fév 25 2011

La « Dame » renforce l’opposition avec prudence

source : lacroix

Celle que ses partisans appellent ainsi manœuvre avec précaution sur la scène politique birmane. Elle essaie de tisser un réseau de militants et compte de nombreux partisans parmi les jeunes

Assis en tailleur au quatrième étage d’un immeuble quelconque de Rangoun, une dizaine de jeunes fredonnent « We shall overcome » (« Nous triompherons »), la chanson de protestation que Martin Luther King avait entonnée à la fin d’un de ses discours.

C’est ainsi qu’ils terminent leur journée d’études à l’Institut Bayda, un centre de formation en sciences sociales, animé par l’ancien prisonnier politique Myo Yan Naung Thein.

« Bayda, la jacinthe d’eau en birman, est symbole de courage et de lutte. C’est une fleur qu’Aung San Suu Kyi pique dans ses cheveux. Notre institut est une des 500 organisations du réseau de jeunes qui soutient la Dame », explique-t-il, en présentant un à un les étudiants de son cours. Ils viennent de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie, mais aussi des campagnes.

Tous n’ont que des paroles élogieuses à l’égard d’Aung San Suu Kyi. Même Myo Yan Naung Thein l’adule, lui qui pourtant ne se privait pas de critiquer la dissidente dans les années 1990, quand il la trouvait trop butée dans sa relation avec la dictature.

Exclus du jeu politique

Depuis novembre, Aung San Suu Kyi a fait peu d’apparitions publiques. Elle n’est pas sortie de Rangoun. Elle n’a donné qu’un seul grand discours devant la foule, au lendemain de sa libération. Pourquoi cette retenue ?

« Un nouveau gouvernement est en formation et un nouveau Parlement vient de se réunir, précise Myo Yan Naung Thein. Laissons les autorités s’occuper de leur lutte de pouvoir interne. Elles ne savent pas ce que nous allons faire. C’est parfait », s’enthousiasme le jeune homme, partisan de cette stratégie d’attente et d’observation.

Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été dissous en mai dernier. La victoire de la LND aux élections de 1990 a été annulée par le régime. Aung San Suu Kyi et ses amis ont boycotté le scrutin de novembre dernier. Ils n’ont aucun représentant dans le nouveau Parlement.

Exclus du jeu politique, réduits à néant par la dure loi de la junte, leur marge de manœuvre semble fort limitée. La Dame de Rangoun consulte des diplomates. Elle rencontre des journalistes. Elle écoute ses proches. En nouant ces contacts, elle essaie de structurer un mouvement démocratique en ruines.

Surmonter la peur

Même cette tâche paraît fastidieuse. U Ha Hla (1) s’y emploie. Ancien avocat d’Aung San Suu Kyi, il tisse un réseau de juristes pour défendre les droits des prisonniers politiques.

« Il est difficile de trouver de bons avocats. Vous n’imaginez pas à quel point le niveau est mauvais à la faculté de droit », critique-t-il. Il a recruté 15 confrères à Mandalay, la seconde ville du pays. Il a plus de mal à trouver des volontaires à la campagne.

« Certains ont peur. Ils ne veulent pas s’afficher avec des proches d’Aung San Suu Kyi », regrette-t-il. U Ha Hla travaille ses dossiers au rez-de-chaussée de son bureau, ouvert sur une rue du centre-ville de Rangoun. Mais il préfère recevoir dans sa mezzanine à l’abri des regards. « Des détectives militaires me suivent. J’essaie de surmonter ma peur », explique-t-il. Il craint d’être arrêté.

Trop “dogmatique”

La stratégie de rassemblement d’Aung San Suu Kyi se heurte à d’importantes dissensions au sein de l’opposition. « Elle et son mouvement manient la pression et le compromis. Nous sommes partisans de la coopération avec le régime », analyse U Khin Maung Swe, le dirigeant de la Force démocratique nationale.

Ce parti d’opposition a réussi à arracher 16 sièges dans le nouveau Parlement. « Pour le moment, nous n’avons pas l’intention de rencontrer le mouvement d’Aung San Suu Kyi », tranche U Khin Maung Swe.

