oct 31 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi s’entretient avec un ministre

L’opposante birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi a rencontré dimanche le ministre du Travail birman Aung Kyi, avec lequel elle a discuté d’une amnistie, de pourparlers de paix avec les groupes ethniques armés, et de questions économiques et financières, selon un communiqué commun lu par le ministre après la rencontre.

Le 11 octobre dernier, environ 200 des quelque 2.000 prisonniers politiques qui seraient détenus dans le pays avaient été libérés dans le cadre de l’amnistie de 6.300 détenus.

Après des décennies d’oppression menée par la junte au pouvoir, le régime birman donne des signes d’ouverture depuis l’installation en mars dernier d’un gouvernement civil élu, mais soutenu par l’armée.


oct 27 2011

Manifs en Birmanie : 3 arrestations

source : lefigaro

Trois personnes, dont un avocat spécialisé dans les droits de l’Homme, ont été interpellées aujourd’hui par la police birmane dans le centre de Rangoun, lors d’une rare manifestation de paysans dont les terres ont été confisquées.

Une centaine de paysans des environs de Rangoun, menés par l’avocat Phoe Phyu, ont organisé un sit-in devant le département du Logement “parce que leurs terres ont été confisquées, a indiqué un responsable en charge de la sécurité.  “Ils veulent que leurs terres leur soient rendues pour être cultivées”.

La police leur a demandé de se disperser et “l’avocat Phoe Phyu et deux paysans ont été interpellés pour être interrogés”. Des banderoles ont été saisies.

Les manifestations sont très rares en Birmanie. Fin septembre, la police avait empêché sans violence un rassemblement à l’occasion du quatrième anniversaire de la répression sanglante de la “révolte safran”. Ce soulèvement, emmené par des bonzes, avait attiré jusqu’à 100.000 personnes dans les rues de Rangoun, constituant le plus sérieux défi aux généraux depuis 1988. Il avait finalement été écrasé par la junte alors au pouvoir, faisant au moins 31 morts.

Le nouveau gouvernement civil, aux affaires depuis mars, a multiplié ces derniers mois les gestes symboliques d’ouverture. Il a notamment engagé un dialogue avec l’opposante Aung San Suu Kyi et libéré, lors d’une vaste amnistie mi-octobre, environ 200 des quelque 2.000 prisonniers politiques du pays.

L’Occident a salué ces gestes mais réclame des réformes en profondeur pour envisager une levée de ses sanctions politiques et économiques et insiste notamment sur la libération de tous les prisonniers politiques.


oct 24 2011

Comme un petit air de glasnost

source : courrier international -  Myo Thein, Dean Nelson

A Rangoon et ailleurs, chacun veut croire à la politique d’ouverture du président Thein Sein. En espérant qu’il ne s’agisse pas d’un feu de paille.

Qui aurait pu l’imaginer il y a encore quelques semaines ? Aucun éditeur n’aurait osé imprimer sa photo, sans parler de la distribuer dans des kiosques. Mais, depuis que la lauréate du prix Nobel de la paix a rencontré, en août dernier, le président Thein Sein – un ancien général –, une batterie de réformes symboliques et concrètes ont été dévoilées coup sur coup, tant et si bien que, pour la première fois depuis des décennies, ce pays qui a dû si longtemps se résigner à être réprimé ose désormais parler ouvertement de politique.

Au cours des huit semaines écoulées, le gouvernement a suspendu le projet de barrage hydroélectrique de Myitsone, sur le fleuve Irrawaddy, commandité par les Chinois ; il a levé les restrictions d’accès à Internet ; permis à l’opposition de s’exprimer dans les médias et autorisé la formation de syndicats [ainsi que le droit de grève].

Le 12 octobre, plus de 200 [des 2 000] prisonniers politiques ont recouvré la liberté [sur quelque 6 000 amnistiés], parmi lesquels le célèbre comédien et humoriste Zarganar, condamné à cinquante-neuf ans de détention pour avoir critiqué la réaction du gouvernement au cyclone Nargis [en 2008], Zaw Htet Ko Ko, l’un des leaders du soulèvement étudiant de 1988, et Say Say Htan, qui purgeait une peine de cent quatre ans pour avoir rejeté la nouvelle Constitution du pays.

