avr 26 2012

Washington ne lèvera pas ses principales sanctions contre la Birmanie

source : lemonde

L'Union européenne et le Canada ont suspendu cette semaine la plupart de leurs sanctions, afin de saluer le processus de réformes politiques débutée il y a un an par le nouveau régime birman.L’Union européenne et le Canada ont suspendu cette semaine la plupart de leurs sanctions, afin de saluer le processus de réformes politiques débutée il y a un an par le nouveau régime birman. | AFP/Soe Than WIN

Les Etats-Unis ont exclu, mercredi 25 avril, de lever dans l’immédiat leurs principales sanctions contre la Birmanie, avançant qu’ils veulent garder un moyen de pression sur le pays. L’Union européenne et le Canada ont suspendu cette semaine la plupart de leurs sanctions afin de saluer le processus de réformes politiques engagé il y a un an par le nouveau régime birman.

Au début d’avril, dans la foulée d’élections qui avaient permis à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi de devenir la première force d’opposition au Parlement birman, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avait annoncé l’allègement des restrictions pesant sur les investissements vers la Birmanie et la nomination rapide d’un ambassadeur. Les Etats-Unis ont ainsi levé certaines de leurs sanctions, mais pas les principales.

“TOUT N’EST PAS ROSE”

Kurt Campbell, secrétaire d’Etat adjoint pour l’Asie de l’Est et le Pacifique et l’un des architectes de la stratégie états-unienne en Birmanie, a indiqué mercredi à des élus du Congrès que du point de vue de l’administration américaine “tout n’est pas rose” en Birmanie et qu’elle comptait uniquement alléger certaines de ses sanctions. “Nous devons être en mesure de répondre dans le cas où il y aurait un renversement ou un gel (des réformes), ce moyen de pression est une composante essentielle de notre stratégie”, a poursuivi M. Campbell.

Des organisations de défense des droits humains se sont récemment dites inquiètes des allégations de viols, de travaux forcés et autres abus, dans l’Etat de Kachin notamment.


avr 24 2012

La levée des sanctions est prématurée

source : courrierinternational

Le 23 avril, l’Union européenne a suspendu pour un an ses “restrictions” à l’encontre du régime birman, à l’exception de l’embargo sur les armes. Un geste précipité à l’égard d’un gouvernement dont les intentions restent incertaines, regrette un exilé birman.

Ouverture de session à la chambre basse du Parlement, sans Aung San Suu Kyi. Naypyidaw, le 23 avril. AFP PHOTO/ Soe Than WIN

Ouverture de session à la chambre basse du Parlement, sans Aung San Suu Kyi. Naypyidaw, le 23 avril. AFP PHOTO/ Soe Than WIN

Le 17 avril, le département américain du Trésor a annoncé un assouplissement des sanctions financières à l’encontre de la Birmanie [ou Myanmar, selon son nom officiel] concernant les activités humanitaires et caritatives. La décision est importante et bien plus habile que celles qui ont été prises par le Royaume-Uni, l’Australie et la Norvège. Quatre jours plus tôt, à l’occasion de son déplacement en Birmanie, le Premier ministre britannique David Cameron avait déclaré être favorable à la suspension [et non pas à la levée] des sanctions. La Norvège et l’Australie lui ont aussitôt emboîté le pas et assuré qu’elles allaient, elles aussi, alléger leurs sanctions. Tout ce qui restera, virtuellement, c’est un embargo sur les armes. L’Union européenne a officiellement adopté la même position le 23 avril en prenant la décision de suspendre [pour une année] des sanctions financières et politiques cruciales, comme une interdiction d’investissements et des restrictions sur les visas pour les membres du régime. La politique birmane de l’Europe va dès lors nettement diverger de celle que les Etats-Unis appliquent. Or compte tenu de la situation en Birmanie, la prudence dont fait preuve Washington semble être une réaction beaucoup plus raisonnable aux développements sur place.

Le régime ne tolère toujours aucune dissension

De jour en jour, la politique devient de plus en plus imprévisible en Birmanie. La dirigeante de l’opposition, Aung San Suu Kyi, et les représentants de sa Ligue nationale pour la démocratie, élus depuis peu, ont refusé de prêter serment en tant que garants de la Constitution de 2008 [et boycottent la session parlementaire qui s'est ouverte le 23 avril]. Sur le terrain, dans l’Etat Kachin [frontalier de la Chine], les combats continuent entre les forces gouvernementales et les rebelles. On a fait grand cas du prétendu engagement du pouvoir sur la voie des réformes, mais la condamnation de trois militaires, qui auraient blogué sur les difficultés que connaît l’armée en général, montre plutôt que le régime ne tolère toujours aucune dissension. D’après la version birmane de Radio Free Asia, trois officiers de l’armée de l’air auraient été condamnés le 9 avril à des peines de prison par un tribunal militaire. L’un d’eux, le capitaine Zaw Lynn Dwe, aurait écopé de vingt ans en raison, entre autres, de la loi draconienne sur l’électronique. Les deux autres devraient purger des peines de sept ans. On ne sait toujours pas non plus si “The Lady”, comme Aung San Suu Kyi est parfois surnommée, sera libre de se rendre au Royaume-Uni et en Norvège en juin, comme elle l’a annoncé. A ce jour, elle n’a toujours pas reçu de nouveau passeport.

