fév 27 2012

La Birmanie conclut un cessez-le-feu avec les rebelles môns

source : lemonde.fr

Les autorités birmanes, qui ont conclu des cessez-le-feu avec plusieurs groupes ethniques ces derniers mois, ont signé un accord de paix préliminaire avec les rebelles de la minorité môn, a annoncé lundi le quotidien officiel New Light of Myanmar. Une délégation emmenée par le ministre des chemins de fer, Aung Min, et des représentants du Nouveau Parti de l’Etat môn se sont mis d’accord pour un cessez-le-feu, pour commencer un dialogue politique et travailler ensemble dans les secteurs de l’éducation et de la santé, a précisé le journal.

Les autorités ont également promis de libérer les “camarades” du parti en prison, et les deux parties se sont engagées à ne pas avoir recours au travail forcé. L’Armée nationale de libération môn, branche armée du parti, est l’un des groupes rebelles les plus petits, avec une force estimée à environ un millier d’hommes dans le sud-est du pays.

De nombreuses minorités, qui forment un tiers des 60 millions de Birmans, n’ont pas pacifié leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance, en 1948. Une guerre civile pour plus d’autonomie oppose depuis certains d’entre eux à l’armée. Alors que la paix avec les minorités ethniques est l’une des principales demandes de la communauté internationale, le gouvernement, qui a succédé à la junte autodissoute il y a près de un an, a entamé des négociations avec les groupes rebelles fin 2011 et a signé des accords avec plusieurs d’entre eux. Mais des combats violents se poursuivent avec les rebelles kachins dans l’extrême nord du pays.


fév 24 2012

Birmanie : à peine libéré, un blogueur défend la “voix du peuple”

source : AFP

Le blogueur birman Nay Phone Latt retrouve ses proches après avoir été libéré, le 13 janvier 2012 à Hpa-an, dans l’est de la Birmanie. (AFP/Archives, Soe Than Win)

Le célèbre blogueur birman Nay Phone Latt n’est sorti de prison qu’il y a quelques semaines. Mais le retour à la liberté n’a pas été long: il ne pense, depuis le premier jour, qu’à reprendre les activités en ligne qui l’avaient envoyé derrière les barreaux.

“J’ai tellement d’amis qui m’ont soutenu en ligne via mon blog”, raconte le jeune homme de 32 ans à l’AFP, après quelques semaines de liberté. “Alors ce que j’ai voulu faire quand j’ai été libéré, c’est me connecter et poster un nouveau message”.

Nay Phone Latt s’était fait connaître par des poèmes et commentaires politiques postés sur son blog, pour contourner la censure de la presse. Il était devenu une source importante d’informations, dans un pays coupé du monde.

Mais en 2007, il avait été arrêté avec d’autres militants accusés de soutenir la “révolte safran” menée par des moines bouddhistes, et condamné à vingt ans de prison.

Sa peine a plus tard été réduite à 12 ans. Avant qu’il ne profite en janvier d’une vaste amnistie, avec plusieurs centaines d’autres prisonniers politiques.

“Pour faire peur aux autres blogueurs (…), ils m’avaient condamné à un grand nombre d’années”, dit-il autour d’une tasse de café dans sa ville natale de Rangoun. “Je ne sais pas quel crime j’ai commis, je ne sais vraiment pas”.

Parmi les charges retenues contre le jeune homme, qui dirigeait deux cybercafés avant son arrestation, figurait la possession de caricatures du chef de la junte, le généralissime Than Shwe.

Les autorités détestaient les blogueurs et “ne comprenaient rien à internet et à la technologie”, estime-t-il aujourd’hui.

Mais depuis, la Birmanie a changé. La junte au pouvoir pendant un demi-siècle s’est autodissoute, Than Swhe est à la retraite et il a transmis en mars 2011 ses pouvoirs à un gouvernement dit civil, bien que toujours contrôlé par d’anciens militaires.

Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes politiques spectaculaires, et permis le retour au coeur du jeu politique de l’opposante Aung San Suu Kyi, candidate aux élections partielles d’avril.

“Je ne pense pas qu’ils reviendront en arrière”, pronostique Nay Phone Latt. “Ce ne serait pas facile pour eux de reprendre leur uniforme militaire, alors ils veulent continuer. Mais les progrès peuvent être lents et s’arrêter. Tout dépendra du peuple de notre pays”.