Fatigués par cinq décennies d’immobilisme politique, deux écrivains de Mandalay mettent même en doute l’attachement d’Aung San Suu Kyi à la non-violence. « Nous la soutenons, mais sa stratégie est empreinte de dogmatisme, elle devrait s’adapter à la nature de son ennemi », critique le premier, sous le couvert de l’anonymat.

« Certaines personnes regrettent qu’elle ait reçu le prix Nobel de la paix et qu’elle doive toujours agir de manière pacifique », se désole le second.

Rémy FAVRE, à Rangoun et Mandalay

(1) Ce nom a été changé par sécurité.


fév 24 2011

Aung San Suu Kyi : « Je ne changerai jamais pour une stratégie violente »

source : lacroix

Libre depuis le 13 novembre, Aung San Suu Kyi considère que la non-violence a vocation à progresser dans le monde

Discours de Aung San Suu Kyi pour le 63e anniversaire de l’indépendance de la Birmanie à Rangoun, le 4 janvier 2011. (AFP/Soe Than Win)

ENTRETIEN
Aung San Suu Kyi, dissidente birmane, prix Nobel de la paix

“La Croix” : Quelle est votre stratégie pour apporter la démocratie dans votre pays ?

Aung San Suu Kyi : Nous souhaitons développer la société civile et appeler le gouvernement à considérer nos requêtes et nos revendications. Nous amenons les gens à comprendre qu’ils ont eux-mêmes le pouvoir d’obtenir ce qu’ils veulent. Mais la chose la plus importante, c’est de renforcer leurs capacités. Quels que soient les moyens que nous utilisons, nous souhaitons qu’ils soient non-violents.

Pourquoi pensez-vous que la non-violence est toujours la bonne méthode ?

Parce que la violence a trop souvent été la voie par laquelle le changement politique a été amené en Birmanie. Je crois que nous devons changer la perception selon laquelle seule la violence peut apporter le changement.

Si nous nous cantonnons à cette perception, il y aura de la violence encore et encore, tout le temps. Et quiconque souhaitant apporter du changement sur la scène politique birmane aura recours à la violence, en pensant que c’est le seul moyen.

Rien n’a changé depuis vingt ans en Birmanie…

Non. Je ne vois pas pourquoi certaines personnes disent que la situation est bloquée. Il y a eu beaucoup de changements, même au cours de ces sept dernières années, qui correspondent à ma dernière période d’assignation à résidence.

Il y a maintenant beaucoup plus de jeunes dans notre mouvement. Et ils sont très actifs. Les changements peuvent ne pas être évidents aux yeux de tous. Mais je ne crois pas qu’il y ait des situations qui n’évoluent jamais.

Avez-vous le sentiment que les jeunes sont plus libérés de la peur aujourd’hui qu’il y a sept ans, quand vous étiez libre ?

Pour commencer, je dirais qu’ils sont plus libérés de l’ignorance, grâce à la révolution de la communication et d’Internet. Cette révolution est arrivée en Birmanie, même si le pays est encore très en retard. Ils se libèrent eux-mêmes de l’ignorance, parce qu’ils sont maintenant capables de communiquer avec d’autres jeunes de leur pays et du monde entier, bien plus facilement qu’auparavant.

Je crois que la peur et l’ignorance sont très liées. Ceux qui marchent dans les ténèbres ont peur des ténèbres. Pourquoi ? Parce qu’ils ne voient rien et qu’ils ne savent pas ce qu’ils doivent affronter. Plus on en sait, plus on peut gérer ses peurs.

Vous avez dit dans les années 1990 que vous ne condamniez pas la violence pour ceux qui luttent pour une cause juste, comme votre père, le général Aung San, qui s’est battu pour obtenir l’indépendance des Britanniques. La non-violence est-elle chez vous une stratégie pragmatique ou un principe ?

Les deux. Mon père ne se battait pas contre des Birmans. Il se battait contre des étrangers. Et vous devez comprendre que les temps ont changé. À l’époque, les gens se battaient pour obtenir ce qu’ils voulaient et les droits de l’homme n’étaient pas une grande préoccupation.

Mais même mon père s’est référé à des procédés non-violents dans certains de ses derniers discours. Il a dit ouvertement : « Si nous devons nous battre, nous nous battrons ; mais je préfère une méthode pacifique, car c’est mieux pour le peuple. » Il n’était pas de nature violente.

Pouvez-vous dire que vous ne changerez jamais en faveur d’une stratégie violente ?