Le lendemain, dans les rues de Rangoon, des jeunes issus de la classe moyenne, qui habituellement redoublent de prudence, étaient réunis dans des tea shops, des restaurants ou des cybercafés, goûtant pleinement à leur nouvelle liberté. “Aujourd’hui, ma famille parle plus librement de politique : par exemple, ç’a été le cas au cours des obsèques d’un professeur”, confie un garçon. Au Cafe Parisian, sur la Sule Pyay Road, un fonctionnaire s’étend sur l’influence que le généralissime Than Shwe, l’ancien chef de la junte militaire, continue d’exercer, avant de s’étonner lui-même de tenir en public des propos qui auraient été inimaginables il y a quelques mois à peine.

Parmi les autres signes engageant à la confiance, la nomination en avril d’U Myint, un proche d’Aung San Suu Kyi, comme conseiller économique du président. Cette nomination fournit un indice non seulement sur la voie empruntée par le nouveau gouvernement civil, mais aussi sur les raisons pour lesquelles il a ainsi changé de cap. [U Myint, ancien économiste à l’ONU, a fait en août, dans la capitale, Naypyidaw, un exposé extrêmement critique de la situation économique dans le pays.] Thein Sein entend attirer des investissements étrangers pour développer l’économie, mais il sait que son potentiel de croissance restera entravé par les sanctions imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Le pays a de fait beaucoup à offrir. Il dispose d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel inexploitées, de vastes étendues de terres ­agricoles très convoitées et d’un accès à la Chine, son précieux allié et bailleur de fonds. Pas plus tard que le 13 octobre, le président Thein Sein a été reçu à New Delhi par le Premier ministre indien, Manmohan Singh, dans le cadre d’une campagne visant à stimuler le commerce extérieur et à convaincre l’Occident de lever les sanctions.

La prudence des pays occidentaux et leur exigence de voir tous les prisonniers politiques libérés restent toutefois inchangées pour le moment. Une attitude qui trouve un certain écho dans les rues de l’ancienne capitale, où la stupéfaction et l’euphorie sont tempérées par la crainte que ces réformes ne soient qu’un feu de paille. Les agents en civil et les jeunes appara­tchiks n’ont pas disparu des rassemblements et des périmètres jugés sensibles. Zarganar lui aussi oscille entre optimisme et dé­fiance. Quelques heures plus tôt, l’humoriste se trouvait encore derrière les barreaux de la prison de Myitkyina [dans l’Etat kachin situé dans le nord du pays], où il avait passé toutes ses journées en cellule de confinement à partir de son incarcération, en juillet 2008. Il dit avoir réussi à ne pas sombrer dans la folie en marchant douze heures par jour, en lisant et en écrivant. A sa sortie, il n’a pas caché son mécontentement en découvrant que le dialogue amorcé entre Aung San Su Kyi et le gouvernement n’avait pas débouché sur la libération d’un grand nombre de prisonniers politiques. Le lendemain, cependant, il a confié à Mizzima, un webzine birman proche de la dissidence, qu’il se félicitait de la tournure qu’ont prise les événements. “Certains craignent qu’Aung San Suu Kyi ne soit manipulée par le gouvernement, mais je ne pense pas que ce soit le cas, a-t-il déclaré. Si vous donnez de l’or à un singe, il sera bien incapable de l’utiliser, mais, si vous le donnez à un orfèvre, il en ira autrement. Aung San Suu Kyi est une orfèvre. Je pense que ces entretiens n’entraveront pas notre marche vers une démocratie véritable. Nous devons les considérer comme une initiative positive.”


oct 21 2011

Birmanie/crue subite : 60 disparus

source : lefigaro.fr

Une soixantaine de personnes étaient portées disparues aujourd’hui dans une ville du centre de la Birmanie, après la crue subite d’une rivière qui a balayé un pont et des maisons, ont indiqué des responsables. “Environ 60 personnes ont disparu à cause de l’inondation. Des maisons et un monastère sur les berges ont été balayés et un pont détruit lorsqu’un cours d’eau a gonflé”, a indiqué un responsable gouvernemental. Aucun mort n’a pour l’instant été constaté.

La montée des eaux a eu lieu au petit matin dans la ville de Pakokku. Selon un moine de Pakokku, le niveau de l’eau pourrait être monté d’environ 3 mètres. “Le niveau est revenu à la normale maintenant”, a-t-il ajouté, précisant que des pluies torrentielles s’étaient abattues sur la région les jours précédents.

