nov 30 2011

Clinton en Birmanie pour plaider la cause de la démocratie

source : nouvelobs.com

Hillary Clinton, à sa descente d'avion à l'aéroport de Naypyitaw, nouvelle capitale de la Birmanie. La secrétaire d'Etat a entamé mercredi une visite en Birmanie, la première d'un chef du département d'Etat américain depuis 1955, où elle plaidera la cause des réformes auprès des nouveaux dirigeants civils du pays et s'entretiendra également avec Aung San Suu Kyi, chef de file de l'opposition. /Photo prise le 30 novembre 2011/REUTERS/Damir Sagolj  (c) Reuters Hillary Clinton, à sa descente d’avion à l’aéroport de Naypyitaw, nouvelle capitale de la Birmanie. La secrétaire d’Etat a entamé mercredi une visite en Birmanie, la première d’un chef du département d’Etat américain depuis 1955, où elle plaidera la cause des réformes auprès des nouveaux dirigeants civils du pays et s’entretiendra également avec Aung San Suu Kyi, chef de file de l’opposition. /Photo prise le 30 novembre 2011/REUTERS/Damir Sagolj (c) Reuters

NAYPYITAW (Reuters) - La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a entamé mercredi une visite en Birmanie, la première d’un chef du département d’Etat américain depuis 1955.

Son avion a atterri à l’aéroport de Naypyitaw, nouvelle capitale de la Birmanie, pays où elle doit rester trois jours.

Elle plaidera la cause des réformes auprès des nouveaux dirigeants civils du pays et s’entretiendra également avec Aung San Suu Kyi, chef de file de l’opposition.

Hillary Clinton est la première chef du département d’Etat à se rendre en Birmanie depuis John Foster Dulles en 1955. Sa visite vient couronner une période de transformations rapides et notables du pays vers un système plus démocratique.

Lors de son séjour, elle devrait presser les dirigeants birmans de rompre leurs contacts avec la Corée du Nord et de poursuivre la marche vers la démocratie.

Hillary Clinton doit être reçue jeudi à Naypyitaw par le président birman, Thein Sein, et par d’autres hauts responsables du régime. Elle se rendra ensuite à Rangoun, l’ancienne capitale, où elle déposera une offrande à l’imposante pagode Shwedagon, dont la flèche dorée est depuis longtemps l’un des emblèmes de la nation birmane.

A Rangoun, elle aura deux occasions de s’entretenir avec Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991 qui a passé 15 des 21 dernières années en détention avant d’être libérée en novembre 2010. Elle la verra tout d’abord jeudi soir lors d’un dîner privé, puis le lendemain à son domicile.

Hillary Clinton aura également des contacts avec des représentants de la société civile et de minorités ethniques au cours de sa visite, qui avait été annoncée par le président Barack Obama lors d’un sommet régional ce mois-ci.

Andrew Quinn, Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser


nov 28 2011

En Birmanie, beaucoup reste à faire pour établir la démocratie

source : leplus.nouvelobs.com   article : Frédéric Debomy

Alors que certains parlent déjà d’un “printemps birman” pour évoquer les progrès du régime, la dictature est toujours l’une des plus répressives au monde souligne Frédéric Debomy, auteur de “Résistantes. Pour une Birmanie libre”.

“La non-désintégration de l’unité, la non-désintégration et la consolidation de la souveraineté nationale : telles sont nos causes”, martelait la dictature militaire birmane depuis des années. Les “éléments de destruction internes et externes” devaient être écrasés afin de préserver l’unité et l’indépendance de la nation. Telle était donc la rhétorique brutale d’un régime qui surprend aujourd’hui les observateurs par une série de gestes inattendus et l’amélioration remarquée du climat politique.

Comment cela s’est-il produit et quelles conclusions en tirer? Il faut d’abord évoquer la “feuille de route” vers la démocratie des généraux birmans, initiée en 2003 après que l’attaque sanglante du convoi d’Aung San Suu Kyi, dirigeante de la Ligue Nationale pour la Démocratie alors en tournée politique, ait conduit le Japon à suspendre son aide et les Etats-Unis à durcir leur régime de sanctions. Cette feuille de route n’était-elle qu’une mascarade destinée à maintenir le statu quo? La réalité pourrait être plus nuancée.

Aung San Suu Kyi, symbole de la démocratie en Birmanie près de Rangoon le 14 août 2011 (S. THAN WIN)

Aung San Suu Kyi, symbole de la démocratie en Birmanie près de Rangoon le 14 août 2011 (S. THAN WIN)

Ce processus avait été mis en oeuvre par l’ancien premier ministre Khin Nyunt, alors considéré comme “la voix de la raison au sein du gouvernement, prêt à des accomodements avec l’extérieur” [1]. En somme, on peut penser que le régime avait envisagé dès 2003 qu’il lui faudrait procéder à une ouverture (contrôlée) du jeu politique pour garantir la pérennité de son règne. Khin Nyunt, ayant perdu la confiance de Than Shwe, l’homme fort du régime, sera cependant arrêté et assigné à résidence dès octobre 2004.

