jan 31 2012

En Birmanie, les jeunes militants ne se cachent plus

source : liberation

Beaucoup des soubresauts politiques qui ont secoué la Birmanie par le passé ont été le fait des jeunes générations, souvent prêtes à s’investir malgré les dangers. Alors à l’heure où l’espace s’ouvre et les langues se délient, les militants ne se cachent plus. ( © AFP Soe Than Win)
Beaucoup des soubresauts politiques qui ont secoué la Birmanie par le passé ont été le fait des jeunes générations, souvent prêtes à s’investir malgré les dangers. Alors à l’heure où l’espace s’ouvre et les langues se délient, les militants ne se cachent plus.Au fur et à mesure que le gouvernement, qui a succédé à une junte en mars dernier, confirme sa volonté d’ouverture et que la crainte de la répression s’atténue, les jeunes Birmans goûtent aux plaisir de l’engagement. Avec d’autant plus de ferveur que se rapprochent les élections partielles du 1er avril.

C’est le cas de Thuzar Lwin, 25 ans, membre depuis 2007 de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi. Comme beaucoup d’autres, elle donne de son temps au siège de la LND, dont les cadres, surnommés les “oncles”, ont tous plus de 80 ans.

“J’ai adhéré parce que je voulais me battre pour la vérité”, explique cette diplômée de zoologie en mettant à jour les listes de membres avec les militants détenus récemment amnistiés.

“C’est bon signe, ce qui se passe. Il faut continuer dans cette voie”.

En 1988, les étudiants de Rangoun avaient déclenché ce qui était devenue la plus grande révolte de l’histoire du régime militaire. La répression avait fait jusqu’à 3.000 morts, et les universités avaient été placées sous haute surveillance.

En 2007, la “révolte Safran” avait été cette fois initiée par les moines bouddhistes. Mais les militants de 1988 ne s’étaient pas fait prier pour les rejoindre. Et beaucoup ne sont sortis que tout récemment de prison.

Mais Min Ko Naing, 49 ans, considéré comme le grand leader de 1988, a constaté que sa popularité n’en avait pas souffert. Il a été accueilli par une foule en liesse à sa sortie mi-janvier, et a promis à ses partisans de continuer à se battre.

Dans ce contexte, le renouvellement des générations semble une évidence. “Nous, les anciens étudiants du mouvement de 1988, nous ne sommes plus tout jeunes. Alors nous essayons de travailler avec la jeune génération”, explique Myo Nyunt, 46 ans, un des porte-parole des Jeunes de la LND.

Beaucoup, instinctivement, se tournent vers la Ligue, dont la fer de lance et lauréate du prix Nobel de la paix se présente aux élections d’avril, et a mobilisé dimanche des dizaines de milliers de personnes lors d’un voyage dans la ville côtière de Dawei (sud).

Mais d’autres tentent l’aventure en toute indépendance, comme Generation Wave, un mouvement clandestin créé après la révolte Safran et qui s’est fait connaître à travers la musique et la poésie.

Bo Bo, un étudiant en anglais de 23 ans, a quitté l’université en 2008 en rejoignant le mouvement, par peur des représailles.

“Je voulais agir pour mon pays”, explique-t-il. En 2007, les militaires “s’en sont pris aux moines qui protestaient pacifiquement, ça m’a vraiment révolté et cela m’a encouragé à m’engager”.

Avec ses compagnons de lutte, il organise désormais conférences et campagnes. “Nous ne voulons pas former un parti”, explique-t-il, tout en affirmant “essayer de travailler avec certains partis politiques et leur soumettre des suggestions”.

Prudent, il veut attendre un peu de voir comment son pays va tourner pour “décider de la direction” que prendra le mouvement.

En attendant, les élections d’avril offrent une nouvelle occasion d’exprimer un choix politique. Le régime a promis qu’elles seraient “libres et justes” après le scrutin de novembre 2010, marqué par de multiples contestations et qualifié de “mascarade” par l’Occident.

“C’est la 2e fois que je vote”, jubile Zar Yar Phyo, 21 ans, étudiant ingénieur, qui n’en espérait pas tant il y a deux ans, lorsque le seul scrutin connu était celui de 1990, au terme duquel la junte avait dénié sa victoire à la LND.

“Ca change plus que jamais en ce moment”, se réjouit-il. “Aujourd’hui, je me dis que tout est possible dans mon pays”.

Le pouvoir n’est même plus synonyme de peur. “Ils nous soupçonnaient tout le temps. Plus maintenant. Aujourd’hui, nous sommes de nouveau libres”.


jan 30 2012

Birmanie : la foule acclame Aung San Suu Kyi en campagne dans le sud

source : liberation

Après un premier discours dans la ville de Dawei, de nombreuses voitures et motos ont suivi le cortège qui la menait de village en village, des enfants en uniformes scolaires l’acclamant sur son passage, et une foule encore plus nombreuse l’attendait dans la circonscription de Aung Soe. ( © AFP Soe Than Win)

Des dizaines de milliers de personnes ont acclamé dimanche l’opposante birmane Aung San Suu Kyi lors d’un déplacement dans le sud du pays pour soutenir son parti avant les élections partielles du 1er avril, vues comme un test de la sincérité des réformes du nouveau régime.

“Si nous allons dans la bonne direction, de nombreuses possibilités s’offriront à notre pays. Nous sommes impatients de les saisir”, a déclaré la lauréate du prix Nobel de la paix, elle-même candidate aux législatives pour la première fois de sa carrière.