Selon le quotidien officiel New Light of Myanmar de vendredi, des pluies et des vents violents ont causé jeudi des dommages à des routes, ponts et bâtiments dans plusieurs régions du pays.

L’Asie du Sud-Est est victime cette année d’une mousson anormalement abondante.
Selon l’ONU, plus de 700 personnes ont été tuées en Thaïlande, au Cambodge, au Vietnam, au Laos et aux Philippines et huit millions de personnes ont été affectées.

La Thaïlande est particulièrement touchée, avec plus de 300 morts et Bangkok qui se prépare à être inondée.


oct 19 2011

La Birmanie pourrait libérer d’autres prisonniers politiques

source : lexpress

La Birmanie pourrait bientôt libérer massivement des prisonniers politiques, une semaine après l’élargissement d’environ 200 dissidents, a dit mercredi un haut responsable gouvernemental.

L’opposition birmane appelle le pouvoir à relâcher l’ensemble des détenus politiques, qui sont encore 1.800 selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques (AAPP).

La libération de 200 prisonniers la semaine dernière, dans le cadre d’une amnistie générale qui a concerné 6.359 détenus, est intervenue après l’assouplissement du contrôle de certains médias et après une amorce de dialogue avec Aung San Suu Kyi, figure de proue de l’opposition.

J’ai le sentiment que le gouvernement pourrait bientôt offrir une amnistie aux derniers prisonniers de conscience“, a dit à Reuters Ko Ko Hlaing, conseiller politique du président Thein Sein.

Pourquoi devraient-ils rester en prison alors que d’autres ont été libérés ? Je pense que cela n’aurait aucun sens“, a-t-il ajouté.

Ko Ko Hlaing a cependant contesté le chiffre de 1.800 prisonniers politiques, affirmant qu’ils étaient environ 600.

Les Etats-Unis, l’Europe et l’Australie posent comme préalable à la levée de leurs sanctions contre l’Etat birman la libération de tous les détenus politiques.

La junte militaire a laissé place en mars à un pouvoir civil toujours fortement contrôlé par l’armée et que dirige un général de réserve, mais le pays commence peu à peu à s’ouvrir.

Le gouvernement a ainsi lancé des appels de paix aux groupes armés des minorités ethniques et autorisé une certaine liberté de parole à Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix.

Aung Hla Tun, Clément Guillou pour le service français


oct 18 2011

Interview du comédien et dissident Zarganar

source : rsf.fr

Reporters sans frontières diffuse une interview vidéo du comédien et blogueur Zarganar, libéré de la prison de Myitkyina le 12 octobre 2011, dans le cadre d’une amnistie décrétée par le gouvernement.

Après plus de trois de détention, Zarganar n’a nullement renoncé à sa liberté d’expression. Dans cette interview, le comédien parle de son blog et des conséquences engendrées par la publication de ses articles. Il aborde également la question des autres prisonniers politiques et notamment des blogueurs et écrivains tels que Zaw Thet Htwe et Nay Phone Latt, toujours en prison.

la video de Zarganar :

http://youtu.be/yHUZQFQW1js

A l’instar de Zaw Thet Htwe et Nay Phone Latt, de nombreux journalistes et blogueurs, prisonniers d’opinions, n’ont pas bénéficié de l’amnistie prononcée par le gouvernement. Les dix-sept vidéo-journalistes de la Democratic Voice of Burma sont toujours en détention.

Dans le cadre de la campagne “Free Burma VJ” appelant à la libération de ses 17 vidéo-journalistes, la Democratic Voice of Burma a publié une analyse juridique des cas de cinq d’entre eux. Les résultats mettent en évidence les abus généralisés des autorités, leurs atteintes à la liberté d’expression et la liberté d’association, ainsi que leur recours à la torture et à des manipulations juridiques visant à réprimer les opposants politiques. Cliquez ici pour lire l’analyse complète.


oct 14 2011

La Birmanie poursuit un peu plus sa marche vers les réformes

source : lemonde

Thein Sein, le nouveau président birman, veut prouver qu'il s'engage vers de profondes réformes dans un pays habitué au conservatisme répressif et dictatorial depuis 1962.

La Birmanie, sous un régime dictatorial depuis 1962 va-t-elle connaître son “printemps birman”, comme le suggérait l’éditorial du Monde, daté du 13 octobre 2011 ?