Les faits peuvent alors laisser penser que le projet initial de Khin Nyunt s’est mué sous la direction de Than Shwe en une stratégie visant à tromper la communauté internationale sur les intentions du régime et à gagner du temps. Mais peut-être le projet initial n’avait-il pas été totalement abandonné : l’actuel président Thein Sein, qui a affirmé récemment son attachement au “pouvoir militaire”, a joué un rôle important dans l’accomplissement des différentes étapes de la feuille de route.

La métamorphose de la dictature

Cela pourrait expliquer les évolutions survenues ces mois derniers sous la direction de Thein Sein : reprise du dialogue avec Aung San Suu Kyi, suspension d’un projet de barrage controversé, adoption d’une loi autorisant les syndicats et le droit de grève, mise en place d’une commission nationale des droits de l’homme, relâchement de la censure.

Assiste-t-on à une transition qui s’opèrerait “par le haut”, et à laquelle la mobilisation continue des forces démocratiques serait étrangère ? On peut aussi penser qu’en ne relâchant pas la pression, les forces démocratiques et leurs soutiens internationaux ont poussé le régime à évoluer : la métamorphose de la dictature militaire en un régime “civil” n’ayant pas convaincu, il lui fallait aller au-delà de la mise en place d’une parodie de démocratie. Ce serait alors l’échec du processus de la feuille de route, plutôt que son accomplissement, qui pourrait expliquer les changements survenus.

Assurément, la tenue des élections sous contrôle de novembre 2010 n’a pu empêcher l’ONU de poursuivre ses critiques du régime, ni persuader l’Association des nations d’Asie du Sud-est (ASEAN) qu’il était opportun de permettre au régime birman de prendre sa présidence en 2014. Les sanctions économiques des pays occidentaux étaient par ailleurs maintenues. Nulle normalisation des relations avec la communauté internationale ne s’était donc opérée. Le régime échouait en outre à neutraliser ses diverses oppositions (forces démocratiques emmenées par Aung San Suu Kyi, groupes armés issus de minorités nationales aspirant à un Etat fédéral et démocratique).

Le régime était-il menacé dans sa survie immédiate?

Les sanctions économiques appliquées par l’Occident à l’encontre du régime ne sont certes pas à même d’entraîner sa chute : le pouvoir birman commerce essentiellement avec les puissances régionales que sont la Chine, l’Inde et les pays de l’ASEAN.

Alors pourquoi, d’un coup, tant de précipitation à entreprendre des réformes refusées depuis plus de vingt ans ? Beaucoup des opposants à la politique de sanctions ont estimé qu’elle aurait pour seul effet de “jeter les Birmans dans les bras des Chinois”, éloignant davantage encore la perspective d’une évolution démocratique. Mais le régime se trouverait-il bien dans les bras des Chinois? Selon un officiel indien (cité par Wikileaks), le pouvoir birman les détesterait et préférerait ne pas avoir à coopérer avec eux mais le ferait par pragmatisme, ayant le sentiment que Pékin est plus fiable que New Delhi.

Il faut en revenir ici à l’idéologie du régime : la souveraineté nationale avant tout. Or les pressions exercées par les puissances occidentales (notamment par le biais des Nations unies) ont obligé le régime à devoir beaucoup compter sur la protection de la Chine, seule puissance régionale à disposer aujourd’hui d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU [2]. A cette forme de dépendance s’est ajoutée le poids croissant de la Chine dans l’économie birmane. Cela a-t-il fini par dépasser ce qu’un régime farouchement attaché à l’idée de souveraineté nationale pouvait tolérer?

Foncièrement xénophobe, le régime birman s’est toujours montré soucieux de préserver la population birmane de l’influence étrangère. Les pressions initiées par les occidentaux (tel le projet de mise en place d’une commission d’enquête onusienne sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Birmanie) l’obligent cependant à compter sur les puissances régionales.

Une évolution partielle de la dictature

Pour y échapper, Thein Sein semble désormais parier sur l’amélioration des conditions de vie de la population :

“La question de l’économie nationale est liée aux questions politiques. Si la nation jouit de la croissance économique, la population deviendra riche et de ce fait ne sera pas soumise à l’influence des éléments [de destruction] internes et externes.” [3]

Or on imagine mal un retour des instances financières internationales sans que le régime n’améliore ses relations avec l’Occident. Les anciens généraux en seraient-ils arrivés à penser qu’il leur fallait composer avec les forces démocratiques emmenées par Aung San Suu Kyi (jusque-là considérées comme des “éléments de destruction internes”) pour améliorer ses relations avec l’Occident et entamer le développement du pays ?

Souveraineté nationale, maintien du pouvoir militaire : rien ne dit encore que l’idéologie du régime ne perdure pas. C’est donc à cette aune qu’il convient d’interpréter les évolutions en cours : un homme (Thein Sein) peut certes changer, mais il est plus difficile d’imaginer un régime entier évoluer d’un coup. Or ceux qui tiennent le pouvoir en Birmanie aujourd’hui sont essentiellement ceux qui en bénéficiaient avant la mutation récente du régime militaire en un régime “civil” : si Thein Sein a pu mener un certain nombre de réformes jusqu’à présent (et s’il le peut encore), c’est sans doute que ses actions répondent à la volonté commune des membres du régime de voir les fondamentaux préservés.