“Vous êtes notre coeur”, proclamaient des banderoles agitées par ses partisans arborant des T-shirts frappés du logo de sa Ligue nationale pour la Démocratie (LND).

Les habitants s’étaient déplacés en masse pour apercevoir en chair et en os la leader de l’opposition libérée de résidence surveillée en novembre 2010 et qui effectuait dans cette région côtière de Dawei son premier déplacement de campagne en dehors de Rangoun.

“Nous avions demandé plusieurs fois à (Aung San Suu Kyi) de venir faire campagne dans notre région (…) Elle n’était pas venue ici depuis 23 ans”, a souligné à l’AFP Aung Soe, candidat de la LND qu’elle était venue soutenir.

Après un premier discours dans la ville de Dawei, de nombreuses voitures et motos ont suivi le cortège qui la menait de village en village, des enfants en uniformes scolaires l’acclamant sur son passage, et une foule encore plus nombreuse l’attendait dans la circonscription de Aung Soe.

Des scènes inimaginables il y a encore un an, lorsque la “Dame” de Rangoun détestée par le généralissime Than Shwe, leader de l’ancienne junte aujourd’hui à la retraite, était marginalisée après avoir passé la majeure partie des vingt années précédentes privées de liberté.

Mais depuis, la junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle s’est autodissoute en mars 2011 et a transféré ses pouvoirs à un nouveau gouvernement “civil”, bien que contrôlé par d’anciens militaires.

Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires, libérant des centaines de prisonniers politiques et permettant le retour de Suu Kyi au coeur du jeu politique.

La LND, dissoute en mai 2010 pour avoir décidé de boycotter les élections de novembre suivant, a ainsi été autorisée à se réenregistrer et présentera des candidats pour les 48 sièges en compétition dans les assemblées nationales et régionales le 1er avril.

Ces élections qui doivent pourvoir des postes laissés vacants par des élus nommés ministres ne pourront pas menacer la majorité écrasante du parti du pouvoir.

Malgré tout, “les gens devront regarder si elles sont libres et justes. Il ne doit y avoir ni achat de voix ni menace pour obtenir des votes”, a martelé Suu Kyi.

Des conditions sur lesquelles insistent également les capitales occidentales. Après le scrutin de 2010 dénoncé par l’Occident comme une mascarade, la façon dont se déroulera celui-ci sera clé à Washington et Bruxelles pour décider de lever ou non les sanctions.

La LND avait remporté une victoire écrasante aux élections de 1990 mais la junte n’avait jamais reconnu les résultats.

Le déplacement de dimanche devait également conduire Suu Kyi sur les lieux du controversé projet de construction d’un complexe industriel et d’un port en eaux profondes, qui fait craindre à certains un afflux incontrôlé d’industries sales au mépris des droits des populations locales.

Nouveau signe d’évolution du régime, les autorités viennent cependant d’annuler la construction d’une centrale au charbon sur le site, évoquant des “problèmes environnementaux”.

Suu Kyi, qui n’a effectué que quelques rares visites en dehors de Rangoun depuis sa libération, a connu par le passé des déplacements difficiles.

En 2003, elle et son équipe avaient été agressées dans une embuscade, semble-t-il orchestrée par la junte au pouvoir, qui avait fait une centaine de morts selon la LND, quatre selon le régime. L’agression avait conduit à son placement en résidence surveillée pour sept ans.


jan 29 2012

Un Birman à Davos

source : lemonde.fr

S’il fallait une preuve que la Birmanie redevient un pays fréquentable, la voici : pour la première fois, une délégation officielle birmane a été invitée cette année au Forum économique mondial, à Davos. Et elle est venue.

C’est U Soe Thane, le ministre de l’industrie, qui la dirige. Son message, délivré dans un anglais parfois hésitant mais toujours avec le sourire, est clair : la Birmanie ouvre les bras aux investisseurs étrangers. Et ceux-ci ne se font pas prier. “Ils se précipitent, nous assure-t-il, amusé, et pas seulement au Forum. Il n’y a pas une chambre d’hôtel libre en ce moment à Rangoun”. A propos d’hôtels, le tourisme est d’ailleurs un secteur plein d’avenir en Birmanie, confirme le ministre. A Davos, les PDG des groupes Starwood et Marriott ont d’ailleurs manifesté leur intérêt.

Pour les accueillir, la Birmanie, dont le nouveau président Thein Sein affirme vouloir sortir de cinquante ans d’une dictature implacable, prépare une législation plus favorable aux investissements étrangers, avec notamment une exemption fiscale de huit ans pour les entreprises intéressées, exemption reconductible si l’investissement est rentable pour la Birmanie, annonce le ministre. A ses côtés, le vice-ministre du transport ferroviaire, U Thaung Lwin, responsable d’une des trois zones économiques spéciales récemment créées, précise que cette législation sera adoptée “avant la fin février”.

LES MÊMES CONDITIONS POUR TOUS

Des consultants japonais ont été embauchés pour “nous rendre plus attractifs pour les investissements des pays voisins”. La Chine, très présente en Birmanie, bénéficiera-t-elle d’un régime de faveur ? “Tout le monde peut demander à investir, répond U Soe Thane. Les conditions seront les mêmes pour tous, et le processus sera transparent”.

