sept 30 2011

La Birmanie suspend un projet de barrage après des protestations populaires

source : liberation

L’opposante Aung San Suu Kyi avait elle aussi demandé aux autorités de réexaminer ce projet de 3,6 milliards de dollars soutenu par le géant chinois de l’énergie China Power Investment Corp, soulignant le “besoin de protéger l’Irrawaddy”. ( © AFP Soe Than Win)
Le nouveau gouvernement birman, qui multiplie les signes d’ouverture envers ses opposants, a décidé de suspendre un projet de barrage géant financé par la Chine dans le nord du pays, après d’inhabituelles protestations populaires.Alors que les militants birmans testent les limites d’une nouvelle liberté liée au changement d’attitude du régime, de plus en plus de voix s’étaient élevées ces dernières semaines contre la construction sur la rivière Irrawaddy, dans l’Etat Kachin, de la centrale de Myitsone, dont l’électricité est destinée à la Chine.

Dans un message transmis aux parlementaires réunis dans la capitale Naypyidaw, le président Thein Sein a annoncé vendredi que les travaux seraient suspendus jusqu’à la fin du mandat du gouvernement actuel.

“Nous devons respecter la volonté du peuple puisque notre gouvernement est élu par le peuple”, a-t-il expliqué.

Cette annonce surprenante marque une véritable volte-face du régime. Les médias birmans avaient en effet cité plus tôt en septembre le ministre de l’Electricité assurant que le projet serait maintenu malgré les protestations.

Les défenseurs de l’environnement dénoncent depuis longtemps ce barrage qui selon eux devait inonder des dizaines de villages, entraîner le déplacement d’au moins 10.000 personnes et des dommages irréversibles à une région très riche en biodiversité.

Lors d’une inhabituelle manifestation empêchée sans violence par la police lundi, certains participants portaient sur leur T-shirt des slogans appelant à mettre un terme à ce projet. Et la semaine dernière, un homme qui manifestait seul devant un bâtiment de l’ambassade chinoise à Rangoun avait été arrêté.

L’opposante Aung San Suu Kyi avait elle aussi demandé aux autorités de réexaminer ce projet de 3,6 milliards de dollars soutenu par le géant chinois de l’énergie China Power Investment Corp, soulignant le “besoin de protéger l’Irrawaddy”.

Elle a logiquement “salué” vendredi la décision du gouvernement. “C’est bien d’écouter la voix du peuple. C’est ce que tous les gouvernements devraient faire”.

En juillet, un collectif d’ONG, le Groupe de travail environnemental sur la Birmanie, avait appelé à mettre un terme à tous les projets d’exploitation des ressources naturelles birmanes, financés principalement par des étrangers.

Ils les accusaient d’être une source de conflit dans des zones où vivent les groupes ethniques minoritaires, qui représentent un tiers des 50 millions d’habitants du pays et dont beaucoup n’ont jamais pacifié leurs relations avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948.

Ces derniers mois, des combats violents ont eu lieu entre des rebelles kachins et l’armée birmane aux alentours de Myitsone, qui est devenu un symbole de la lutte des Kachins pour plus d’autonomie.

Un groupe d’associations représentant les communautés touchées par le barrage, Burma Rivers Network, a estimé que si ce projet était bien abandonné, ce serait une “victoire” pour la population. Mais il a également appelé à l’arrêt de six autres barrages prévus sur l’Irrawaddy ou ses affluents.

La junte au pouvoir en Birmanie depuis un demi-siècle a laissé la place en mars à un gouvernement “civil”, mais toujours sous le contrôle des militaires.

Ce nouveau régime, à qui la communauté internationale réclame toujours la libération de quelque 2.000 prisonniers politiques, a montré des signes d’ouverture ces dernières semaines, en particulier envers Mme Suu Kyi.

La lauréate du prix Nobel de la paix a rencontré vendredi pour la troisième fois un ministre du gouvernement, après s’être entretenu en août avec le président lui-même. Une évolution qu’elle a jugée “positive”, tout en restant prudente sur la capacité du nouveau pouvoir à aller au bout du processus de démocratisation.


sept 27 2011

Birmanie : le grand jeu stratégique de l’Asie

source : slate.fr

La Chine et l’Inde lorgnent les grandes richesses naturelles de la Birmanie. Cette contrée reculée de l’Asie du Sud-Est sera-t-elle enfin capable d’entrer dans le XXIe siècle et d’éviter à son peuple de faire les frais des convoitises étrangères?

Frontière entre la Chine et l'Inde, à Bumla, dans l'Etat de l'Arunachal Pradesh, le 11 novembre 2009. REUTERS/Adnan Abid
- Frontière entre la Chine et l’Inde, à Bumla, dans l’Etat de l’Arunachal Pradesh, le 11 novembre 2009. REUTERS/Adnan Abid -

Quand la géographie change, les anciennes relations entre pays laissent la place à des liens nouveaux, les étrangers deviennent des voisins et des régions isolées se transforment en zones hautement stratégiques. C’est ce qui s’est produit lorsque le Canal de Suez est venu relier l’Europe à l’océan Indien ou quand les réseaux ferroviaires ont métamorphosé l’ouest américain et l’est de la Russie… A ce moment, des groupes entiers sont entrés en déclin pendant que d’autres prenaient de l’essor.

La géographie asiatique revue et corrigée

Ces prochaines années, la géographie asiatique subira des mutations fondamentales, reliant pour la première fois la Chine et l’Inde par ce qui était autrefois une frontière négligée de plus de 1.500 kilomètres, s’étendant de Calcutta au bassin du Yangtsé. Quant à la Birmanie, depuis longtemps considérée par les Occidentaux comme un régime insaisissable qui fait partie des plus sauvages s’agissant de la violation des droits humains, elle pourrait bientôt se situer à un nouveau carrefour mondial, hautement stratégique. Grâce à des projets d’infrastructures d’une ampleur colossale, un environnement qu’on aurait pu croire à jamais inhospitalier va être apprivoisé. De plus, la Birmanie et les régions environnantes, qui ont longtemps servi de barrière entre deux anciennes civilisations, sont à un grand tournant de leur histoire sur les plans démographique, environnemental et politique. Et tandis que d’anciennes frontières s’ouvrent, la carte de l’Asie se redessine.

