mme Suu Kyi avaient été projetés sur des écrans géants.

Il avait expliqué qu’à ces concerts, nombre de fans portaient des t-shirts “ASSK” sans savoir qui était cette Aung San Suu Kyi. “Certains pensaient qu’elle était un groupe de speed metal asiatique”, avait-il plaisanté.

De son côté, Mme Suu Kyi avait dit apprécier la musique de son admirateur et notamment “Walk On” qui lui est dédiée. “J’aime la chanson car elle est très proche de ce que je ressens, que c’est à chacun de poursuivre sa route”, avait-elle dit.

“C’est bien d’avoir du soutien. C’est bien d’avoir des gens qui ont pour vous de la sympathie et vous comprennent. Mais au bout du compte ce sont vos deux jambes à vous qui doivent vous faire avancer”, avait ajouté Aung San Suu Kyi.

L’opposante birmane, libérée en 2010 et qui a depuis été élue députée, doit ensuite mettre le cap vers le Royaume-Uni. Elle fêtera mardi son anniversaire à Oxford, où elle a fait ses études et fondé sa famille.

Cette étape ravivera de douloureux souvenirs pour Aung San Suu Kyi, qui avait laissé derrière elle son mari et ses deux fils en retournant en Birmanie en 1988. Placée en résidence surveillée, elle n’était pas rentrée au chevet de son mari, mort d’un cancer en 1999.


juin 17 2012

En Norvège, Aung San Suu Kyi discute avec des ONG de l’avenir de la Birmanie

source : lacroix

La chef de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi a rencontré dimanche à Bergen dans la région des fjords norvégiens des ONG pour discuter de l’avenir de son pays engagé sur la voie de la démocratie.

Sa tournée, la première en Europe depuis 24 ans, a été marquée samedi à Oslo par son discours d’acceptation du Nobel de la paix qu’elle n’avait pas pu recevoir en personne lorsqu’il lui a été décerné en 1991.

A Bergen, Mme Suu Kyi s’est entretenue avec les membres de la fondation Rafto, une organisation de lutte pour la défense des droits de l’homme qui lui avait attribué son prix annuel en 1990.

“Elle a été l’une de nos plus importantes sources d’inspiration”, a dit à l’AFP la directrice générale de la fondation, Therese Jebsen.

Mme Suu Kyi, qui voyage en famille avec son fils Kim, est arrivée en début d’après-midi à Bergen, ville côtière de l’Ouest de la Norvège aux maisons en bois multicolores et porte d’entrée des fjords, où siège la fondation Rafto.

Dans des entretiens à huis clos dans les locaux de la fondation, Aung San Suu Kyi a rencontré des représentants d’organisations non-gouvernementales et d’une école de commerce.

Ils souhaitent savoir comment ils peuvent contribuer au développement de son pays appauvri par la dictature militaire, au moment où il s’ouvre au monde, a indiqué Mme Jebsen.

Un sujet d’inquiétude est la gestion par le gouvernement des vastes ressources naturelles du pays, en particulier le pétrole et le gaz, afin qu’elle permette à la population d’en bénéficier.

Les réformes politiques engagées en Birmanie, de la libération de centaines de prisonniers politiques à la réintégration du parti de Mme Suu Kyi dans le jeu politique du pays, ont entraîné l’Occident à lever ou suspendre les sanctions qui le frappent.

Certains craignent maintenant que des investisseurs peu scrupuleux ne profitent des richesses du pays.

Pour Mme Jebsen la Norvège, l’une des rares démocraties parmi les pays grands producteurs de pétrole, pourrait dispenser des conseils, notamment pratiques, pour aider la Birmanie à “gérer (ses) ressources d’une manière démocratique”.

Dimanche matin à Oslo, la “Dame de Rangoun” a rencontré le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jonas Gahr Stoere.

“Ils ont parlé de l’avenir de la Birmanie et de la manière de sécuriser l’effort de réforme (…) l’objectif est de rendre les progrès irréversibles”, a déclaré le porte-parole du ministère, Svein Michelsen.

La Norvège a une longue tradition d’aide à l’opposition pro-démocratique birmane. Elle mène une initiative visant à aider les groupes ethniques rebelles ayant signé un cessez-le-feu avec le pouvoir.

Le projet, qui dispose d’un budget de 5 millions de dollars (3,9 millions d’euros), va coordonner les différentes actions humanitaires qui vont de l’approvisionnement en eau ou en moustiquaires, à la réinstallation des réfugiés et à des opérations déminage.

