juil 28 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi appelle à un cessez-le-feu entre armée et minorités

Birmanie: Mme Suu Kyi appelle à un cessez-le-feu entre armée  et minoritésL’opposante Aung San Suu Kyi a appelé jeudi à un cessez-le-feu immédiat entre l’armée birmane et plusieurs groupes rebelles ethniques, dans sa première lettre ouverte au nouveau président “civil” birman.

L’opposante Aung San Suu Kyi a appelé jeudi à un cessez-le-feu immédiat entre l’armée birmane et plusieurs groupes rebelles ethniques, dans sa première lettre ouverte au nouveau président “civil” birman.

“Je voudrais demander sincèrement un cessez-le-feu immédiat et la résolution pacifique des conflits récents, dans l’intérêt de tous les groupes ethniques” du pays, a-t-elle écrit dans ce texte également adressé aux représentants de plusieurs minorités.

“La réconciliation nationale ne peut pas être construite par des moyens militaires”, a-t-elle ajouté, alors que le régime l’a récemment mise en garde contre la poursuite de ses activités politiques.

De nombreux groupes minoritaires, qui représentent un tiers des 50 millions d’habitants de la Birmanie, n’ont jamais pacifié leurs rapports avec le pouvoir central depuis l’indépendance en 1948. Depuis, une guerre civile oppose la capitale à certains de ces groupes, qui réclament plus de droits et d’autonomie.

Les combats se sont intensifiés ces derniers mois entre l’armée et plusieurs groupes rebelles, dans le nord et l’est du pays.

“Je suis prête à me battre autant que je peux pour soutenir un cessez-le-feu et un processus pacifique”, a ajouté Suu Kyi.

La prix Nobel de la paix, libérée de sept années de résidence surveillée une semaine après les élections décriées de novembre, semble tester depuis quelques semaines les limites de sa liberté, alors que le régime, par l’intermédiaire du quotidien officiel New Light of Myanmar, lui a demandé de cesser ses activités politiques.

Elle a annoncé en juin une tournée politique, dont la date n’a pas été précisée, puis effectué début juillet son premier déplacement hors de Rangoun, à Bagan (centre), où elle a attiré des admirateurs émus. Sans pour autant se départir d’un cadre strictement privé.

Selon une source au sein de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), son parti dissous, elle prévoit un autre voyage début août.

“Elle va aller méditer pendant environ trois jours dans un monastère à Rangoun, et après elle ira probablement à Bago”, au nord de Rangoun, a indiqué cette source, sans préciser si le voyage serait politique ou privé.

New Light of Myanmar l’a également mise en garde contre son projet de tournée politique, qui risquerait d’entraîner “le chaos et des émeutes”.

Elle a rencontré lundi pour la première fois un ministre du gouvernement, un événement salué par les observateurs qui doutent malgré tout qu’il réponde aux demandes de mesures concrètes de la communauté internationale.

Depuis les élections de novembre, la junte du généralissime Than Shwe s’est auto-dissoute et a passé la main fin mars à un gouvernement dit “civil” mais entièrement contrôlé par les militaires. Le nouveau président n’est autre que le Premier ministre sortant et ex-général Thein Sein.


juil 25 2011

Le régime birman entame un dialogue avec Aung San Suu Kyi

source : lacroix

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi a rencontré lundi 25 juillet pour la première fois un ministre du nouveau gouvernement civil

De nombreux observateurs doutent de la sincérité du régime birman dans cette démarche jugée très symbolique

Quelle est la portée réelle de cette rencontre entre un représentant du gouvernement et le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi ?

L’annonce de cette rencontre avait été largement diffusée dans les médias officiels birmans depuis la semaine dernière. Le nouveau régime « civil », composé d’anciens militaires de la junte, voulait montrer sa bonne foi après avoir annoncé sa volonté d’entamer un dialogue avec l’opposition politique birmane. De fait, Aung San Suu Kyi, libérée en novembre dernier après sept années de résidence surveillées et au lendemain des dernières élections, très décriées, a bien rencontré lundi 25 juillet le ministre du Travail, Aung Kyi, pendant plus d’une heure.

Symboliquement, de nombreux observateurs se félicitent de cet événement sans pour autant y voir une avancée déterminante pour la démocratie en Birmanie. De fait, le ministre a simplement parlé d’un entretien qui a « abordé des questions d’ordre public et l’apaisement des tensions, pour le bénéfice du peuple », soulignant qu’il s’agissait d’une « première rencontre », laissant présager d’autres entretiens de ce genre. Aung San Suu Kyi a quant à elle évité tout commentaire direct, réaffirmant travailler pour le « bénéfice du peuple ».