En gardant tout cela à l’esprit, les pays occidentaux devraient, pour l’instant, s’abstenir de récompenser un gouvernement prétendument réformiste, y compris en rétablissant des relations commerciales avec la Birmanie. Certes, l’embargo sur les armes est maintenu. Mais même si les pays occidentaux ne sont pas disposés à vendre directement des armes à la Birmanie, ils n’en continuent pas moins de lui permettre de s’armer en offrant au régime les moyens de se procurer plus facilement des liquidités. Après tout, le pouvoir birman consacre traditionnellement une grande part des revenus des investissements étrangers à la défense plutôt qu’à la santé ou à l’éducation. Le gouvernement, nominalement civil, propose ainsi pour 2012-2013 un budget qui n’est pas tellement différent du précédent. La défense représente 14,9 % du total, tandis que 2,9 % et 4,9 % du budget ont respectivement été alloués à la santé et à l’éducation.

La réalité, c’est que la politique birmane reste trouble et que son avenir est toujours incertain. Des centaines de prisonniers politiques se trouvent encore derrière les barreaux, et ceux qui ont été libérés sont victimes de tracasseries quotidiennes. Ce serait donc une erreur de récompenser un gouvernement pour ces réformes superficielles et de faire passer les intérêts commerciaux avant les droits de l’homme. Ceux qui envisagent de suspendre ou d’annuler les restrictions sur les investissements doivent comprendre qu’il n’est pas nécessaire de vendre des armes directement au régime pour lui permettre de s’armer.

Zaw Nay Aung est directeur de Burma Independence Advocates (Défenseurs de l’indépendance birmane), à Londres.


avr 23 2012

BIRMANIE. Aung San Suu Kyi refuse de siéger au Parlement

source : lenouvelobs

L'opposante, élue députée aux élections du premier avril, refuse de siéger au parlement birman dont la première session se tient le 23 avril. (KHIN MAUNG WIN/AP/SIPA)

L’opposante, élue députée aux élections du premier avril, refuse de siéger au parlement birman dont la première session se tient le 23 avril. (KHIN MAUNG WIN/AP/SIPA)

Elue députée le 1er avril 2012, Aung San Suu Kyi n’a pas assisté lundi 23 avril à sa première session au Parlement. L’opposante birmane refuse en effet de prêter serment, celui-ci indiquant que les parlementaires s’engagent à protéger la Constitution, qu’elle aimerait au contraire modifier.

Une décision qui jette une ombre sur les réformes en cours dans le pays, alors que l’Union européenne vient d’annoncer la suspension de la plupart des sanctions à l’égard de la Birmanie.

Mais le président Thein Sein, en déplacement au Japon, a assuré que le processus de démocratisation continuerait. Il n’y aura “pas de revirement”, a-t-il déclaré aux journalistes, selon l’agence de presse japonaise Kyodo.

Un premier signe de discorde

La décision d’Aung San Suu Kyi et des autres élus de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de ne pas se rendre dans la capitale Naypyidaw est le premier signe de discorde entre l’opposition et le gouvernement depuis les élections partielles historiques du premier avril, largement saluées à travers le monde, et qui ont encouragé l’Occident à commencer à lever ses sanctions.

L’UE devrait d’ailleurs les suspendre lundi pour un an, en particulier les restrictions à l’encontre de plus de 800 entreprises, tout en maintenant son embargo sur les armes. Ce geste est destiné à encourager les réformes, tout en maintenant la pression sur le gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011.

Les députés d’opposition refusent de prêter serment

La nouvelle équipe gouvernementale a notamment libéré des centaines de prisonniers politiques, entamé des discussions avec les groupes rebelles des minorités ethniques et encouragé le retour sur la scène politique officielle de l’opposante historique (et médiatique), élue triomphalement pour la première fois députée en avril.

Après ce scrutin partiel lors duquel la LND a remporté 43 des 44 sièges qu’elle briguait, le parti est la première force d’opposition du Parlement.

Mais ces nouveaux élus refusent de prêter le serment de “sauvegarder” la Constitution de 2008, adopté par référendum une semaine après le passage du cyclone Nargis (138.000 morts ou disparus) et qui arroge des pouvoirs immenses aux militaires. Ce texte, conçu par l’ancienne junte, réserve un quart des sièges des assemblées aux militaires d’active.

Le président Thein Sein n’a pas l’intention d’intervenir

Avant de participer aux élections partielles du premier avril, Ang Saung Suu Kyi, qui a plusieurs fois indiqué qu’une de ses priorités était d’amender cette Constitution, avait obtenu de faire modifier les lois électorales pour qu’il soit autorisé de discuter publiquement du texte. Mais le serment des députés, inscrit dans la Constitution, n’avait, lui, pas été modifié.

La LND a donc déposé ces derniers jours de nombreuses requêtes pour faire remplacer “sauvegarder” par “respecter”. En vain.

Alors que le parti d’opposition s’était montré confiant dimanche sur la possibilité de surmonter ce problème en faisant appel au président Thein Sein, ce dernier a indiqué lundi qu’il n’avait pas l’intention d’intervenir.

Selon l’agence nippone Kyodo, il a déclaré qu’il voulait “accueillir” l’opposante au Parlement, mais que c’était à elle de décider si elle voulait ou non y siéger :

Nous aimerions coopérer [avec elle] en avançant dans la même direction pour le bien des intérêts du peuple.”

La LND a de son côté assuré n’avoir pas de “réponse formelle” de Thein Sein concernant sa requête, selon son porte-parole Nyan Win.