Ancien membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi, il est ravi de voir ainsi engagée la lauréate du prix Nobel de la paix, qui a passé la majeure partie des vingt dernières années enfermée.

“Nous avons besoin d’amender tellement de lois qui n’ont aucun sens et nous avons aussi besoin d’amender la constitution, et Mme Aung San Suu Kyi a l’intention de faire ça”.

Il espère surtout l’adoption d’une nouvelle loi sur l’internet pour remplacer l’actuelle, décrite par Reporters sans frontières comme l’une des “plus liberticides du monde”.

Et s’il n’a pas envie de se lancer lui-même en politique, Nay Phone Latt n’a pas non plus l’intention de se taire. Il veut notamment publier les “nombreux articles, lettres, nouvelles et poèmes” écrits dans sa cellule.

Depuis sa libération, il a pu constater des progrès concrets. Les connections internet sont toujours lentes, mais les sites de l’opposition ou des médias en exil sont accessibles.

Pour que les réformes continuent et parce que le pouvoir prétend “écouter la voix du peuple”, les citoyens doivent prendre la parole, plaide le blogueur.

Si le régime veut poursuivre sur sa voie vers la démocratie, il “doit accorder la liberté d’expression, et nous ne devons avoir peur de rien”.

“Nous devons parler fort, nous devons parler librement et nous devons parler courageusement”.


fév 23 2012

Birmanie : Aung San Suu Kyi en Etat Kachin, en proie à des combats

source : lenouvelobs

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi était en campagne électorale jeudi dans l’extrême Nord du pays, en proie à de violents combats entre l’armée et les rebelles Kachins, dont l’issue est jugée essentielle pour l’avenir du pays.

La candidate aux législatives partielles d’avril - qui se présente dans une circonscription rurale proche de Rangoun - a atterri à la mi-journée à Myitkyina, capitale de l’Etat Kachin.

Dans cette région montagneuse aux confins de la Chine et de l’Inde, elle est venue soutenir les candidats locaux de la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

“Aung San Suu Kyi vient ici non seulement pour faire campagne mais aussi pour apporter de l’unité,” a déclaré à l’AFP Win Mya Mya, une déléguée de la LND, à l’aéroport de la ville où quelque 500 partisans attendaient leur idole en arborant ses couleurs.

“Je suis très heureuse. Je veux la voir en personne car je ne l’ai jamais vue. C’est une femme martyre et une lauréate du prix Nobel”, se réjouissait de son côté Khaug Nyoi, une militante de la LND, d’ethnie kachin.

La présence de la “Dame” de Rangoun est lourde de sens dans le seul Etat du pays où des combats violents se poursuivent entre militaires et rebelles, en dépit de la volonté affichée du pouvoir de négocier.

Le nouveau pouvoir dit civil mais contrôlé par d’anciens militaires a multiplié les réformes politiques depuis la dissolution de la junte, il y a un an. Il a aussi promis de mettre fin aux foyers de guerre civile qui mettent en danger l’unité du pays, et perdurent depuis parfois l’indépendance en 1948.

Des négociations ont ainsi été ouvertes et des cessez-le-feu signés ces derniers mois avec plusieurs groupes ethniques, qui représentent ensemble un tiers des 60 millions de Birmans.

Mais la question kachin demeure de loin la plus complexe. Un fort sentiment anti-chinois s’est notamment développé dans la région ces dernières années, poussant le président Thein Sein à arrêter l’an passé les travaux d’un vaste barrage de 3,6 milliards de dollars construit par la Chine.

Et en dépit d’un accès très limité, les informations venues des rares organisations à travailler sur place font état de populations civiles en grande détresse, pris en étau dans les combats.

Suu Kyi, pour sa part, a exigé l’arrêt des violences, répétant - à l’unisson de la communauté internationale - que la paix dans les Etats minoritaires était indispensable pour l’avenir, la crédibilité des réformes et la levée des sanctions occidentales.

Mais elle fait face à une certaine méfiance, sinon défiance, des groupes ethniques dans une société où persiste une certaine xénophobie à leur égard.