Depuis l’intronisation du président Thein Sein en mars dernier et la dissolution de la junte, le gouvernement, largemement composé de militaires mais désormais aussi de civils, donne des signes forts d’ouverture. Le président Thein Sein veut prouver qu’il est décidé à s’engager vers de profondes réformes dans ce pays habitué au conservatisme répressif du généralissime Than Shwe, chef de la junte au pouvoir à partir de 1992 qui a pris sa retraite depuis.

Le president Thein Sein en visite en Inde, à New Delhi, le 14 octobre 2011.

Le président Thein Sein en visite en Inde, à New Delhi, le 14 octobre 2011.REUTERS/B MATHUR

Cette semaine, la loi sur les syndicats est entrée en vigueur suite à sa signature par le président. Elle abolit ainsi celle de 1962 qui prévalait jusqu’ici. Les Birmans peuvent désormais se syndiquer et faire grève. “Les travailleurs auront le droit de former des organisations syndicales et de faire grève, en accord avec la loi”, a précisé un responsable gouvernemental. Selon le texte, les travailleurs, à l’exception des militaires et des policiers, peuvent créer des syndicats d’un minimum de 30 membres, avec un nom et un logo. Ils peuvent également organiser une grève, dans un pays où le militantisme syndical pouvait jusqu’ici conduire en prison, avec un préavis de 14 jours, en précisant notamment le nombre de participants.

OUVERTURE ET PERESTROÏKA

“Nous ne pouvons pas dire que tout soit bien dans la nouvelle loi, mais nous devons la saluer”, a estimé Nyan Win, avocat et porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti dissous de l’opposante Aung San Suu Kyi. L’Organisation internationale du travail (OIT) s’est également félicitée. “Sur le principe (…) la loi est une avancée majeure”, a estimé Steven Marshall, responsable en Birmanie de cette agence de l’ONU. Mais dans un pays où des défenseurs du droit du travail ont fini en prison, il faudra du temps pour que le changement se mette en place. “C’est une nouvelle approche et une nouvelle culture (…), nous ne verrons pas de changement immédiat du jour au lendemain”, a reconnu Steven Marshall.

Des familles de détenus attendent leur libération devant la prison d'Insein, le 12 octobre 2011.

Des familles de détenus attendent leur libération devant la prison d’Insein, le 12 octobre 2011.AFP/Soe Than WIN

Cette nouvelle loi est donc le dernier en date d’une série de gestes politiques forts qui se sont multipliés ces derniers mois, convoquant le souvenir de la perestroïka conduite par Mikhaïl Gorbatchev peu avant la chute de l’URSS. Mercredi, c’était une vaste amnistie décrétée par le régime qui permettait de libérer plusieurs centaines de prisonniers politiques.

SOIXANTE-DIX PRISONNIERS POLITIQUES LIBÉRÉS

La Ligue nationale pour la démocratie s’était toutefois déclarée “frustrée”. “Il y a toujours beaucoup de prisonniers dont nous espérions la libération, et dont le peuple espérait la libération”, a déclaré le porte-parole du parti. Nyan Win, un haut responsable de son organisation politique, lui a fait écho, jeudi, en assurant que les efforts pour obtenir la libération des autres ne connaîtraient pas de relâche.

>> Lire notre éclairage Les ONG locales accompagnent l’émergence d’une société civile en plein essor.

Environ soixante-dix prisonniers politiques sont inclus dans cette amnistie. Aung Khaing Min, de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP) pense qu’il y en aura d’autres. Un cadre de la Ligue nationale pour la démocratie a par ailleurs évoqué la libération de vingt-trois membres du parti dissous. Et Zetha Thaw, un militant de Generation Wave, a fait état de la libération de participants aux émeutes de 1988. Les chancelleries occidentales estimaient jusqu’à aujourd’hui à environ 2 000 le nombre total de prisonniers politiques en Birmanie : opposants, journalistes, avocats, artistes.

Aung San Suu Kyi et le ministre du travail, Aung Kyi, après une entrevue très symbolique car signe de l'ouverture du régime, le 30 septembre 2011.

