déc 30 2011

Birmanie : les élections partielles fixées au 1er avril

source : romandie.com

Les élections partielles birmanes, qui pourraient pour la première fois faire accéder au Parlement l’opposante Aung San Suu Kyi, auront lieu le 1er avril, a indiqué vendredi à l’AFP un responsable gouve au rnemental birman.

Plus d’un an après les élections de novembre 2010, que le parti de Mme Suu Kyi avait boycottées, ce scrutin doit permettre de pourvoir 48 sièges dans les deux assemblées nationales et les assemblées régionales, sièges laissés vacants par des élus étant devenus ministres.

Les élections partielles auront lieu le 1er avril, a déclaré le responsable, précisant que les candidats devraient s’enregistrer entre le 16 et le 31 janvier.

La lauréate du prix Nobel de la paix avait annoncé en novembre sa volonté d’être candidate à ce scrutin, pour la première fois de sa carrière politique.

Elle était déjà enfermée lors des élections de 1990, au cours desquelles son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait humilié le régime militaire en remportant 392 des 485 sièges en compétition. Résultats que les généraux s’étaient refusés à honorer.

Et elle avait été libérée de résidence surveillée une semaine après les élections de novembre 2010, au cours desquelles les Birmans étaient appelés à désigner, pour la première fois en vingt ans, des assemblées nationales et régionales dont 25% des sièges sont réservés d’office aux militaires d’active.

Le parti spécialement créé par la junte alors au pouvoir avait remporté une victoire écrasante, après des soupçons de fraude et une campagne décriée.

La LND, parti avec lequel elle a fait toute sa carrière politique, avait été dissous en mai 2010, après son annonce du boycottage de ces élections.

Mais depuis, la junte s’est auto-dissoute et a transféré en mars ses pouvoirs à un gouvernement dit civil, bien que composé d’anciens militaires.

Ce gouvernement a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, amorçant notamment le dialogue avec Mme Suu Kyi et annonçant la suspension de la construction d’un barrage controversé financé par son allié chinois.

Saisie à son tour par le tourbillon des réformes qui s’est emparé du pays, la LND a décidé de revenir dans la bagarre et de présenter des candidats aux élections partielles.

Sa demande de ré-enregistrement a été acceptée par les autorités en décembre.

L’Occident salue depuis quelques mois, avec prudence, l’entrée de la Birmanie sur la voie de premières réformes démocratiques. C’est le cas des Etats-Unis, qui maintiennent pourtant leurs sanctions contre le pays. Les observateurs jugent que ces sanctions ne seront pas levées sans l’accord d’Aung San Suu Kyi.

Car la fille du général Aung San, héros assassiné de l’indépendance birmane, est plus que jamais l’interlocutrice incontournable des capitales occidentales.

C’est après s’être entretenue avec elle au téléphone que Barack Obama, le président américain, avait annoncé le déplacement historique en Birmanie de sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton.

Lors de cette visite début décembre, Suu Kyi s’était dit confiante que son pays était sur la voie de la démocratie, tout en appelant à de nouveaux progrès.

La communauté internationale réclame aussi de nouvelles mesures, et en particulier la libération de tous les prisonniers politiques.

Quelque 200 d’entre eux ont été libérés en octobre, mais entre 500 et 1.600 restent derrière les barreaux. Un responsable de la chambre basse du Parlement avait annoncé jeudi que de nouvelles libérations devraient avoir lieu le 4 janvier et le 12 février.


déc 29 2011

La Birmanie annonce de nouvelles libérations d’opposants

source : lemonde

La dissidente birmane pose avec le président Thein Sein, le 19 août 2011. 22/08/11

La dissidente birmane pose avec le président Thein Sein, le 19 août 2011.AFP/MYANMAR NEWS AGENCY

Semaine après semaine, la Birmanie donne de nouveaux signes tangibles de sa volonté d’ouverture. Après la libération de l’opposante Aung San Suu Kyi, l’an dernier, la dissolution de la junte en mars, la signature d’un cessez-le-feu avec l’un des principaux groupes armés des minorités ethniques le 12 décembre, ou encore la visite historique de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, au début du mois, le régime birman a annoncé jeudi 29 décembre de nouvelles libérations de prisonniers politiques.

Ces libérations, réclamées par la communauté internationale, pourraient intervenir le 4 janvier et le 12 février, a indiqué jeudi un responsable de la chambre basse du Parlement. “Selon le ministre [Aung Min], d’autres prisonniers de conscience seront libérés très bientôt sans aucun doute”, a déclaré aux journalistes Aung Ko, président de la commission des affaires juridiques de la chambre basse, dans la capitale Naypyidaw.