La pression américaine joue-t-elle un rôle dans ce début de dialogue ?

Incontestablement. Alors que la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton terminait mardi 26 juillet une longue tournée de 11 jours en Asie, elle a envoyé plusieurs messages très clairs au régime birman appelant à la fin d’un régime militaire et la mise en place d’un véritable gouvernement démocratique. « Les autorités birmanes peuvent se différencier du régime militaire précédent en montrant qu’elles sont en effet un « nouveau gouvernement civil » qui est sensible aux aspirations démocratiques et aux intérêts du peuple » a-t-elle déclaré à Bali au cours d’une rencontre avec les pays de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean).

Depuis deux ans, les États-Unis ont recherché le dialogue avec la junte birmane après avoir constaté qu’une politique d’isolement de la junte avait échoué. Tout en maintenant les sanctions économiques, Washington ne cesse de demander la libération de 2000 prisonniers politiques, un dialogue avec les minorités et un processus de démocratisation. Ainsi, après les élections très critiquées en novembre dernier, les premières en 20 ans, la junte a officiellement été dissoute fin mars et ses pouvoirs transmis à un président civil, l’ancien général Thein Sein. Les militaires gardent toutefois le contrôle des institutions. Dans ce contexte, Washington n’est pas dupe mais reste convaincu que le nouveau régime est plus favorable à un dialogue.

Le régime actuel laissera-t-il Aung San Suu Kyi jouer un rôle politique ?

Là est toute la question. Pour le moment, la Nobel de la paix a peu de marge de manœuvre. Elle a pu effectuer un déplacement hors de Rangoun il y a quelques mois, mais dans un cadre strictement privé. Sa popularité en province reste très forte et le régime ne souhaite pas la voir mobiliser les foules contre lui. Pour le moment, la ligne politique d’Aung San Suu Kyi est d’utiliser les marges que le régime lui donne, sans vouloir les transgresser. Le régime profite de ce contexte pour donner l’impression de vouloir dialoguer et faire avancer les choses.

« Si le ministre reprend les conversations avec elle, explique Renaud Egreteau, spécialiste de la Birmanie à l’Université de Hong Kong, c’est que le régime souhaite obtenir quelque chose de la communauté internationale, notamment des États-Unis et de l’Union européenne. » Le régime demande notamment la levée des sanctions économiques américaines et européennes.

À Washington et Bruxelles on se veut prudent. Les soupçons de développement d’un programme nucléaire secret de la part de la Birmanie, en lien étroit avec la Corée du Nord, compromettent ce qu’un haut responsable américain a qualifié de « légitimité internationale », ce qui permettrait à ce pays de revenir dans le concert des nations, et notamment prendre la présidence tournante de l’Asean en 2014. Il faudra plus qu’une nouvelle rencontre avec Aung San Suu Kyi pour convaincre la communauté internationale de la bonne foi du nouveau régime birman.

Dorian MALOVIC


juil 24 2011

Le régime birman est à un tournant et doit choisir sa voie

source : romandie.com

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a appelé samedi les autorités birmanes, qui sont à un tournant, à choisir entre la poursuite d’un régime militaire et la mise en place d’un véritable gouvernement civil démocratique.

Les autorités de Naypyidaw peuvent se différencier du régime militaire précédent en montrant qu’elles sont en effet un +nouveau gouvernement civil+, qui est sensible aux aspirations démocratiques et aux intérêts du peuple (…) ou elles peuvent continuer leur chemin actuel, a-t-elle déclaré à Bali (Indonésie), lors d’une réunion sur la sécurité en Asie.

Après les élections décriées de novembre, les premières en vingt ans, la junte a officiellement été dissoute fin mars et ses pouvoirs transmis à un président civil, l’ancien général Thein Sein. Mais les militaires gardent le contrôle des institutions.

Washington avait décidé fin 2009 d’entamer un dialogue avec la junte, estimant que la politique des Occidentaux visant à isoler les généraux avait échoué. Mais les Etats-Unis avaient malgré tout décidé de maintenir leurs sanctions, qui ont été récemment renouvelées.

La communauté internationale attend du gouvernement de faire des progrès concrets et mesurables pour répondre à notre inquiétude, y compris en libérant de façon inconditionnelle ses plus de 2.000 prisonniers politiques, en menant un dialogue significatif et inclusif avec l’opposition et les minorités ethniques, y compris Aung San Suu Kyi, a ajouté Mme Clinton.