Aung San Suu Kyi et le ministre du travail, Aung Kyi, après une entrevue très symbolique car signe de l’ouverture du régime, le 30 septembre 2011. AFP/Soe Than WIN

UN PROJET DE BARRAGE CHINOIS SUSPENDU

Autre signe d’ouverture non négligeable, le début d’un dialogue entre le chef de l’Etat birman et Mme Suu Kyi, que la junte avait maintenue en détention pendant plus de quinze des vingt dernières années. “Je suis ravie de l’avoir vu”, a alors confié aux journalistes la Prix Nobel de la paix 1991 après cette rencontre qui a eu lieu dans la résidence du président à Naypyidaw, la capitale de l’Union de Myanmar.

>> Lire notre éclairage Le régime birman veut soigner son image grâce à Aung San Suu Kyi.

Fin septembre, le chef de l’Etat avait annoncé la suspension d’un projet de barrage financé par les Chinois. Motif : “respecter la volonté du peuple parce que [le] gouvernement a été élu par le peuple“. Ce très controversé projet hydroélectrique financé par la Chine sur le fleuve Irrawaddy, au nord de la Birmanie, aurait pu bouleverser radicalement le rythme des réformes en cours. Mais le 30 septembre, le verdict est tombé. Les travaux du barrage de Myitsone aurait nécessité un investissement chinois d’un montant de 3,6 milliards de dollars, soit 2,7 milliards d’euros et devait inonder une superficie de la taille de Singapour.

Le Monde.fr (avec AFP)


oct 13 2011

L’opposition birmane frustrée par l’amnistie décrétée par le gouvernement

source : lemonde

Libération d'un prisonnier de la prison d'Insein, à Rangoun, le 12 octobre 2011.

La libération de prisonniers politiques par la junte birmane, largement relayée par les médias est un leurre selon l’opposition. Ses partisans ont appelé le pouvoir, jeudi 13 octobre, à relâcher l’ensemble des prisonniers politiques. Après la libération d’environ deux cents d’entre eux, ils sont encore près de deux mille à rester derrière les barreaux.

Un peu plus tôt, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi s’était déclarée “frustrée” par l’amnistie décrétée par le gouvernement. “Il y a toujours beaucoup de prisonniers dont nous espérions la libération, et dont le peuple espérait la libération”, a déclaré le porte-parole du parti dissous. Nyan Win, un haut responsable de son organisation politique, lui a fait écho jeudi en assurant que les efforts pour obtenir la libération des autres ne connaîtraient pas de relâche.

De son côté, l’ONU estime “impérative” la libération des opposants encore emprisonnés. “Leur libération serait une étape importante pour la transition démocratique, et serait saluée (…) à l’intérieur et à l’extérieur du pays”, a déclaré l’Argentin Tomas Ojea Quintana, rapporteur de l’ONU sur les droits de l’homme en Birmanie, tout en saluant le décret de la junte birmane.

La libération des prisonniers dans le cadre d’une amnistie générale qui a concerné 6 359 détenus est intervenue après l’assouplissement du contrôle de certains médias et une amorce de dialogue avec Aung San Suu Kyi. Le président Thein Sein, entré en fonction en mars à la suite de la dissolution de la junte militaire, tente depuis quelques semaines de prouver qu’il est décidé à s’engager vers de profondes réformes.

UN CERTAINE DÉCEPTION

Le dissident le plus illustre à avoir été libéré, l’acteur Zarganar, avait été condamné en 2008 à cinquante-neuf ans de détention dans une prison d’une région reculée au motif qu’il avait reproché à la junte militaire sa lenteur à réagir au cyclone Nargis. Cette tempête avait fait plus de cent quarante mille morts dans le delta de l’Irrawaddy la même année.

Les autres, plusieurs dissidents historiques, sont restés derrière les barreaux : opposants, journalistes, avocats, artistes ou moines bouddhistes. Les experts se divisent entre ceux qui jugent les réformes significatives et prometteuses et les plus sceptiques qui n’y voient que des changements cosmétiques destinés à rapprocher le régime de la communauté internationale.

Depuis la libération, en novembre 2010, de Mme Aung San Suu Kyi, l’élargissement des prisonniers politiques est devenue la priorité de la communauté internationale. Mais les réactions témoignaient d’une certaine déception au sein des chancelleries occidentales et des organisations de défense des droits de l’homme. La chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, a salué, mercredi, l’amnistie tout en réclamant la libération “inconditionnelle de tous les prisonniers politiques”.


oct 12 2011

La Birmanie libère 6000 détenus dont Zarganar mais au final peu d’opposants

source: lefigaro

réjouissons-nous, pour Zarganar et les autres prisonniers libérés…même s’il reste encore beaucoup à faire  !!!!!!