Une stratégie mise en doute

Mais certains doutent déjà de la stratégie adoptée par Suu Kyi dans cette affaire. “Je pense que la LND a une mauvaise idée, de simplement se battre pour quelques mots. Je pense que la LND devrait participer au parlement et ils devraient proposer une stratégie complète de réformes politiques et économiques”, commente ainsi Aung Thu Nyein, analyste au Vahu Development Institute.

La semaine dernière, la LND avait pourtant annoncé le premier voyage à l’étranger depuis 24 ans de la prix Nobel de la paix. Ce déplacement prévu en Norvège et en Grande-Bretagne en juin avait été décrit par les observateurs comme un signe de sa confiance envers le processus de réformes en cours.

L’opposante, qui a passé quelque 15 années enfermée, n’avait, depuis son retour au pays en 1988, jamais voulu quitter la Birmanie de peur d’être maintenue en exil par le régime militaire.


avr 22 2012

La pari risqué de la Dame de Rangoon

source : lefigaro.fr

Aung San Suu Kyi pendant sa visite du quartier pauvre de Kawhmu dans la capitale birmane.
Aung San Suu Kyi pendant sa visite du quartier pauvre de Kawhmu dans la capitale birmane. Crédits photo : Khin Maung Win/AP

Aung San Suu Kyi s’apprête à faire son entrée au Parlement. Certains de ses proches redoutent cependant qu’elle y perde une partie de son influence.

Aung San Suu Kyi n’est plus la dissidente qui a tant ému l’Occident en se dressant seule contre l’inflexible junte birmane, mais elle n’est pas encore une députée espérant que «le rôle du peuple dans la politique sera accentué».

La métamorphose de la célèbre prisonnière en parlementaire de l’opposition devra attendre. Elle prévoit de boycotter le Parlement ce lundi en raison du serment qu’elle doit prêter de «sauvegarder» la Constitution. La Dame, qui a fait de la réforme de cette charte, rédigée en 2008 par et pour les militaires, une de ses priorités de campagne, propose de remplacer le mot «sauvegarder» par «respecter». Mais le texte du serment, lui-même inscrit dans la Constitution, n’était toujours pas modifié dimanche en Birmanie.

Une fois que l’imbroglio sémantico-juridique sera démêlé et qu’Aung San Suu Kyi siégera à Naypyidaw, s’ouvrira une période d’incertitudes. Cette femme qui aspire à la perfection continuelle de l’esprit et qui a sacrifié sa vie personnelle pour la cause pourra-t-elle s’accommoder des compromis, des marchandages et des ruses qu’impose la politique birmane?

Un programme encore mince

À la différence d’Indira Gandhi ou Benazir Bhutto, Aung San Suu Kyi n’a pas été formée politiquement auprès de son père, héros de l’indépendance birmane, assassiné alors qu’elle n’avait que deux ans. Quinze ans de réclusion l’ont empêchée de s’entourer d’éminences grises. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, est en piteux état. Et son programme politique, encore mince. Elle doit préciser sa position sur plusieurs questions économiques et sur l’établissement d’une véritable fédération. Attendue sur des dossiers techniques, allant du microcrédit à l’accès à la formation en passant par la promotion des investissements, le Prix Nobel de la paix devra faire évoluer sa quête spirituelle de libération individuelle vers une planification politique concrète.

La grande inconnue est l’influence qu’Aung San Suu Kyi aura dans le nouveau Parlement. Son vieux compagnon de route, Win Tin, s’inquiète: «Ne sera-t-elle pas prise au piège» dans cette institution verrouillée par les militaires, ce «corps mort» où les séances sont expédiées en un quart d’heure, les élus étroitement encadrés et la servilité récompensée par de coquettes rémunérations?

Avec 7% des sièges, le parti de la Dame va se retrouver face à la majorité pléthorique et hostile de l’USDP, le parti de la solidarité et du développement, créé de toutes pièces par l’ancienne junte. Le commentaire laconique du colonel Saw Khin Soe, un homme du premier cercle du pouvoir, est emblématique du mépris et de l’amertume qu’Aung San Suu Kyi rencontrera dans les travées de la Chambre basse du Parlement: «Je ne sais pas grand-chose de cette femme. Son mari était anglais», trouve-t-il seulement à dire. «Elle a une telle foi en elle-même qu’elle est convaincue qu’elle va retourner la moitié du Parlement et miner de l’intérieur le parti majoritaire», explique Win Tin. «Sa ténacité, son incroyable capacité de persuasion feront peut-être évoluer les choses.»

Santé fragile

L’avenir politique de la Dame fait aussi l’objet de nombreuses spéculations. Son âge et sa santé fragile risquent de l’empêcher de briguer la plus haute fonction de l’État en 2015. Elle aura alors 70 ans. «À partir du moment où les sanctions économiques sont levées, l’influence d’Aung San Suu Kyi sur les gouvernements occidentaux diminuera. Elle ne sera plus qu’une voix au Parlement, puissante mais solitaire», estime Kyaw Zwa Moe, opposant en exil en Thaïlande. La possibilité de la voir accepter un poste de ministre ou de conseiller spécial a été évoquée. Des rumeurs ont également fait état d’un rôle de médiation entre le pouvoir et les minorités ethniques rebelles. «Qu’elle soit ministre en charge d’un petit portefeuille ou députée, sa marge de manœuvre est plus réduite que si elle était restée opposante sans attache», constate Zarni Oo, membre de Génération 88, une organisation d’anciens étudiants ayant participé au soulèvement prodémocratique de 1988.