Des millénaires durant, l’Inde et la Chine étaient séparées, d’une part, par une jungle quasi impénétrable où sévissaient le très meurtrier paludisme ainsi que des animaux féroces et, d’autre part, par la chaîne de l’Himalaya et la zone désertique du haut plateau tibétain. Les deux pays se sont forgé une identité propre, bien distincte l’une de l’autre, que ce soit du point de vue ethnique, linguistique ou culturel. Pour gagner l’Inde depuis la Chine ou inversement, moines, missionnaires, marchands et diplomates devaient parcourir à dos de chameau ou à cheval des milliers de kilomètres, en traversant les oasis et déserts de l’Asie centrale et de l’Afghanistan. Ils effectuaient parfois la traversée en bateau en passant par le golfe du Bengale, puis par le détroit de Malacca pour atteindre la mer de Chine méridionale.

En même temps que le pouvoir économique se déplace vers l’est, la configuration de l’orient évolue. La dernière grande frontière du continent est en train de s’effacer, de sorte que l’Asie va bientôt former un bloc soudé.

La Birmanie, premier pays concerné

La Birmanie se situe au cœur de ces mutations. Ce n’est pas un petit pays: il équivaut, en surface, à la France et la Grande-Bretagne réunies. Mais sa population (60 millions d’habitants) est relativement faible à côté des 2,5 milliards d’individus que comptent à eux deux ses gigantesques voisins. La Birmanie constitue, de fait, le chaînon manquant entre la Chine et l’Inde.

C’est un improbable pôle du XXIe siècle. L’un des plus pauvres du monde, déchiré par une série de conflits armés qui semblent éternels. Depuis près de 50 ans,  des régimes militaires –ou à dominante militaire– se succèdent au pouvoir. En 1988, à la suite de la répression sanglante d’une manifestation en faveur de la démocratie, une nouvelle junte s’est emparée du pouvoir. Elle a accepté de cesser les hostilités contre d’anciens insurgés communistes et «ethniques» et a voulu sortir progressivement d’un isolement auto-imposé. Mais face à des politiques répressives, les sanctions occidentales n’ont pas tardé. En outre, la corruption croissante couplée à une mauvaise gouvernance a vite amenuisé tout espoir de progrès, ne serait-ce qu’au niveau économique.

Si bien qu’au milieu des années 1990, le point de vue des pays occidentaux sur la Birmanie s’était pour ainsi dire figé: ils voyaient un pays perdu, hors du temps, en faillite, le royaume brutal des juntes et des barons de la drogue. Mais il abritait aussi de courageux militants pro-démocratie, au premier rang desquels une femme: Aung San Suu Kyi. C’était un pays qui avait besoin d’aide humanitaire et restait en dehors de l’émergence économique de l’Asie au niveau mondial.

La Chine adopte un autre point de vue

La Chine, cependant, portait un regard différent sur la Birmanie. Tandis que l’occident ne voyait que des problèmes et se contentait de ressasser des platitudes et d’expédier un peu d’aide, Pékin y a vu une opportunité et a décidé d’engager des changements sur le terrain.

A partir de la deuxième moitié des années 1990, l’Empire du Milieu a commencé à dévoiler ses projets visant à relier l’intérieur de ses terres aux côtes de l’océan Indien. Au milieu des années 2000, la Chine était en train de concrétiser ces plans. De nouvelles routes commencent à sillonner les régions montagneuses de Birmanie, raccordant directement le fin fond du continent chinois à l’Inde et aux eaux tièdes du golfe du Bengale.

L’un de ces grands axes routiers mènera à un port flambant neuf dont la construction coûtera plusieurs milliards de dollars; il facilitera l’exportation de produits manufacturés depuis les régions orientales de la Chine et l’importation de pétrole en provenance du Golfe persique et de l’Afrique. Ce pétrole sera acheminé par un nouveau pipeline de 1.600 kilomètres de long vers des raffineries chinoises situées jusqu’ici dans la province enclavée du Yunnan. Installé en parallèle, un gazoduc permettra de transporter le gaz naturel offshore birman découvert récemment et qui servira à alimenter en électricité les villes-champignons de Kunming et Chongqing (Chine). En outre, plus de 20 milliards de dollars seront injectés dans une ligne de chemin de fer à grande vitesse. Bientôt, des trajets qui prenaient autrefois plusieurs mois pourront être effectués en moins d’une journée. Les responsables de ces travaux estiment que d’ici 2016, il sera possible d’aller en train de la capitale birmane, Rangoun, à Pékin. Et qu’un jour, cette immense ligne se prolongera jusqu’à New Delhi et atteindra même l’Europe!

La Californie chinoise

Et si la Birmanie devenait la Californie chinoise? Il y a longtemps que Pékin voit d’un mauvais œil le fossé qui se creuse gravement entre les revenus des villes et provinces prospères de l’est et les nombreuses régions reculées et pauvres de l’ouest. Ce qui fait défaut à la Chine, c’est une autre côte pour que l’intérieur du pays puisse disposer d’un accès à la mer et à ses marchés internationaux en expansion. Les intellectuels chinois parlent de politique des «deux océans», le premier étant le Pacifique, le second, l’océan Indien. Dans cette logique, la Birmanie sert de pont jusqu’au golfe du Bengale et les mers sur lesquelles il donne.

Les dirigeants chinois se sont également penchés sur le «dilemme de Malacca». L’économie chinoise repose très largement sur le pétrole, et environ 80% des importations pétrolières de la Chine transitent actuellement par le détroit de Malacca. Situé près de Singapour, c’est l’une des voies maritimes les plus fréquentées du monde et sa partie la plus étroite ne mesure que 2,7 kilomètres de large. Pour les stratèges chinois, ce détroit est un goulet d’étranglement naturel où des futurs ennemis de la Chine pourraient bloquer ses importations énergétiques. D’où la nécessité de trouver un itinéraire de substitution.

Encore une fois, l’accès par la Birmanie présenterait des avantages: la Chine serait notamment moins dépendante du détroit de Malacca et ce serait un moyen de réduire considérablement la distance entre les usines chinoises, leurs marchés d’Europe et le pourtour de l’océan Indien. Avec, en prime, la richesse de la Birmanie en matières premières, en particulier celles qui nourrissent le développement industriel du Sud-Ouest de la Chine.