La lauréate du prix Nobel de la paix a été libérée de résidence surveillée une semaine après les élections de novembre auxquelles son parti dissout par la junte, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), n’a pas participé.

Elle a début juillet effectué son premier déplacement en dehors de Rangoun, un déplacement privé avec son fils lors duquel elle a attiré des admirateurs émus.

Mais la question reste entière de sa capacité à effectuer la véritable tournée politique qu’elle a annoncée, après les avertissements du quotidien officiel New Light of Myanmar qu’un tel voyage pourrait entraîner le chaos et des émeutes.

Mme Clinton a également appelé le régime birman à respecter (…) ses obligations de non prolifération nucléaire.

Les Etats-Unis soupçonnent depuis le début des années 2000 la Birmanie de développer un programme nucléaire et de développer des liens dans ce but avec la Corée du Nord, selon des notes diplomatiques publiées par WikiLeaks.

En juin 2010, la Democratic Voice of Burma (DVB), une télévision d’exilés birmans basée en Norvège, avait cité un officier transfuge de l’armée birmane et des documents top secrets pour dénoncer un programme nucléaire avec Pyongyang.

La junte avait dénoncé des accusations sans fondement (…) politiquement motivées.

Un haut responsable américain a ajouté samedi que sans ces réformes, la Birmanie manquerait de la légitimité internationale nécessaire pour que l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean) accepte de lui octroyer sa présidence en 2014.


juil 22 2011

En Birmanie, (presque) rien de nouveau

source : gavroche

Le renouvellement pour un an des sanctions européennes en avril illustre l’absence d’alternative. Faute d’une véritable brèche dans le régime, les puissances occidentales sont reléguées au rang de spectateurs.

Robert Cooper est, sur le papier, l’un des diplomates les plus influents à Bruxelles. Ce vétéran du Foreign office, qui seconda longtemps le Haut représentant de l’Union européenne Javier Solana, est désormais l’un des « missi dominici » de celle qui a succédé au vétéran espagnol : la baronne britannique Catherine Ashton. Le fait de voir M. Cooper débarquer voici peu à Rangoon pour y rencontrer notamment Aung San Suu Kyi laisse donc à penser que les Vingt-Sept cogitent. Quoi faire, alors que depuis les élections sous contrôle de novembre 2010, le pouvoir militaire birman parait une fois encore avoir consolidé sa position, en profitant des capitaux chinois, thaïlandais, singapouriens et autres qui affluent toujours ? Que dire, surtout, alors que la baisse de la production d’opium, en baisse en Afghanistan, reprend de plus belle dans le Triangle d’Or, résultat de mauvaises conditions climatiques et du renforcement des troupes de l’Otan ces vingt derniers mois ?

La réponse est assez simple et il n’est pas agréable de l’écrire : pour l’heure, les diplomaties occidentales demeurent démunies face aux généraux de Rangoon. Les arguments ne manquent pourtant pas pour reconduire les sanctions, comme cela a été fait par l’Union européenne en avril pour un an. La popularité d’Aung San Suu Kyi, égérie de la démocratie mondialisée, est aussi intacte, et son portrait continue de flotter devant le parlement européen à Bruxelles. Mais au delà des mots, tout manque. L’efficacité des sanctions est réduite. La Chine n’en a que faire et poursuit son avancée vers le sud, via la Birmanie. L’Inde observe, plus inquiète des velléités stratégiques de Pékin que de la répression au « Myanmar ». Les 2 200 prisonniers politiques connus – leur nombre réel est sans doute plus élevé – qui croupissent dans les geôles birmanes comptent parmi les détenus les plus ignorés de la planète. L’amnistie aux prisonniers, offerte par les autorités le 17 mai 2011, s’est avérée une farce, avec un an de remise de peine généralisée.

Le piège s’est refermé sur l’Occident. Trop occupés ailleurs, l’Europe et les états-Unis ont, de fait, accepté de confier le dossier birman à l’Asean depuis la sanglante répression de la révolte des moines de septembre 2007. à charge pour leurs alliés asiatiques de contenir les diables kakis de Naypyidaw, la nouvelle capitale birmane. Résultat: « Aussi longtemps que les gouvernements occidentaux se trouveront coincés par les réformes largement cosmétiques, l’impasse perdurera », prédisait, en mai dernier, l’hebdomadaire The Economist, ironisant sur le surnom donné à l’ex-Birmanie par les diplomates en place à Rangoon : « La république chinoise de l’Union de Myanmar ».