Bref, la Dame de tous les espoirs est dans une situation délicate. Certains dissidents estiment qu’elle s’est enferrée dans une position de cooptation par la junte grimée en gouvernement civil. D’autres jugent qu’elle pinaille sur la formulation du serment et ne doit pas se disperser pour des symboles. «L’insecte qui s’attaque au piment ne peut se plaindre de la sensation de brûlure», pense l’opposant en exil Aung Zaw. D’autres encore ont des attentes immenses sur ce qu’elle peut réaliser. «Elle décevra. C’est inévitable. Ce n’est pas une magicienne», explique Ko Ko Gyi, ancien prisonnier politique. Aung San Suu Kyi accomplit ce qu’elle estime être son devoir.


avr 20 2012

BIRMANIE. Le parti d’Aung San Suu Kyi entend boycotter le Parlement

source : lenouvelobs

Les opposants au pouvoir réclament une révision de la Constitution, actuellement favorable à la junte, avant de prêter serment.

Aung San Suu Kyi avec ses partisans. (PETER NICHOLLS/THE TIMES/SIPA)

Aung San Suu Kyi avec ses partisans. (PETER NICHOLLS/THE TIMES/SIPA)

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi et les autres nouveaux élus de sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) prévoient de boycotter le parlement, lundi, en raison du serment qu’ils doivent prêter sur la Constitution, a indiqué vendredi 20 avril un porte-parole du parti.

Cette question est le premier signe de discorde important entre la LND et le nouveau gouvernement depuis les élections partielles du 1er avril qui ont permis à Suu Kyi de remporter son premier siège de députée et à son parti de devenir la première force d’opposition dans un parlement toujours dominé par les militaires et leurs alliés.

Une Constitution qui fait débat

La LND a demandé aux autorités de changer la formulation du serment qui obligerait ses députés, invités à assister à leur première session du parlement lundi, à promettre de “sauvegarder” la Constitution rédigée par la junte aujourd’hui dissoute et qu’ils veulent modifier.

Elle voudrait remplacer “sauvegarder” par “respecter”, mais le bureau de la Cour constitutionnelle a refusé. Le parti va faire une nouvelle tentative auprès de la présidence, mais elle a peu de chance d’aboutir d’ici lundi, a noté Nyan Win, porte-parole de la LND.

“Aujourd’hui étant le 20, je ne vois aucune possibilité d’y aller à temps”, a-t-il déclaré. Le président Thein Sein est actuellement en déplacement au Japon.

La LND a remporté 43 sièges sur les 44 qu’elle briguait lors des élections partielles du 1er avril, considérées comme un test de la sincérité des réformes du nouveau gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011.

L’opposition réclame des réformes

Suu Kyi a indiqué que l’une de ses priorités serait de tenter de réformer la Constitution de 2008, votée une semaine après le passage du cyclone Nargis (138.000 morts ou disparus) et qui arroge des pouvoirs immenses aux militaires.

Un quart des sièges des assemblées sont notamment réservées aux militaires d’active.

Avant de participer aux partielles du 1er avril, la lauréate du prix Nobel de la paix avait obtenu de faire modifier les lois électorales pour qu’il soit autorisé de discuter publiquement du texte, mais le serment des députés, inscrit lui-même dans la Constitution, n’a pas été modifié.

Suu Kyi, qui a passé la majeure partie des vingt dernières années en résidence surveillée, est revenue ces derniers mois au coeur du jeu politique officiel, encouragée par Thein Sein.

Signe de sa confiance envers les réformes entreprises par le président, son parti avait annoncé mercredi son premier voyage à l’étranger depuis 24 ans. La “Dame” de Rangoun devrait ainsi se rendre en juin en Norvège et en Grande-Bretagne, sous réserve qu’elle obtienne le passeport dont elle a fait la demande.

Les réformes ont également poussé l’Occident à alléger ses sanctions contre la Birmanie.

Selon des sources diplomatiques européennes, l’Union européenne est parvenue jeudi à un accord de principe sur la suspension pour un an de toutes ses sanctions, mis à part l’embargo sur les armes. Une décision qui doit être entérinée lundi.


avr 19 2012

Birmanie : l’Union européenne va suspendre pour un an ses sanctions

source : lenouvelobs

L’UE va suspendre pour un an ses sanctions contre la Birmanie, en particulier des restrictions à l’encontre de plus de huit cents entreprises, tout en maintenant un embargo sur les armes, a-t-on appris jeudi de sources diplomatiques européennes.

“Un accord de principe a été trouvé” en ce sens à l’issue d’une réunion d’ambassadeurs des 27, pour saluer les récentes évolutions démocratiques dans ce pays, selon des diplomates.

La décision doit être officiellement entérinée lundi à Luxembourg par les ministres européens des Affaires étrangères.

Les sanctions européennes arrivaient à échéance à la fin du mois. Elles comprenaient notamment des interdictions de voyager et des gels d’avoirs à l’encontre de 491 personnes, qui avaient déjà été partiellement suspendues. Quelque 59 sociétés et organisations étaient également visées par des gels d’avoirs.

En outre, des restrictions commerciales et d’investissement visaient plus de 800 entreprises, actives dans le domaine de l’exploitation forestière, de la mine et du commerce de pierres précieuses… Par ailleurs, 52 entreprises contrôlées par la junte faisaient l’objet de restrictions en matière d’investissement, souligne un diplomate.