Le pays vise une croissance de 6 % du PIB en 2012 et voudrait surtout ouvrir à l’investissement les secteurs “qui emploient beaucoup de main d’œuvre, en particulier l’agriculture”. “Mais nous avons aussi deux côtes, des ports, la pêche, du gaz, un pipeline, une population jeune et anglophone…” Que les étrangers ne se méprennent pas, toutefois : si le gouvernement birman a décidé d’ouvrir le pays, ce n’est pas sous la pression des sanctions occidentales, qui vont être progressivement levées. C’est uniquement, assurent les deux ministres, “pour le bien de notre peuple”.

Aung San Suu Kyi a elle aussi été invitée à Davos. Dans un message vidéo, le Prix Nobel de la paix, qui prépare les élections du 1er avril, a expliqué que si elle n’a pas pu venir, “c’est pour des raisons étroitement liées au thème de ce Forum : ‘les grandes transformations – élaborer de nouveaux modèles’. Nous n’avons pas encore atteint le point de la grande transformation, dit-elle, mais nous avons une chance rare et extrêmement précieuse de l’atteindre”. Pour elle, le fait que le ministre U Soe Thane soit là reflète, d’ailleurs, “ces changements positifs”.

Sylvie Kauffmann


jan 23 2012

Birmanie : l’Union européenne commence à alléger ses sanctions

L’Union européenne a décidé lundi de commencer à alléger son régime de sanctions à l’encontre de la Birmanie afin de saluer les réformes engagées par le pouvoir en place, a indiqué à l’AFP une source diplomatique. ( © AFP Soe Than Win)

L’Union européenne a décidé lundi de commencer à alléger son régime de sanctions à l’encontre de la Birmanie afin de saluer les réformes engagées par le pouvoir en place, a indiqué à l’AFP une source diplomatique.Les ambassadeurs des vingt-sept pays du bloc à Bruxelles se sont mis d’accord pour commencer dans une “première étape” à lever quelque interdictions de visa frappant des membres du régime, mais la levée des sanctions est un processus progressif qui reste conditionnée “à la poursuite des actes positifs des autorités birmanes”, a précisé un diplomate européen.

La décision doit encore être formellement entérinée par les ministres européens des Affaires étrangères réunis depuis lundi matin à Bruxelles.

“Il y a un vrai sentiment de transition dans ce pays”, a estimé en arrivant à la réunion la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, annonçant qu’elle allait bientôt effectuer une première visite en Birmanie, dans le sillage des chefs de la diplomatie britannique et française.

“Je vais me rendre en Birmanie en coordination avec (l’opposante et Prix Nobel de la Paix) Aung San Suu Kyi, probablement en avril après les élections” dans le pays, a-t-elle indiqué.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a plaidé pour que l’UE soit en mesure de procéder “au premier allègement de mesures restrictives sur la Birmanie” car “nous devrions reconnaître les progrès accomplis”.

Son homologue français Alain Juppé a abondé dans ce sens. “J’y étais récemment, je suis convaincu qu’un processus de démocratisation est en cours et je me réjouis de voir que l’UE va s’engager dans une levée progressive des sanctions”, a-t-il souligné.

Un diplomate européen a indiqué que l’objectif était d’”envoyer des signes d’encouragement”.

Dans les débats entre Européens à propos d’un allègement des sanctions, certains, en particulier les pays scandinaves et le Royaume Uni, ont prôné une grande prudence, insistant sur la nécessité de respecter des critères déterminés sur le respect de la liberté d’expression ou la libération des prisonniers politiques.

Pour les Européens, les élections législatives partielles prévues le 1er avril représenteront un test de la sincérité des réformes. “Le scrutin devra être libre et juste”, a précisé un diplomate.

Récemment revenue au coeur du jeu politique, l’opposante Aung San Suu Kyi a lancé mercredi sa campagne pour entrer au Parlement.

L’UE a déjà annoncé début janvier l’ouverture prochaine d’une représentation en Birmanie.

En avril 2011, elle avait légèrement allégé ses sanctions contre la Birmanie en suspendant des gels d’avoir et des interdictions de visa pour un tiers des membres du gouvernement, dont le chef de la diplomatie.

La junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle s’est autodissoute et a transféré en mars dernier ses pouvoirs à un nouveau gouvernement “civil”, bien que contrôlé par d’anciens militaires. Elle a récemment annoncé la libération de quelque 300 prisonniers politiques, dont des dissidents de premier plan.


jan 22 2012

Birmanie : les investisseurs à l’affût d’un pays en construction

source : leparisien

Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l'appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s'accomoder d'un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire.

Les réformes politiques menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l’appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s’accomoder d’un environnement compliqué, marqué par des décennies de gestion militaire. | Soe Than Win

Les réformes menées tambour battant par la Birmanie aiguisent l’appétit des investisseurs étrangers, attirés par un potentiel aussi riche que sous exploité, mais qui devront s’accomoder d’un environnement compliqué, marqué par des décennies de militaire.
Au fur et à mesure que le multiplie les réformes politiques, et que l’Occident évoque la levée progressive des sanctions économiques, le pays de 60 millions d’habitants s’ouvre à l’économie de marché. Riche en hydrocarbures, en bois et en minerais, porté par un climat très favorable pour l’agriculture, la Birmanie affiche aussi un énorme potentiel touristique et va devoir s’équiper en infrastructures lourdes.