Il faut, en somme, trouver des raisons de durcir le ton. Ou, au contraire, de désserrer l’étau. Et c’est là, peut-être, que les mois à venir vont apporter leur petit lot d’éléments nouveaux. La reprise de la production d’opium dans le Triangle d’Or, confirmée par l’office des Nations unies à Vienne, présente de ce point de vue en effet un risque pour les généraux birmans. Car, même si les seigneurs locaux de la drogue bénéficient, à coup sur, de complicités haut placées au sein de la mafia chinoise et des capitales voisines, personne à Pékin ou Washington n’a envie de revoir cette région redevenir un abcès opiacé. Suivre de près la courbe des ventes de stupéfiants en provenance de la Birmanie est peut-être, aujourd’hui, l’un des indicateurs les plus pertinents pour juger de la volonté, ou non, de la communauté internationale d’intervenir et de redéfinir une « politique birmane ». Preuve que le commerce de la pâte brune d’opium, de la poudre blanche ou des amphétamines inquiète plus les gouvernements occidentaux que les atteintes aux droits de l’homme. Aussi flagrantes soient-elles.

RICHARDWERLY

Correspondant pour les affaires
européennes du Temps (Genève),
ancien correspondant à Bangkok et
Tokyo.


juil 19 2011

Birmanie : Aung San Suu Kyi rend hommage à son père, héros de l’indépendance

source : AFP

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi rend hommage à son père, lors de la “Journée des martyrs”, le 19 juillet 2011 à Rangoun (AFP, Soe Than Win)

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, accompagnée de centaines de ses partisans, a rendu hommage mardi à son père Aung San, héros de l’indépendance, pour sa première participation en neuf ans à la très officielle “journée des Martyrs”.

Le général Aung San, alors Premier ministre et plusieurs de ses ministres, ont été assassinés le 19 juillet 1947, quelques mois avant que la Grande-Bretagne n’accorde officiellement son indépendance à la Birmanie.

La lauréate du prix Nobel de la paix, 66 ans, a d’abord déposé des fleurs dans la matinée auprès du mémorial honorant son père et d’autres figures de l’indépendance, lors d’une cérémonie sous haute sécurité organisée par le régime et à laquelle elle avait été conviée.

Des centaines de partisans s’étaient rassemblés devant le siège de son parti dissous par la junte, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), où Mme Suu Kyi a ensuite rencontré des diplomates occidentaux, a constaté une journaliste de l’AFP.

Beaucoup de ces militants ont plus tard suivi la dissidente qui s’est rendue pour la deuxième fois au mausolée des martyrs, en voiture. Les autorités ont laissé ces centaines de personnes franchir les postes de sécurité aux abords du site, tout en photographiant la foule.

Mme Suu Kyi n’avait pu participer à cette cérémonie depuis 2002, l’année précédant sa dernière arrestation. Elle n’a été libérée qu’en novembre 2010 après sept ans de résidence surveillée.

“La lutte pour la mise en place d’un nouvel Etat démocratique a été mise à mal” par l’assassinat de Aung San et des autres “martyrs”, a rappelé la LND dans un communiqué.

La LND “continuera à mener scrupuleusement son obligation historique pour l’émergence d’une Union véritablement démocratique en surmontant tout obstacle qu’elle devra affronter”, a-t-elle ajouté.

L’invitation lancée par le régime à Mme Suu Kyi et le rassemblement de ses partisans sont intervenus quelques jours après son premier voyage en province depuis sa libération, au cours duquel elle a attiré des admirateurs émus.

Mais les analystes estiment que le régime ne fermera pas les yeux sur de futures activités politiques.

Ce voyage à Bagan (centre) avec son fils avait été décrit comme strictement privé. Mais elle a aussi évoqué sa volonté d’organiser une tournée en province.

Un projet en suspens après les avertissements du quotidien officiel New Light of Myanmar qu’il pourrait entraîner “le chaos et des émeutes”.

Depuis sa libération, la junte a passé le flambeau à un régime aux apparences civiles, mais qui reste entre les mains des militaires.


juil 17 2011

L’invitation de la junte

source : lefigaro.fr

J’ai toujours du mal à penser que la junte n’a pas d’arrière-pensées…

L’opposante Aung San Suu Kyi a été invitée par le régime birman à célébrer mardi la “journée des martyrs”, en hommage à neuf figures de l’indépendance assassinées en 1947 dont son père, le général Aung San, a-t-on indiqué aujourd’hui de source birmane.