Et elle reste considérée par certains comme appartenant à l’élite de l’ethnie majoritaire birmane, comme ses collaborateurs de la LND dont d’ex-militaires.

“L’arrière-garde de la LND a les mêmes modes de pensée que l’ancienne junte”, estime un observateur étranger, selon lequel les réformes politiques sont vues par certains leaders ethniques comme “un truc entre Birmans”.

La lauréate doit donc se positionner, à quelques semaines des élections, insiste Renaud Egreteau, de l’université de Hong Kong. Trois postes sont à pourvoir en Etat Kachin, où la LND sera opposée à deux leaders ethniques historiques.

“Si la LND veut être présente dans l’Etat Kachin, Aung San Suu Kyi doit faire bonne figure et se montrer consciente de l’impasse actuelle dans laquelle se trouve la minorité kachin”, estime-t-il.

Un message qu’elle devra reproduire dans d’autres Etats dans les semaines à venir. “Elle essaye de déconstruire l’image, qui lui colle a la peau, d’un leader birman avant tout”, relève le chercheur, décrivant un discours “policé” et “rassembleur”.


fév 20 2012

En Birmanie, le parti d’Aung San Suu Kyi peut mener campagne librement

source : liberation

Les restrictions aux activités de campagne de l’opposante birmane ont été levées. La dame de Rangoun vise un siège de députée aux élections législatives partielles d’avril.

Aung San Suu Kyi, qui dirige la Ligue nationale pour la démocratie, le 17 février, avant les élections législatives (Photo Soe Than Win. AFP)

Le parti de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, qui brigue un siège de députée aux législatives partielles d’avril, a obtenu lundi la levée de restrictions à ses activités de campagne, quelques heures à peine après les avoir publiquement dénoncées.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) a protesté lors d’une conférence de presse contre la décision des autorités d’interdire les meetings électoraux dans les stades, alors que la lauréate du prix Nobel de la paix attire des foules immenses à chaque déplacement. Mais dans la soirée, le porte-parole du parti annonçait lui-même avoir obtenu satisfaction de la Commission électorale.

«Ils ont levé les restrictions. Nous pouvons faire campagne librement», a déclaré le porte-parole, Nyan Win. «C’est un changement très significatif. Nous espérons toujours des conditions justes.»

Les élections partielles du 1er avril, les premières depuis le scrutin controversé de novembre 2010, seront observées dans les chancelleries occidentales comme un test de la sincérité des réformes du nouveau régime, qui a succédé à la junte en mars 2011 mais reste contrôlé par d’ex-militaires.

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont promis des gestes significatifs vers la levée des sanctions économiques si le scrutin se déroulait de façon «libre et juste».

Aung San Suu Kyi a lancé il y a dix jours sa campagne électorale à Kawhmu, une circonscription rurale rattachée à Rangoun, la plus grande ville du pays.

Comme à chaque sortie, elle a été saluée sur son chemin par des milliers de partisans en liesse, agitant des drapeaux de la LND et brandissant des photos de son père, héros de l’indépendance, le général Aung San.

Mais elle avait une semaine auparavant décidé de reporter un voyage à Mandalay, une grande ville du centre du pays, après avoir appris que le stade de football où elle devait faire un discours ne serait pas disponible.

Légitimité

Le bras de fer de lundi intervient à quelques jours d’un voyage important en Etat Kachin, dans l’extrême nord du pays, où des combats violents se poursuivent entre les rebelles Kachins, une minorité ethnique, et l’armée birmane.

Un lieu initialement refusé pour tenir son discours de campagne a finalement été débloqué. La Commission électorale locale a indiqué à la LND «qu’ils pouvaient prendre en charge la sécurité d’Aung San Suu Kyi dans les villes faciles d’accès, mais pas dans les zones isolées», a précisé Nyan Win.

Le Parlement est dominé de façon écrasante par le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), créé de toutes pièces par la junte en 2010 et qui s’était octroyé un triomphe contesté aux dernières élections.

Un quart des sièges des deux chambres est par ailleurs réservé à des officiers militaires d’active. Même une victoire spectaculaire de la LND ne menacerait donc pas la majorité. Mais elle vise la victoire dans les 48 circonscriptions en jeu, dont 40 concernent la chambre basse du parlement.