Hillary Clinton dans le palais présidentiel birman de Naypyidaw, entourée du président Thein Sein et de sa femme Khin Khin Win.

Hillary Clinton dans le palais présidentiel birman de Naypyidaw, entourée du président Thein Sein et de sa femme Khin Khin Win.REUTERS/POOL

Aung Min, ministre des chemins de fer, est notamment chargé des discussions de paix cruciales avec les minorités ethniques, dont plusieurs représentants sont derrière les barreaux. Aung Ko a notamment évoqué la date du 4 janvier, date anniversaire de l’indépendance du pays, et le 12 février, autre jour férié birman, comme dates possibles pour ces libérations, sans avancer de chiffre.

Le 12 octobre, 6 300 personnes avaient été libérées, dont environ 200 prisonniers politiques. Le nombre de prisonniers politiques encore derrière les barreaux n’est pas très clair, ils pourraient être entre 500 et 1 600 selon les estimations. La Ligue nationale pour la démocratie de l’opposante Aung San Suu Kyi évoque aujourd’hui entre 500 et 600 cas, dont 200 issus de ses rangs.

Des détenues, à la sortie de la prison d'Insein, le 12 septembre 2011.

Des détenues, à la sortie de la prison d’Insein, le 12 septembre 2011.AP/Khin Maung Win

Le gouvernement birman, qui a succédé à la junte en mars, a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant notamment le retour au cœur du jeu politique de la lauréate du prix Nobel de la paix.

Mais l’ONU, l’Union européenne et les Etats-Unis réclament toujours plus de réformes (lien abonnés), en particulier la libération de tous les prisonniers politiques et la fin des violations des droits de l’homme.

Le Monde.fr (avec AFP)


déc 28 2011

Ce que dit Aung San Suu Kyi

source : lemonde

En mai dernier, nous avions publié avec l’équipe d’Info Birmanie un livre destiné à faire mieux connaître la pensée et l’action d’Aung San Suu Kyi, figure de référence du mouvement démocratique birman et lauréate du prix Nobel de la paix. La “Dame de Rangoun”, évoquant ses objectifs, disait ne pas viser seulement un changement de gouvernement mais aussi “un changement dans la société birmane, une évolution des concepts politiques, des idées politiques [car] je crains qu’il fasse désormais partie de [notre]culture politique de penser qu’un changement significatif ne peut advenir que dans la violence”. Son approche non-violente a parfois été confondue avec de la passivité. La possibilité qu’elle atteigne ses objectifs n’a pourtant jamais semblé si proche.

Les évolutions à l’oeuvre en Birmanie ont été largement commentées : reprise du dialogue avec la “Dame”, suspension d’un projet de barrage controversé, adoption de lois autorisant les syndicats, le droit de grève ou les manifestations, mise en place d’une commission nationale des droits de l’homme, relâchement de la censure. Certes, l’amnistie attendue d’un grand nombre de prisonniers politiques s’est soldée le 12 octobre dernier par un constat décevant : si quelques activistes de premier plan ont retrouvé la liberté, la plupart demeurent encore derrière les barreaux.

Pour Aung San Suu Kyi, qui réclame leur libération, la volonté de réforme du régime semble cependant réelle. Mais la dirigeante de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) demeure prudente : elle rappelle que nous n’en sommes encore qu’ “au début du début” des changements espérés. Elle estime en outre qu’il faut demeurer attentif à la possibilité d’une réaction violente des éléments conservateurs du régime : “pour l’instant, je ne pense pas que le danger soit grand. Mais bien évidemment, les choses peuvent évoluer très vite en politique.” Assiste-t-on en Birmanie à une transition qui s’opèrerait “par le haut” et à laquelle la mobilisation continue des forces démocratiques serait étrangère? Rien n’est moins sûr. En décidant de fonctionner comme un parti autorisé, la LND a mis un régime soucieux d’améliorer son image au pied du mur : la réprimer ou priver de nouveau sa dirigeante de liberté anéantirait les efforts déployés par la dictature pour convaincre qu’une démocratisation du régime est à l’oeuvre depuis les élections contestables de novembre 2010. La légalisation de la LND, annoncée le 13 décembre par les médias officiels birmans, est à l’évidence un effet de sa persévérance. Aung San Suu Kyi et son parti envisagent désormais de se présenter aux élections législatives partielles à venir. La “Dame” sait que rentrer dans le jeu politique “normal” la rendra plus vulnérable : “Certaines personnes s’inquiètent du fait que participer pourrait faire du tort à ma dignité. Franchement, si vous faites de la politique, vous ne mettez pas en cause votre dignité”. L’un de ses objectifs est d’entrer au Parlement pour pouvoir y discuter la peu démocratique constitution de 2008, qui assure à l’armée un contrôle certain de la chose politique. Un sujet sensible.

