août 29 2011

En Birmanie, le Parlement propose une amnistie générale

source : RFI

Les membres du Parlement (ici à leur sortie du bâtiment, le 22 août 2011) se sont prononcés pour une amnistie générale.

Les membres du Parlement (ici à leur sortie du bâtiment, le 22 août 2011) se sont prononcés pour une amnistie général

REUTERS/Soe Zeya Tun

Il s’agit d’une nouvelle initiative birmane en faveur de la réconciliation que rapporte la presse officielle, ce samedi 27 août : le Parlement birman vient de réclamer une amnistie générale des prisonniers du pays. On ne sait pas encore qui elle concernerait, ni si cette proposition va être reprise par le nouveau président. Mais la Birmanie veut convaincre la communauté internationale de sa volonté de réforme.

Si cette amnistie concerne, au moins en partie, les 2 000 prisonniers politiques birmans, le régime aura donné une nouvelle preuve concrète de son envie de réconciliation.

Depuis la libération d’Aung San Suu Kyi en novembre dernier, le gouvernement civil birman a montré plusieurs signes d’assouplissement comme, notamment, ces différentes rencontres avec la Prix Nobel de la paix. Mais cette question des prisonniers de conscience continue à empoisonner les relations entre la Birmanie et la communauté internationale. Ban Ki-moon et le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme en Birmanie ont d’ailleurs encore abordé le sujet ces derniers jours.

Le sort de ces 2 000 détenus embarrasse aussi l’Association des nations d’Asie du Sud-Est qui devra bientôt décider de confier ou non sa présidence tournante à la Birmanie en 2014. Pour le régime, ce serait peut-être la fin de sa mise au ban des nations.

Si elle a lieu, la communauté internationale examinera de près cette amnistie. Car en mai dernier, un geste similaire a beaucoup déçu : il s’agissait d’une réduction de peine de moins d’un an pour tous les détenus, alors que les prisonniers politiques birmans purgent des peines de plusieurs dizaines d’années.


août 20 2011

Rencontre Aung San Suu Kyi / Thein Sein : “Des événements positifs, mais il faut rester prudent avec la Birmanie”

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi va rencontrer, vendredi 19 août et pour la première fois, le nouveau président "civil" Thein Sein, a annoncé un responsable gouvernemental, au moment où le régime semble chercher à améliorer ses relations avec elle.

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a été reçue, pour la première fois, vendredi 19 août, par le président Thein Sein. Il s’agissait de la troisième rencontre en moins d’un mois entre l’opposante, libérée en novembre après sept années de résidence surveillée, et un membre du nouveau gouvernement birman. Lex Rieffel, chercheur à la Brookings Institution, à Washington, et spécialiste de la Birmanie, juge ces rencontres de façon positive mais reste prudent. Il est impossible, selon lui, de savoir si elles sont un réel signe de changement.

Après avoir rencontré deux fois le ministre du travail cet été, Aung San Suu Kyi a été reçue, vendredi, par le président de la Birmanie. Que faut-il penserde ces rencontres ?

Lex Rieffel : Ce sont des événements positifs, mais il faut rester prudent car c’est toujours très difficile de savoir comment interpréter quoi que ce soit avec ce pays qui, depuis longtemps, ne fait pas preuve de transparence. Toutefois, le moment choisi pour la première rencontre entre Aung San Suu Kyi et le ministre du travail est intéressant. Cette rencontre s’est faite en parallèle d’un atelier sur les politiques macroéconomiques. Or, même si c’est un peu provoquant de dire ceci, les Birmans souffrent davantage de mauvaises politiques macroéconomiques que d’un manque de démocratie. Donc après une décennie de souffrance pour le peuple birman, les ateliers sur l’économie sont sûrement plus utiles que les rencontres entre Aung San Suu Kyi et les membres du gouvernement. Mais ce qui est intéressant, c’est le fait que ces deux événements aient eu lieu en même temps.

Quelle est la situation politique en Birmanie aujourd’hui ?

Il y a un nouveau gouvernement depuis le mois de mars, dit “civil” car il est multipartite, même s’il est bien évidemment dominé par l’armée. Autre nouveauté, il y a un gouvernement à la fois au niveau national et au niveau régional. Pour la première fois en vingt ans, de nouveaux partis peuvent voir le jour, les partis politiques d’opposition ont un siège au Parlement et leurs membres, avec certaines limites, peuvent dire ce qu’ils pensent. Depuis l’année dernière il y a une augmentation saisissante de la liberté d’expression.