La position de l’Inde

De son côté, l’Inde n’est pas sans ambitions. Dans le cadre de sa politique d’«ouverture à l’est», depuis les années 1990, les gouvernements indiens successifs cherchent à renouer et renforcer avec l’extrême-orient des liens ancestraux maritimes et terrestres qui passent par la Birmanie. L’Inde a percé des barrières géologiques et végétales autrefois hermétiques. Au nord de la zone où la Chine construit un oléoduc, le long de la côte birmane, l’Inde a engagé des travaux pour faire revivre un autre port équipé d’une route spéciale et d’une voie navigable menant vers l’Assam ainsi que d’autres Etats isolés et en proie à des conflits du nord-est de l’Inde. On parle même de rouvrir la route Stillwell, qui avait été construite par les Alliés à un coût faramineux durant la Seconde Guerre mondiale, mais est aujourd’hui abandonnée. Cette route partirait de l’extrême est de l’Inde pour rejoindre la province chinoise du Yunnan. Les responsables politiques indiens ne manquent pas de souligner l’importance de la Birmanie pour la sécurité et le développement du nord-est de leur pays et surveillent de près les menées chinoises en ce qui concerne la Birmanie.

Certains observateurs ont mis en garde contre un nouveau «Grand jeu», qui risque d’aboutir à un conflit entre les deux principales puissances émergentes de la planète. D’autres prédisent plutôt la création d’une nouvelle Route de la soie, comme celle du Moyen-Âge, qui reliait la Chine à l’Europe en passant par l’Asie centrale. Il est important de se rappeler que cette transformation géographique survient à un moment crucial de l’histoire de l’Asie: une période de paix et de prospérité croissantes, après un siècle de violences et de conflits inouïs, et plusieurs siècles de domination coloniale occidentale. Un scénario positif est tout à fait imaginable.

Une nouvelle génération d’optimistes

Les jeunes Asiatiques d’aujourd’hui arrivent à l’âge adulte dans un continent à la fois postcolonial et (à quelques exceptions près) d’après-guerre. Certes, il se peut que de nouvelles rivalités alimentent des nationalismes propres au XXIe siècle et engendrent un nouveau «Grand jeu». Mais l’Asie respire l’optimisme presque partout, en tout cas au sein des classes moyennes et des élites dont sont issus les décideurs: elles ont le sentiment que l’histoire est de leur côté et désirent regarder vers l’avenir et la prospérité, au lieu de ressasser les périodes sombres, aussi récentes soient-elles.

La construction d’un carrefour en Birmanie ne se limiterait pas à relier des pays. Les deux régions de Chine et d’Inde qu’il est question de rapprocher via la Birmanie figurent parmi les plus retirées des deux Etats géants. Ce sont des territoires d’une diversité ethnique et linguistique sans égale (leurs populations parlent, sans exagération, des centaines de langues, très différentes les unes des autres) ou des royaumes oubliés, tels que celui de Manipur ou de Dali. Il s’agit de peuples des hautes terres qui, jusqu’à récemment, échappaient au contrôle de New Dehli ou de Pékin.

Ce sont aussi des régions qui étaient auparavant très peu peuplées, notamment parce qu’elles étaient couvertes de forêts, et qui ont connu récemment un boom démographique. Ces nouveaux territoires créent de nouveaux voisins. Contrairement à la chute du mur de Berlin, qui n’avait fait que rétablir des contacts interrompus pendant un temps, les transformations qui s’opèrent en Asie ouvrent la possibilité de rencontres humaines nouvelles. Un noyau cosmopolite au cœur de l’Asie…

Une Route de la soie moderne est-elle en train de voir le jour? Jusqu’en début d’année, il était encore difficile de rester optimiste, car les nouvelles en provenance de Birmanie –le premier pays concerné ici– étaient tout simplement désastreuses. La majorité des Birmans vivaient dans une misère noire, la répression politique étant plus que jamais de rigueur. Quant aux projets chinois en cours, ils semblaient davantage alimenter la corruption et dégrader l’environnement qu’autre chose. L’année dernière, de nouvelles élections ont eu lieu, mais on a largement dénoncé leur caractère frauduleux.

Le nouveau visage de la Birmanie

Ces derniers mois, pourtant, on voit de plus en plus de signes annonciateurs de jours relativement meilleurs.

En mars, la junte birmane a été formellement dissoute et le pouvoir est revenu à un gouvernement quasi civil, présidé par un général à la retraite, Thein Sein. Assez vite, le président Thein Sein a agréablement surpris ceux qui ne s’attendaient pas à grand-chose; il a pris fermement position contre la corruption, a insisté sur l’urgence d’une réconciliation politique en nommant des technocrates et des hommes d’affaires à des postes stratégiques et en invitant les exilés à rentrer au bercail. Il a en outre annoncé la tenue de pourparlers de paix avec les groupes rebelles en tendant même la main à Aung San Suu Kyi, peu avant la levée de son assignation à résidence. Le général Thein Sein a mis en place des politiques de lutte contre la pauvreté, de baisse des impôts, de libéralisation des échanges commerciaux et prévu une longue série de nouvelles lois sur un éventail de sujets, dont une réforme bancaire et une réglementation protégeant l’environnement, qui doit être entérinée par le Parlement. Un Parlement qui, après des débuts difficiles, s’est enfin mis à fonctionner. La censure des médias s’est considérablement assouplie. Les partis d’opposition ainsi que les ONG birmanes en plein essor bénéficient désormais d’un degré de liberté sans précédent depuis un demi-siècle.

Quoiqu’encore précaire, il s’agit là d’une véritable ouverture. Le président birman semble résolu à œuvrer dans ce sens. Le problème, c’est qu’il n’est pas le seul acteur politique du pays. Le Parlement et le conseil des ministres comptent d’autres anciens généraux puissants. Et les structures répressives demeurent intactes. C’est un moment décisif pour ce pays.

Pour la première fois de son histoire, la Birmanie et sa politique intérieure revêtent une certaine importance au-delà de ses frontières immédiates. Si on laisse passer cette chance de changement positif, cette nation risque de continuer à subir une gouvernance pernicieuse. Une chose est sûre, ce ne sera plus le pays isolé que l’on connaissait, puisque les grands projets d’infrastructures entrepris par la Chine se poursuivront, de même que le processus de changement à très long terme. La frontière asiatique se refermera et il existera alors un nouveau mais dangereux carrefour.

Mais si la Birmanie s’engage sur la voie du progrès et à quelques conditions essentielles – la fin des conflits armés qui durent depuis des décennies, la fin des sanctions occidentales, l’avènement d’un gouvernement birman démocratique et une certaine croissance économique – les conséquences pourraient en être spectaculaires: l’intérieur de la Chine cohabitera soudain avec une jeune démocratie pleine d’ambitions, et le nord-est de l’Inde, aujourd’hui considéré comme un cul-de-sac, deviendra un pont qui mène à l’extrême-orient. La suite des événements en Birmanie pourrait bien changer le cours du jeu stratégique de l’Asie.