Elle sait aussi qu’il ne saurait y avoir de stabilité en Birmanie si les revendications des minorités nationales (qui souhaitent un Etat fédéral et démocratique) ne sont pas entendues. Elle regrette que les partis ethniques soient toujours exclus du dialogue. Certes, la signature d’un accord de cessez-le-feu avec l’Armée de l’Etat Shan Sud et l’ordre donné par le président Thein Sein de ne plus combattre l’Armée de l’indépendance kachin sont choses encourageantes. Mais une paix durable ne pourra être obtenue que si les différentes parties conviennent d’un accord politique de fond. Les minorités l’attendent d’ailleurs sur ce sujet, un responsable karen confiant qu’“en ce moment, Suu Kyi discute avec le gouvernement tandis que les civils kachin fuient [toujours] les soldats birmans et se cachent dans les camps de réfugiés. C’est pourquoi ceux-ci pensent qu’elle ne les soutient pas.”

Aung San Suu Kyi sait que le temps de la politique est un temps long. Sa patience ne doit pas être confondue avec une forme de négligence ou d’indifférence envers des réalités humaines qu’elle sait dramatiques. Loin de regretter d’avoir perdu la figure morale au profit de la femme politique, ses soutiens internationaux devront admettre qu’il ne lui sera pas toujours possible de faire avancer des dossiers pourtant urgents aussi rapidement ou aussi complètement qu’il le faudrait. Il leur faut pourtant continuer de soutenir la “Dame” : pour que les évolutions en cours en Birmanie aillent le plus loin possible, il importe que le monde extérieur lui apporte son plein soutien.


Frédéric Debomy et Stéphane Hessel ont publié avec Aung San Suu Kyi et Info Birmanie le livre “Résistances. Pour une Birmanie libre.”


déc 21 2011

La Thaïlande, première destination du comédien birman Zarganar depuis sa libération

source : RFI

Zarganar, le célèbre comédien birman. (Photo non datée)

Zarganar, le célèbre comédien birman. (Photo non datée)

AFP/HO/Friedrich Naumann Foundation for Freedom

Pour la première fois, le plus célèbre comédien birman, Zarganar, quitte son pays, après avoir été libéré lors d’une amnistie en octobre dernier. Lors d’un voyage en Thaïlande, l’acteur et poète a donné, lundi 19 décembre 2011, une conférence de presse au cours de laquelle il a appelé à la levée des sanctions occidentales contre la Birmanie.

Avec notre correspondant à Bangkok, Arnaud Dubus

Le crâne luisant, la face éclairée par un sourire malicieux, le verbe alerte, Zarganar, a séduit la centaine de journalistes lors de sa venue éclair à Bangkok au soir du lundi 19 décembre. L’homme maîtrise à la perfection l’art de la plaisanterie, et pourtant son passé atteste de ce qu’il est aussi : un opposant farouche à l’ex-régime militaire birman. Après sa première arrestation lors de la grande révolte de l’été 1988, Zarganar, un surnom qui signifie « pince pour arracher les dents », a été trois fois emprisonné, la dernière fois pour avoir organisé l’assistance aux victimes du cyclone Nargis.

A Bangkok, il s’est dit choqué de voir le développement économique du pays, mais aussi et surtout la confiance en eux-mêmes des jeunes Thaïlandais. Un contraste total, raconte-t-il, avec les jeunes birmans qui portent l’anxiété peinte sur le visage. Car plus que de politique, c’est de l’aide à la jeunesse et aux pauvres - lesquels constituent 70% de la population birmane - dont Zarganar veut s’occuper.

Il estime également que les sanctions occidentales affectent avant tout les Birmans ordinaires et qu’elles devraient être levées. Un exemple parmi d’autres : beaucoup de jeunes Birmanes qui travaillaient dans les usines textiles ont dû se tourner vers la prostitution après la fermeture de ces usines.


déc 13 2011

En Birmanie, la presse aussi entrevoit de nouveaux espaces

source : Libération

Il fut un temps, pas si lointain, où le nom d’Aung San Suu Kyi se murmurait sous les pas de porte à Rangoun. Désormais, l’opposante fait la une de la presse birmane, qui se sent pousser des ailes au fur et à mesure que se confirment les ambitions réformistes du régime. ( © AFP Soe Than Win)
Il fut un temps, pas si lointain, où le nom d’Aung San Suu Kyi se murmurait sous les pas de porte à Rangoun. Désormais, l’opposante fait la une de la presse birmane, qui se sent pousser des ailes au fur et à mesure que se confirment les ambitions réformistes du régime.Alors que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la “Dame” a été reconnue mardi comme un parti légal, les médias goûtent à l’ivresse du changement.