“Les chiffres explosent, on ne trouve plus une place dans les hôtels en haute saison”, se félicite un homme d’affaires étranger dans le tourisme et l’immobilier.
Les autorités ont récemment donné aux hommes d’affaires bien en cours de Rangoun “une liste d?immeubles qu’ils cherchent a vendre”, a-t-il expliqué. Et l’atmosphère est à la dérégulation. “Des licences qui prenaient des semaines à obtenir s?obtiennent dans la journée”.
Seuls les groupes présents avant la mise en place des sanctions, à la fin des années 90, ont pu rester. C’est le cas du groupe Total. Lorsque les autres compagnies seront autorisées à les rejoindre, elles découvriront un pays accablé par un demi-siècle de gestion militaire.
Le parlement doit encore voter la première loi sur les investissements. Et les tribunaux n’ont ni compétence, ni indépendance.
Le système bancaire s’est à peine remis d’une violente crise en 2003. Et le taux de change au marché noir est près de cent fois plus intéressant que l’officiel.
L’économie parallèle s’est donc épanouie, notamment le commerce transfrontalier et l’émigration illégale de travailleurs, qui rapatrient leurs revenus comme ils peuvent.
“La législation est obsolète donc les gens travaillent par leurs propres moyens. Ils ne veulent pas être dans l’illégalité mais ils n’ont pas le choix”, explique Toe Naing Mann, fils du puissant président de la chambre basse, l’ex-général Shwe Mann, qui a délaissé les affaires pour aider son père.
“Le nouveau gouvernement essaye de s’ouvrir et de réduire les restrictions, les contrôles, les coûts des transactions, pour créer un environnement favorable”, explique de son côté le chercheur Winston Set Aung, co-fondateur de l’Asia Development Research Institute de Rangoun.
Mais “les investisseurs étrangers pourraient bien avoir besoin de comprendre comment fonctionne l’économie informelle avant qu’elle n’intègre l’économie formelle”.
Pour les très gros opérateurs, il faudra donc sans doute attendre un peu. Avant de quitter le pouvoir en mars 2011, la junte avait lancé un vaste programme de privatisations, notamment du port de Rangoun et des stations-services.
Mais Toe Naing Mann souligne que le pays manque d’infrastructures pour rendre viable la distribution d’essence. Et écarte l’hypothèse de l’arrivée des géants mondiaux.
“Parfois, nous protégeons trop nos intérêts nationaux”, reconnaît-il sans admettre directement que les hommes d’affaires liés à la junte avaient tiré le meilleur profit des privatisations.
Le ministre japonais du Commerce vient pour autant d’emmener une délégation de chefs d’entreprises et des hommes d’affaires américains préparent une visite exploratoire.
Mais comme pour le Vietnam des années 90, lorsque les Etats-Unis avaient levé leur embargo, ce sont d’abord avocats et cabinets de conseil qui vont prendre pignon sur rue.
Le secteur des hydrocarbures, les mines et le bois seront assaillis de demandes de licences, ainsi que la banque et le tourisme, pronostique Aekapol Chongvilaivan, de l’Institut des études pour l’Asie du Sud-Est à Singapour.
Mais la corruption, la mauvaise gestion et les “déséquilibres de la politique macro-économique” restent problématiques, relève-t-il, regrettant que les “réformes des marchés industriels et financiers se soient débattues dans des infrastructures inadéquates, des politiques incertaines et un morne climat des affaires”.


jan 19 2012

Birmanie : l’UE envisage de commencer à lever ses sanctions en février

source : liberation

L’Union européenne examine l’opportunité d’alléger en février ses sanctions contre la Birmanie et d’apporter une aide économique afin de saluer les réformes engagées par le régime, mais la démarche fait encore débat, a-t-on appris mercredi de sources diplomatiques. ( © AFP Frederic de la Mure)
L’Union européenne examine l’opportunité d’alléger en février ses sanctions contre la Birmanie et d’apporter une aide économique afin de saluer les réformes engagées par le régime, mais la démarche fait encore débat, a-t-on appris mercredi de sources diplomatiques.Une visite de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à Naypyidaw, la nouvelle capitale birmane, est également envisagée et pourrait se dérouler “prochainement” malgré un agenda “très chargé”, a indiqué à l’AFP un porte-parole, Michael Mann.

“A la lumière des récents développements dans le pays, nous avons lancé un examen général de notre politique en Birmanie”, a-t-il ajouté.

Le sujet devrait être abordé au cours d’une réunion des ministres des Affaires étrangères prévue lundi à Bruxelles. Une décision sur la levée de certaines sanctions pourrait suivre “courant février”, selon les sources.

Un projet de déclaration ouvrant la porte à cette possibilité est en discussion en vue d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères prévue lundi à Bruxelles, ont-elles précisé.

Les ministres français et britannique, Alain Juppé et William Hague, veulent proposer lundi de “réviser graduellement” le régime des sanctions, avec de premières mesures “à très court terme”, a indiqué mercredi Bernard Valero, porte-parole du Quai d’Orsay.

MM. Juppé et Hague, qui se sont tous les deux rendus récemment en Birmanie, “sont également convenus que l’UE devait rester vigilante”, a-t-il ajouté.

Un diplomate européen a indiqué que l’objectif était d’”envoyer des signes d’encouragement” tout en reconnaissant qu’il y avait “quelques différences d’opinion” entre pays européens.

Certains d’entre eux, dont la France et l’Allemagne, veulent envoyer un signal fort en allégeant certaines sanctions rapidement.

D’autres, en particulier les pays scandinaves et le Royaume Uni, prônent une plus grande prudence, insistant sur la nécessité de respecter des critères déterminés sur le respect de la liberté d’expression ou la libération des prisonniers politiques.

“Les débats portent sur +quand+ et +comment+ lever les sanctions. Il y a des opinions différentes sur l’opportunité de les lever plus ou moins rapidement”, selon un diplomate.