Thant Myint-U
Ancien chercheur associé de l’Université de Cambridge, où il enseignait l’histoire. Il est l’auteur de Where China Meets India: Burma and the New Crossroads of Asia. Cet article en est une adaptation.

Traduit par Micha Cziffra


sept 26 2011

Birmanie : la police empêche une exceptionnelle manifestation à Rangoun

source : leparisien

La police birmane a empêché lundi sans violence la tenue d'une rare manifestation prévue à Rangoun à l'occasion du quatrième anniversaire de la répression sanglante de la

La police birmane a empêché lundi sans violence la tenue d’une rare manifestation prévue à Rangoun à l’occasion du quatrième anniversaire de la répression sanglante de la “révolte safran”, a indiqué un responsable birman.

La police birmane a empêché lundi sans violence la tenue d’une rare manifestation prévue à Rangoun à l’occasion du quatrième anniversaire de la répression sanglante de la “révolte safran”, a indiqué un responsable birman.
Environ 200 personnes avaient prévu de défiler jusqu’à l’hôtel de ville mais ont renoncé à leur projet à la demande de la police, selon des témoins. Une trentaine d’entre eux ont ensuite prié dans une pagode.

“Après que la police leur a demandé d’arrêter, ils ont prié (…) et se sont dispersés”, a indiqué le responsable birman à l’AFP.
“Il n’y a eu aucune arrestation”, a ajouté un policier.
“Nous étions ici aujourd’hui pour prier pour la libération des prisonniers politiques et pour marquer le quatrième anniversaire de la révolte safran mais un policier nous a demandé de n’aller nulle part alors nous devons rentrer chez nous”, a dit à l’AFP un manifestant qui a requis l’anonymat.
D’autres manifestants portaient sur leur T-shirt des slogans appelant à mettre un terme dans l’Etat Kachin, dans le nord du pays, à un projet de barrage controversé dont l’électricité est destiné à la Chine voisine.
Alors que de plus en plus de voix s’inquiètent de l’impact de ce projet sur la rivière Irrawaddy, la police avait la semaine dernière arrêté un homme qui manifestait seul, à l’extérieur de l’ambassade chinoise à Rangoun, contre ce barrage de Myitsone.
Les autorités ont renforcé la sécurité à l’occasion de l’anniversaire de la répression du mouvement initié par des moines bouddhistes en 2007, après une brusque augmentation des prix.
Le soulèvement des bonzes, baptisé “Révolution safran”, avait attiré certains jours jusqu’à 100.000 personnes dans les rues de Rangoun, constituant le plus sérieux défi aux généraux depuis 1988.
Il avait finalement été écrasé par la junte alors au pouvoir, faisant au moins 31 morts.
La junte a laissé place en mars dernier à un nouveau gouvernement “civil”, mais qui reste contrôlé par l’armée.
Ces dernière semaines, le nouveau régime a montré des signes d’ouverture envers ses opposants, en particulier la lauréate du prix Nobel de la paix , libérée en novembre de sept années de résidence surveillée.
Lors d’un récent entretien avec l’AFP, Mme Suu Kyi avait estimé que les réformes politiques en cours dans son pays étaient “positives”, tout en restant prudente sur la capacité du pouvoir à aller au bout du processus de démocratisation.
La communauté internationale réclame notamment toujours la libération des quelque 2.000 prisonniers politiques.


sept 23 2011

La Thaïlande, complice de la junte birmane contre les minorités

source : novopress.info

C’est une très mauvaise nouvelle pour la résistance des minorités face à la junte birmane et notamment pour le peuple karen, en lutte pour sa liberté et son identité depuis plus de 40 ans. Les autorités thaïlandaises ont déclaré qu’elles allaient renforcer le contrôle de leur frontière pour empêcher l’aide matérielle et médicale de parvenir en Birmanie.

La police thaïlandaise a en effet annoncé qu’elle punirait sévèrement tous ceux qui soutiennent les Karens. Le chef adjoint de la police, le général Palawong, a ainsi déclaré que son gouvernement ne voulait pas soutenir les mouvements impliqués dans la guerre en Birmanie et que des mesures drastiques seraient prises contre quiconque chercherait à fournir des armes à ces organisations.

Selon une source proche de l’Union nationale karen, relayée par l’association italienne Popoli qui vient en aide aux Karens depuis plusieurs années, ce ne seront pas seulement les armes qui seront sujettes à inspection, mais aussi la nourriture et les médicaments destinés aux populations civiles qui vivent sous la protection de l’armée karen.

Pour Franco Nerozzi, président de Popoli, cette aggravation de la répression est en partie due à l’accession au poste de Premier ministre de Yingluck Shinawatra,la sœur du businessman thaïlandais Thaksin Shinawatra – ancien Premier ministre exilé à Dubaï depuis 2006 pour cause de corruption –, et qui souhaiterait favoriser le commerce familial avec la junte birmane.

Et Franco Nerozzi de conclure : « La décision de la Thaïlande offre une aide considérable au régime de Rangoon et au monde des affaires qui les soutiennent. Pendant ce temps continuent les massacres, les viols et les déportations de populations civiles sans que le sommeil des bureaucrates de Bruxelles ne soit troublé. »



sept 21 2011

Birmanie : Naypyidaw, une capitale s’éveille

source : liberation

Quant aux hypothétiques touristes, ils peuvent s’offrir un safari dans un parc. Ou aller au zoo voir d’improbables pingouins dans un enclos avec air-conditionné, et d’autres espèces rares importées récemment d’Afrique du Sud, selon les médias officiels. ( © AFP Soe Than Win)

Des grues se dressent au dessus de deux futurs stades de foot. Une avenue à 20 voies mène au parlement, et les hôtels poussent comme des champignons. Bienvenue à Naypyidaw, capitale de la Birmanie, où régnait encore il y a peu une épaisse forêt tropicale.Longtemps inaccessible au public, la “Demeure des Rois” s’ouvre et se sent des ailes.

“Avant, cette zone n’était que jungle et forêt”, se souvient Khin Maung Kywe, chef de projet d’un stade de 30.000 places destiné aux prochains jeux du sud-est asiatique (Seagames), en 2013.

“La pluie et le vent nous ont posé beaucoup de problèmes”, ajoute-t-il en observant les ouvriers, pieds nus sur des échafaudages en bambou sous une pluie battante.