C’est la première fois depuis neuf ans que la lauréate du prix Nobel de la paix peut participer à cette cérémonie. Elle avait été libérée en novembre 2010 après sept ans de résidence surveillée. “L’invitation à participer à la journée des martyrs a été envoyée jeudi au domicile de Mme Aung San Suu Kyi. Elle devrait y participer”, a indiqué une source gouvernementale birmane ajoutant que le maire de Rangoon dirigerait la cérémonie au mausolée. Une source proche de l’opposante a confirmé qu’elle serait bien présente. Selon des sources au sein de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, dissoute), l’opposante avait prévu une cérémonie alternative et une marche des militants depuis le siège du parti vers le mausolée, si elle n’était pas invitée.

Le 19 juillet 1947, quelques mois avant l’indépendance du pays, plusieurs ministres et le premier ministre, le général Aung San, avaient été abattus. Le père d’Aung San Suu Kyi reste encore aujourd’hui considéré comme un héros national.

L’icône de la démocratie vient de boucler son premier voyage en province depuis sa libération, au cours duquel elle a attiré des admirateurs émus. Mais les analystes estiment que le régime ne fermera pas les yeux sur de futures activités politiques.
Ce voyage à Bagan (centre) avec son fils avait été décrit comme strictement privé. Mais elle a aussi évoqué sa volonté d’organiser une tournée en province. Un projet en suspens après les avertissements du quotidien officiel New Light of Myanmar qu’il pourrait entraîner “le chaos et des émeutes”. Depuis sa libération, la junte a passé le flambeau à un régime aux apparences civiles, mais qui reste entre les mains des militaires.


juil 14 2011

Birmanie : Crimes de guerre contre des prisonniers utilisés comme porteurs

source : human rights watch

Le recours abusif et systématique au travail des détenus doit faire l’objet d’une enquête des Nations Unies

(Bangkok, le 13 juillet 2011) - Les abus commis par l’armée birmane envers des prisonniers contraints à servir de porteurs sur le front dans des conditions très dangereuses constituent des crimes de guerre, ont déclaré Human Rights Watch et l’association Karen Human Rights Group (Groupe Karen pour les droits humains) dans un rapport commun publié aujourd’hui.

Le rapport de 70 pages, intitulé « Dead Men Walking: Convict Porters on the Front Lines in Eastern Burma » (« Au péril de leur vie : Les détenus utilisés comme porteurs sur les lignes de front de l’est birman »), expose en détails les exactions dont les porteurs sont victimes : exécutions sommaires, torture, et l’utilisation des détenus comme « boucliers humains ». L’armée devrait cesser de recruter de force des prisonniers comme porteurs et de les maltraiter, et les responsables qui ordonnent de telles pratiques ou y participent devraient être poursuivis en justice, ont souligné les deux associations.

« Les prisonniers utilisés comme porteurs sont pour l’armée birmane des bêtes de somme remplaçables à volonté, qui transportent du matériel au travers de champs de bataille truffés de mines », a affirmé Elaine Pearson, directrice adjointe pour l’Asie chez Human Rights Watch. « Contraindre les prisonniers à servir en première ligne au péril de leur vie, c’est un cran supplémentaire franchi dans la cruauté de l’armée birmane. »

Compte tenu du refus de longue date du gouvernement birman d’enquêter sur les exactions commises par ses propres soldats, les gouvernements étrangers préoccupés par ces exactions devraient soutenir la création d’une commission d’enquête placée sous l’égide des Nations Unies, concernant les violations du droit international humanitaire et des droits humains en Birmanie.


Le rapport s’appuie sur 58 entretiens menés avec des prisonniers employés comme porteurs qui ont pu s’échapper, après avoir servi lors d’opération militaires dans l’État Karen et la région de Pegu de 2010 à 2011. Les prisonniers porteurs ont décrit les exécutions sommaires, les actes de torture et les passages à tabac dont ils ont été les témoins ou les victimes, ainsi que la façon dont ils ont été utilisés comme « boucliers humains » pour déclencher des mines ou protéger les soldats contre des tirs. Ils ont également raconté qu’on leur refusait tout traitement médical, de même qu’une nourriture suffisante et un logement adapté.