La LND avait remporté les élections de 1990 sans jamais être autorisée à prendre le pouvoir. La «Dame» de Rangoun était alors déjà en résidence surveillée, où elle est demeurée pendant 15 des 22 dernières années, jusqu’à sa libération en novembre 2010.

Elle a été l’an passé invitée par le président et ex-général Thein Sein à revenir dans le jeu politique. Et son entrée au parlement, relèvent les analystes, confèrera au régime de Naypyidaw, la capitale birmane, une légitimité bienvenue à l’heure d’obtenir la levée des sanctions.


fév 16 2012

Aung San Suu Kyi en campagne électorale

source : lefigaro.fr - Florence Compain

Certains dissidents craignent que la très populaire Aung San Suu Kyi (ici à Rangoun, lundi) ne soit manipulée à son insu par le régime militaire.
Certains dissidents craignent que la très populaire Aung San Suu Kyi (ici à Rangoun, lundi) ne soit manipulée à son insu par le régime militaire. Crédits photo : Soe Than WIN/AFP

La célèbre opposante birmane porte les espoirs de la démocratie pour les élections du 1er avril.

Dans les champs et les marécages du delta de l’Irrawaddy, Aung San Suu Kyi, la célèbre opposante birmane, est devenue «Mère démocratie». Acclamée par les dizaines de milliers de personnes qui ont afflué lors de ses premiers déplacements de campagne pour les législatives partielles du 1er avril, cette femme radieuse et digne porte les derniers espoirs démocratiques d’un peuple martyrisé par cinquante ans de dictature.

À Bassein, bourgade entre fleuve et rizières, on croit aux signes du destin. C’est ici que le 21 janvier 1989, Aung San Suu Kyi a marché face aux fusils. Au dernier moment, un officier a renoncé à exécuter les ordres et les soldats qui l’avaient mise en joue se sont écartés. Il ne peut donc en être autrement, disent les villageois: «la Dame» triomphera cette fois encore.

À son passage, ce sont les mêmes scènes de liesse: on lui tend des fleurs, on chante à sa gloire. Des sympathisants émus lui souhaitent «longue vie» dans les larmes. Des écoliers en uniforme brandissent des déclarations d’amour: «Vous êtes notre cœur» et de vieilles paysannes rabougries posent sur ses mains leurs lèvres rougies par le bétel. Dans ses discours, «Ma Suu» expose des choses simples sur la démocratie, parle de la peur qui fait partie du quotidien birman, du droit des hommes à vivre heureux. Et tous applaudissent à tout rompre. Malgré quatorze années de réclusion, l’opposante jouit d’une immense popularité. De nouveau libre, elle a choisi de s’engouffrer dans la soudaine ouverture du régime. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, présente des candidats pour les 48 sièges en compétition dans les assemblées nationales et régionales. Elle-même est candidate pour la circonscription déshéritée de Kawhmu.

Les doutes d’un vieux compagnon de route

Tranchant avec la ferveur populaire, certains milieux dissidents se demandent si leur figure de proue n’est pas manipulée par un régime dont les intentions réformatrices sont douteuses. «Aung San Suu Kyi, femme brillante à l’intuition politique aiguë, ne se fourvoie-t-elle pas», s’interroge Win Tin, grande figure morale de la résistance à la dictature. Ce vieux compagnon de route doute de l’efficacité de la Dame au Parlement, une institution où les séances sont expédiées en un quart d’heure, les élus étroitement encadrés et la servilité récompensée par de coquettes rémunérations.

Après avoir imposé en 2008 une Constitution qui légalise leur domination politique et s’être arrogé, en 2010, 80% des sièges des deux assemblées grâce à des élections truquées, les généraux peuvent maintenant consentir à quelques concessions politiques mineures. «En autorisant Aung San Suu Kyi à participer aux élections partielles, le régime la neutralise à peu de frais. Ce ne sont certainement pas ces 48 postes laissés vacants par des élus nommés ministres qui modifieront l’équilibre du pouvoir», estime l’ancien prisonnier politique. Et quand la Dame déclare: «nous devons amender certains pans de la Constitution», on voit mal comment elle y parviendra. Selon l’article 12, une modification de la Charte n’est envisageable qu’avec l’accord préalable de 75% des députés et doit être entérinée par un référendum national avec un taux de participation de plus de 50% des électeurs.