Il faut donc interroger les éventuelles limites du processus en cours : si le projet de Thein Sein demeure le maintien du pouvoir militaire, le processus de démocratisation pourrait ne pas aller aussi loin que nous le souhaiterions.

Certes, les derniers développements sont encourageants : adoption d’une loi autorisant les manifestations, probable retour dans la légalité d’une Ligue Nationale pour la Démocratie jusque-là interdite par le régime. Mais on ne saurait considérer qu’un véritable progrès est à l’œuvre en Birmanie tant que l’ensemble des prisonniers politiques n’aura pas été libéré et qu’un cessez-le-feu n’aura pas été conclu entre l’armée régulière birmane et les groupes armés issus des minorités nationales.

Rappelons-le : l’armée birmane se rend actuellement coupable de nombreuses atteintes aux droits de l’homme à l’encontre des populations civiles des régions en conflit (torture, exécutions extrajudiciaires, recours au déminage humain et au travail forcé…). La communauté internationale doit réclamer avec force la fin de ces violations. Elle doit en outre être consciente du fait que les problèmes de la Birmanie ne sauraient être résolus sans que les revendications des minorités nationales ne soient entendues : il ne saurait y avoir de stabilité en Birmanie si ces dernières sont négligées.

Frédéric Debomy a coordonné le livre “Résistances. Pour une Birmanie libre.” (Aung San Suu Kyi, Stéphane Hessel et Info Birmanie) aux éditions Don Quichotte.

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[1] Selon un homme d’affaires à Rangoun, cité par Thierry Falise dans son livre Aung San Suu Kyi. Le jasmin ou la lune, éditions Florent Massot, 2007.

[2] On notera avec intérêt l’appui du régime birman à la volonté indienne de devenir membre permanent du Conseil de sécurité.

[3] Burma Campaign News numéro 21, publication de Burma Campaign UK, été 2011.


nov 25 2011

Birmans en dissidence

source : lemonde.fr

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Luc Besson vient de lui consacrer un film, et elle reste, depuis sa libération en 2010, l’opposante la plus emblématique du pays. Avec d’autres, Aung San Suu Kyi pose devant l’objectif de James Mackay pour -attirer l’attention sur le sort des quelque 2 000 détenus politiques en Birmanie. Par Jacques Follorou

Le vent de réformes qui souffle en Birmanie depuis cet été a permis à certains médias occidentaux de saluer la naissance d’un ” printemps birman “. Ce pays qui, depuis les années 1990, fait l’objet de sanctions économiques internationales à la suite des graves violations des droits de l’homme, était considéré, il y a peu encore, comme l’un des plus infréquentables. Désormais, de grandes démocraties, comme la France, appellent la communauté internationale ” à envisager, dans un esprit constructif, les réponses à apporter aux évolutions en cours en Birmanie “.Le rythme soutenu des annonces faites par ce régime présidé par Thein Sein, notamment sur le terrain des libertés publiques, a, en effet, conduit certaines puissances occidentales à revoir leur jugement sur ce pays. La fin de la censure, le droit de grève, l’ouverture politique, la prise en compte de l’intérêt des -populations, le dialogue engagé avec Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, longtemps persécutée par ce régime, l’appel, par les autorités, au retour des exilés, la main tendue aux minorités ethniques et aux chefs des mouvements de guérilla, ont été autant de pas en avant permettant de croire à la réalité du changement.

Point d’orgue de cette évolution : le 11 octobre. La télévision d’Etat birmane a annoncé la libération de 6 359 prisonniers parmi lesquels figureront au final 206 détenus politiques. Si cette faible proportion de prisonniers de conscience n’a pas entamé le soutien apporté par la communauté internationale aux changements en cours en Birmanie, elle a néanmoins conforté ceux qui plaident pour une réelle prudence sur la capacité de ce pays à se réformer. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la Birmanie, Thomas Ojea Quintana, a ainsi estimé, le 19 octobre, que ” en dépit de développements positifs, beaucoup restait à faire “, -notamment ” en vue d’un dialogue avec les minorités ethniques “. Il a aussi rappelé que de nombreux dissidents historiques restent emprisonnés et a confirmé que le nombre total de prisonniers politiques est estimé à environ 2 000 parmi lesquels on compte des opposants, des journalistes, des avocats, des artistes et des moines bouddhistes.

Une nouvelle vague de libérations avait été annoncée par le pouvoir pour le 14 novembre. Elle n’a finalement pas eu lieu et un petit groupe de moines bouddhistes a aussitôt entamé une action de protestation à Rangoun. Ils se sont enfermés dans un bâtiment religieux où ils ont accroché des banderoles réclamant entre autres ” la libération de tous les prisonniers politiques ” et ” la fin de la guerre civile ” en référence aux combats entre l’armée et des groupes des minorités ethniques du pays.