“Toutes ces sanctions seront suspendues, à l’exception d’un embargo sur les armes et le matériel pouvant servir à des fins de répression”, a-t-il précisé.

Les 27 hésitaient entre une suspension pour six ou douze mois. Un compromis a finalement été trouvé sur une clause de réévaluation au bout de six mois, selon un autre diplomate.

Londres, ancienne puissance coloniale, a été longtemps tenante d’une certaine ligne dure. Mais vendredi dernier à Rangoun, le Premier ministre britannique David Cameron et la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi ont lancé conjointement un appel à “suspendre” les sanctions.

Cet appel a été décisif pour permettre, au sein de l’UE, de trouver un compromis entre les partisans d’une suspension graduelle des sanctions et ceux qui comme l’Allemagne plaidaient à l’inverse pour une levée totale des mesures en vigueur, relève un diplomate européen.

Depuis un an, le régime dit “civil” n’a cessé de surprendre: il a libéré de nombreux prisonniers politiques, ouvert des négociations avec les groupes ethniques rebelles puis organisé les élections partielles du 1er avril.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi y a remporté 43 sièges sur les 44 qu’elle briguait, devenant la première force d’opposition du pays.

Le processus a été unanimement salué par la communauté internationale.

Les Etats-Unis ont ainsi annoncé mardi la levée de sanctions interdisant l’exportation en Birmanie de certains services financiers dont ceux à visée humanitaire, démocratique, éducative, sociale et sanitaire, sportive ou religieuse.

Depuis un an, l’UE a déjà consenti plusieurs gestes symboliques pour encourager la démocratisation du pays. Elle a suspendu en avril 2011 des gels d’avoirs et des interdictions de visa pour 24 personnes, dont le chef de la diplomatie. Et 87 hauts responsables, dont le président Thein Sein, ont bénéficié en février 2012 d’une levée des interdictions de voyager.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton doit se rendre elle-même en Birmanie du 28 au 30 avril. Elle y rencontrera le président birman, les membres du gouvernement et Mme Aung San Suu Kyi.

L’UE envisage également une reprise de sa politique de coopération au développement et, quand ce sera possible, la mise en place d’un régime de préférences commerciales, selon un diplomate.


avr 18 2012

Birmanie : Suu Kyi prévoit son premier voyage à l’étranger depuis 24 ans

source : lepoint.fr

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi effectuera à Oslo en juin sa première visite à l'étranger après des années de privation de liberté par la junte militaire, a annoncé mercredi un porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangères.L’opposante birmane Aung San Suu Kyi effectuera à Oslo en juin sa première visite à l’étranger après des années de privation de liberté par la junte militaire, a annoncé mercredi un porte-parole du ministère norvégien des Affaires étrangères.

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi prévoit de se rendre mi-juin en Norvège et en Grande-Bretagne, dans le cadre de son premier voyage à l’étranger depuis 24 ans, signe de sa confiance dans les réformes en cours dans son pays.

“Elle prévoit d’aller en Norvège et en Grande-Bretagne en juin. Elle espère aussi aller dans d’autres pays”, a déclaré à l’AFP Nyan Win, porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ajoutant que le voyage durerait environ une semaine.

Revenue en Birmanie en 1988 au chevet de sa mère malade, celle qui était entrée cette année là en politique à la faveur d’un soulèvement populaire, avait jusqu’ici toujours refusée de partir, de crainte de donner aux militaires une occasion en or pour la maintenir en exil.

Mais depuis, la junte au pouvoir s’est autodissoute en mars 2011 et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement civil d’anciens militaires qui a multiplié les réformes politiques, encourageant notamment le retour de Suu Kyi au sein du jeu politique officiel.

La “Dame” de Rangoun a même triomphalement remporté son premier siège de députée aux élections partielles du 1er avril qui ont propulsé la LND, première force d’opposition du Parlement, et encouragé l’Occident à alléger ses sanctions contre le régime.

La Norvège, qui a levé dimanche une bonne partie de ses sanctions, avait annoncé plus tôt dans la journée sa visite à Oslo pour recevoir en personne son prix Nobel de la paix décerné en 1991, alors qu’elle était en résidence surveillée.

Son mari aujourd’hui décédé et ses deux fils avaient à l’époque reçu en son nom la médaille, le diplôme et le montant du prix lors d’une cérémonie à Oslo. Mais la conférence que donnent habituellement les lauréats n’avait pu avoir lieu.

“Elle donnera sa conférence du Nobel à l’Hôtel de Ville d’Oslo” où se déroule chaque année la cérémonie traditionnelle de remise du prix Nobel de la Paix, a précisé à l’AFP la responsable de l’Institut Nobel chargée des manifestations Sigrid Langebrekke.

Suu Kyi a toujours dit qu’elle tenterait de se rendre en Norvège pour son premier voyage à l’étranger, en signe de gratitude.

Ce premier déplacement devrait également inclure une visite à Oxford, où elle a fait une partie de ses études, a précisé Nyan Win.

Mais un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a indiqué ne pas avoir de confirmation de sa venue, ajoutant “espérer qu’elle puisse venir”.

Lors d’une visite historique en Birmanie la semaine dernière, le Premier ministre britannique David Cameron avait invité la “Dame” de Rangoun à se rendre en Grande-Bretagne et à Oxford en juin.