«L’objectif ultime»

Les chancelleries occidentales voient dans ces élections un «test de la sincérité des réformes du nouveau régime» et lient la façon dont elles se dérouleront à leur décision de lever ou non leurs sanctions économiques. C’est donner beaucoup d’importance à ce scrutin. «Je crains que les Occidentaux ne se laissent berner par le changement de ton au sommet du pouvoir», conclut Win Tin.

Zarni Oo, membre de Génération 88, une organisation d’anciens étudiants ayant participé au soulèvement pro-démocratique de 1988 attribue aux généraux de sombres desseins. «L’objectif ultime du pseudo-processus de réformes est qu’Aung San Suu Kyi accepte un poste de ministre de la Santé ou de l’Éducation. Elle devra alors démissionner de son poste de secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie, ce qui la coupera de son parti. Elle sera alors une femme finie», croit-il savoir.


fév 14 2012

Birmanie : poussés par les réformes, les exilés envisagent le retour au pays

source : liberation

L’opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée fin 2010, est revenue au coeur du jeu politique, des centaines de prisonniers politiques ont été libérés et le parlement a entrepris de modifier le corpus législatif. ( © AFP Soe Than Win)
Les exilés birmans n’ont pas été les premiers convaincus de la sincérité du nouveau régime. Mais l’ampleur des réformes et l’amour du pays viennent peu à peu à bout de leur scepticisme et les incitent à rentrer pour reconstruire un pays épuisé par la dictature militaire.En 1988, après le soulèvement étudiant réprimé par la junte, Aung Naing Oo avait traversé la jungle à pied pour fuir en Thaïlande. Il est depuis devenu un analyste respecté, et voudrait inspirer ses semblables.

“Je vois aussi ce voyage comme une réconciliation personnelle avec mon propre pays, ma vie entière, une tentative pour soigner les blessures, le traumatisme que nous avons subi”, explique-t-il à l’AFP, espérant marquer une “nouvelle ère” pour les exilés.

Au Vahu Development Institute (VDI) dans lequel il travaille depuis la Thaïlande voisine, il a beaucoup milité pour réformer un pays aujourd’hui éreinté, amputé de beaucoup de ses élites.

Les récents changements sont “une sorte de miracle”, estime-t-il. Mais “il y a beaucoup de défis” à relever. “Bien qu’il y ait des compétences dans le gouvernement, ils manquent d’expérience et ils sont paralysés par l’ancienne culture bureaucratique”.

En mars 2011, la junte s’est autodissoute et a transféré ses pouvoirs à un nouveau gouvernement dit “civil” bien que contrôlé par d’anciens militaires, qui a multiplié les réformes politiques spectaculaires.

L’opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée fin 2010, est revenue au coeur du jeu politique, des centaines de prisonniers politiques ont été libérés et le parlement a entrepris de modifier le corpus législatif.

Reposer le pied sur leur terre natale fait donc moins peur aux millions de Birmans de la diaspora. Et l’arrivée des universitaires du VDI, formés à Harvard, leur envoie un message fort quant à l’opportunité qui se présente à eux d’inverser la fuite des cerveaux.

Un enjeu fondamental pour le pays. “Cela va être vraiment important parce que c’est la question des compétences qui va freiner les réformes”, estime Richard Horsey, spécialiste de la Birmanie.

Alors que les proches de l’ancienne junte se sont accaparés les richesses et que le système éducatif a été ravagé par des généraux qui craignaient les étudiants, rien n’a été fait pour former une main d’oeuvre qualifiée.

“Vous avez ce groupe de jeunes Birmans à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande et en Occident, qui ont été formés à haut niveau dans différents domaines. Que faut-il pour les récupérer?”, s’interroge Horsey.

Tout manque, dans ce pays en reconstruction. Les infrastructures sont cruellement insuffisantes, le parlement n’a pas encore voté la première loi sur les investissements, et le système financier attend une refonte complète dans un pays où cohabitent de multiples taux de change.