Si les Etats-Unis, la France ou l’ONU ont appelé à la libération de tous les détenus d’opinion, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (birmans) (AAPP), dont le siège se situe en Thaïlande, s’était déclarée ” profondément déçue face à ce qui aurait dû être un geste historique ” en octobre. Aung San Suu Kyi a également assuré que ” beaucoup de jeunes n’ont pas encore été libérés “. ” Nous continuerons à nous battre pour leur libération “, a-t-elle promis. C’est ainsi le cas de Min Ko Naing, responsable étudiant, présent lors des émeutes de 1988, arrêté après ” la révolution safran ” de 2007, qui purge actuellement une peine de soixante-cinq ans.

Selon l’AAPP, le recours à l’amnistie a déjà été utilisé dans le passé pour s’acheter, aux yeux du monde entier, un certificat d’honorabilité. Pour Wai Hnin Pwint Thon, militante de Burma Campaign UK et fille de Ko Mya Aye, prisonnier politique, ” c’est un retour à la réalité, l’heure du changement n’est pas encore venue en Birmanie “. Ceux qui continuent à douter des intentions du régime considèrent que ce dernier veut surtout parvenir à la levée des sanctions économiques contre le pays et rêve de légitimité internationale. Une stratégie qui a permis à la Birmanie d’obtenir, le 17 novembre, lors de l’ouverture du sommet, à Bali, de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), la présidence tournante de cette organisation en 2014.

Photos James MackayThe Lady, James Mackay raconte que l’idée de la série de portraits dont nous publions des extraits lui est venue alors qu’il se trouvait à Rangoun, devant la maison d’Aung San Suu Kyi : ” J’observais ses grilles fermées et j’ai soudain ressenti l’aura d’invincibilité qui émanait de cette femme, alors assignée à résidence. ” Le photographe britannique a entrepris un grand voyage en Birmanie, en Thaïlande et dans les pays où les opposants sont exilés pour rencontrer des militants des droits de l’homme qui ont connu les prisons de la junte. Il leur a demandé de poser en levant la main droite, un geste bouddhiste qui signifie qu’on est sans crainte. Dans leur paume, ils ont inscrit le nom d’un prisonnier politique toujours détenu au moment de la photo. Ce travail est rassemblé dans un livre, Abhaya. Burma’s Fearlessness (River Books, novembre 2011, 224 p., 30 $).


nov 24 2011

Birmanie : les manifestations désormais autorisées

source : rtbf

Le parlement birman a adopté une loi qui autorise désormais la population à manifester, dernier signe en date d’une évolution du nouveau régime “civil” de Naypyidaw, a-t-on appris jeudi auprès d’un élu.

Le texte stipule que les manifestants doivent informer les autorités de leurs intentions “cinq jours avant“, a précisé à l’AFP Aye Maung, membre du Parti pour le développement des nationalités rakhines, à la chambre haute du parlement.

Les rassemblements ne pourront se tenir près de lieux liés au gouvernement, des écoles, hôpitaux et ambassades, a-t-il ajouté en précisant que le texte devait encore être signé par le président.

Si elle obtient le feu vert, la loi sur les rassemblements pacifiques et les défilés rendra les manifestations légales pour la première fois depuis près d’un siècle“, a commenté le site d’information birman en exil Democratic Voice of Burma (DVB).

Selon lui, un article qui prévoyait d’interdire de crier des slogans a été finalement rejeté.

Les manifestations sont très rares en Birmanie. La semaine dernière, cinq moines avaient réclamé pendant deux jours la libération des prisonniers politiques, sans que les forces de l’ordre n’interviennent.

Mais le mois précédent, plusieurs personnes avaient été arrêtées à Rangoun lors d’un rassemblement de paysans dont les terres avaient été confisquées.

Les dernières manifestations majeures datent de 2007. La “révolte safran“, emmenée par des moines bouddhistes, avait attiré jusqu’à 100.000 personnes dans les rues de Rangoun, constituant le plus sérieux défi aux généraux depuis 1988. Le mouvement avait finalement été écrasé par la junte alors au pouvoir, faisant au moins 31 morts.

Ouverture

En mars, la junte s’est auto-dissoute et a transmis ses pouvoirs à un gouvernement dit “civil“, toutefois toujours contrôlé par les militaires.

Ce gouvernement a multiplié ces derniers mois les gestes d’ouverture, favorisant notamment le retour au centre du jeu politique de l’opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée il y a un an.


nov 21 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi “a l’intention” de briguer un siège au Parlement

Un autre article à ce propos…..

source : libération

“Si je pense que je dois participer aux élections, je le ferai”, avait-elle déclaré. “Certaines personnes s’inquiètent du fait que participer pourrait faire du tort à ma dignité. Franchement, si vous faites de la politique, vous ne devez pas penser à votre dignité”. ( © AFP Soe Than Win)

La chef de file de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi “a l’intention” de briguer personnellement un siège au parlement lors d’une prochaine élection législative partielle, a indiqué lundi à l’AFP un porte-parole.

“Mme Suu a dit qu’elle avait l’intention de participer aux élections”, a indiqué Nyan Win, confirmant ainsi des déclarations faites vendredi par la lauréate du prix Nobel de la paix.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) avait décidé vendredi de revenir dans la légalité et de présenter des candidats dans 48 élections partielles, un an et demi après sa dissolution suite à l’annonce du boycott du scrutin de novembre 2010.