Y a-t-il eu également des changements au niveau diplomatique ?

Tout à fait. J’ai participé à une réunion en Birmanie, au mois de juin, organisée par le ministère des affaires étrangères. Il y avait de nombreux diplomates étrangers et en comparaison avec la situation il y a un an, le gouvernement entretient un dialogue beaucoup plus sérieux avec ses homologues étrangers. Je vois aussi que l’Australie, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, l’Union européenne font des efforts assez importants pour tester le nouveau gouvernement et juger de ses intentions.

Pourquoi ces récents changements, notamment concernant l’attitude du gouvernement à l’égard d’Aung San Suu Kyi ?

C’est impossible de le savoir exactement et de connaître la stratégie des dirigeants de ce pays. Toutefois, il y a des faits qui montrent que c’est une priorité pour le nouveau gouvernement d’obtenir la présidence tournante de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) en 2014. Les dirigeants birmans semblent doncavoir reçu le message que les pays membres de l’Asean ne peuvent l’acceptersans certains gestes de leur part.

Cela veut-il dire que le nouveau gouvernement est plus enclin à faire des compromis que celui de la junte militaire ?

Il faut faire très attention et ne pas vouloir sur-interpréter ce qu’il se passe. En même temps, il faut éviter de prendre une posture négative. Pendant longtemps, le monde a regardé la Birmanie sans aucune nuance, estimant que toutes les actions de son gouvernement étaient mauvaises. On commence à s’éloigner de cette façon de voir les choses, mais les changements concrets qui feraient vraiment la différence pour les gens n’ont pas encore été entrepris. Pour cela, il faudrait qu’il y ait en Birmanie un système bancaire qui fonctionne, une monnaie décente, et que des emprunts soient fournis au secteur rural de façon à assurer une augmentation du niveau de vie et pour assurer la même croissance économique qu’en Chine, en Corée, à Taïwan ou en Indonésie.

Aung San Suu Kyi a-t-elle un rôle à jouer ou est-elle juste un symbole dont se servent les dirigeants ?

C’est difficile à dire. Elle a clairement le potentiel pour jouer un rôle important dans l’avenir, mais je me garderai bien de faire la moindre prédiction.

Propos recueillis par Romain Brunet


août 14 2011

Birmanie : premier déplacement politique d’Aung San Suu Kyi qui appelle à l’unité

source : AFP

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi (C), le 12 août 2011 à Rangoun (AFP, Soe Than Win)

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a appelé dimanche à l’unité de son pays lors de son premier déplacement politique hors de Rangoun depuis sa libération de résidence surveillée en novembre, attirant des milliers d’admirateurs sur son passage.

La lauréate du prix Nobel de la paix est arrivée dimanche matin dans la province de Bago, à une centaine de kilomètres chez elle, malgré les mises en garde du régime concernant sa sécurité.

La police a tenté d’écarter les centaines de personnes massées le long des routes entre les villes visitées pour saluer le cortège d’une trentaine de voitures transportant l’opposante, des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), son parti dissous, des diplomates et des journalistes.

Ses partisans criaient à son passage ou agitaient de petits drapeaux portant l’inscription “Nous aimons mère Suu”!”.

L’opposante, 66 ans, a commencé ce déplacement d’une seule journée par la visite d’une pagode dans la ville de Bago. Avant d’inaugurer deux bibliothèques, prononçant à chaque fois un discours, à Tha Nat Pin devant 600 personnes et à Bago, devant quelque 2.000 personnes.

“Nous pourrons développer ce pays seulement si nous travaillons tous ensemble”, a-t-elle déclaré. “L’unité est la force, l’unité est nécessaire partout et elle est nécessaire surtout dans notre pays”.

Elle a assuré avoir déjà “essayé de son mieux” depuis ses débuts en politique il y a plus de vingt ans. “Je continuerai autant que je pourrai”, a-t-elle promis.

Au moment de quitter Rangoun au petit matin dimanche, elle avait souligné à l’AFP être dépendante “du soutien du peuple”. Un soutien largement mis en évidence sur le terrain.