Mais les investisseurs étrangers sont à l’affût, attendant avec avidité une levée de moins en moins inimaginable des sanctions occidentales. Et le Fonds monétaire international a parié que le pays deviendrait la nouvelle destination à la mode, “s’il peut tourner à son avantage” ses richesses naturelles et sa force de travail, qui puise dans un vivier de 60 millions d’habitants.

A Singapour, les frais de scolarité sont en partie offerts aux étudiants birmans en échange de plusieurs années de travail après leur diplôme. Mais malgré cette carotte financière, le retour n’est plus une utopie. “Je pense qu’un futur magnifique attend la Birmanie”, assure ainsi San May Thu, 21 ans, étudiant en gestion d’entreprise.

Pour les plus âgés, quitter leur terre d’accueil est compliqué, tout comme s’acclimater à cette culture natale longtemps regardée depuis l’étranger.

Mais c’est alors le coeur qui parle. “Les gens m’ont prévenu: aussitôt que tu sors de l’aéroport, tu te retrouves dans un monde étrange”, explique Aung Naing Oo. “Tu entends des voix qui sont familières et tu réalises que tu es Birman jusqu’au plus profond de ton coeur”.


fév 12 2012

Birmanie : un moine dissident libéré après une journée de détention

source : liberation

Le célèbre moine birman Gambira, un des leaders de la “révolte Safran” de 2007 qui avait été récemment amnistié, a été libéré au terme d’une journée de détention, a indiqué samedi un responsable birman quelques heures après des protestations de Washington. ( © AFP AFP)
Le célèbre moine birman Gambira, un des leaders de la “révolte Safran” de 2007 qui avait été récemment amnistié, a été libéré au terme d’une journée de détention, a indiqué samedi un responsable birman quelques heures après des protestations de Washington.Le religieux, l’une des figures les plus connues de la dissidence, avait été interpellé dans la nuit de jeudi à vendredi dans son monastère à Rangoun “pour interrogatoire”. Selon un responsable birman, il était entré de force dans trois monastères fermés par les autorités après 2007.

Il a été interrogé puis emmené devant ses pairs, qui l’ont réprimandé, a indiqué le supérieur du monastère Maggin de Rangoun, où réside le dissident.

“Il a été libéré par les autorités la nuit dernière après que les moines lui aient parlé”, a précisé à l’AFP Einda Ka.

Cette arrestation est intervenue alors que le régime birman multiplie les gestes d’ouverture depuis plusieurs mois dans l’espoir d’obtenir de sortir de son isolement.

Elle a provoqué la réaction immédiate de Washington, qui a exhorté le gouvernement à libérer le moine “immédiatement et sans conditions et à apporter des explications quant à ce qui a motivé son arrestation”.

Gambira avait été condamné à 68 ans de prison. Les manifestations de 2007, au départ contre le coût de la vie, avaient attiré jusqu’à 100.000 personnes dans les rues de Rangoun, constituant le plus sérieux défi aux généraux depuis le soulèvement populaire de 1988.

Le mouvement avait été écrasé par la junte alors au pouvoir, faisant au moins 31 morts.

La junte s’est depuis autodissoute et a transmis en mars 2011 ses pouvoirs à un gouvernement dit “civil”, mais toujours contrôlé par d’anciens militaires. Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires, libérant notamment quelque 500 prisonniers politiques depuis octobre.

Les réformes ont séduit l’Union européenne et les Etats-Unis jusqu’à poser la question d’une possible levée des sanctions.


fév 9 2012

Birmanie : la censure des médias vit peut-être ses dernières heures

source : AFP

Une femme vend dans une rue de Rangoun un journal avec une photo de l’opposante Aung San Suu Kyi à sa Une, le 3 décembre 2011. (AFP/Archives, Soe Than Win)

La Birmanie promet qu’elle adoptera d’ici la fin de l’année une loi sur les médias qui mettra fin à la censure, à une période où les journalistes, après un demi-siècle de répression, tentent de repousser les limites de leurs prérogatives.

Le pays, classé parmi les pires de la planète en matière de liberté de la presse (169e sur 179 selon Reporters sans frontières), veut étendre à la presse l’ouverture dont il se targue sur le plan politique.

Plusieurs journalistes détenus ont été récemment libérés, comme d’autres prisonniers politiques. Et le Département de l’enregistrement et de la surveillance de la presse (PSRD) est appelé à disparaître.