“Nous voyons l’ombre de la démocratie et nous voulons la liberté. Nous sommes plus libres qu’auparavant, la presse est plus libre qu’avant”, résume Aye Thida, vendeuse de journaux de Rangoun.

Il y a six mois, elle n’aurait pas parlé à l’AFP, en pleine journée, en prononçant le mot “démocratie”. Aujourd’hui, son étal est dominé par des photos de la lauréate du prix Nobel de la paix, avec la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.

Que de chemin parcouru. Car la Birmanie conserve une des lois les plus restrictives du monde, qui lui vaut d’être classée par Reporters sans frontières au 174e rang sur 178 dans l’index de la liberté de la presse.

Selon le Comité américain de protection des journalistes (CPJ), douze d’entre eux sont en prison actuellement. Et des individus croupissent en prison pour avoir parlé à la presse lors du cyclone Nargis de 2008 (138.000 morts).

“Nous pouvons écrire librement sur certains dossiers”, se réjouit Than Htut Aung, président du groupe de presse Eleven Media. “Mais nous n’avons pas encore obtenu le droit d’exprimer des opinions politiques différentes. Nous ne pouvons nous faire l’écho des voix des familles de prisonniers politiques, ni débattre de leur libération”.

Le Dr. Than sait de quoi il parle. Un éditeur de son groupe a écopé en 2003 de la peine de mort pour “haute trahison” pour deux articles sur le foot. Peine réduite ensuite à trois ans de prison.

Et en novembre 2010, son hebdomadaire sportif “First Eleven Sports” avait été suspendu quinze jours. Grâce à une couleur légèrement différente de lettres finement choisies, son titre en une, résumant une journée de championnat de foot anglais, soulignait l’espoir soulevé par la libération de l’opposante de sa résidence surveillée.

Selon des observateurs, une âpre bataille oppose actuellement les conservateurs, derrière le ministre de l’Information, et les progressistes qui veulent ouvrir l’espace médiatique.

D’où des signaux contradictoires: en septembre, les sites internet de la BBC et du groupe de presse birman en exil Democratic Voice of Burma sont devenus accessibles alors que, la même semaine, un vidéaste de la DVB écopait de dix années de prison supplémentaires.

Shawn Crispin, du CPJ, rappelle à ce titre que les lois permettant d’emprisonner les journalistes n’ont pas été abolies. “Il n’y a aucune critique des ministres, des hauts-officiers de l’armée, de la politique du gouvernement et des extraordinaires abus et faits de corruption du régime dans le passé”, souligne-t-il.

Mais la pratique évolue malgré tout. Le patron de la censure, Tint Swe, a estimé il y a quelques semaines que celle-ci n’était “pas en harmonie avec les pratiques démocratiques” et qu’elle devrait disparaître.

Elle vient d’être levée pour un total de 54 quotidiens, magazines et revues, dont la presse économique. Et si les titres d’actualité générale ne sont pas encore concernés, ils bénéficieront d’un régime d’”auto-censure”, a promis Tint Swe ce weekend.

D’où un optimisme qui frise parfois l’euphorie.

“Il y a quelques semaines, nous avions quatre photos d’Aung San Suu Kyi, y compris en une. Je me souviens d’un temps où on n’avait pas le droit de mentionner son nom”, souligne Geoffrey Goddard, un Australien qui travaille depuis 10 ans à l’hebdomadaire Myanmar Times.

“Je vois combien il est libérateur et motivant pour mes confrères birmans (…) de couvrir des histoires qui auraient été supprimées dans le passé”, dit-il. “C’est un moment merveilleux pour être en Birmanie”.


déc 9 2011

Au-delà d’Aung San Suu Kyi…

source : youphil

Alors que le film de Luc Besson “The Lady” vient de sortir au cinéma, deux responsables de Médecins du Monde racontent la Birmanie moins connue du grand public, entre pauvreté, maladies et mobilisations locales.

Un an après la libération d’Aung San Suu Kyi et la tenue d’élections inaugurant  la “démocratie disciplinée” dirigée par un gouvernement civil et militaire, les observateurs restent divisés sur la signification des récents développements au Myanmar. Après 50 ans de règne autocratique, il s’agit bien de parler d’avancées devant les gestes d’ouverture en direction de l’opposition, la libération de prisonniers d’opinion et le retour de quelques dissidents exilés.