Des détenues libérées sortent d'une prison de Rangoun.
Des détenues libérées sortent d’une prison de Rangoun. Crédits photo : Soe Than WIN/AFP

La nouvelle vague d’amnistie qui a démarré ce mercredi ne concernerait qu’une petite partie des plus de 2000 détenus politiques.

Au compte-goutte, les libérations ont débuté ce mercredi matin. La veille, le régime birman avait annoncé une vague d’amnistie de 6359 prisonniers. En l’absence d’une liste nominative, les organisations de défense des droits de l’homme attendaient impatiemment de savoir si les plus de 2000 prisonniers politiques que compte le pays - opposants, journalistes, avocats, artistes, moines bouddhistes - seraient élargis. Mais, selon les chiffres, ces derniers sont pour le moment entre 70 et 120, voire 300 selon le régime.

L'humoriste et opposant Zarganar figure parmi les amnistiés.
L’humoriste et opposant Zarganar figure parmi les amnistiés. Crédits photo : Khin Maung Win/AP

Parmi eux, le plus emblématique est l’humoriste Zarganar. Une des voix les plus fortes de la dissidence, ce personnage âgé de 50 ans avait été arrêté en 2008 pour avoir organisé la distribution de vivres aux victimes du cyclone Nargis et critiqué la gestion de la catastrophe par les autorités, qui refusaient de laisser entrer l’aide internationale. Il avait écopé de 59 ans de prison, réduits par la suite à 35 ans. Arrivé en début d’après-midi à Rangoun depuis le nord du pays où il était emprisonné, il a été accueilli par une foule de proches, de journalistes et d’artistes. Interrogé sur un message qu’il voudrait adresser au président, il a répondu : «Je voudrais lui demander pourquoi il est si pingre. Il reste encore beaucoup de gens en prison qui doivent être libérés».

«On espérait qu’il y en aurait plus que ça, c’est assez décevant», confirme au Figaro Mireille Boisson, coordinatrice Birmanie à Amnesty France. Si la militante des droits de l’homme se réjouit des cas de libération, elle estime qu’il en faudra plus pour que le régime obtienne de la communauté internationale la levée de sanctions ou le déblocage de fonds. «Si c’est un geste, conclut-elle, il n’est pas suffisant, il faut aller beaucoup plus loin.»

Un vent de réforme

Le contexte de cette amnistie laissait espérer un effort plus large envers les détenus politiques. Depuis son arrivée au pouvoir en mars suite à la dissolution de la junte militaire, le président et ancien général Thein Sein a en effet multiplié les gestes symboliques montrant une volonté d’ouverture. Après une première amnistie de 17.000 prisonniers en mai (dont seulement une quarantaine d’opposants) le régime a renoué le dialogue avec la célèbre opposante et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, mis en place une Commission des droits de l’homme et suspendu un projet impopulaire de barrage géant. Des évolutions que les États-Unis avaient qualifiées lundi de «spectaculaires».

Surtout, cette nouvelle vague d’amnistie avait été précédée, mardi, d’une déclaration forte du président de la Commission nationale des droits de l’homme : dans des termes inhabituels pour un personnage officiel du régime, il avait demandé que les «prisonniers de conscience» qui se sont bien conduits en détention soient élargis. Chose inédite, cette déclaration avait même été publiée dans la presse officielle birmane, signe que le pouvoir ne la désapprouvait pas totalement.

Faut-il pour autant mettre en cause la sincérité des réformes initiées par le nouveau président ? Pour Renaud Egreteau, chercheur à l’université de Hong-Kong, «Thein Sein est en train de s’approprier le processus de transition (…) Il veut désormais s’affirmer en leader éclairé et cela passe par des concessions de poids et rapides». Néanmoins, concède Murielle Boisson, le président doit toujours compter avec les militaires, qui composent le quart de son gouvernement. Or personne ne peut exclure un retour de la ligne dure de l’armée au pouvoir. Un paramètre qui explique peut-être que si des avancées sont bien réalisées, elles le sont à pas réfléchis.


oct 11 2011

La Birmanie va libérer plus de 6 000 prisonniers

source : lacroix.com

Le régime birman a annoncé, mardi 11 octobre, la libération, attendue mercredi, de milliers de prisonniers, évoquant des « raisons humanitaires » .