“Il a des divergences mais on ne peut pas dire que l’UE est divisée sur la Birmanie”, a insisté un autre responsable.

Pour les Européens, les élections législatives partielles prévues le 1er avril représenteront un test de la sincérité des réformes. “Le scrutin devra être libre et juste”, a précisé un diplomate.

Récemment revenue au coeur du jeu politique, l’opposante Aung San Suu Kyi a lancé mercredi sa campagne pour entrer au Parlement.

L’UE a déjà annoncé début janvier l’ouverture prochaine d’une représentation en Birmanie.

En avril 2011, elle avait légèrement allégé ses sanctions contre Naypyidaw, en suspendant des gels d’avoir et des interdictions de visa pour un tiers des membres du gouvernement, dont le chef de la diplomatie.

La junte au pouvoir pendant près d’un demi-siècle s’est auto-dissoute et a transféré en mars dernier ses pouvoirs à un nouveau gouvernement “civil”, bien que contrôlé par d’anciens militaires. Elle a récemment annoncé la libération de quelque 300 prisonniers politiques, dont des dissidents de premier plan.


jan 18 2012

Birmanie: Aung San Suu Kyi a déposé sa candidature aux élections partielles

source : liberation

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a déposé mercredi sa candidature aux élections législatives partielles du 1er avril, pour la première fois de sa carrière politique ( © AFP Soe Than Win)
L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a déposé mercredi sa candidature aux élections législatives partielles du 1er avril, pour la première fois de sa carrière politique, a constaté un photographe de l’AFP.La lauréate du prix Nobel de la paix se présente pour la Ligue nationale pour la démocratie (LND) dans la circonscription de Kawhmu, près de Rangoun, pour de ce scrutin considéré par l’Occident comme un test pour les ambitions démocratiques du nouveau régime birman.

Suu Kyi était déjà enfermée lors des élections de 1990, à l’occasion desquelles la LND avait humilié le régime militaire en remportant 392 des 485 sièges en compétition. Résultats que les généraux avaient refusés d’honorer.

Et elle avait été libérée de résidence surveillée une semaine après les élections de novembre 2010, lors desquelles les Birmans étaient appelés à désigner, pour la première fois en vingt ans, des assemblées nationales et régionales, dont 25% des sièges sont réservés d’office aux militaires d’active.

Le parti spécialement créé par la junte alors au pouvoir avait remporté une victoire écrasante, après des soupçons de fraude et une campagne décriée. Un scrutin dénoncé par l’Occident comme une mascarade.

Mais depuis, la junte, au pouvoir pendant près d’un demi siècle, s’est autodissoute et a transféré en mars dernier ses pouvoirs à un gouvernement dit “civil”, bien que contrôlé par d’anciens militaires.

Cette nouvelle équipe dirigée par le président Thein Sein a multiplié ces derniers mois les réformes spectaculaires, permettant notamment le retour au coeur du jeu politique de Suu Kyi, qui a passé la majeure partie des vingt dernières années privée de liberté.

La LND, parti avec lequel l’icône de la démocratie a fait toute sa carrière politique, qui avait été dissous par la junte en mai 2010 pour avoir annoncé son boycott des élections de novembre suivant, a ainsi pu officiellement se réenregistrer.

Et a décidé de présenter des candidats à ces élections partielles qui doivent pourvoir 48 sièges dans les deux chambres du parlement et les assemblées régionales, sièges laissés vacants par des élus étant devenus ministres.

© 2012 AFP


jan 17 2012

Birmanie : une «révolution douce» qui soulève des questions

source : marianne2

Il y a près d’un an, la junte birmane, l’une des pires dictatures de la planète au pouvoir pendant près d’un demi-siècle transférait ses pouvoirs à un nouveau gouvernement civil, bien que contrôlé par d’anciens militaires. Dirigée par le président Thein Sein, la nouvelle a multiplié les réformes spectaculaires, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de l’opposante Aung San Suu Ky, mais aussi celle des diplomates et investisseurs étrangers.



Aung San Suu Kyi (cc flikr Globalism Pictures)

Aung San Suu Kyi (cc flikr Globalism Pictures)
Libération des prisonniers politiques, légalisation des syndicats, levée de la censure sur les journaux, réenregistrement de la Ligue nationale démocratique, le parti politique d’Aung San Suu Kyi, organisation d’élections législatives. Rarement un pays sous la coupe d’une dictature militaire depuis plus de 25 ans aura ouvert ses portes avec une telle célérité. Au point de se poser des questions sur les motivations de ce printemps de Rangoun qualifié de « processus  historique » par Alain Juppé lors de sa visite dans le pays ce week-end.

Les images du printemps arabe et de ces dictateurs inflexibles fuyant leurs pays avant, pour certains, d’être mis en cage et jugés ? La libération de l’opposante Aung San Suu Kyi qui apparaît comme le premier signe d’un assouplissement du régime birman est intervenu en novembre 2010 soit avant les premiers prémices du printemps arabe invalide cette hypothèse.

C’est bien plus le critère économique qui semble être à l’origine de cette conversion. Le pays, qui recèle de ressources naturelles, était soumis à des sanction économiques depuis plus de deux décennies et nombre de généraux se sont convertis à l’idée de profiter de cette manne.