Je ne changerai jamais en faveur d’une stratégie violente. Mais je ne condamnerai pas ceux qui pensent que la violence est la seule manière de procéder, car c’est la seule chose qu’ils connaissent en Birmanie. C’est ce que l’histoire leur a enseigné.

En outre, je ne peux pas leur dire : « Ne prenez pas les armes et suivez la voie pacifique », parce que je ne peux pas garantir leur sécurité. À beaucoup d’égards, la voie de la non-violence est plus dangereuse. Nous n’avons pas d’armes et l’autre camp est prêt à utiliser les siennes.

Même Nelson Mandela en Afrique du Sud s’est tourné vers la voie de la violence, en dernier recours…

Et il est revenu à la non-violence à la fin. Voyez-vous, lui aussi a dû évoluer avec son époque. Quand il a choisi la voie de la violence, cela était encore acceptable. Mais je crois que l’idée d’apporter le changement par la violence est devenue de moins en moins acceptable dans le monde. Aujourd’hui, il y a bien d’autres moyens pour obtenir ce que l’on souhaite.

Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial des Nations unies, a proposé d’enquêter dans votre pays à propos de violations des droits de l’homme. Soutenez-vous cette idée d’une commission d’enquête ?

Je la soutiens, car c’est son travail, en tant que rapporteur spécial pour les droits de l’homme, de faire tout ce qu’il considère nécessaire pour découvrir ce qui se passe en matière de droits de l’homme. Les violations des droits de l’homme doivent faire l’objet d’enquêtes pour qu’elles ne se reproduisent pas.

Ne pensez-vous pas qu’une telle proposition effraie encore plus votre gouvernement et ne l’incite pas à engager un dialogue ?

Peut-être. Certaines personnes au gouvernement peuvent avoir peur, si elles pensent qu’elles ont des raisons d’avoir peur. Mais, d’un autre côté, elles doivent comprendre ce que nous disons, à savoir qu’une commission d’enquête ne mène pas forcément à un tribunal.

D’ailleurs, cela peut même être un moyen d’éviter un tribunal. C’est ce qui s’est passé en Afrique du Sud. Il y avait une commission pour la vérité et la réconciliation qui a montré que l’on doit répondre de ses crimes. Mais cela n’entraîne pas forcément une revanche. Une commission d’enquête peut permettre de prévenir la justice vengeresse.

La justice vengeresse peut semer des dissensions dans un pays. C’est pour cela qu’on parle de justice modérée par la pitié. C’est exactement la voie que les Sud-Africains ont choisie pour que les divisions dans leur pays ne s’accentuent pas et ne persistent pas.

Je crois que si les personnes qui ont des raisons d’avoir peur en Birmanie regardaient cet exemple, elles comprendraient qu’une commission d’enquête est dans leur intérêt, à condition qu’elle soit accompagnée d’un accord politique approprié.

Avez-vous l’impression que le gouvernement a moins peur de vous ?

Je l’espère. Moins il aura peur et plus nous arriverons à faire notre travail. Mais je ne sais pas. Une partie de notre tâche consiste à persuader le gouvernement qu’il n’a rien à craindre de nous et que nous pouvons coopérer. Le gouvernement est composé de beaucoup de personnes. Et derrière elles, il y a les militaires.

Nous devons donc convaincre énormément de gens que l’avenir passe par la négociation et un règlement pacifique. Je pense qu’il y a déjà des gens dans l’armée qui sont convaincus que nous avons besoin d’une voie plus pacifique et de plus de compromis.

Nous avons notamment des liens avec des familles de militaires qui souffrent. Ce ne sont que les dirigeants de l’armée qui s’en sortent bien. L’armée est composée de 500 000 personnes. Il y a énormément de gens dans l’armée, particulièrement en bas de l’échelle, dont les familles ont autant de difficultés que nous autres en Birmanie.

Comment pouvez-vous aider le gouvernement à ne pas craindre un changement démocratique ?

Principalement, en les éduquant. Je ne parle pas d’éducation au sens strict du terme. Mais en leur faisant comprendre que la démocratie, ce n’est pas la revanche. Leur faire comprendre cela, c’est leur en parler. Ils doivent écouter ce que nous disons. En fin de compte, c’est une question de communication, n’est-ce pas ?