D’autres évolutions doivent être soulignées, comme la mise en place d’une commission des droits de l’Homme, la loi sur le travail autorisant la formation de syndicats et le droit de grève, ou l’assouplissement de la censure sur les médias. Ces nouveautés ont entrainé un été de rencontres soigneusement chorégraphiées de diplomates occidentaux et d’envoyés spéciaux, venant apprécier si cette transformation inaugurait de vrais changements politiques et économiques. La saison s’est conclue par la décision de confier en 2014 la présidence de l’ASEAN ( l’Association des nations de l’Asie du sud-est) à la Birmanie, consacrant ainsi le retour de l’ancien régime militaire sur la scène diplomatique régionale. Reste la menace qui plane sur le “pays merveilleux” d’une commission internationale d’enquêtes sur les crimes présumés contre l’humanité et crimes de guerre perpétrés en Birmanie.

Un pays démuni

Cependant, la Birmanie reste l’un des pays les plus pauvres d’Asie du Sud-est. Les indicateurs de santé publique contribuent à la classer dans les pays les plus pauvres - 149ème sur 187 à l’indice de développement humain. L’une des priorités du nouveau gouvernement doit donc être l’amélioration des conditions de vie des personnes les plus démunies. Parmi celles-ci, les personnes vivant avec le VIH. L’accès aux traitements est très insuffisant et la prévalence du VIH est particulièrement élevée parmi les populations dites à risques: travailleuses du sexe ou usagers de drogues par injection, touchés à 35% par l’épidémie.

Médecins du Monde intervient auprès des usagers de drogues du Kachin, au nord de la Birmanie, depuis 1994 avec un programme de réduction des risques liés à l’injection. Une expérience qui a tissé de nombreux liens avec les acteurs de la société civile, au travers de sessions d’information sur le VIH/sida dans les communautés villageoises, les universités, les postes de police et les prisons. Un projet qui intègre également un plaidoyer pour les droits de ces populations stigmatisées.

L’importance des organisations locales

La région du Kachin fait aussi partie des zones frontalières de la Chine où vivent des minorités ethniques qui contestent le pouvoir central. L’armée régulière cherche à étendre stratégiquement son contrôle sur les routes commerciales et les populations civiles. Les minorités ethniques et leurs groupes armés font donc depuis quelques mois l’objet de déplacements massifs et forcés. Dans cette région, nous avons pu constater que l’aide aux milliers de déplacés internes a été largement organisée par les acteurs locaux, organisations de femmes, mouvements religieux et acteurs non gouvernementaux. En effet, de nombreuses organisations non gouvernementales de petite taille ont été créées depuis une vingtaine d’années et constituent le principal vecteur d’acheminement de l’aide vers les déplacés internes. Il est donc nécessaire de travailler avec le souci permanent de soutenir ces structures locales, engagées dans un large éventail d’activités sociales, et avec la conviction que le changement s’opère aussi grâce à la mobilisation de ces petites associations. Un constat que nous dressons également dans la région de Pyapon, dévastée en mai 2008 par le cyclone Nargis. Une région où la population et les associations locales ont fait preuve d’une mobilisation sans précédent en faveur des sinistrés.

En complément de la politique de transition en Birmanie, ces mobilisations locales méritent donc d’être mieux connues et soutenues car elles témoignent de la profondeur des aspirations du peuple birman. Au-delà de la figure emblématique d’Aung San Su Kyi et de ses messages répétés en faveur de plus de liberté et de démocratie, il convient d’être très attentif aux initiatives portées par ceux qui ne bénéficient pas des feux des projecteurs.

Françoise Sivignon, co-responsable du programme Birmanie de Médecins du Monde et Olivier Bernard, président de Médecins du Monde

Photo: Frontière entre la Birmanie et la Thaïlande Flickr / Benoit Mahe


déc 7 2011

Appel à projet pour les réfugiés birmans

source : ouestfrance

Aung Kyaw Oo a fui la Birmanie, où il a été emprisonné. Avec sa compagne quimpéroise, il souhaite se rendre en Asie pour collecter des témoignages.