La dissidente, véritable icône de la lutte pour la démocratie dans son pays et dans le monde, avait alors appelé ses camarades à disputer les sièges dans “toutes les circonscriptions”.

“Si je pense que je dois participer aux élections, je le ferai”, avait-elle déclaré. “Certaines personnes s’inquiètent du fait que participer pourrait faire du tort à ma dignité. Franchement, si vous faites de la politique, vous ne devez pas penser à votre dignité”.

Suu Kyi, qui a fait toute sa carrière politique sous la bannière de la LND, s’est lancée en 1988 lors d’un discours prononcé à Rangoun, avant de fonder la LND.

Mais elle ne s’est jamais présentée elle même dans une élection.

Elle était déjà en résidence surveillée en 1990, lorsque le parti avait remporté haut-la-main le scrutin sans jamais être autorisé à exercer le pouvoir. Et elle était toujours privée de liberté lors des élections de l’an passé, qu’elle et ses compagnons de route avaient boycottées.

Depuis, le paysage politique s’est transformé. La junte a cédé la place à un régime dit “civil”, certes contrôlé par l’armée mais à la tête duquel le président Thein Sein a multiplié les réformes, espérant sortir de l’isolement international qui épuise le pays.

Le président a salué ce weekend le retour de Suu Kyi dans l’échiquier politique national.

“Nous travaillerons ensemble pour le développement futur de notre pays, et l’intérêt du peuple, c’est ce que j’ai dit à Aung San Suu Kyi”, a-t-il déclaré selon l’hebdomadaire anglophone Myanmar Times, en précisant que les dates des partielles n’avaient pas encore été fixées.

Le weekend a été fructueux pour le régime birman, qui souhaitait rompre son isolement international et a pu constater que les réformes commençaient à porter leurs fruits.

Vendredi, le président américain Barack Obama a indiqué que la secrétaire d’Etat Hillary Clinton se rendrait en Birmanie le 1er décembre, pour la première visite d’un chef de la diplomatie américaine en 50 ans. Il a précisé s’y être engagé après avoir parlé au téléphone avec l’opposante elle même.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a annoncé le lendemain qu’il se rendrait “le plus tôt possible” en Birmanie, exhortant le pays à poursuivre les réformes “sans attendre”.

Lors d’un sommet asiatique, Naypyidaw a enfin obtenu la présidence tournante en 2014 de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean). Des responsabilités qui va lui permettre d’organiser les sommets annuels du bloc régional et d’inviter notamment le président américain.

Les experts soulignent cependant que l’étape ultime, la levée des sanctions occidentales contre le régime, n’est pas encore d’actualité et passera par la libération des centaines de prisonniers politiques encore sous les verrous dans le pays.


nov 19 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi, le retour

source : Agoravox

La Ligue nationale pour la démocratie, principal parti d’opposition dirigé par la célèbre dissidente birmane, Aung San Suu Kyi, a décidé, ce vendredi 18 novembre, de réintégrer l’échiquier politique du pays, et participera aux prochaines élections partielles. Une décision saluée par le président américain, Barack Obama, et qui, il ne fait aucun doute, viendra accélérer le processus de normalisation, en cours depuis bientôt un an, en Birmanie.

Après vingt ans passés à militer pour la reconnaissance de sa victoire aux élections de 1990, la Ligue nationale pour la démocratie, principal parti d’opposition dirigé par la célébre dissidente birmane, Aung San Suu Kyi, change de tactique. Désormais, elle participera au débat politique en Birmanie. Un retour sur la scène politique qui commencera notamment avec sa participation, annoncée, aux prochaines élections partielles.

Selon certains observateurs, ce retour dans l’échiquier politique serait motivé par l’avènement, l’année dernière, d’un gouvernement civil, dont le parti d’Aung San Suu Kyi reconnaît la légitimité. Un gouvernement, d’ailleurs, sous haute surveillance militaire.

Par ailleurs, il ne fait aucun doute que ce retour officiel, dans le champs politique, de la charismatique Aung San Suu Kyi aura un impact rénovateur sur le paysage politique du pays. D’autant plus que l’opposante birmane ne manquera pas de mobiliser, derrière elle, les populations, dans sa lutte pour la démocratie.

Aussi, se pose-t-on, d’ores et déjà, la question de savoir jusqu’où l’actuel gouvernement civil pourra tolérer ces voix dissidentes.

En tout cas, cette décision est saluée par le président américain, Barack Obama, qui, depuis le sommet de l’Asean à Bali, a annoncé que la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, effectuerait une visite dans le pays au mois de décembre. Une visite que l’on pourrait qualifier d’historique, dès lors qu’aucun diplomate américain n’avait foulé le sol birman, depuis cinquante ans.

Obama envisage même une levée totale des sanctions qui frappent le pays ; mais, nous apprend-il, il faudrait, au préalable, que les 600 à 1000 prisonniers politiques, en détention dans les geôles birmanes, soient tous libérés.