Après ses entretiens à la fondation Rafto, Aung San Suu Kyi devrait rencontrer la communauté birmane de Bergen, la deuxième ville de Norvège, puis participer à une réunion publique au centre de cette ancienne cité hanséatique, avant de regagner Oslo.

“Je n’avais jamais imaginé qu’Aung San Suu Kyi puisse un jour venir en Norvège”, confie un admirateur de 28 ans, Lwan Moa Anickson, un membre de la minorité karen, né dans un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise, arrivé en Norvège il y a cinq ans.

“Toutes les personnes de Bergen qui appartiennent à une minorité ethnique, et pas seulement les Birmans, sont très excités de rencontrer Aung San Suu Kyi. Elle travaille en faveur de l’égalité de tous les groupes ethniques de Birmanie”, poursuit-il, distribuant des drapeaux karens.

“Nous ne pouvons pas encore avoir 100% confiance dans les militaires birmans, mais nous espérons que le cessez-le-feu durera éternellement”, dit-il à propos de la trêve signée entre les Karens et le gouvernement.


juin 16 2012

Aung San Suu Kyi reçoit enfin son prix Nobel

source : lemonde

Aung San Suu Kyi a reçu son prix Nobel de la Pais samedi 16 juin à OslO.

Il l’avait attendu, patiemment, pendant 21 ans à Oslo. L’opposante birmane, Aung San Suu Kyi, a enfin pu recevoir samedi 16 juin son prix Nobel de la Paix, qui lui avait été décerné en 1991. Dans son discours d’acceptation, la Birmane a lancé un appel à la démocratie, demandé la libération des prisonniers politiques dans son pays et s’est dite prête à jouer “tout rôle” en vue de la réconciliation nationale.

Lors d’une cérémonie chargée d’émotion, la “Dame de Rangoun” a rappelé qu’ “un prisonnier d’opinion est un de trop (…).” “S’il vous plait, souvenez-vous d’eux et faites tout ce qui est en votre pouvoir pour parvenir au plus tôt à leur libération inconditionnelle” a imploré la lauréate du Nobel.

“AUNG SAN SUU KYI EST ENFIN LÀ”

Devant l’assistance rassemblée à l’hôtel de ville d’Oslo Mme Suu Kyi, les cheveux parés d’une fleur comme à son habitude, a déclaré qu’elle et son parti sont prêts à jouer tout rôle en vue de la réconciliation nationale conduisant du régime militaire à la démocratie. “Mon parti, la Ligue nationale pour la démocratie, et moi-même nous sommes prêts et désireux de jouer tout rôle dans le processus de réconciliation nationale”, a-t-elle dit.

Peu avant, inaugurant la cérémonie, le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a accueilli la lauréate puis a déclaré espérer que le dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo, lauréat en 2010, puisse venir un jour à son tour à Oslo.

Plus de deux décennies après avoir reçu le prix, “Aung San Suu Kyi est enfin là”, a-t-il-dit dans un discours en l’honneur de l’icône mondiale de la démocratie, qui effectue son premier déplacement en Europe en 24 ans, après des années d’assignation à résidence.

“UN OPTIMISME PRUDENT”

Mme Suu Kyi, qui portait une longue écharpe mauve et le lungi traditionnel, a dit sa conviction dans la transition de son pays d’un régime militaire vers la démocratie avec “un optimisme prudent” et non avec “une foi aveugle”. “Si je défends un optimisme prudent ce n’est pas parce que je ne crois pas dans l’avenir mais c’est parce que je ne veux pas encourager une foi aveugle”, a-t-elle dit. “Sans foi dans l’avenir, sans la conviction que les valeurs démocratiques et les droits fondamentaux de l’Homme sont non seulement nécessaires mais possibles dans notre société, notre mouvement n’aurait pas pu continuer”, a-t-elle ajouté. “C’est grâce à des changements récents dans mon pays que je suis avec vous aujourd’hui”, a-t-elle reconnu en remerciant “tous les amoureux de la liberté et de la justice qui ont contribué à une prise de conscience mondiale de notre situation”.

Concernant la situation sur le terrain, la “Dame de Rangoun” a déploré que “les hostilités n’ont pas cessé” en Birmanie, faisant référence au conflit qui oppose la communauté bouddhiste à la minorité musulmane et aux combats avec les Kachins. “Les hostilités n’ont pas cessé dans l’extrême nord (avec les Kachins). Dans l’ouest, la violence communautaire prend la forme d’incendies et d’assassinats, qui ont eu lieu juste avant que je commence le voyage qui m’a conduite ici aujourd’hui”, a-t-elle-dit.


juin 14 2012

Acclamée à Genève, Aung San Suu Kyi plaide la cause de son pays

source : liberation

Aung San Suu Kyi à Genève, après la 101e réunion de la Conférence internationale du travail, le 14 juin 2012.