“Je suis très heureuse de la voir. Nous le sommes tous (…) Je ne l’avais jamais vue en personne”, a commenté Win Win Myint, une étudiante de 23 ans.

Alors que l’opposante a connu par le passé des tournées particulièrement difficile, le porte-parole de la LND Nyan Win avait indiqué samedi à l’AFP que sa sécurité serait assurée par les membres du parti, avec l’aide des autorités.

En 2003, elle et son équipe avaient été agressées dans une embuscade, semble-t-il orchestrée par la junte au pouvoir, qui avait fait une centaine de morts selon la LND, quatre selon le régime.

L’agression avait conduit à son placement en résidence surveillée pour sept ans, jusqu’à sa libération en novembre dernier, une semaine après des élections très critiquées.

En juin, le régime l’avait prévenue que la tournée politique en province qu’elle avait évoquée risquait d’entraîner “le chaos et des émeutes”.

Juste après, la lauréate du prix Nobel de la paix avait testé les limites de sa liberté en effectuant début juillet son premier déplacement hors de Rangoun, à Bagan (centre), où elle avait déjà attiré des admirateurs émus. Mais ce voyage de quelques jours avec son fils avait un caractère strictement privé.

Depuis, les relations semblent s’être un peu réchauffées entre le régime et Mme Suu Kyi qui a rencontré par deux fois un membre du nouveau gouvernement “civil”.

Leur premier entretien du 25 juillet avait été salué par les observateurs, qui avaient malgré tout douté qu’il réponde aux demandes de mesures concrètes de la communauté internationale, qui réclame notamment la libération des plus de 2.000 prisonniers politiques.

Vendredi, le gouvernement a promis de continuer le dialogue avec l’opposante, lors de sa première conférence de presse depuis la dissolution de la junte fin mars.

Depuis le scrutin décriée de novembre, la junte du généralissime Than Shwe s’est autodissoute et a passé la main, fin mars, à un gouvernement dit “civil” mais entièrement contrôlé par les militaires.


août 9 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi commémore le soulèvement réprimé de 1988

source : APF

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi participe à une cérémonie commémorant le soulèvement réprimé de 1988, le 8 août 2011 à Rangoun (AFP, Soe Than Win)

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, libérée en novembre de résidence surveillée, a participé lundi à une cérémonie commémorant le soulèvement réprimé du 8 août 1988, qui a fait d’elle une héroïne nationale.

La date symbolique du 8-8-88 avait marqué le début d’un soulèvement populaire, animé par des étudiants et qui avait attiré dans les rues des centaines de milliers de personnes. Le pouvoir avait vacillé et six semaines s’étaient écoulées avant une violente répression qui avait fait quelque 3.000 morts.

“Je voudrais que vous tous, vous pensiez à ce qui s’est passé et que vous ne l’oubliiez pas”, a-t-elle écrit dans le livre d’or d’un monastère de Rangoun où 400 personnes ont assisté à cette cérémonie.

La lauréate du prix Nobel de la paix, qui vivait à Londres, était rentrée en Birmanie au chevet de sa mère malade en avril 1988. Elle n’est jamais repartie.

La fille du héros de l’indépendance Aung San a vite pris un rôle de premier plan dans le mouvement pro-démocratique, qui la conduira dès l’année suivante à sa première assignation à résidence par la junte. Elle a passé la majeure partie des 20 dernières années enfermée.

En 1990, sa Ligue nationale pour la démocratie (LND), aujourd’hui dissoute, avait remporté les élections, mais la junte ne l’avait jamais autorisée à prendre le pouvoir.

Lors de la cérémonie de lundi l’accompagnait Win Htein, son responsable de la sécurité, qui avait participé aux événements de 1988 et qui a passé la majorité des années suivantes en prison.

“Ce que je ressens aujourd’hui, c’est le souvenir de tous ces gens et ces étudiants qui ont perdu la vie pour la démocratie, et pas seulement en 1988. Je me souviens aussi des étudiants militants qui ont commencé en 1988 et qui sont toujours en prison aujourd’hui”, a déclaré cet homme de 70 ans à l’AFP.

Depuis les élections décriées de novembre, la junte du généralissime Than Shwe s’est auto-dissoute et a passé la main fin mars à un gouvernement dit “civil” mais entièrement contrôlé par les militaires.