« Nous étions en train de transporter des provisions au camp, quand un porteur a marché sur une mine et perdu sa jambe », a raconté un porteur qui a pu s’échapper. « Les soldats l’ont laissé là, il hurlait, mais personne ne l’a aidé. Quand on est redescendu de la montagne, il était mort. J’ai levé les yeux et j’ai vu des lambeaux de ses habits dans les branches, et un morceau de sa jambe dans un arbre. »

Les porteurs interviewés étaient des hommes de 20 à 57 ans, condamnés pour des motifs allant du délit mineur au crime aggravé. Les autorités pénitentiaires ont sélectionné ces hommes parmi des groupes de 30 à 150 détenus par prison, choisis apparemment au hasard dans des centres de détention de tout le pays, y compris des camps de travail, des prisons de haute sécurité et des prisons locales. Les détenus ont été amenés dans des zones de transit où étaient rassemblés entre 500 et 700 prisonniers, qui ont ensuite été affectés à différentes unités de l’armée birmane. Une fois transférés sur le front, ils ont été maintenus en service pour une durée indéterminée, dans des conditions inhumaines et dangereuses, et sans percevoir de rémunération. Aucun des détenus interrogés ne s’était porté volontaire pour cette mission.
« La pratique barbare consistant à utiliser des détenus comme porteurs est un trait marquant du conflit armé en Birmanie depuis au moins 20 ans, exposant ces prisonniers aux risques du conflit armé au mépris total de leur sécurité », a déclaré Poe Shan, directeur de l’association Karen Human Rights Group. « L’armée force également d’autres civils à travailler comme porteurs, mais dans la mesure où ceux-ci fuient souvent les zones de conflit, le recours aux prisonniers reste de mise. »

Les deux associations ont souligné que l’utilisation de détenus comme porteurs n’est en aucun cas une pratique isolée, localisée, ou une dérive de quelques unités ou commandants : on dispose depuis 1992 d’informations crédibles attestant de sa persistance. Les autorités birmanes ont déjà reconnu par le passé l’existence de telles pratiques, mais ont prétendu que les prisonniers n’étaient pas exposés aux hostilités.

L’Organisation internationale du Travail (OIT) a interpelé le gouvernement birman à plusieurs reprises depuis 1998 sur la question des prisonniers utilisés comme porteurs, mais le problème persiste, tout particulièrement en période d’opérations militaires offensives de grande ampleur. Malgré le travail remarquable mené par l’OIT pour lutter contre le travail forcé dans le centre de la Birmanie, le recours par l’armée au travail forcé des civils et des détenus comme porteurs dans les zones de conflit ethniques ne montre aucun signe de diminution, selon les deux associations.

« De récents témoignages d’anciens détenus utilisés comme porteurs indiquent que les méthodes abusives de l’armée birmane n’ont pas évolué depuis le simulacre d’élections de l’année dernière », a affirmé Poe Shan. « Le traitement brutal réservé aux porteurs n’est qu’une des nombreuses facettes des atrocités commises par l’armée à l’encontre des civils dans les zones de conflit ethnique. » Depuis l’obtention de l’indépendance en 1948, le gouvernement birman a eut recours à des tactiques anti-insurrectionnelles particulièrement brutales à l’encontre des minorités ethniques. Parmi ces tactiques figurent notamment l’attaque délibérée de villes et villages peuplés de civils, le déplacement et la réinstallation forcée des populations à très grande échelle, la torture, les exécutions extrajudiciaires, le viol et d’autres violences sexuelles contre les femmes et les jeunes filles, et le recours aux enfants soldats. Des groupes ethniques armés ont également été impliqué dans des exactions telles que l’utilisation aveugle des mines terrestres, le travail forcé des civils, et le recrutement d’enfants soldats. Ces abus ont suscité des appels de plus en plus pressants pour créer une commission d’enquête des Nations Unies afin d’examiner les allégations de longue date dénonçant des violations du droit international humanitaire et des droits humains en Birmanie.Human Rights Watch et Karen Human Rights Group ont établi que de graves exactions équivalant à des crimes de guerres sont perpétrées avec la complicité, ou à la connaissance de responsables civils et militaires de haut-rang. Les officiers et les soldats commettent des atrocités en toute impunité. Des enquêtes crédibles, impartiales et indépendantes sont nécessaires pour faire la lumière sur les graves violations commises par toutes les parties aux conflits armés internes de la Birmanie, selon les deux organisations.

Les deux associations ont pressé les 16 pays qui se sont déjà prononcés en faveur d’une commission d’enquête placée sous l’égide des Nations Unies de faire figurer la création d’une telle commission dans la prochaine résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU sur la Birmanie.

« L’ASEAN et les gouvernements de l’Union Européenne devraient arrêter d’espérer que les choses vont s’améliorer comme par magie en Birmanie, et feraient mieux de plaider avec fermeté pour une commission d’enquête de l’ONU », selon Elaine Pearson. « Chaque jour qui passe sans que la communauté internationale n’agisse, est un nouveau jour où l’armée birmane peut contraindre d’autres porteurs à servir au péril de leur vie. »

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Témoignages de détenus employés comme porteurs qui se sont échappés :
Tous les noms utilisés sont des pseudonymes.