Aung Kyaw Oo, 43 ans, est birman. Un destin sidérant. En 1988, étudiant en économie à l’université de Rangoun, il participe aux manifestations en faveur de la démocratie dans son pays. Quand la junte militaire prend le pouvoir, il entre dans un mouvement clandestin de résistance. Il est arrêté en août 1991. Torturé. Et condamné à 12 ans de prison lors d’une parodie de procès d’une heure.Pendant 14 ans, il croupit derrière les barreaux dans des conditions barbares. « Nous, les prisonniers, devions faire tout ce que les autorités désiraient. Ils nous traitaient comme des esclaves et animaux. Quand nous nous opposions à leurs ordres, nous étions sévèrement torturés. »

Il est libéré en juin 2005. Il fuit en Thaïlande, où il travaille au sein de l’association d’assistance aux prisonniers politiques birmans. C’est là qu’il rencontre la Finistérienne Florence Pelleter. Ils tombent amoureux. Et, en avril 2010, rentrent ensemble en Bretagne. Aujourd’hui, ils sont installés à Quimper, où Aung Kyaw Oo a obtenu le statut de réfugié politique.

« Il nous manque 1 000 € »

Désormais en sécurité, le couple ne rêve pourtant que d’une chose : continuer le combat et retourner aider les opposants birmans. Ils ont monté un projet : se rendre en Thaïlande, dans la région de Mae Sot, ville frontière avec la Birmanie, où se trouvent de nombreux migrants et réfugiés birmans, ainsi que la plupart des organisations d’opposition à la junte militaire. « Nous voulons collecter des témoignages, autour du thème « parlez-moi d’un rêve »

Aung Kyaw Oo et Florence Pelleter ont écrit à Jane Birkin, qui soutient leur projet. Ils ont aussi frappé à pas mal d’autres portes. Mais sans obtenir de réponses. « Il nous manque 1 000 € et un bon appareil photo pour partir. » Ils jettent une bouteille à la mer envers des personnes ou des institutions qui accepteraient de les financer. À leur retour, ils souhaitent monter des expositions pour alerter sur ce qui se passe en Birmanie.

Contact. Aung Kyaw Oo et Florence Pelleter. E-mail : siam_fp@hotmail.com


déc 5 2011

Birmanie : l’accord de cessez-le feu confirmé avec un grand groupe rebelle

source : lepoint

Les médias officiels de Birmanie ont confirmé dimanche qu'un accord de cessez-le-feu avait été signé avec l'un des principaux groupes armés des minorités ethniques qui luttent depuis des décennies pour plus d'autonomie.Les médias officiels de Birmanie ont confirmé dimanche qu’un accord de cessez-le-feu avait été signé avec l’un des principaux groupes armés des minorités ethniques qui luttent depuis des décennies pour plus d’autonomie.

Les médias officiels de Birmanie ont confirmé dimanche qu’un accord de cessez-le-feu avait été signé avec l’un des principaux groupes armés des minorités ethniques qui luttent depuis des décennies pour plus d’autonomie.

L’accord a été signé vendredi entre des représentants de l’Armée de l’Etat Shan Sud et les autorités locales dans cet Etat du nord-est du pays, a rapporté le journal New Light of Myanmar, confirmant des informations de l’AFP de jeudi.

Cet “accord initial” a été conçu “de manière à construire la paix à l’invitation du gouvernement de la république de l’Union de Birmanie”, et la signature avait pour témoins des ministres du gouvernement, a ajouté le quotidien anglophone.

Pour les observateurs, il s’agit du dernier signe en date de l’ouverture du nouveau régime “civil” envers ses opposants.

De nombreux groupes minoritaires, qui représentent un tiers des 50 millions d’habitants de Birmanie, n’ont jamais normalisé leurs rapports avec le pouvoir depuis l’indépendance en 1948. Une guerre civile oppose depuis certains d’entre eux à l’armée birmane.

Dans un pays toujours dominé par les militaires, le nouveau gouvernement “civil”, qui multiplie les réformes depuis la dissolution de la junte en mars, a envoyé le mois dernier l’un de ses ministres pour négocier avec plusieurs de ces groupes, a indiqué un de ces groupes récemment.

Avec 9% de la population, les Shans sont le deuxième groupe ethnique derrière la majorité birmane. L’Armée de l’Etat Shan Sud est l’un des groupes rebelles les plus importants, avec des milliers de combattants.

Dans l’Etat Karen, dans l’est, des rebelles se battent sporadiquement depuis 1949, et dans l’Etat Kachin, dans le nord, des combats ont repris depuis juin.


déc 2 2011

Hillary Clinton en Birmanie : des dollars contre des réformes

source : leparisien

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est entretenue à Rangoun avec l'opposante birmane Aung San Suu Kyi.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’est entretenue à Rangoun avec l’opposante birmane Aung San Suu Kyi. | AFP/ SAUL LOEB

La secrétaire d’Etat américaine n’est pas venue en Birmanie les mains vides. Vendredi, au terme d’un séjour de trois jours, au duquel elle a rencontré l’opposante Aung San Suu Kyi et le Thein Sein, a annoncé qu’une aide de 1,2 million de dollars serait versée à la société civile, dans le but de soutenir les réformes dans le pays.