Cette annonce, qui intensifie les espoirs d’une amnistie des prisonniers politiques, s’ajoute à d’autres gestes du régime qui a succédé à la junte militaire.

Cette évolution rapide étonne les observateurs et va forcer l’Occident à revoir ses relations avec ce pays.

« On m’a dit que la liste des prisonniers libérés allait sortir ce soir, j’ai pleuré quand j’ai entendu cette annonce, maintenant je prie pour la libération de mon frère et pour les autres », espère Ma Nyein. Elle est la belle-sœur de Zarganar, célèbre comédien et humoriste birman, incarcéré depuis 2008, condamné à trente-cinq ans de prison pour avoir « critiqué le régime et parlé aux médias étrangers ».

Un nouvel espoir souffle sur la Birmanie depuis mardi 10 octobre, après l’annonce de la libération, attendue ce matin, de plus de 6 000 prisonniers. Ce geste renforce encore les espoirs d’une amnistie pour les 2 000 prisonniers politiques – militants politiques, avocats, artistes, journalistes.

Les États-Unis, l’Union européenne, l’ONU et l’opposition démocratique birmane réclament depuis des années leur libération, particulièrement depuis novembre dernier comme preuve de la sincérité des réformes politiques engagées par le nouveau gouvernement sorti des urnes.

« Il y a régulièrement, tous les deux ans en général, des libérations de prisonniers de droit commun en Birmanie, rappelle Renaud Egreteau, spécialiste de la Birmanie (1), professeur au Centre des études asiatiques de l’université de Hong Kong. Mais il faut bien reconnaître que cette annonce de la part du pouvoir est un bon signe. La rhétorique même a changé, puisque les responsables politiques parlent aujourd’hui de “prisonniers de conscience”, reconnaissant l’existence de prisonniers politiques, alors qu’ils niaient même ce statut auparavant. »

Une phase de transition

Ce dernier geste fort et symbolique vient s’ajouter à d’autres, ces derniers mois, annoncés à un rythme effréné dans un pays habitué jusqu’en mars dernier au conservatisme répressif du généralissime Than Shwe, chef de la junte militaire au pouvoir depuis 1962 et qui a depuis pris sa retraite.

Son successeur, le président et ancien général Thein Sein, entré en fonction en mars à la suite de la dissolution de la junte, tente depuis plusieurs semaines de prouver sa détermination à engager de profondes réformes.

Il a notamment noué un dialogue avec l’opposante Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, maintenue en prison ou en résidence surveillée durant plus de quinze ans, ces vingt dernières années. Il a annoncé fin septembre la suspension d’un projet de barrage financé par les Chinois pour « respecter la volonté du peuple » et a aussi créé une Commission nationale pour les droits de l’homme.

Jusqu’à présent, les observateurs restaient suspicieux, mais « il est étonnant de voir tant de décisions prises aussi rapidement, reconnaît Renaud Egreteau. Elles surprennent tout le monde, les diplomates, l’opposition locale et les dissidents en exil. Il est encore difficile de dire si la Birmanie s’oriente vers une normalisation politique et sociale, mais on a atteint un niveau de changement jamais atteint depuis vingt ans. Nous sommes dans une phase de transition difficile à nier. »

Sanctions économiques

Si les pressions internationales ont certainement joué un rôle dans ces bouleversements intérieurs, c’est surtout une évolution au sein de l’armée qui explique un début de mouvement vers un processus démocratique en Birmanie.

Une nouvelle génération de généraux et d’officiers a pris les commandes et voit un autre avenir pour le pays en le réintroduisant dans le concert des nations. D’abord avec les voisins asiatiques et plus largement avec les États-Unis et l’Europe.

Il reste toutefois au sein de cette armée des tendances très conservatrices, opposées à cette ouverture et au changement politique. « La meilleure politique pour le moment, assure Renaud Egreteau, serait de consolider les nouveaux acquis et ne pas trop en demander en une seule fois, car certaines factions internes à l’armée freinent. »

Si toutefois des prisonniers politiques sont en effet libérés cette fois-ci, les Occidentaux seront bien obligés de donner le change, à commencer par la suspension des sanctions économiques imposées à la Birmanie depuis des années.

(1) Auteur d’Histoire de la Birmanie contemporaine , Fayard, 351 p., 20,90 €.

DORIAN MALOVIC