“A moins que le projet ne soit modifié, il n’y aura plus de comité de censure”, a indiqué à l’AFP Ye Htut, directeur général au ministère de l’Information. Au parlement, “tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut le fermer”.

Le projet de loi n’a pas été publié. Mais des journaux ont été consultés sur ce qu’ils souhaitaient voir comme contenu.

Il comporterait 11 articles, selon l’hebdomadaire anglophone Myanmar Times, couvrant les droits et devoirs des journalistes, le code de déontologie, mais aussi l’enregistrement des imprimeurs et distributeurs.

Selon Tint Swe, directeur général adjoint du PSRD, le texte est chez le procureur général pour avis. Et si l’actuelle session parlementaire est dominée par le premier débat sur le budget depuis que l’armée a cédé le pouvoir, “la loi sortira en 2012″, a assuré le responsable au Myanmar Times.

“Au delà, il n’y aura plus de censure”.

Depuis quelques mois déjà, celle-ci s’est adoucie au fur et à mesure que le gouvernement “civil”, qui a succédé à la junte en mars dernier, confirmait les réformes.

L’opposante Aung San Suu Kyi, ennemie publique numéro un des militaires libérée de résidence surveillée fin 2010, s’est entretenue avec le président Thein Sein en août. Icône de la lutte contre l’oppression, elle se présente aux élections partielles d’avril.

Et fait office de baromètre du médiatiquement acceptable.

Depuis septembre, son nom est publiable dans les journaux. Depuis, “nous n’avons plus peur d’aller au bureau”, se réjouit un journaliste birman sous couvert de l’anonymat.

L’hebdomadaire Eleven News a fait sa une, le 4 janvier, avec une photo de Thein Sein et Suu Kyi ensemble, sous la mention “Personnalité de l’année”.

Deux semaines plus tard, il récidivait avec des photos de détenus politiques amnistiés sous le titre: “Freedom from Fear” (littéralement “Libéré de la peur”), en référence à un ouvrage publié par Suu Kyi en 1991.

“En tant que journalistes, nous devons accroître la liberté d’expression et maintenir cette énergie politique des deux côtés, au gouvernement et dans l’opposition”, justifie le Dr. Than Htut Aung, président du groupe Eleven Media.

Parmi les observateurs attentifs du processus figurent les médias en exil, dont le site Irrawaddy, l’agence Mizzima et le groupe audiovisuel Democratic Voice of Burma (DVB). Le rédacteur en chef d’Irrawaddy, Aung Zaw, est cette semaine en Birmanie pour la première fois depuis vingt ans. Mais aucun d’eux n’a l’autorisation d’y ouvrir un bureau.

“Il semble que le ministre de l’Information Kyaw Hsan soit très réticent à voir les médias en exil revenir en force”, estime Francis Wade, responsable du site en anglais de la DVB. Leur site, certes, n’est plus bloqué “mais les moyens de surveiller les utilisateurs ont été accrus”.

Quant aux acteurs du secteur à Rangoun, ils trépignent de voir le pouvoir accorder des licences à des quotidiens pour concurrencer le très dogmatique New Light of Myanmar. Selon une source du secteur, jusqu’à six projets pourraient être acceptés.

Et le ministère d’évoquer la refonte complète du paysage.

“Le rôle des médias d’Etat aussi va changer”, affirme Ye Htut.

“Sous le gouvernement militaire, c’était d’informer sur les politiques du gouvernement (…). Maintenant, nous sommes en démocratie. Nous devons écrire aussi sur les sujets qui concernent les gens”.


fév 7 2012

Birmanie: nouveau bain de foule pour Aung San Suu Kyi en campagne

source : leparisien

Des milliers de personnes ont applaudi mardi l'opposante birmane Aung San Suu Kyi lors de son deuxième déplacement en province dans le cadre de la campagne des élections partielles du 1er avril.

Des milliers de personnes ont applaudi mardi l’opposante birmane Aung San Suu Kyi lors de son deuxième déplacement en province dans le cadre de la campagne des élections partielles du 1er avril. | Soe Than Win

Des milliers de personnes ont applaudi mardi l’opposante birmane Aung San Suu Kyi lors de son deuxième déplacement en province dans le cadre de la campagne des partielles du 1er avril.
“Nous devons tous travailler pour des élections libres et justes”, a plaidé la lauréate du prix Nobel de la paix lors d’un discours dans le stade de Pathein, dans le delta de l’Irrawaddy.
“N’oubliez pas de voter LND”, a-t-elle ajouté, en référence à son parti, la Ligue nationale pour la .