«Nous prendrons un certain nombre de mesures pour prouver notre engagement au peuple de ce pays, a déclaré Hillary Clinton à Rangoun. Nous sommes prêts à aller plus loin si l’élan des réformes est maintenu».

Les Etats-Unis soutiendront des groupes qui «assurent du micro-crédit, des soins de santé et d’autres besoins importants à travers le pays, particulièrement dans les zones des minorités ethniques». Un haut responsable américain a indiqué que cette initiative recevrait 1 million de dollars (environ 750.000 euros). Une autre enveloppe de 200.000 dollars (environ 150.000 euros) sera destinée aux victimes des mines antipersonnel ou des conflits intérieurs, avec l’objectif de faire passer cette somme à 800.000 dollars (environ 210.000 euros).

Les Etats-Unis lanceront également une initiative «importante» pour l’apprentissage de l’anglais, soutenue par le East-West Centre, centre de recherche de Hawaï. Selon le même haut responsable américain, des millions de dollars pourraient être débloqués pour ce programme linguistique, mais l’argent viendrait de Brunei qui, comme beaucoup de pays d’Asie du Sud-Est, a salué le nouvel engagement américain en Birmanie. Les Etats-Unis, où l’aide au développement est souvent un sujet controversé au Congrès, fournissent 38 millions de dollars d’aide par an à des programmes liés à la Birmanie.

Une visite historique à Aung San Suu Kyi

Scène inimaginable il y a quelques mois encore, Hillary Clinton s’est entretenue vendredi avec Aung San Suu Kyi chez elle, à Rangoun (Birmanie), où elle a passé la majeure partie des vingt dernières années assignée à résidence. Objet de cette rencontre historique : faire approuver par l’opposante birmane la stratégie américaine de rapprochement avec le nouveau régime birman. Les deux femmes s’étaient déjà rencontrées la veille pour un dîner en tête-à-tête. L’Américaine a remis à la lauréate du prix Nobel de la Paix une lettre de Barack Obama l’assurant du soutien indéfectibles des Etats-Unis et l’a informée de ses entretiens à Naypyidaw, la capitale birmane.

La veille, Hillary Clinton avait en effet rencontré le président Thein Sein, à qui elle a également remis une lettre du président Obama dans laquelle il se dit prêt à «une nouvelle ère» avec la Birmanie si elle maintient le cap des réformes. «Les Etats-Unis sont prêts à marcher à vos côtés sur le chemin des réformes si vous décidez de continuer dans cette direction. Et il n’y a aucun doute que cette direction est la bonne pour le peuple», a déclaré la secrétaire d’Etat.

Mercredi, Aung San Suu Kyi avait espéré que ce voyage profiterait à «l’avancée des réformes» et ouvrirait «la voie à une relation meilleure». A la différence de certains partis de l’opposition, elle n’a cependant pas appelé à la levée des sanctions occidentales. Selon un haut responsable américain, celle qui personnifie la résistance aux militaires depuis plus de vingt ans a demandé à Washington de donner du temps à Thein Sein et soutenu la stratégie américaine de motiver le régime par des gestes comme le rehaussement des relations diplomatiques. «Elle soutient tout ce que nous avons préparé. Elle nous a même encouragé à faire plus de choses que nous pensions à ce stade», a-t-il indiqué.

La première visite en 50 ans s’un chef de la diplomatie US

Ce voyage est le premier d’un chef de la diplomatie américaine en Birmanie depuis plus d’un demi siècle. Il intervient après huit mois de réformes spectaculaires, depuis la dissolution en mars de la junte, qui a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit «civil». La secrétaire d’Etat n’a offert aucune concession majeure au nouveau régime, évoquant juste l’éventualité de nommer un ambassadeur à part entière dans le pays et d’assouplir les sanctions, en place depuis la fin des années 1990, étape qui nécessite l’approbation du Congrès.

Hillary Clinton doit également rencontrer vendredi des représentants des minorités ethniques, qui représentent un tiers des 50 millions d’habitants du pays, et dont certains n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948.

Vers un retour en politique de «The Lady»

Dans un pays toujours dominé par les militaires, le président Thein Sein, ancien général et ancien Premier ministre de la junte, a encouragé le retour dans le jeu politique d’Aung San Suu Kyi, qui a annoncé son intention de se présenter aux prochaines élections partielles.

Les Etats-Unis ont également insisté pour la libération de tous les prisonniers politiques. Quelque 200 d’entre eux ont été libérés en octobre, mais de 500 à 1.600 restent derrière les barreaux.