“Il y a deux ans, je vous aurais dit +merci pour l’invitation, mais désolée+. Aujourd’hui, je peux dire +peut-être+, c’est un grand progrès”, avait-elle répondu.

Mais jusqu’à présent, l’opposante n’a toujours pas de passeport. Des responsables birmans ont précisé mercredi à l’AFP qu’elle avait récemment déposé une demande dans ce sens, mais que le document ne lui avait pour l’instant pas été remis.

Installée en Grande-Bretagne où elle avait épousé un universitaire britannique, Michael Aris, Suu Kyi était revenue en avril 1988 en Birmanie au chevet de sa mère malade et n’en était jamais repartie.

En août 1988, en plein soulèvement populaire, la fille du général Aung San, héros assassiné de l’indépendance birmane, prononce son premier discours public, qui va droit au coeur des Birmans. La répression fera environ 3.000 morts. Mais l’icône était née.

Placée pour la première fois en résidence surveillée l’année suivante, elle a passé au total quelque 15 années enfermée, avant d’être finalement libérée en novembre 2010. De crainte de ne pas pouvoir revenir, elle était notamment restée à Rangoun en 1999, tandis que son mari succombait à un cancer en Grande-Bretagne.


avr 17 2012

Les Etats-Unis lèvent des sanctions sur les services financiers en Birmanie

source : lepoint

Les Etats-Unis ont annoncé la levée de sanctions interdisant l'exportation en Birmanie de certains services financiers, et ont autorisé ainsi ceux à visée humanitaire, démocratique, éducative, sociale et sanitaire, sportive ou religieuse.

Les Etats-Unis ont annoncé la levée de sanctions interdisant l’exportation en Birmanie de certains services financiers, et ont autorisé ainsi ceux à visée humanitaire, démocratique, éducative, sociale et sanitaire, sportive ou religieuse.

Les Etats-Unis ont annoncé la levée de sanctions interdisant l’exportation en Birmanie de certains services financiers, et ont autorisé ainsi ceux à visée humanitaire, démocratique, éducative, sociale et sanitaire, sportive ou religieuse.

Parmi les objectifs autorisés pour l’exportation de services financiers vers la Birmanie, cités expressément dans un règlement du Trésor publié mardi, figurent désormais “la construction de la démocratie et la bonne gouvernance”, l’éducation, la santé, l’assistance aux réfugiés ou encore les activités religieuses.

Début avril, dans la foulée d’élections qui avaient permis à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi de devenir la première force d’opposition au parlement birman, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait annoncé l’allègement prochain des restrictions pesant sur les investissements vers la Birmanie et la nomination rapide d’un ambassadeur.

Ces gestes américains poursuivent la politique de “donnant-donnant” menée par les Etats-Unis pour rompre avec la stratégie d’isolement de la Birmanie, qui avait poussé le pays riche en matières premières dans les bras de la Chine.

L’Union européenne devrait également annoncer prochainement la levée de ses sanctions visant la Birmanie, après l’appel commun à “suspendre” ces sanctions lancé vendredi par le Premier ministre britannique David Cameron et la chef de file de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi.

L’Australie a de son côté annoncé lundi qu’elle allait lever les sanctions contre le président birman et plus de 200 autres responsables, actuellement sous le coup d’interdictions de voyage et de transactions financières.


avr 16 2012

En Birmanie : « J’ose enfin rêver »

source : infosud - Lorene Rapeneau

Aung San Suu Kyi érigée en icône, à Rangoun, en mars 2012 (AL Porée)

Les changements initiés en Birmanie au plus haut niveau de l’Etat ne touchent pas les populations les plus pauvres. Cependant, avec la récente entrée d’Aung San Suu Kyi dans la course électorale, la peur qui hantait les esprits déserte et le rêve de meilleurs lendemains renaît.

Dans la pagode de Shwe San Yar, quartier populaire de la banlieue de Rangoun – la capitale économique birmane –, résonnent les prières d’une vingtaine de moines.

Zaw Win, 58 ans, rentre d’un pas tranquille vers sa chambre, enveloppé dans son habit couleur prune. Ancien pêcheur, il a rejoint le centre religieux bouddhiste de son village natal à la mort de ses parents, voilà huit ans. Cet homme calme et attentif incarne la douceur et la compassion :

« Les gens sont pauvres ici. Miséreux au point que certains viennent demander à manger à la pagode. Beaucoup d’habitants sont sans emploi. Pour nous qui vivons ici, rien n’a changé à part l’horaire plus souple du ferry, qui accoste jusqu’à 22 heures au lieu de 21 heures. »

Aung San Suu Kyi, l’espoir du changement

Piètre amélioration à l’aune de l’ouverture politique amorcée par la junte militaire depuis les élections de novembre 2010. Le passage à un gouvernement civil dirigé par l’ancien général Thein Sein en mars 2011 (après des décennies de régime militaire et d’oppression) et l’accélération des réformes depuis plusieurs mois n’atteint pas les populations pauvres : ni dans la commune vibrante de Dalla où a grandi Zaw Win, ni à Rangoon, ni dans les campagnes où vit près de 75% de la population.

Les Birmans aspirent à sortir d’un quotidien difficile et ils sont unanimes : la seule qui peut apporter ce changement, c’est Aung San Suu Kyi. Icône au chignon fleuri, fille du héros national qui a conduit le pays à l’indépendance, elle incarne aujourd’hui l’espoir pour nombre de Birmans qui lui sont reconnaissants d’avoir, comme son père, tant sacrifié pour son peuple.