Abdoulaye Jamil Diallo


nov 15 2011

Cinq moines birmans testent leurs nouveaux droits en occupant un lieu de culte

source : france24

Photo publiée sur le site de Democratic voice of Burma.
Cinq moines bouddhistes sont enfermés depuis mardi matin dans un immeuble de la ville de Mandalay, au centre de la Birmanie. Du haut de leur balcon, ils ont déroulé des banderoles appelant à la libération des prisonniers politiques. Une façon de tester les quelques droits sociaux fraîchement octroyés par les autorités aux citoyens birmans.
Lundi, les autorités birmanes ont reporté, au dernier moment, la libération très attendue de plusieurs milliers de prisonniers de conscience. Les cinq moines protestent contre cette décision. Près de 500 personnes se sont rassemblées devant le bâtiment pour leur exprimer leur soutien. Les moines se sont adressés à la foule avec des haut-parleurs et affirment avoir assez de nourriture pour tenir trois jours.
Depuis un an, la Birmanie a fait plusieurs gestes destinés à prouver à la scène internationale qu’elle souhaitait mettre un terme à son isolement et faire lever les sanctions économiques qui pèsent sur le pays. La libération des prisonniers politiques, une des principales demandes portées par la communauté internationale, ainsi que par l’opposante historique Aung San Suu Kyi, a été annoncée officiellement en octobre à la télévision birmane et devait avoir lieu le 14 novembre. Mais, selon un haut fonctionnaire, le Conseil national pour la défense et la sécurité, la plus haute instance de pouvoir composée du commandant en chef des armées, de militaires, et de civils nommés par les militaires, a décidé de reporter cette amnistie sine die.
Il s’agit de la première manifestation de moines depuis la très violente répression de la Révolution de safran en 2007 à laquelle le clergé avait activement participé.

“Je ne pense pas qu’ils feront l’objet d’une répression violente comme en 2007″

Than Win Htut travaille en Norvège pour l’organisation Democratic Voice of Burma, un des rares médias à réussir à faire sortir des images de Birmanie.
Nous connaissons bien un des moines qui occupe en ce moment même le bâtiment. Il habite en Allemagne et travaille de temps en temps en Thaïlande.
J’ai l’impression que cette action a été bien préparée. Si les moines ont osé lancer ce mouvement, c’est parce que le droit de manifester est inscrit dans la Constitution de 2008 [selon les textes, il ne s’agit pas d’un droit de manifester sur la voie publique à proprement parler mais d’une loi, votée en octobre, qui accorde aux Birmans le droit de faire grève et de se syndiquer, ndlr].
Je ne pense pas qu’ils feront l’objet d’une répression violente comme en 2007 [année de la Révolution de safran, ndlr]. Mais peut-être que s’ils n’ont pas respecté les règles imposées par la loi, comme par exemple prévenir les autorités dans un délai précis avant de lancer une mobilisation, les forces de l’ordre interviendront pour les évacuer.
Si la libération des prisonniers n’a pas eu lieu, c’est parce que différentes forces s’affrontent en ce moment au gouvernement. Il y a beaucoup de discussions entre les réformistes et les anciens, et il est compliqué de prendre une telle décision.

nov 14 2011

Birmanie : la libération de prisonniers politiques reportée

source : liberation

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, dont le parti doit décider cette semaine s’il revient officiellement sur la scène politique, s’est déclarée encouragée lundi par les récentes réformes dans le pays. ( © AFP Soe Than Win)
Une importante amnistie de prisonniers politiques en Birmanie, attendue lundi, a été reportée par le régime de Rangoun alors que la figure de proue de l’opposition, Aung San Suu Kyi, célébrait le premier anniversaire de sa remise en liberté.”Nous n’avons reçu ni ordre, ni instruction de nos supérieurs”, a indiqué à l’AFP un responsable birman sous couvert de l’anonymat, ajoutant que la décision du Conseil national de défense et de sécurité avait été prise “à la dernière minute”.

Des prisonniers politiques devraient être libérés, au cas par cas, à la faveur de grâces présidentielles, selon les recommandations de la Commission nationale des droits de l’homme, et non plus dans le cadre d’une amnistie collective, a ajouté ce responsable.

“Cela viendra progressivement”, a confirmé une autre source. “Certains prisonniers seront transférés dans des prisons où l’accès à leur famille sera plus facile”.

Le 12 octobre, 6.300 personnes avaient été libérées, dont environ 200 prisonniers politiques. Parmi eux, le célèbre humoriste et dissident Zarganar et des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, dissoute) de Suu Kyi.

La deuxième vague, qu’observateurs et diplomates pronostiquent depuis des semaines, devait intervenir avant le sommet en fin de semaine de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean) à Bali, une réunion majeure pour le nouveau régime “civil” de Naypyidaw.

Le président et ancien général Thein Sein, qui a succédé en mars à la junte au pouvoir depuis plus de vingt ans, espère notamment y obtenir en 2014 la présidence du bloc régional, dont la Birmanie est membre depuis 1997.

Depuis la libération le 13 novembre 2010 de la lauréate du prix Nobel de la paix, alors la détenue la plus célèbre de Birmanie, l’élargissement de l’ensemble des prisonniers de conscience est la priorité de la communauté internationale.