« Le 20 décembre 2010, ils [les responsables de la prison] ont appelé des noms, les uns après les autres [à la prison de Pya, dans la région de Pegu]. Ils nous ont ordonné de nous mettre en ligne et nous ont dit qu’on allait faire porteurs. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, ‘porteur’. Je n’en avais jamais entendu parler. [La police] a emmené 25 personnes dans un camion. Ils ont bâché entièrement le camion. On ne voyait rien de ce qui se passait dehors. On avait parfois du mal à respirer. On devait porter des uniformes de prisonniers, et ils nous ont enchaîné les jambes, deux par deux.”

- «Kyaw Min», ancien prisonnier porteur, janvier 2011

« Je me suis sauvé avec deux autres prisonniers vers 10 heures du soir. En chemin, on s’est fait attraper par des soldats d’une autre unité, vers 1 heure du matin. Ces quatre soldats nous ont frappés avec des grands bâtons, partout sur le corps. Les soldats m’ont attaché les mains dans le dos, et m’ont liés les chevilles en maintenant mes jambes étirées bien droites. L’un des soldats a pris un gros bambou et m’a violemment frotté les tibias avec pendant une heure. Il y avait cinq ou sept soldats, à ce moment-là, et ils étaient complètement saouls. Ils voulaient savoir pourquoi on étaient partis, et on leur a dit qu’on avait peur. Ils se sont fâchés, en disant ‘Tu n’aimes pas ton pays alors ?‘ Un sergent est arrivé et m’a hurlé dessus : ‘Si tu essaies encore de t’échapper, je te tues !’ ».

- «Tun Mok», ancien prisonnier porteur, février 2011

« Le jeune garçon leur a dit [aux soldats birmans], ‘Si je me sauve vous allez me tirer dessus‘. Ils ont répondu ‘Non, on ne va pas te tuer. Tu peux y aller‘. Ils ont ordonné au type de se mettre à courir. Au moment même où il s’engageait dans la descente vers la gorge, ils lui ont tiré dans le dos. Et ils nous ont dit, ‘Vous voyez ce qui se passe les gars ? Si vous n’êtes pas capable de grimper, on vous tuera.‘ On avait très peur. »

- «Matthew», ancien prisonnier porteur, janvier 2011

« Les soldats nous ont dit le soir qu’il y avaient beaucoup de combats dans la montagne, et qu’on aurait de la chance si on était encore en vie la nuit suivante. On est tous mort, j’ai pensé. Vivant ou mort, ici ça revient au même. Alors 15 d’entre nous ont décidé de s’échapper. On a traversé la rivière vers la rive côté thaïlandais. On a entendu les sit-tha [les soldats birmans] qui criaient, ‘Ne vous sauvez pas ! Ne vous sauvez pas !’ Je me suis retourné pour regarder et j’ai été touché par la première balle. Ils nous ont tirés dessus quatre fois, il me semble. La balle m’a atteint à l’épaule droite et m’a brisé le bras. Ça m’a projeté au sol. Sur le coup j’étais complètement étourdi, les autres, ils se sont simplement sauvés. »

- « Tun Tun Aung», ancien prisonnier porteur, février 2011


juil 11 2011

Nettoyage ethnique en Birmanie

source : lemonde.fr

Des soldats de l'ethnie kachin après des combats avec les troupes  birmanes en juin 2011.

Des soldats de l’ethnie kachin après des combats avec les troupes birmanes en juin 2011.REUTERS/HO

Un “nettoyage ethnique” est en cours dans l’Etat kachin, dans l’extrême nord de la Birmanie, a déclaré un prêtre catholique réclamant l’anonymat à l’agence catholique Fides. Depuis trois semaine, cette région a vu les combats entre l’armée et les rebelles de l’Armée indépendante kachin (KIA) se raviver.

Les prêtres et religieuses du diocèse de Myitkyina (qui couvre le territoire de l’Etat kachin) “font tout leur possible pour aider les réfugiés de l’ethnie kachin, presque tous chrétiens, et victimes d’une brutale répression menée par l’armée”, a confié ce prêtre qui a tu son nom pour des raisons de sécurité.

“Des femmes, enfants et vieillards sont à la merci des soldats. Dans les villages kachin, ils tuent des vieillards et des enfants, violent les femmes, brûlent les maisons, confisquent des propriétés. Ils ont recours à des méthodes cruelles pour parvenir au nettoyage ethnique”, a-t-il ajouté, parlant de “vrai drame humanitaire”.