Sa campagne électorale a drainé des foules impressionnantes. « Daw Suu [manière respectueuse d’appeler Aung San Suu Kyi, ndlr], c’est Daw Suu ! », glisse Zaw Win dans un sourire. « Il n’y a qu’elle pour changer le quotidien des pauvres. »

Priorités du peuple : éducation et emploi

U La Myent, un voisin de la pagode, s’affaire à rénover sa maison avec des planches et des feuilles de tôle neuves. Sans l’ombre d’une hésitation, il affiche ses affinités avec le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) :

« Vous voyez, ce jeune qui m’aide à reconstruire ma maison, il doit travailler comme journalier pour 3 000 kyats [environ 3 euros, ndlr]. Cela ne suffit pas à nourrir sa famille, et s’il a un problème de santé, c’est tout son salaire qui y passe. Ce qu’il nous faudrait, c’est un accès gratuit aux soins, des emplois, une meilleure éducation. »

A quelques encablures, le ferry qui a traversé le fleuve Rangoun accoste pour déverser sont flot quotidien de passagers rentrant de leur journée de travail à Rangoun.

Depuis son restaurant, U Win Naing regarde la foule passer dans un concert de klaxons. Lui, dont le père a migré d’Inde dans les années 1920 pour travailler comme conducteur de train dans la Birmanie colonisée par les Britanniques, se souvient des nombreux récits paternels sur l’âge d’or du pays.

A 59 ans, ce dévoreur de livres et de journaux birmans et tamouls s’est fait une opinion sur l’avenir de son pays. Il est catégorique : l’éducation et l’emploi, en particulier dans l’industrie et dans la transformation des ressources nationales, devraient être des priorités. Mais jusqu’ici, le quotidien ne s’est pas amélioré.

Pour les militants du bureau local de la LND, les changements sont en revanche flagrants. Htoo Thit, qui a passé dix ans en prison pour avoir participé aux mouvements de protestation des étudiants en 1988, les relève :

« Aujourd’hui, il y a des portraits d’Aung San Suu Kyi partout, en particulier dans les journaux, et des autocollants et des drapeaux aux couleurs de la LND sont visibles. Et nous pouvons nous réunir en public sans être surveillés et systématiquement photographiés. Jusqu’en 2010, les réunions de plus de cinq personnes étaient interdites. »

Une répression meurtrière lancée contre les manifestants qui marque encore profondément les esprits. Mais ce long séjour dans les geôles birmanes l’a vacciné contre la peur, assure-t-il :

« Ce qu’il faut, c’est qu’on travaille avec la société civile pour éliminer cette peur. »

Baisse du pouvoir d’achat

De l’autre côté du fleuve, Rangoun la décrépie vibre et bouillonne. Dans ce décor de bâtiments abandonnés aux aléas du temps, où vrombissent les bus et les taxis déglingués, le passage de voitures neuves détonne. Mais il se fait de moins en moins rare.

Les taxis ont en effet été incités à investir dans de nouveaux modèles contre un rachat de leur ancien véhicule. Les conditions d’achat d’une voiture se seraient également assouplies. Nilar Myaing proteste :

« Comment les gens peuvent-ils acheter une voiture ? J’en cherche justement une et pour une Toyota basique datant de 1990, on m’a demandé ce matin 22 000 dollars [17 000 euros, ndlr] ! »

La Birmanie était réputée pour être le pays où les voitures étaient les plus chères au monde. L’image reste de rigueur…

Le cœur du problème, c’est la baisse du pouvoir d’achat de la population, témoignent plusieurs familles d’enseignants qui évaluent la chute à 40% en une seule année. Nilar Myaing témoigne :

« Des gens qui gagnent 500 à 700 dollars par mois devraient être la classe moyenne. Pourtant, ils ont du mal à subvenir à leurs besoins de base. Ils se demandent bien quand ils pourront acheter un appartement… »

Une liberté d’expression nouvelle

Néanmoins, ces mêmes classes moyennes observent certaines améliorations. Hla Hla Win, qui consacre une énergie colossale à l’enseignement de l’anglais à Rangoun, évoque de bien meilleures communications :

« Maintenant, j’ai Internet à la maison, la connexion est plus rapide qu’au bureau, et j’ai aussi un téléphone portable qui me permet d’appeler quand je le souhaite. Ça me donne de la liberté. »

Comme elle, sa collègue Htar Htar Ei a acheté sa carte sim 500 000 kyats (460 euros) il y a six mois. Un prix prohibitif, qui n’est évidemment pas à la portée de toutes les bourses, mais qui est devenu accessible à une petite frange de la population urbaine.

Pyasone, 21 ans, a lui aussi un téléphone mobile depuis six mois. Sa mère, éditrice, et son père, archéologue, ont trouvé les moyens de le lui offrir.

Quand la peur s’efface

L’espoir réveillé ces derniers mois par l’assouplissement du gouvernement et plus récemment par la candidature d’Aung San Suu Kyi et de son parti aux élections du 1er avril infiltre surtout le quotidien des travailleurs à Rangoun.