Et la condition sine qua non pour crédibiliser les réformes de Naypyidaw et envisager la levée des sanctions occidentales en place depuis la fin des années 90.

“En considérant cette dernière année, je crois que je peux dire qu’elle a été riche en événements, stimulante et dans une certaine mesure encourageante”, a déclaré Suu Kyi, qui célébrait sa première année de liberté après sept ans de résidence surveillée.

Peu avant que le report de l’amnistie ne soit annoncée, elle a aussi rappelé “la grande importance” que revêtait, selon elle, la libération de tous les prisonniers politiques.

Le nombre exact d’opposants derrière les barreaux –militants, moines bouddhistes, journalistes, avocats, étudiants, artistes– n’est pas clairement établi.

Il y a quelques mois, des organisations de défense des droits de l’homme et les chancelleries occidentales parlaient de 2.000 personnes. Mais la LND les évalue désormais à un peu plus de 500, dont 200 issus de ses rangs.

Dans une lettre ouverte publiée dimanche par le quotidien officiel New Light of Myanmar, la Commission pour les droits de l’homme birmane avait elle même parlé d’environ 500 prisonniers politiques, dont les 200 libérés en octobre.

Cette commission a déjà appelé le mois dernier, par le même canal, à la libération des prisonniers politiques qui “ne mettent pas en danger la stabilité et la tranquillité publiques”.

La LND avait été dissoute en mai 2010 à la suite de sa décision de boycotter les élections du mois de novembre suivant. Elle doit se prononcer vendredi sur son retour dans l’arène politique officielle.

Mais Suu Kyi n’a pas fait de commentaire sur cette échéance, ni indiqué si elle même se présenterait aux élections partielles prévues dans les mois à venir.


nov 13 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi probablement candidate aux élections partielles

source : RFI

Aung San Suu Kyi à Rangoon le 2 août 2011.

Aung San Suu Kyi à Rangoon le 2 août 2011.

Reuters

Aung San Suu Kyi serait candidate à des élections, selon le porte-parole de son parti politique. La dissidente birmane pourrait en effet se présenter elle-même à des élections législatives partielles en Birmanie dans quelques semaines. Aung San Suu Kyi a été libérée il y a tout juste un an, le 13 novembre 2010, après de nombreuses périodes d’assignation à résidence, pour un total de plus de quinze ans. Si elle se présentait devant les électeurs birmans, ce serait un nouveau signe d’ouverture politique de la dictature de Rangoon.

Avec notre correspondant à Rangoon, Rémy Favre

Ce serait une victoire pour le régime birman si Aung San Suu Kyi se présentait aux élections partielles. Depuis plusieurs mois, le pouvoir cherche à courtiser la Dame de Rangoon, à la faire revenir dans le jeu politique de manière officielle. Et ce, afin de claironner qu’il respecte l’opposition, qu’il est un gouvernement fréquentable, et que les démocraties occidentales peuvent lever leurs sanctions économiques.

Le pouvoir a déjà révisé les lois électorales pour amadouer Aung San Suu Kyi et lui permettre d’enregistrer officiellement son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, parti dissous par le régime birman il y a un an et demi.

De son côté, Aung San Suu Kyi espère amener le régime à de nouvelles réformes en acceptant de collaborer ainsi avec lui. Elle s’entretient régulièrement avec un ministre du gouvernement birman qui espère, en la fréquentant, gagner un peu de la reconnaissance et du soutien populaire infaillible dont jouit la lauréate du prix Nobel de la paix 1991.


nov 10 2011

Le régime birman relâche la pression sur l’opposition

source : lacroix - Rémy Favre à Rangoon

Libérée il y a un an, la dissidente Aung San Suu Kyi dialogue avec le pouvoir.

L’icône de la démocratie en Birmanie, Aung San Suu Kyi, au centre à son arrivé...

AFP / WIN

L’icône de la démocratie en Birmanie, Aung San Suu Kyi, au centre à son arrivée à l’inauguration d’une bibliothèque à Rangoun.

Les deux cents prisonniers d’opinion amnistiés il y a un mois jouissent d’une marge de manœuvre étonnante.

C’est un grand jour pour le moine birman U Kovida. Sa communauté organise une cérémonie religieuse pour fêter son retour au monastère de Dagon, un quartier nord de Rangoun. U Kovida a passé plus de quatre ans derrière les barreaux pour des raisons politiques. Il a bénéficié de l’amnistie du 12 octobre dernier alors qu’il devait être normalement libéré seize jours plus tard. « Les autorités ont choisi de relâcher, pour la plupart, des détenus en fin de peine », sourit-il.

Au deuxième étage du sanctuaire, des fidèles et des anciens prisonniers de conscience déposent dans le bol du moine libéré quelques offrandes. Des portraits de la dissidente Aung San Suu Kyi ornent les murs de la salle de prière. Les visiteurs s’agenouillent devant le moine. Puis ils psalmodient des chants en pali (1).

En septembre 2007, U Kovida ne supportait plus la souffrance économique de ses concitoyens, confrontés à une hausse brutale des prix. Il a osé manifester sa compassion dans la rue, aux côtés de dizaines de milliers d’autres moines. Leur soulèvement a été écrasé par les soldats. Ils ont mitraillé les cortèges.