Avez-vous des relations avec le nouveau gouvernement issu des élections de novembre dernier ?

La liste des ministres a été publiée, mais nous ne savons pas encore qui est chargé de quel portefeuille. Personne en Birmanie ne sait qui est réellement à la tête du pouvoir. Nous n’avons pas de contact avec eux pour le moment, parce que nous ne savons pas qui contacter.

Rémy Favre, à Rangoun

fév 21 2011

Comme en Egypte et en Tunisie, la Birmane Aung San Suu Kyi veut utiliser Twitter

source : AFP

Aung San Suu Kyi, le 8 février 2011 à Rangoun

La célèbre opposante birmane Aung San Suu Kyi compte bientôt ouvrir des comptes sur les sites internet Facebook et Twitter, à l’instar des militants pro-démocratie qui ont utilisé les réseaux sociaux en Egypte et en Tunisie, a-t-elle dit dans une interview publiée samedi au Canada.

Libérée en novembre, la “Dame” de Rangoun est désormais connectée à internet à son domicile, une première pour celle qui a passé la majeur partie des 20 dernières années en résidence surveillée, sans possibilité de communiquer.

Mais le débit de la connexion fournie par une société contrôlée par la junte au pouvoir, moyennant un abonnement de plus de 1.000 dollars par mois, est trop lent pour lui permettre d’accéder aux réseaux sociaux, a-t-elle déploré dans une interview accordée au journal canadien The Globe and Mail.

“Nous avons demandé à avoir une meilleure liaison” et “dès que les conditions seront bonnes, je veux avoir Facebook et Twitter”, a déclaré la lauréate du Prix Nobel de la paix.

Les deux sites américains ont joué un rôle central dans l’organisation des récentes manifestations qui ont abouti au départ des présidents Ben Ali et Moubarak. En Iran également, Facebook et Twitter sont utilisés par les défenseurs des droits de l’homme afin de diffuser leurs messages hostiles à la République islamiste.

Mme Suu Kyi a salué le rôle de l’armée égyptienne durant la révolution. “L’armée égyptienne n’a pas tiré sur les gens ce qui est la grande différence” avec la Birmanie, a-t-elle noté.

Les manifestations de 1988 qui ont vu émerger Mme Suu Kyi comme chef de file de l’opposition avaient été réprimées dans le sang, faisant quelque 3.000 morts. De même, les protestations menées par des moines en 2007 ont été dispersées par l’armée birmane.

“Vu que l’armée birmane descend la population, il est peu probable que les gens aient envie d’aller dans la rue”, a-t-elle remarqué, ajoutant que “d’un autre côté, on ne peut pas dire que l’armée birmane va éternellement tirer sur la population”.


fév 16 2011

Il faut maintenir la pression sur le régime birman

source : le monde article : Frédéric Debomy

En demandant le 28 février 2011 le maintien des sanctions économiques à l’égard du régime birman, Aung San Suu Kyi et sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) auront clarifié leur position sur un sujet toujours au centre de nombreuses polémiques. Certains observateurs, prêtant à la figure de référence du mouvement démocratique birman leurs propres vues, avaient pourtant affirmé que cette dernière avait “changé d’avis” sur les sanctions.

A la source de cette erreur, une lecture hâtive de la lettre qu’Aung San Suu Kyi adressait à l’homme fort de la dictature birmane, Than Shwe, le 29 septembre 2009. Elle s’y disait prête à rencontrer le dirigeant de la junte afin de travailler avec lui à la levée des sanctions. Cette offre était assortie de conditions, visant à l’évidence à pousser le régime militaire à la table des négociations. Ainsi Aung San Suu Kyi précisait-elle qu’“afin de travailler efficacement à la levée des sanctions”, il fallait d’abord étudier les éventuels dommages causés par celles-ci et les motivations des gouvernements à l’origine de ces dernières. Quelques précisions auxquelles nombre d’observateurs ne souhaitèrent pas porter attention.

Pour Aung San Suu Kyi et son parti, il ne saurait pourtant être question de lever les sanctions sans qu’un progrès significatif ait été accompli par le régime birman sur le plan politique. Une question légitime est cependant posée : les sanctions pénalisent-elles la population ? Une évaluation a récemment été conduite par la LND et s’appuie notamment sur une étude du Fonds monétaire international. Se basant sur les conclusions de cette dernière, Aung San Suu Kyi déclarait que “la grande majorité des Birmans, qui travaille dans l’agriculture, n’est affectée en rien”. La mauvaise situation du pays s’expliquerait davantage par l’inaptitude de la junte en matière économique ainsi que par le “capitalisme de connivence” qui sévit en Birmanie.