PLUS DE 20 000 DÉPLACÉS

D’après l’agence Fides, plus de 20 000 personnes ont déjà fui les villages vers des lieux plus sûrs. A l’origine de ces affrontements, l’accord conclu entre le gouvernement birman et la Chine concernant la construction d’un barrage. Celui-ci entraînera l’évacuation de nombreux villages où vivent les populations kachin.

Selon des sources de Fides, la junte birmane, sous pression internationale, se dit prête à un cessez-le feu mais déploie dans le même temps des forces substantielles et des équipements militaires pour lancer une offensive finale contre les rebelles cachés dans les forêts.

La presse officielle birmane les avait accusés d’être à l’origine des combats, assurant que l’armée n’avait fait que riposter pour protéger le projet hydroélectrique et ses employés chinois. La KIA, qui compterait au moins quelques milliers de combattants, a jadis été l’une des plus puissantes rebellions de Birmanie.


juil 7 2011

Un diplomate birman fait défection

source : AP

Un diplomate birman de haut rang en poste à l’ambassade de son pays à Washington a fait défection aux États-Unis.

L’ancien chef de mission adjoint Kyaw Win réclame aussi l’asile politique dans une lettre adressée à la secrétaire d’État Hillary Clinton et dont l’Associated Press a obtenu copie.

Kyaw Win prévient par ailleurs que la répression est en hausse dans son pays, en dépit de la tenue d’élections présentées comme «démocratiques», et demande aux États-Unis d’adopter des sanctions ciblées contre les dirigeants birmans et leurs proches.

Il déclare que sa conscience ne lui permet plus de continuer à servir le régime birman.

Kyaw Win ajoute que la junte militaire demeure le véritable pouvoir en Birmanie; qu’elle cherche à museler ceux qui réclament la démocratie, les droits humains et les libertés individuelles; et que des menaces ont été formulées à l’encontre de la principale dissidente birmane, Aung San Suu Kyi.

Kyaw Win, qui sert au sein du ministère birman des Affaires étrangères depuis 31 ans, dit craindre de rentrer chez lui, en raison de ses efforts pour améliorer les relations bilatérales entre son pays et les États-Unis. Il demande aux responsables américains de mettre sur pied une commission d’enquête internationale pour se pencher sur les crimes contre l’humanité qui seraient commis en Birmanie.


juil 6 2011

Birmanie : des admirateurs émus autour d’Aung San Suu Kyi en province

source : AFP

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, lors de sa visite au mont Popa, le 6 juillet 2011 à Kyauk Padaung, près de Mandalay (AFP, Soe Than Win)

Des Birmans émus se sont spontanément rassemblés mercredi à Bagan (centre) autour de l’icône de la démocratie Aung San Suu Kyi lors de sa première sortie de Rangoun depuis sa libération, un voyage privé qui prend malgré tout des allures de test de popularité.

Une foule de 150 personnes attendaient la lauréate du prix Nobel de la paix après un déjeuner avec son fils Kim Aris dans l’ancienne capitale impériale.

“Merci beaucoup”, a-t-elle déclaré à ses admirateurs, dont certains pleuraient pendant qu’elle signait des autographes et posait pour des photos.

“J’essaierai de revenir”, a-t-elle ajouté avant de retourner à son hôtel.

Mme Suu Kyi est arrivée lundi à Bagan, l’un des plus beaux sites architecturaux au monde, pour un voyage décrit comme strictement privé.

La dissidente, suivie en permanence pendant ce déplacement par des policiers en civil, s’est abstenue de toute déclaration politique.

Un silence dont elle n’était pas coutumière avant son précédent placement en résidence surveillée en 2003, et qui intervient après qu’elle eut été sommée récemment par les autorités de cesser ses activités politiques et de bien peser les risques que représenterait une tournée en province.

Elle avait indiqué fin mai préparer une tournée dans le pays, un test grandeur nature de sa popularité après sa libération de résidence surveillée en novembre, et le boycottage des dernières élections par son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND, dissoute).

Elle a depuis indiqué qu’elle effectuerait sa tournée seulement après la saison des pluies, qui dure tout l’été.

En 2003, Mme Suu Kyi et son équipe avaient été agressées en province dans une embuscade semble-t-il orchestrée par la junte, qui avait fait une centaine de morts selon la LND, quatre selon la junte. L’agression avait conduit à son placement en résidence surveillée pour sept ans.