« Un officier militaire m’a donné l’ordre de sortir du grenier où j’étais caché, se rappelle U Kovida. Il avait bu. Il a pointé son fusil vers moi. Je suis descendu et il m’a mis un coup-de-poing au visage. »

« Montrer notre compassion de manière pacifique »

En prison, ses interrogateurs lui ont retiré sa robe safran. Les gardiens lui manquaient de respect quand ils ne le battaient pas. « Je n’ai pas renoncé à mon vœu, explique U Kovida, rentré dans les ordres il y a trente-sept ans. En prison, j’étais donc bonze même si je portais le longyi (la jupe traditionnelle birmane). Je considérais d’ailleurs mon longyi comme une robe. Je le retroussais un peu comme on retrousse la robe. »

U Kovida se défend de faire de la politique. Mais il n’hésitera pas à manifester une nouvelle fois si le gouvernement opprime le peuple. « Nous aurions alors le devoir de prier pour un avenir meilleur et de montrer notre compassion de manière pacifique. Il ne s’agit pas de faire la révolution. Alors, pourquoi aurais-je peur ? », questionne-t-il.

Pour le moment, le gouvernement birman choisit la voie de l’apaisement. En novembre 2010, les militaires au pouvoir depuis 1962 ont rendu l’uniforme pour se présenter en tant que civils aux premières élections organisées depuis plus de vingt ans. Le scrutin a été entaché de nombreuses irrégularités. Largement élus, ils ont formé un nouveau gouvernement et nommé U Thein Sein, réputé modéré, au poste de président.

Rapidement, U Thein Sein a pris plusieurs décisions populaires : libération de 10 % des prisonniers de conscience, suspension d’un projet de barrage très controversé destiné à fournir de l’électricité à la Chine, révision des lois électorales pour permettre au parti d’Aung San Suu Kyi de concourir aux élections partielles de décembre.

Formations en informatique et droits civiques

Le moine U Kovida a du mal à reconnaître ces avancées. « Si le gouvernement était bon, il aurait déjà relâché tous les prisonniers politiques », argumente-t-il. Or, environ mille huit cents prisonniers de conscience croupissent encore dans les geôles.

Beaucoup d’activistes libérés le 12 octobre ne sont pas surveillés de près par la police. Ils veulent profiter de ce climat serein pour agir sur la scène politique. Et les idées ne manquent pas. Certains font circuler des pétitions pour réclamer la libération inconditionnelle de leurs camarades condamnés à de lourdes peines. D’autres témoignent publiquement de leur vie derrière les barreaux. D’autres encore organisent des formations en informatique et droits civiques pour se remettre à niveau après avoir été coupés de la société pendant de longues années.

Ces démarches sont-elles risquées ? « Le président essaie de libéraliser un peu le pays. C’est donc le bon moment pour mener ces actions politiques », note Zaw Ye Win, tout juste libéré après douze années de détention.

Car le climat politique a bel et bien changé. « Je pense que les autorités ont compris que moi et mes camarades n’avions rien fait de mal. C’est pour cela qu’elles nous ont relâchés, explique U Ko Ko Gyi, lui aussi sorti de prison il y a un mois. Le président Thein Sein est une personne dont nous avons besoin pour le changement et le progrès. »

Les Birmans constatent d’eux-mêmes les réformes

Ces paroles laudatives sont nouvelles. Il y a encore quelques mois, la dissidence ne se privait pas de fustiger les dirigeants du pays. Aujourd’hui, l’équipe au pouvoir inspire au minimum un attentisme prudent.

Les Birmans constatent d’eux-mêmes les réformes. « Auparavant, vous ne pouviez rien faire de politique en public, se souvient le chanteur de hip-hop Zayar Thaw, prisonnier de conscience libéré en mai. Le fait de montrer une réaction politique pouvait conduire à l’arrestation. Maintenant, nous pouvons nous exprimer un petit peu. » Mais cette liberté est précaire. Début août, le pouvoir a interdit à Zayar Thaw de monter sur scène, sans explication.

Quoi qu’il en soit, le climat de peur si caractéristique en Birmanie commence à s’estomper. Pourquoi le pouvoir opère-t-il ce virage ? « Les anciens militaires ont compris qu’ils ne peuvent pas indéfiniment diriger le pays par la force », explique Myat Thu, un cadre du soulèvement démocratique de 1988.

Ils octroient donc quelques libertés tout en ménageant l’opposition afin de limiter les risques de révolte populaire. « Les anciens militaires au pouvoir veulent que le peuple oublie les violences qu’ils ont commises dans le passé, poursuit Myat Thu. Ils cherchent à gagner le soutien populaire. C’est pour cela qu’ils dialoguent avec Aung San Suu Kyi. »

« La Dame » s’entretient régulièrement avec le ministre birman du travail. Elle jouit d’un capital de confiance inestimable au sein de la population birmane. Le gouvernement espère en bénéficier un peu en la fréquentant. Une stratégie astucieuse pour adoucir son image.

(1) Langue autrefois parlée en Inde et qui est toujours utilisée comme langue liturgique dans le bouddhisme theravada.