Beaucoup de promesses…à tenir

Un pari risqué mais plutôt payant. « Transformée » en un coup de baguette magique en un gouvernement civil, la junte fait un sans-faute diplomatique, politique et de communication. A tel point que les Etats-Unis ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec le pays et l’envoi d’un ambassadeur. Et les délégations d’hommes d’affaires japonais et américains se précipitent déjà dans le pays dont les ressources en gaz, pétrole, minerais divers et la situation stratégique entre l’Inde, la Chine et le reste du sud-est asiatique attire toutes les convoitises.

Cette nouvelle équipe a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant en particulier le retour au coeur du jeu politique de Aung San Suu Kyi. Convaincue de la bonne foi du nouveau pouvoir, celle-ci a annoncé qu’elle participerait en avril aux élections législatives, pour la première fois depuis 1990. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, avait alors remporté le scrutin, mais la junte avait annulé le résultat.  La télévision d’Etat a annoncé qu’au total 651 prisonniers seraient amnistiés dans le cadre d’un nouveau pardon présidentiel, sans préciser combien sont des détenus politiques –368, selon des indications non recoupées.

Un processus d’ouverture qui ne lève pas toutes les interrogations sur les objectifs du nouveau pouvoir dont certains redoutent la duplicité.
Paris, Washington et Tokyo restent particulièrement attentifs à certains points : la poursuite du dialogue politique, la libération effective de tous les prisonniers politiques et le respect du droit des minorités ethniques. Un dernier volet jugé crucial après des décennies de lutte armée entre Rangoun et une pléiade de rebellions ethniques. La plupart d’entre-elles ont accepté le cessez-le-feu, comme les Karens,

«Nous devons donner aux autorités birmanes un satisfecit, et cette visite en est un, mais nous leur dirons que nous attendons davantage», relève une source diplomatique citée par Le Figaro.

Des négociations ouvertes avec les minorités ethniques

A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler que le général Thein Sein, ancien général et premier Ministre de la junte, a été élu président de la République le 4 février 2011, à l’issue d’élections considérées comme truquées par l’opposition et par la communauté internationale. D’où la suspicion de certains observateurs qui s’interrogent afin de savoir si Thein Sein n’est pas que la « vitrine civile » présentable de la junte dont certains membres sont encore présents dans le gouvernement.

Considéré comme un modéré bien qu’ayant été l’un des piliers de la junte militaire, Thein Sein reste une énigme et ses véritables capacités d’actions sont mal connues, bien que la multiplication des gestes d’ouvertures récents apparaissent comme autant de garanties et de démonstration de sa «bonne volonté ». Certains experts n’en oublient pas pour autant que la Birmanie est encore un pays dirigé par un régime autoritaire, très lié à Pékin et dont le processus de « perestroïka » est fragile.

Outre la libération en novembre 2010 de la prix Nobel d’Aung Saung Suu Kyi et l’autorisation qui lui a été donnée de se présenter aux élections législatives prévues le 1er avril prochain, l’avancée la plus surprenante, bien que moins connue, reste l’accord de cessez le feu signé le 12 janvier avec l’ethnie Karen. L’accord est intervenu lors des pourparlers entre les fonctionnaires et la Karen National Union (KNU) dans le capital de Hpa-an, de l’Est de l’État Karen. Les Karen luttent pour une plus grande autonomie depuis plus de 60 ans. Largement chrétienne et favorisée par les Britanniques pendant les années de domination coloniale, les Karen se sont rebellés contre le traitement répressif des militaires birmans nationalistes, l’accusant même de génocide.

En revanche, le contexte est plus difficile dans l’état Kachin, au nord du pays, qui abrite nombre de ressources naturelles minières et forestières. En juin dernier, en plein processus d’ouverture, le régime lancait une offensive contre la Kachin Independence Army (KIA) et multipliait les attaques contre civils, rompant ainsi un cessez-le-feu vieux de 17 ans. Un regain de tensions préoccupant pour bon nombre d’ONG qui qualifient ce conflit de « guerre cachée de Birmanie ».  Si le conflit continue, là aussi les choses pourraient bouger: le président Thein Sein a donné ordre à l’armée de ne pas attaquer les minorités dans tout le pays et des rencontres entre le gouvernement birman et des représentants Kachin en vue de pourparlers de paix sont prévues le 18 janvier dans la ville frontière chinoise de Ruili.


jan 16 2012

Birmanie : pour tourner la page de la dictature, il faut s’unir

source : lenouvelsobs  article : Frédéric Debomy

Le quotidien officiel du régime, le “New Light of Myanmar”, l’affirme : l’année 2011 aura marqué la fin du long règne politique de l’armée birmane, le pays commençant à “pratiquer la démocratie”. De fait, d’importants changements ont eu lieu ces derniers mois et Aung San Suu Kyi, figure de référence du mouvement démocratique, a été autorisée à participer aux élections législatives partielles du mois d’avril.

Aung San Suu Kyi, Yangon, Birmanie, le 17 novembre 2010 (P.NICHOLS/SIPA)

Aung San Suu Kyi, Yangon, Birmanie, le 17 novembre 2010 (P.NICHOLS/SIPA)

La lauréate du prix Nobel de la paix pourrait même, selon un conseiller de la présidence birmane, être “nommée au gouvernement” si elle le souhaitait, à la condition de gagner les élections. Aung San Suu Kyi souhaitera-t-elle rejoindre le gouvernement ou constituer une opposition critique au sein du Parlement pour faire évoluer la constitution de 2008 vers un cadre législatif plus démocratique ? Nous n’en sommes pas là.