Cho Cho Aung, discrète jeune femme de 28 ans, travaille pour le très politique Institut Bayda, qui forme les jeunes de la LND. Elle vit l’ouverture en cours avec un grand soulagement :

« En un an, les choses ont changé. Chez moi, personne ne milite alors pendant longtemps, j’ai caché à mes parents que je travaillais pour l’Institut, pour ne pas les inquiéter. Mais je vivais dans la peur. Aujourd’hui, cette peur a disparu. »

Htar Htar Ei, qui dirige le programme d’aide humanitaire de Network Activities Group dans la zone sèche à 400 km au nord de Rangoun, constate à son tour qu’elle a « pris confiance » en ce qu’elle pouvait faire.

Davantage de possibilités et de marge de manœuvre : voilà l’impression qui semble bien gagner une société civile particulièrement dynamique, même si la prudence ou le scepticisme s’en mêlent.

Certes, les lenteurs ou les blocages administratifs demeurent, la corruption gangrène le système, les complications surviennent toujours, mais Nilar Myaing, l’énergique et pragmatique directrice du Centre de ressources local (LRC), traduit dans ses mots les espoirs de tant de Birman :

« Ces dix dernières années, j’ai travaillé dans la peur. Aujourd’hui, j’ose enfin rêver. »


avr 15 2012

Birmanie : les derniers jours des sanctions européennes

source : lenouvelobs

Les sanctions de l'Union européenne contre la Birmanie vivent probablement leurs derniers jours, après une série de réformes politiques majeures orchestrées par le régime en cours, en passe d'enregistrer sa première grande victoire sur l'échiquier international. (c) Afp

Les sanctions de l’Union européenne contre la Birmanie vivent probablement leurs derniers jours, après une série de réformes politiques majeures orchestrées par le régime en cours, en passe d’enregistrer sa première grande victoire sur l’échiquier international. (c) Afp

Les sanctions de l’Union européenne contre la Birmanie vivent probablement leurs derniers jours, après une série de réformes politiques majeures orchestrées par le régime en cours, en passe d’enregistrer sa première grande victoire sur l’échiquier international.

L’Occident avait déjà pris quelques mesures symboliques pour soutenir le président Thein Sein. Mais l’appel à “suspendre” les sanctions, lancé vendredi conjointement par le Premier ministre britannique David Cameron et la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi, sonne comme un tournant fondamental.

Les analystes estiment que les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne devraient plus opposer de résistance à ce scénario le 23 avril, lors d’une réunion à Luxembourg, et ouvrir enfin cette nouvelle frontière aux investisseurs du vieux continent.

Londres, ancienne puissance coloniale, était jusqu’à maintenant tenante d’une certaine ligne dure vis-à-vis de Naypyidaw. Et l’appel de Cameron, “pour le bien d’un pays qui a réclamé la liberté après des décennies de dictature”, sera difficile à ignorer.

“La décision des ministres des Affaires étrangères ressemble à un fait accompli”, estime ainsi Jim Della-Giacoma, du groupe de réflexion International Crisis Group, évoquant “une levée de facto des sanctions”.

Depuis un an, le régime dit “civil” de Thein Sein n’a cessé de séduire.

Il a libéré de nombreux prisonniers politiques et ouvert des négociations avec les groupes ethniques rebelles, même si les armes dominent encore les débats en Etat Kachin (nord) où les exactions contre les civils perdurent.

Surtout, il a organisé les élections partielles du 1er avril, tapis rouge pour l’entrée au parlement de Suu Kyi et de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie.

Le fait que la lauréate du prix Nobel de la paix emboîte le pas de Cameron sur la suspension est décisif, relève Gareth Price, du groupe de réflexion Chatham House, selon lequel son opinion est “déterminante en Grande-Bretagne et au delà, pour la position européenne”.

La suspension, qui permet de garder intacte la menace des sanctions si les conservateurs venaient à refaire surface à Naypyidaw, est “une voie médiane intelligente”, poursuit-il. “Tout le monde veut que le processus de réformes se poursuive et la question est de savoir comment y parvenir”.

L’UE a déjà levé les interdictions de voyager de 87 hauts responsables, dont Thein Sein, en février. Le 23, le jour où Suu Kyi siègera pour la première fois comme députée, elle devrait autoriser les investissements et les importations de plusieurs produits sensibles, tout en maintenant l’embargo sur les armes.

Mais il sera plus compliqué de faire basculer les Etats-Unis, qui se sont déjà engagés à alléger les restrictions sur les investissements et à nommer rapidement un ambassadeur, mais qui vont devoir eux aussi aller plus loin.

Car si le processus est simple en Europe ou en Australie, les sanctions américaines sont “inscrites dans la loi”, une garantie de lenteur en cette année électorale à Washington. “Il faut s’attendre à des gestes plus progressifs aux Etats-Unis”, pronostique Jim Della-Giacoma.

Il n’empêche. Cette actualité politique intérieure et internationale va encore aiguiser l’appétit des multinationales. “L’économie birmane offre des opportunités immenses”, assure Rajiv Biswas, chef économiste de l’IHS Global Insight, soulignant le potentiel du tourisme, des hydrocarbures et du système bancaire, à bâtir de zéro.

Les premiers investissements, selon lui, devraient accompagner une forte augmentation de l’aide, faisant de la Birmanie “la prochaine ruée vers l’or” pour des secteurs comme la construction et la santé.

Mais à l’heure où les politiques doivent agir, les entreprises sont plus circonspectes après 50 ans de gestion désastreuse et de confiscation des richesses par la junte et ses affidés.

“C’est un pays sans règle de droit. L’idée que les compagnies occidentales vont y investir des milliards me semble improbable, jusqu’à ce qu’émergent de vrais changements du cadre légal”.