Aung San Suu Kyi à Genève, après la 101e réunion de la Conférence internationale du travail, le 14 juin 2012. (Photo Valentin Flauraud. Reuters)

Autorisée pour la première fois en 23 ans à quitter la Birmanie, la chef de l’opposition birmane a invité investisseurs et gouvernements étrangers à y venir afin de favoriser sa démocratisation.

Aung San Suu Kyi, la charismatique chef de l’opposition birmane, a lancé jeudi un appel aux investisseurs et aux gouvernements étrangers pour favoriser le développement démocratique de son pays, à Genève devant l’ONU.

La «Dame de Rangoun», souvent comparée à l’ex-président sud-africain Nelson Mandela, a été accueillie à l’ONU par une immense ovation des 4 000 délégués de 185 pays à la conférence internationale du travail.

Ils ont applaudi debout à plusieurs reprises la Prix Nobel de la Paix, qui effectue son premier voyage en Europe depuis 23 ans, après plus de 20 ans en résidence surveillée dans son pays.

Dans son discours devant la Conférence internationale du travail, au premier jour de sa tournée européenne historique, Aung San Suu Kyi a plaidé pour la levée et la suspension des sanctions frappant son pays.

C’est une «occasion sans précédent pour le développement économique de la Birmanie. Je vous appelle tous à joindre vos efforts aux nôtres», a déclaré la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie.

«C’est une demande pressante de ma part. Gouvernements, entreprises, travailleurs, vous pouvez tous nous aider à créer la société qui offrira un avenir à notre pays», a affirmé la Prix Nobel de la Paix.

La chef de l’opposition birmane a invité tous les participants à la Conférence du travail à se rendre en Birmanie pour se «rendre compte de tout le potentiel» que représente la jeunesse du pays.

Attirer les investisseurs

Dans un véritable discours-programme, Aung San Suu Kyi a insisté sur une série de réformes qui sont encore nécessaires pour instaurer les règles de droit et renforcer les institutions démocratiques en Birmanie, des conditions pour attirer les investisseurs.

Elle a en outre fait valoir la nécessité de règles de transparence et de bonnes pratiques dans le secteur de l’énergie, d’entreprises d’Etat plus compétitives et d’une protection des petits agriculteurs.

Interrogée lors d’une conférence de presse, Aung San Suu Kyi a affirmé que le groupe pétrolier français Total est un investisseur responsable en Birmanie.

«Même s’il y a eu des interrogations du temps de la junte militaire, aujourd’hui il est sensible aux questions relevant des droits de l’homme», a-t-elle dit. «Je ne vais pas demander de se retirer à Total et à Chevron», un groupe pétrolier américain, a-t-elle assuré.

Aung San Suu Kyi a aussi insisté sur la nécessité d’un règlement politique pour mettre fin aux combats ethniques dans l’Etat de Rakhine, en Birmanie, et affirmé que la question de la citoyenneté des Rohingyas doit être réglée par un nouveau cadre juridique.

La militante birmane, qui aura 67 ans dans quelques jours, a aussi réclamé de l’aide pour la jeunesse de son pays, qui n’a pas eu la chance de recevoir une éducation et qui souffre d’un chômage endémique.

«Des jeunes sans emploi perdent toute confiance dans la société qui a échoué à leur donner une chance», a-t-elle ajouté, soulignant les problèmes de drogue et d’alcoolisme qui y sont liés.

La question des nombreux migrants birmans vivant en Thaïlande a aussi été évoquée. «80% de tous les travailleurs migrants en Thaïlande sont des Birmans et ces travailleurs sont souvent confrontés à des violations de leurs droits», car ni la Birmanie ni la Thaïlande n’ont adopté les bases juridiques nécessaires pour mettre en oeuvre des règles internationales, a-t-elle indiqué.

«Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés en Thaïlande m’ont dit “nous voulons rentrer à la maison”, et nous avons tous la responsabilité de leur assurer paix et sécurité à leur retour», a-t-elle dit.

Après Genève, que la militante a visité il y a 30 ans, Aung San Suu Kyi se rendra à Berne. Elle y sera reçue par les plus hautes autorités helvétiques, avant de partir vendredi pour Oslo.

Après la Suisse, la militante birmane se rendra en Norvège, en Grande-Bretagne, en Irlande et en France.

En Norvège, elle doit prononcer un discours à l’occasion de la remise de son Prix Nobel de la Paix, décerné en 1991 et qu’elle n’a pas pu recevoir en personne, du fait de sa détention en Birmanie.

(AFP)