Le scrutin du mois d’avril, s’il se déroule de manière régulière, donnera une indication supplémentaire de la volonté du régime de tourner la page de la dictature. Quant à savoir si Aung San Suu Kyi pourrait à terme diriger le pays, cette dernière confie n’être pas sûre de vouloir le faire. Pour l’heure, elle dit faire confiance au président Thein Sein – mais pas à l’ensemble d’un gouvernement dont elle ne connaît pas tous les membres.

Il ne faut cependant pas perdre de vue ce qu’Aung San Suu Kyi elle-même précisait il y a peu : nous n’en sommes encore qu’”au début du début” des changements espérés. La “Dame” énumère les critères qui permettront de juger si la Birmanie est sur la voie de la démocratie : la libération de l’ensemble des prisonniers politiques (le régime a libéré vendredi 13 janvier 2012 plusieurs activistes de premier plan), la façon dont se passeront les élections du mois d’avril, une augmentation de la liberté de la presse, les efforts consentis par le régime pour permettre l’établissement d’un véritable État de droit.

Le point le plus important est enfin qu’il soit mis fin aux conflits opposant à l’armée birmane les groupes armés issus des minorités nationales :

“Tant qu’il n’y aura pas d’harmonie entre les différentes ethnies, il nous sera difficile d’établir une démocratie solide.”

Il faut le souligner : malgré les avancées politiques, la situation des droits de l’homme demeure dramatique dans l’État kachin. Il est par conséquent nécessaire que le ministre français des Affaires étrangères demande au gouvernement birman de mettre fin aux offensives militaires et de permettre un meilleur accès des acteurs humanitaires à cette région. Le conflit en cours dans l’État kachin a déjà entraîné le déplacement de 50.000 personnes depuis le mois de juin.

Le général Mutu Saipo, représentant de l'Union nationale karen (KNU), mouvement rebelle birman revendiquant davantage d'autonomie, signe un cessez-le-feu, Hpa-an, Birmanie, le 12 janvier 2012 (Soe Than WIN/AFP)

Le général Mutu Saipo, représentant de l’Union nationale karen, signe un cessez-le-feu, Birmanie, 12 janvier 2012 (S.T.WIN/AFP)

Quel bilan tirer de cette situation à la fois caractérisée par des avancées politiques et une aggravation de la situation des droits de l’homme dans certaines des régions du pays où vivent les minorités ? Il est inquiétant de constater que l’ordre donné par le président Thein Sein à l’armée de cesser les attaques dans l’État kachin n’a pas été suivi d’effet. Khin Zaw Win, ancien prisonnier politique, explique au “Nouvel Observateur” qu’”aujourd’hui, l’armée est incertaine de son rôle. Et localement, les commandants agissent de leur propre chef, sans attendre un ordre de la hiérarchie, ou même en contradiction avec ces ordres.” Aung San Suu Kyi s’interroge :

“Quel degré de soutien aux changements trouve-t-on au sein de l’armée? C’est au final le point le plus important : à quel point les militaires sont prêts à contribuer aux réformes.”

Si l’optimisme est permis au vu de ce qui s’est produit ces derniers mois, nul ne peut aujourd’hui dire ce que le président Thein Sein a réellement en tête, ni ce qu’il en est précisément de la cohésion du pouvoir birman sur les objectifs à atteindre. Ce serait assurément une erreur de se référer à la seule biographie des hommes aujourd’hui au pouvoir pour tenter de deviner les intentions du régime. Pour autant, il n’est pas inutile de garder à l’esprit que ceux-ci sont, pour l’essentiel, ceux qui bénéficiaient du pouvoir avant la mutation récente du régime militaire en un régime “civil” : on peut dès lors trouver difficile d’imaginer que leurs convictions et objectifs aient changé du tout au tout.

Au-delà de leur entente actuelle, à quel point Thein Sein et Aung San Suu Kyi partagent-ils les mêmes objectifs ? La réponse pourrait nous être donnée par l’entrée de la “Dame” au Parlement : pourra-t-elle sans dommage remettre en question la constitution de 2008 garantissant aux militaires un contrôle certain de la chose politique ou se heurtera-t-elle, ce faisant, aux limites du processus d’ouverture engagé par la dictature ?

Le contraste entre l’ouverture politique constatée et la poursuite des combats dans certaines régions peut en outre raviver la tendance aigüe de la société birmane à la division. Un officier karen a d’ores et déjà constaté que le fait que “Suu Kyi discute avec le gouvernement tandis que les civils kachin fuient les soldats birmans” amène les minorités à douter de l’attention que la “Dame de Rangoun” leur porte. Il faut espérer que la récente déclaration d’Aung San Suu Kyi sur la situation dans l’État kachin contribuera à lever ce malentendu.

Le cessez-le-feu que viennent de signer les représentants du régime birman avec les délégués de l’Union nationale karen (KNU) est en outre une excellente nouvelle, qui ne pourra qu’apaiser le climat de tension et d’incompréhension. À l’instar d’Aung San Suu Kyi faisant publiquement état de la confiance qu’elle accorde au président Thein Sein, Saw David Thaw de la KNU a jugé les négociateurs du régime “honnêtes et sincères”.