En 2005, la junte alors au pouvoir avait brusquement annoncé le transfert de la capitale de Rangoun, vibrante et charmante plate-forme économique du pays, vers Naypyidaw, bâtie dans le plus grand secret au coeur de la jungle, à 400 kilomètres au nord.

Les fonctionnaires ont reçu l’ordre d’emménager en 48 heures dans une ville inachevée, sous peine d’emprisonnement.

Une décision attribuée par les observateurs à quelques astrologues, à la crainte d’une invasion étrangère et à la possible volonté du généralissime Than Shwe, chef de la junte, de s’offrir une réplique des rois pré-coloniaux qui ne cessaient de changer de capitale.

En 2006, un émissaire américain avait évoqué “un vaste espace vert, vide et peu peuplé, avec des bâtiments”, selon une note diplomatique publiée par WikiLeaks. “L’agencement n’a aucun sens, mais de toute façon le déplacement n’en avait pas non plus”.

Selon lui, de nombreux ouvriers ont abandonné les chantiers pour cause de “mauvaises conditions de travail, bas salaires et la menace de la malaria”. D’autres sources ont évoqué des déplacements forcés de villages entiers pour faire de la place.

Des pingouins sous air-conditionnés

Mais, selon l’Organisation internationale du travail (OIT), pas de travail d’enfants comme dans d’autres endroits du pays.

“Nous n’avons reçu aucune plainte à cet égard”, souligne Steve Marshall, officier de liaison de l’agence onusienne à Rangoun. “Mais évidemment, il y a dans ce pays une tendance à commencer le travail très jeune”.

Aujourd’hui, certains quartiers de la capitale restent interdits au public, dont le parlement, les bâtiments militaires et les résidences des hauts-responsables.

Partout ailleurs, la ville tente de s’éveiller, même si l’avenue à 20 voies qui mène au parlement est démesurément large. Même si le chiffre officiel d’1 million d’habitants est difficile à croire.

Elle ne souffre pas des coupures d’électricité qui accablent le reste du pays et la zone hôtelière est un chantier permanent.

On trouve aussi des golfs, un temple sur le modèle de la célèbre pagode Shwedagon de Rangoun, avec un stupa en or, ainsi qu’un palais des congrès et un centre commercial spécialisé dans les pierres précieuses.

“A chaque fois qu’on y va, on découvre quelque chose de nouveau”, relève un diplomate étranger.

Soucieux de redorer son blason international, le nouveau régime dit “civil”, qui a succédé en mars à la junte mais reste contrôlé par l’armée, ne néglige rien pour les Jeux de 2013.

“L’objectif est d’achever peut-être dès l’an prochain nos stades de foot”, assure Zaw Zaw, riche homme d’affaires et président de la Fédération birmane de football, soumis aux sanctions économiques américaines.

Sa société a décroché de fructueux contrats dans la capitale. Un homme décrit, dans une note diplomatique, comme un de ceux “qui tentent avec ardeur (…) d’utiliser leurs connaissances au gouvernement pour faire fructifier leurs activités commerciales”.

Des supermarchés parfaitement achalandés sont à la disposition des habitants, essentiellement des fonctionnaires, accompagnés de leurs familles lorsqu’elles n’ont pas décidé de rester à Rangoun.

Quant aux hypothétiques touristes, ils peuvent s’offrir un safari dans un parc. Ou aller au zoo voir d’improbables pingouins dans un enclos avec air-conditionné, et d’autres espèces rares importées récemment d’Afrique du Sud, selon les médias officiels.

Prudemment, les ambassades résistent aux appels du pouvoir de s’y établir. “Je ne pense qu’on y aille dans un avenir proche”, admet le diplomate. “Le problème, c’est de savoir qui y va en premier. Il pourrait s’y sentir bien seul”.


sept 17 2011

Aung San Suu Kyi : “La justice n’est pas une vengeance”

source : lexpress.fr - Propos recueillis par Benoît Cros,

Aung San Suu Kyi: "La justice n'est pas une vengeance"

Aung San Suu Kyi (ici à Kyaukpadaung, près de Mandalay, le 6 juillet) voudrait que chaque Birman puisse vivre comme il l’entend.

AFP PHOTO / SOE THAN WIN

A Rangoon, le Prix Nobel de la paix et leader de l’opposition démocratique, veut donner le bénéfice du doute au pouvoir. Elle dit croire à un lent mouvement de réforme et d’ouverture.

A 66 ans, Aung San Suu Kyi dirige depuis plus de deux décennies la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), principale formation de l’opposition birmane. Libérée de son assignation à résidence le 13 novembre 2010, peu après des élections desquelles son parti fut exclu, elle s’entretient depuis peu avec divers membres du gouvernement, ainsi qu’avec le président Thein Sein. Le pays n’est officiellement plus contrôlé par l’armée, mais les militaires conservent le pouvoir en réalité: un quart des sièges au Parlement leur sont réservés. La Birmanie compterait près de 2000 prisonniers politiques, selon les associations de défense des droits de l’homme.

Votre assignation à domicile a pris fin il y a dix mois. Aujourd’hui, êtes-vous libre de tous vos mouvements?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, depuis quelques années, je pars toujours du principe que je suis libre de mes mouvements… tant que je ne suis assignée à résidence!

Qu’attendez-vous des discussions engagées avec le gouvernement?

Davantage de réformes démocratiques et des conditions de vie améliorées pour la population. Mais il est trop tôt pour évoquer le détail de nos échanges.

Le pouvoir est-il un interlocuteur crédible?

Si vous n’accordez pas un minimum de confiance aux personnes avec lesquelles vous engagez un dialogue, mieux vaut ne pas discuter du tout. Chacun doit donner à l’autre le bénéfice du doute, sans quoi il n’y a pas de négociation possible.

Depuis vingt ans, vous avez discuté à plusieurs reprises avec le pouvoir. Etes-vous plus optimiste, cette fois-ci?

Le gouvernement actuel et le président, tout particulièrement, cherchent à améliorer la situation.

Que pouvez-vous offrir au gouvernement en échange de réformes démocratiques?

Nous savons ce qu’est une démocratie. Pour autant, nous n’avons rien de particulier à offrir, mais nous pensons que l’Etat gagnerait à mettre en place un processus participatif, et c’est la raison pour laquelle diverses forces vives et organisations oeuvrent déjà à la reconstruction du pays.

Serait-il juste de dire que vous négociez car vous ne croyez pas aux chances de succès d’un soulèvement populaire?