La résistance d’Aung San Suu Kyi au régime militaire est le sujet du dernier film de Luc Besson, «The Lady», actuellement sur les écrans, avec Michelle Yeoh dans le rôle principal.


déc 1 2011

Obama offre à la Birmanie un nouveau départ dans leurs relations

source : lexpress.fr

Obama offre à la Birmanie un nouveau départ dans leurs relations

afp.com/Saul Loeb

Le président américain s’est dit prêt à une “nouvelle ère” dans les relations avec la Birmanie si le cap des réformes est maintenu et a apporté son soutien indéfectible à l’opposante Aung San Suu Kyi dans des lettres remises jeudi par sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton

J’attends avec impatience d’entendre les résultats tangibles des discussions de (Mme Clinton) qui, nous l’espérons tous, nous mettront sur le chemin d’une nouvelle ère dans nos relations bilatérales“, a-t-il écrit dans une première lettre remise jeudi à Naypyidaw aux dirigeants birmans par Hillary Clinton, premier chef de la diplomatie américaine à visiter le pays depuis plus de cinquante ans.

Washington veut “explorer la façon dont les Etats-Unis peuvent soutenir et faire avancer vos efforts vers la transition vers la démocratie et promouvoir la protection des droits de l’Homme“, a-t-il poursuivi.

Ce geste du président Obama, décrit par les diplomates américains comme un signe qu’il est prêt à engager son nom dans la stratégie de dialogue avec Naypyidaw, intervient après huit mois de réformes spectaculaires depuis la dissolution en mars de la junte, qui a transféré ses pouvoirs à un gouvernement dit “civil“.

Dans un pays toujours dominé par les militaires, le nouveau régime “civil” a notamment encouragé le retour au coeur du jeu politique de Mme Suu Kyi qui a affirmé son intention de se présenter aux prochaines élections partielles.

Après une rencontre jeudi avec le président Thein Sein, Mme Clinton a indiqué que le gouvernement avait promis de poursuivre les réformes mais a souligné qu’il devrait faire plus s’il veut mettre un terme à son isolement international.

Nous ne sommes pas encore au point où nous pouvons envisager de lever les sanctions“, a insisté Mme Clinton. Des sanctions mises en place à la fin des années 1990 et dont la Chine, puissant allié et voisin de la Birmanie, a réclamé la fin jeudi.

J’ai dit aux dirigeants que nous envisagerions certainement d’atténuer et de mettre fin aux sanctions à mesure que nous avançons dans ce processus ensemble“, a ajouté la secrétaire d’Etat.

Thein Sein n’a malgré tout pas hésité à qualifier cette visite d’”historique” et de “nouveau chapitre dans les relations” entre les deux pays, lors d’une rencontre dans son imposant palais de Naypyidaw, au milieu des lustres géants et des fauteuils dorés.

Mme Clinton a de son côté évoqué jeudi quelques gestes américains, invitant notamment la Birmanie à rejoindre en tant qu’observateur un programme américain de coopération sur la santé et l’environnement en Asie du Sud-Est.

Ce sont des étapes progressives et nous sommes prêts à aller plus loin si les réformes gardent leur élan. Dans cet esprit, nous discutons de ce qu’il faudrait pour améliorer les relations diplomatiques et échanger des ambassadeurs“, a-t-elle déclaré.

Les Etats-Unis sont représentés en Birmanie par un chargé d’affaires depuis les élections de 1990 remportée par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi, jamais autorisée à exercer le pouvoir.

Mme Clinton a dîné jeudi soir à Rangoun avec l’opposante, interlocutrice incontournable de l’Occident dont le feu vert est probablement indispensable à la levée des sanctions, et doit à nouveau s’entretenir avec elle vendredi.

Nous nous tiendrons toujours à vos côtés“, lui a écrit le président Obama, assurant qu’il “admire depuis longtemps (son) combat courageux et sans relâche pour la démocratie“.

Merci pour l’inspiration que vous avez donnée à tous ceux d’entre nous, à travers le monde, qui partageons les valeurs de démocratie, des droits de l’Homme et de la justice“.

La secrétaire d’Etat a d’autre part appelé à la libération de tous les prisonniers politiques. Entre 500 et plus de 1.600, selon les estimations, sont toujours derrière les barreaux.

Elle a enfin salué les efforts du gouvernement qui a commencé des discussions avec les minorités ethniques qui se battent depuis des décennies pour plus de droits et d’autonomie.

Mais tant que les violences terribles continuent dans ce qui est l’un des conflits intérieurs les plus anciens, il sera difficile de commencer un nouveau chapitre“.