Il faut donc continuer à observer les évolutions de la situation avec rigueur, en évitant tout à la fois de s’accrocher à des analyses qui n’ont plus cours (de type : le régime n’a pas changé et ne changera pas) et de se réjouir trop vite. Il faut espérer un maximum d’unité entre tous ceux qui, de manière non-violente ou armée, se sont de longue date opposés à la dictature. À la marge, les soutiens internationaux du mouvement pour la démocratie ont encore un rôle à jouer : concourir à raffermir l’unité de cette opposition multiforme à la dictature plutôt que contribuer à renforcer sa tendance à la division.


jan 14 2012

Alain Juppé à la rencontre de la «pérestroïka birmane»

source : lefigaro

Alain Juppé, samedi à Rangoun, avec les trois opposants libérés la veille.
Alain Juppé, samedi à Rangoun, avec les trois opposants libérés la veille. Crédits photo : FREDERIC DE LA MURE/AFP

Le ministre des Affaires étrangère est arrivé à Rangoun pour une visite officielle de deux jours au cours de laquelle il rencontrera l’égérie de l’opposition, Aung San Suu Kyi.

Dès son arrivée à Rangoun, ce samedi, Alain Juppé a rencontré à l’ambassade de France trois prisonniers politiques, parmi les 651qui sont sortis de prison vendredi. Une vague de libérations saluée, notamment par la France et les États-Unis, comme un «signe important» de l’ouverture politique amorcée l’an dernier par les militaires au pouvoir depuis 1962. Parmi les dissidents libérés, le ministre des Affaires étrangères s’est entretenu avec Min Ko Naing, l’un des leaders de la Génération 88.

Ex-dirigeant d’un réseau clandestin d’étudiants, les syndicats étant alors interdits, cet activiste de 49 ans a joué un rôle de premier plan dans le soulèvement de 1988 en faveur de la démocratie qui fut réprimé par la junte. Il a passé depuis la plupart de son temps derrière les barreaux, tout comme Khun Htun Oo et Ko Ko Gyi. À travers eux trois, Alain Juppé a rendu hommage au courage et à la ténacité des militants des droits de l’homme, alors que s’amorce en Birmanie un processus de réformes encore incertain.

Main tendue du pouvoir

Le temps fort de la visite sera, dimanche, la rencontre avec celle que chacun ici nomme la «Dame», par discrétion autant que par respect, Aung San Suu Kyi. Dans la matinée, Alain Juppé s’entretiendra avec elle dans sa grande maison défraichie sur les bords du lac Inya, à Rangoun. En fin de journée, lors d’une réception, il lui remettra les insignes de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur.

L’icône birmane de la lutte pour la démocratie, après 15 ans passés en résidence surveillée et en prison, s’est résolue à saisir la main tendue par le pouvoir. En novembre 2010, la Prix Nobel de la Paix a été libérée. En août dernier, elle a rencontré le chef de l’Etat, Thein Sein, un ex-général qui a pris en mars 2010 la tête d’un gouvernement civil, quoique demeurant sous l’œil des militaires. Des réformes spectaculaires ont été annoncées, comme l’assouplissement de la censure et la création de syndicats. En décembre, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Ang San Suu Kyi, a été autorisée à participer aux élections législatives partielles prévues le 1er avril prochain. Le déroulement du scrutin aura valeur de test sur la sincérité réformatrice du nouveau pouvoir.

À Rangoun, Alain Juppé, premier chef de la diplomatie française à se rendre en Birmanie depuis son indépendance en 1948, a été précédé de peu par Hillary Clinton, le 1er décembre, et par William Hague, le 5 janvier. La chef du département d’État américaine et le chef du Foreign Office ont encouragé les réformes en cours mais jugé leur poursuite indispensable avant une levée des sanctions internationales qui pèsent sur la Birmanie. Alain Juppé devrait également s’en tenir à cette ligne. «Nous devons donner aux autorités birmanes un satisfecit, et cette visite en est un, mais nous leur dirons que nous attendons davantage», relève une source diplomatique. L’aide bilatérale française sera augmentée. L’Union européenne, elle, doit se prononcer avant le 30 avril sur les sanctions à l’encontre de la Birmanie.

Dans cette perspective, Paris a l’œil sur les priorités qui font figure de lignes rouges: la poursuite du dialogue politique, la libération effective de tous les prisonniers politiques (leur nombre fait débat) et le respect du droit des minorités ethniques. Un dernier volet jugé crucial après des décennies de lutte armée entre Rangoun et une pléiade de rebellions ethniques. La plupart d’entre-elles ont accepté le cessez-le-feu, comme les Karens, jeudi dernier. Mais d’autres groupes, tels les Kachins, s’y refusent toujours et la signature d’accords politiques s’annonce ardue.

«Le changement est irréversible» selon un célèbre blogueur

Lundi, Alain Juppé se rendra à Naypyidaw, la nouvelle capitale de l’ «Union du Myanmar», construite en pleine forêt à 300 kilomètres au nord de Rangoun et inaugurée en 2005. Il s’y entretiendra avec le chef de l’Etat, les présidents des deux chambres et son homologue des Affaires étrangères. Des entretiens qui lui permettront peut-être de mieux cerner le cours imprévisible de la perestroïka birmane. Véritable transition, comme celle de l’Espagne post-franquiste ou aggiornamento cosmétique d’un pouvoir militaire en quête de survie? Le débat n’est pas tranché. Le souci d’accéder enfin aux grandes institutions internationales (Banque mondiale, FMI…), le souhait d’échapper à la mainmise chinoise en diversifiant ses partenariats constituent toutefois de puissants facteurs d’ouverture, note les observateurs.

«Le changement est irréversible, juge Nay Phone Latt, un célèbre blogueur de 32 ans, libéré vendredi après quatre ans de prison, mais il va falloir être malin et rester vigilant». La longue route de la Birmanie vers la démocratie ne fait que commencer.