Pourquoi croire que les soulèvements sont le seul moyen d’aboutir au changement? La meilleure voie passe par un processus de dialogue et de négociation, car vous créez alors un précédent vertueux: chacun apprend, au fil du temps, la valeur du dialogue et de la négociation. Il est très important que chacun comprenne ce processus, car il permet de constituer une fondation solide pour l’établissement d’une société démocratique, pacifique et harmonieuse.

Quels signes récents nourrissent votre espoir?

La situation s’améliore dans les médias. Ils peuvent désormais publier des articles écrits par des membres de la Ligue nationale pour la démocratie et par moi-même. Les journalistes peuvent écrire sur nous, aussi. La presse nationale était remplie de critiques acerbes contre la BBC. Ce n’est plus le cas. Les médias disposent aujourd’hui d’une plus grande marge de manoeuvre, me semble-t-il. L’accès à Internet est devenu plus facile, aussi. Il y a un progrès, donc ; nous espérons qu’il se confirmera.

Croyez-vous à de profondes réformes, qui déboucheraient sur un régime respectueux des droits de l’homme et un texte constitutionnel qui écarterait les militaires du pouvoir?

Nous devons tous oeuvrer pour des changements véritables, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain, ni en un mois, ni en un an. Mais c’est un but que nous devons nous fixer. Après tout, c’est ainsi que le monde a évolué. Regardez l’Espagne d’il y a quarante ans, et voyez où en est ce pays aujourd’hui. Les circonstances changent, les pays changent, les gouvernements changent.

Quelle place réserver à la justice dans le processus de réconciliation nationale?

Il doit toujours y avoir une place pour la justice. Mais la justice, ce n’est pas la même chose qu’une vengeance. Quand nous parlons de justice, nous décrivons une situation dans laquelle chacun assume ses responsabilités et rend compte de ses actes. Ce n’est pas la même chose que de distribuer des bons ou des mauvais points ou de tenter par tous les moyens de prouver la culpabilité d’Untel ou Untel. L’état de droit n’encourage pas la vengeance; l’état de droit est fondé sur la justice.

Leader de la Ligue nationale pour la démocratie, pourriez-vous représenter l’ensemble de l’opposition?

Personne ne peut le faire. La démocratie implique la diversité, et l’opposition n’est pas un bloc.

Dans une Birmanie démocratique, accepteriez-vous de devenir la présidente si le peuple se prononçait en ce sens?

Il est trop tôt pour parler de ces sujets, me semble-t-il. Nous ne cherchons pas à obtenir la présidence, pour qui que ce soit. Nous essayons seulement de constituer les bases saines d’une démocratie.

En vous engageant dans la lutte pour la démocratie, imaginiez-vous que le chemin serait si long et difficile?

Pour être honnête, je ne raisonnais pas, à l’époque, en termes d’années ou de décennies. Pour autant, je n’ai pas été surprise quand la lutte s’est révélée si difficile. Dans un sens, j’étais prête à toutes les éventualités - une transition politique rapide et facile ou longue et difficile.

A quoi ressemble la journée normale d’Aung San Suu Kyi?

Elle est très remplie. La dernière fois que j’ai été assignée à résidence, cela a duré sept ans. Auparavant, je n’ai connu la liberté que pendant deux ou trois ans. Quand vos mouvements sont restreints pendant si longtemps, beaucoup de travail s’accumule!

Reste-t-il un peu de temps pour votre vie privée?

Plus ou moins. Cela dépend de ce que vous entendez par là, car ma famille n’est plus auprès de moi, mais… je tente de m’accorder un peu de temps pour lire des ouvrages sans rapport avec mon activité politique.

Que pensez-vous du long-métrage que le cinéaste Luc Besson vous a consacré?

Je n’en sais rien. Je n’en ai pas vu le moindre extrait. J’ai rencontré le réalisateur brièvement, mais nous n’avons pas évoqué son film, car le scénario n’était pas terminé.

Que ressentez-vous à l’idée qu’un film vous soit consacré?

Dans un sens, j’ai l’impression que cela n’a rien à voir avec moi. C’est un film, conçu par quelqu’un - un homme, une société -, dont je suis censée être le sujet principal. Je me sens un peu détachée du projet.

Si vous pouviez voyager à l’étranger, dans quel pays souhaiteriez-vous vous rendre en premier?

En Norvège, car c’est un pays qui nous a beaucoup soutenus lorsque nous étions confrontés aux pires difficultés.

A quel point la religion joue-t-elle un rôle dans votre engagement?

Je ne suis pas très religieuse. J’essaie d’être fidèle à mes croyances bouddhistes. Cela dit, je respecte toutes les religions.

Y a-t-il un personnage historique que vous admirez tout particulièrement?

Oui, Marie Curie. C’était une femme extraordinaire, très forte. J’aime les personnalités dévouées à une cause, surtout quand la cause est bonne! Elle aspirait à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je l’admire énormément pour sa détermination et pour ses réalisations.

D’où tirez-vous la force de votre engagement?

Je veux que, dans mon pays, chacun puisse vivre comme il l’entend.

Une majorité de Birmans vous aime, même s’ils ne peuvent pas l’exprimer ouvertement…

Oui, et cela m’oblige. Je leur dois des comptes. Mais j’ai toujours dit que je ferai de mon mieux. Je n’ai jamais fait de promesses irréalistes.

Comment souhaiteriez-vous que l’on se souvienne de vous?

Comme de quelqu’un qui a fait son devoir.


sept 15 2011

Birmanie : Le gouvernement assouplit l’accès aux sites internet étrangers

source : 20minutes

Les autorités birmanes ont levé jeudi les interdictions frappant des sites d’actualité sur internet de premier plan, y compris certains contrôlés par des détracteurs du régime militaire.

Elles ont en outre permis à nouveau l’accès au site de vidéo en ligne YouTube.

Les sites internet de plusieurs grands médias étrangers comme Reuters, le Bangkok Post et le Singapore Straits, de même que ceux des services en langue birmane de La Voix de l’Amérique, de la BBC et de La Voix démocratique de Birmanie (gérée par des exilés) sont désormais accessibles.

Les sites de Reuters et d’autres grands médias avaient été bloqués en pleine répression du mouvement de contestation lancé en 2007 à l’initiative des moines bouddhistes.

«Des changements se profilent à l’horizon en Birmanie»

Cette mesure survient au lendemain de la fin de la première visite en Birmanie de l’émissaire spécial des Etats-Unis. Elle coïncide aussi avec la Journée internationale de la Démocratie lancée par les Nations unies, un événement célébré à Rangoon, la capitale économique, par Aung San Suu Kyi.