L’opposante est arrivée à Pathein dans un convoi qui a grossi au fil des villages traversés, pour atteindre des centaines de motos.
“J’ai vu le chemin vers Pathein de nombreux jeunes. Ils sont la force et l’avenir du pays”, a-t-elle déclaré à ses partisans brandissant sa photo ou des drapeaux de la LND.
Des scènes inimaginables il y a encore un an, lorsque la “Dame” de Rangoun détestée par le généralissime Than Shwe, leader de l’ancienne junte aujourd’hui à la retraite, était marginalisée après avoir passé la majeure partie des vingt années précédentes privées de liberté.
Mais depuis, la junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle s’est autodissoute en mars 2011 et a transféré ses pouvoirs à un nouveau “civil”, bien que contrôlé par d’anciens militaires.
Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, libérant notamment plusieurs centaines de prisonniers politiques et permettant le retour de Suu Kyi au coeur du jeu politique.
La LND, dissoute en mai 2010 pour avoir décidé de boycotter les élections de novembre suivant, a ainsi pu se réenregistrer et présentera des candidats pour les 48 sièges en compétition dans les assemblées nationales et régionales le 1er avril.
Des dizaines de milliers de personnes s’étaient déjà rassemblées fin janvier pour voir la chef de file de l’opposition en chair et en os lors de son premier déplacement de campagne en province à Dawei (sud).
Un voyage prévu le week-end dernier à Mandalay, grande ville du centre du pays, a en revanche été reporté, faute de disposer d’un lieu assez grand pour le meeting prévu.


fév 5 2012

Pour la rébellion karen, le cessez-le-feu avec le pouvoir birman demeure fragile

source : lemonde.fr

Réfugiés karens à la frontière birmano-thaïlandaise, le 29 janvier 2012.

L’un des plus importants groupes rebelles ethniques de Birmanie, l’Union nationale karen (KNU), a prévenu, samedi 4 février, que le cessez-le-feu signé le mois dernier avec le pouvoir demeurait “fragile” et qu’il serait difficile à pérenniser.

La KNU a signé cet accord le 12 janvier, relançant les espoirs de la fin d’une des plus anciennes guerres civiles de la planète. “Nous devons rendre ce cessez-le-feu durable. C’est une étape préliminaire, toujours très fragile”, a expliqué Saw David Tharckabaw, vice-président de la KNU en charge des affaires étrangères. L’avenir, a-t-il ajouté, dépendra de la situation dans les autres zones rebelles, notamment l’Etat Kachin , et du sort réservé à un cadre supérieur de la KNU, Mahn Nyein Maung, qui doit être jugé pour trahison, un chef d’accusation passible de la peine de mort.

Le négociateur en chef du gouvernement birman a promis à la KNU qu’il serait libéré, mais celle-ci attend des gestes concrets. La KNU est pour autant toujours disposée à “donner une chance au règlement pacifique” du dossier et participera à de nouvelles réunions avec le pouvoir, a-t-il précisé.

Jeudi, le secrétaire adjoint américain aux droits de l’Homme Michael Posner a estimé que la violence empirait en Etat Kachin, demandant au pouvoir de Naypyidaw de mettre fin à de “sérieuses violations des droits de l’Homme”.

De nombreuses minorités, qui forment un tiers des 60 millions de Birmans, n’ont pas pacifié leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance en 1948. Une guerre civile oppose depuis certains d’entre eux à l’armée pour plus d’autonomie. Le dossier est considéré comme le plus important pour l’avenir du pays, dirigé depuis mars 2011 par l’ancien général Thein Sein, qui s’est ouvert à l’opposition démocratique de Rangoun et a promis aux Occidentaux de progresser aussi sur le front des minorités pour obtenir la levée des sanctions.

Fin janvier, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a assuré que les exactions de l’armée birmane contre les minorités ethniques s’étaient poursuivies l’an dernier malgré les réformes politiques.