«Des changements se profilent à l’horizon en Birmanie», a déclaré la chef de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix devant des partisans massés devant le siège de son parti.

La télévision birmane reste cependant placée sous un contrôle très strict du pouvoir dans ce pays où les journalistes étrangers ne peuvent pas, en grande partie, faire légalement leur travail d’information.


sept 14 2011

Derrière la pêche industrielle thaïlandaise, les récits d’esclavage

source : AFP

RAYONG (Thaïlande) - Des milliers de Birmans et de Cambodgiens travaillent sur les riches bateaux de pêche thaïlandais, mais à bord se côtoient parfois ouvriers en règle et esclaves des temps modernes. Avec des récits de meurtres, de violence, de terreur.

Le jour où Hla Myint a vu la mer la première fois, c’est après un trek d’une semaine à travers la jungle pour rejoindre la côte thaïlandaise depuis la Birmanie. Le début de sept mois “en enfer”, marqués par des violences “chaque jour, chaque heure”.

Son témoignage en rejoint bien d’autres dans un secteur qui, selon plusieurs rapports, s’appuie sur le travail forcé.

Hla Myint a décidé de plonger du bateau où il était retenu après avoir assisté à l’exécution d’un compagnon d’infortune.

L’homme, qui avait tenté de s’évader, a été torturé devant l’équipage. “Puis ils l’ont emmené à l’arrière du bateau, l’ont fait monter sur le bord et lui ont tiré une balle dans la tête”, ajoute celui qui aide désormais une association à recueillir les fuyards.

Son histoire, il l’a racontée à l’AFP lors d’une opération pour récupérer quatre Birmans près de la ville de Rayong, à une heure et demie de Bangkok. “Ils m’ont dit que si j’essayais de me sauver, une balle ne coûterait que 25 bahts” (83 cents), a raconté Myo Oo, 20 ans.

Mana Sripitak, de l’Association nationale de la pêche, affirme qu’il est “impossible” que le travail forcé soit utilisé. Mais le gouvernement lui-même reconnaît un flou propice aux malversations et promet l’enregistrement futur de tous les bateaux.

“On ne peut pas savoir ce qui se passe quand les bateaux quittent la côte. Les ouvriers peuvent être torturés ou détenus. Les capitaines exercent un contrôle absolu et ils peuvent maltraiter les gens”, admet sans détour Sirirat Ayuwathana, du ministère du Développement social, en charge du trafic des êtres humains.

Impunité et collusion

Les Nations unies, tout en évoquant des efforts du pouvoir, ont récemment dénoncé un phénomène “qui augmente en proportion”.

A bord, les hommes travaillent 20 heures par jour, sept jours sur sept. Certains bateaux-mères se déplacent pour faire le plein des navires, en fuel et en personnel. Certains sont ainsi piégés des mois, voire des années, jusqu’au large de la Somalie, selon l’Office international des migrations (OIM).

Selon Phil Robertson, auteur du rapport de l’OIM et directeur adjoint en Asie de l’organisation Human Rights Watch, la police avoue retrouver jusqu’à dix corps par mois rapportés par le courant.

Et en 2009, la moitié d’un groupe de Cambodgiens victimes de ce trafic et interrogés dans le cadre d’un programme des Nations unies ont affirmé avoir vu leur capitaine exécuter un homme.

“Ils sont perdus dans la machine de la globalisation, de l’industrialisation. C’est vraiment effrayant”, relève Andy Hall, expert en migrations de l’université Mahidol de Bangkok.

En 2010, la pêche thaïlandaise a engrangé un chiffre d’affaires de 16,95 milliards de bahts (565 millions de dollars). Quelque 35.000 immigrés sont dûment enregistrés, principalement des Cambodgiens et Birmans. Mais Phil Robertson affirme que des milliers d’autres ont été réduits au travail forcés depuis dix ans.

“C’est une industrie sans foi ni loi depuis des années. Le trafic s’est développé comme un modèle de fait pour un capitaine de bateau, qui veut quitter le port sous 24 ou 48 heures, et qui manque d’hommes. Il sait qui appeler”, affirme-t-il, demandant un boycott général de la Thaïlande en attendant une véritable réglementation.

Bangkok figure sur une liste dressée par le Département d’Etat américain des pays à surveiller en matière de trafic d’être humains. Et la rapporteuse spéciale de l’ONU sur cette question, Joy Ngozi Ezeilo, confirme sa préoccupation.

“L’impunité des trafiquants, et la collusion avec les officiels et les instances d’application de la loi, annihilent vraiment les efforts du gouvernement et l’efficacité de sa lutte contre le trafic des êtres humains”, a-t-elle expliqué à l’AFP.

Myo Oo, dont la véritable identité a été dissimulée, a payé 1.000 bahts (33 dollars) pour arriver jusqu’à Bangkok, avec son frère de 16 ans.

Après cinq jours dans la jungle, ils ont été hissés dans un camion, puis séparés à Rayong. Aujourd’hui, il craint pour la survie de son petit frère. “Je ne m’attendais pas à avoir aussi peur pour ma vie”.

Il craint aussi que les autorités thaïlandaises l’identifient et l’expulsent. Rescapé de l’esclavage, il ne lui reste que quelques vêtements loqueteux sur le dos. Et l’espoir d’une vie meilleure.


sept 13 2011

Birmanie : des bénévoles soignent au péril de leur vie

source : AFP

de Daniel ROOK (AFP)

Des volontaires transportent un homme blessé par une mine, près d’un village Karen, dans l’est de la Birmanie. (AFP/Back Pack Health Worker Team

Saw Poe Aye est infirmier. Mais l’exercice de son métier le pousse à de rares extrémités: il doit sillonner la jungle birmane, risquant la prison sinon la mort, pour soigner les victimes d’une des plus anciennes guerres civiles de la planète.

Ils sont environ 300 comme lui à apporter médicaments, soins et éducation sanitaire élémentaire aux Karens et autres minorités ethniques de l’est du pays.

Depuis la ville thaïlandaise de Mae Sot, la Back Pack Health Worker Team (littéralement, Equipe de personnels de santé sacs au dos), financée par des dons, brave les rondes militaires birmanes sur les pistes sinueuses et accidentées d’une jungle inhospitalière.

Et en paye le prix fort. Elle dit avoir perdu, depuis sa création en 1988, neuf infirmiers et une sage-femme, tués par des mines ou par balles, dont la dernière fois en juillet 2010. Beaucoup d’autres ont été emprisonnés.

“Si on ne court pas, on se fera tirer dessus parce que le régime nous considère comme une organisation de l’opposition, non comme des travailleurs de santé”, explique Saw Poe Aye, 34 ans, originaire de l’Etat Karen, subdivision administrative de Birmanie.

Lui et ses semblables servent une population de 180.000 personnes, souvent déplacées, dans les Etats Karen, Karenni, Mon, Arakan, Kachin et Shan. Chaque équipe, de trois à cinq travailleurs, revient en Thaïlande deux fois par an pour s’approvisionner.

Et Saw Poe Aye met quatre jours pour atteindre, en bus, en bateau et à pied, les zones contrôlées par les groupes armés dans lesquelles il soigne la malaria, la diarrhée ou les blessures de guerre. Avec, parfois, une escorte rebelle.

Ces liens de l’organisation avec les rébellions soulèvent des questions sur sa neutralité proclamée. Mais elle défend le besoin de combler un vide sanitaire.

“Le gouvernement et les organisations non gouvernementales ne peuvent atteindre ces régions”, relève Mahn Mahn, directeur depuis la Thaïlande de la Back Pack Health Worker Team. “Elles sont instables et les civils se déplacent tout le temps”.

“Si vous tombez malade, vous avez de la chance si une équipe passe dans la région à ce moment-là. Sinon, vous êtes seul”, renchérit Sally Thompson, qui aide les réfugiés birmans à la frontière thaïlandaise.

Certains, atteints de problèmes trop sérieux pour être soignés sur place, entreprennent eux-mêmes le périlleux périple pour rejoindre un hôpital à Mae Sot.

Pathologies curables, mais pas soignées

De nombreuses minorités ethniques, qui représentent un tiers des 50 millions de Birmans, n’ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948. Depuis, une guerre civile oppose la capitale à des groupes armés réclamant plus de droits et d’autonomie.

Les combats se sont intensifiés depuis un an dans le nord et l’est du pays. Inlassablement, les organisations de défense des droits de l’Homme y dénoncent les attaques contre les civils, violences sexuelles, enfants soldats, travaux forcés.

Mais selon l’organisation, plus de la moitié des décès dans ces zones sont liés à des pathologies curables, mais non soignées faute d’accès aux soins. Malaria en tête. Et le taux de mortalité infantile y est le double de la moyenne nationale officielle.

Depuis le printemps, la junte au pouvoir a passé la main à un gouvernement civil. Mais il est composé d’anciens officiers et reste contrôlé par les militaires.

“On a d’abord pensé que les choses pourraient changer”, explique Saw Poe Aye. “Mais la situation est identique, sinon pire”.

Les combats ne faiblissent pas dans certaines zones et l’appel récent du gouvernement à des pourparlers de paix a fait plus de sceptiques que de convaincus. Bangkok, de son côté, menace de fermer ses camps dès que possible, espérant se débarrasser du fardeau de quelque 140.000 réfugiés.

Mais de santé publique, nul ne parle ou presque.

Le gouvernement birman dépense sept dollars par an et par personne pour le secteur, soit 1,8% de son budget, l’un des taux les plus faibles du monde. Alors la Back Pack Health Worker Team promet de poursuivre son travail.

“Si on ne le fait pas, personne ne viendra le faire pour nous”, souligne l’infirmier.


sept 8 2011

Offensive de charme du nouveau régime birman

source : lacroix, article Dorian Malovic

Une Commission nationale sur les droits de l’Homme vient d’être mise en place cette semaine en Birmanie. Les médias officiels birmans ont indiqué que cet organe serait composé de 15 anciens ambassadeurs, responsables gouvernementaux et scientifiques. Le quotidien d’État New Light of Myanmar n’a toutefois donné aucune précision sur les objectifs et les pouvoirs de cette Commission, notamment ceux de mettre en cause un régime accusé par la communauté internationale de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Pour autant, il semble que le nouveau régime « civil » birman mis en place en mars dernier, issu d’un scrutin considéré à l’étranger comme une parodie d’élections, ait voulu répondre de manière concrète à une demande de l’envoyé spécial des Nations unies lors de sa visite en Birmanie il y a deux semaines. Tomas Quintana, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme avait estimé que de « sérieux problèmes de droits de l’Homme » demeuraient dans le pays malgré l’auto-dissolution de la junte au printemps et l’avènement d’un gouvernement civil.

Ainsi la création de cette Commission est le dernier signe en date envoyé par le nouveau régime afin de montrer sa volonté d’améliorer ses relations avec l’Occident. La visite même de Tomas Quintana fin août, après un an d’interdiction, n’a jamais été aussi « active », selon les termes d’un diplomate européen en poste en Birmanie.

Il a pu assister à une session du parlement, rencontrer la chef de file de l’opposition et Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, visiter la tristement célèbre prison de Rangoun, Insein, où sont incarcérés près de 2 000 prisonniers politiques et aussi échanger avec des acteurs de la société civile. À l’issue de cette visite, le diplomate onusien avait souligné que des changements importants étaient nécessaires en Birmanie tout en adoptant un ton beaucoup plus conciliant sur les changements structurels adoptés depuis les élections.

Démocratisation du pays, un « écran de fumée » ?

Sur le plan intérieur, la volonté affichée du régime de lancer un véritable dialogue avec l’opposition politique s’est concrétisée avec la rencontre le 19 août de Aung San Suu Kyi avec le président et ex-général Thein Sein. Un véritable événement lorsqu’on sait que le précédent régime ne voulait même pas entendre parler de la dissidente pro-démocratie, maintenue en résidence surveillée pendant des années et libérée en novembre dernier juste après les élections.

Rien n’a filtré sur les entretiens avec le président et Aung San Suu Kyi mais il semble que des canaux de communication soient maintenant établis entre le régime et l’opposition politique. But : trouver, dans un avenir non déterminé, un compromis raisonnable sur l’évolution politique, économique et ethnique du pays.

Reste que ces signaux perçus par de nombreux observateurs comme un espoir possible de démocratisation de la Birmanie, n’arrivent pas à convaincre les plus ardents détracteurs du nouveau régime qui dénoncent toujours une manipulation politique. L’opposition radicale en exil en Thaïlande n’y voit qu’un écran de fumée destiné à séduire l’Occident afin d’obtenir la présidence de l’Association des nations d’Asie du sud-est (Asean) en 2014, assurer aussi son entrée dans la zone de libre-échange et également éviter la création d’une Commission d’enquête internationale supervisée par l’ONU sur les crimes et abus de la junte militaire.

Dorian MALOVIC