Cette affirmation qu’Aung San Suu Kyi aurait évolué sur la question des sanctions n’était basée ni sur une lecture correcte de ses propos ni sur une étude de l’impact des sanctions sur la population civile. Pourquoi cette contre-vérité s’est-elle affirmé avec une telle force ?

Difficile d’abord de ne pas observer la façon dont l’opportunisme commercial revêt les atours du pragmatisme politique. Frustrés de voir des marchés leur échapper, des investisseurs occidentaux insistent sur le fait qu’exposer le régime birman aux standards éthiques de l’occident ne pourrait que favoriser l’évolution sociale et politique du pays. Les paysans birmans réduits au travail forcé au bénéfice de Total apprécieront. De même, on peut s’inquiéter des activités d’Alcatel-Lucent qui, par l’intermédiaire de l’une de ses filiales, aurait permis à la junte birmane de centraliser les moyens de communication électroniques du pays et partant de les surveiller voire de les censurer.

Outre ceux qui souhaitent l’ouverture des marchés birmans, certains observateurs défendent également l’idée que les sanctions seraient contre-productives. Non soutenues par les puissances asiatiques, ces dernières seraient incapables de faire peser sur la dictature une pression à même d’entraîner sa chute. Elles auraient en revanche pour conséquence de braquer le régime. La solution serait alors inverse : en finir avec toute pression sur la junte afin de ne pas compromettre les timides avancées en cours.

Beaucoup sont convaincus que les élections du 7 novembre 2010, farce démocratique s’il en est, constituent cependant un progrès. Une évolution de la structure du pouvoir est certes bien à l’œuvre en Birmanie. Cependant, cette évolution n’a pas pour but d’augurer une évolution démocratique mais de le faire croire. Faut-il penser que la mise en place – plutôt que l’élection – d’un nouveau parlement constitue une promesse d’ouverture dès lors que celui-ci est soumis au contrôle total d’un conseil militaire ? Aucun progrès tangible vers la démocratisation du pays n’étant encore survenu, Aung San Suu Kyi et la LND ont estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour une levée des sanctions.

L’heure n’est pas venue de relâcher la pression sur le régime birman. En avril prochain, lors du renouvellement de la position commune européenne sur la Birmanie, la France devra appuyer le maintien et l’amélioration de la politique de sanctions économiques ciblées visant la dictature birmane. Elle doit aussi user de toutes ses ressources diplomatiques afin qu’émerge un consensus international sur la mise en place d’une commission d’enquête sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Birmanie.

Frédéric Debomy, président d’Info Birmanie


fév 14 2011

La junte birmane menace Aung San Suu Kyi

source : 7sur7
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La junte birmane a, pour la première fois depuis sa libération en novembre, menacé nommément l’opposante Aung San Suu Kyi, ainsi que son parti, en affirmant qu’ils trouveraient “une fin tragique” s’ils continuaient à soutenir les sanctions occidentales contre le régime.

Dans un éditorial paru dans le New Light of Myanmar, le quotidien officiel de la junte, l’opposante a été vivement attaquée pour le communiqué sur la question des sanctions publié la semaine dernière par son parti dissous, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

“Si Mme Suu Kyi et la LND continuent de se fourvoyer, en ignorant que la Birmanie d’aujourd’hui s’avance vers une ère nouvelle, un nouveau système et de nouvelles plate-formes politiques ouvrant la voie à la démocratie, ils trouveront une fin tragique”, a indiqué l’éditorialiste dimanche.

Il y a une semaine, la LND a publié un communiqué appelant à une discussion avec les Occidentaux “en vue de l’obtention d’un accord sur quand, comment et dans quelles circonstances les sanctions pourraient être modifiées”.

L’opposante prenait ses distances avec les appels en faveur d’une levée des sanctions récemment lancés par plusieurs partis d’opposition et par des pays asiatiques voisins de la Birmanie.

Elle estimait que la libération de tous les prisonniers politiques était une condition sine qua non pour leur levée et affirmait, citant un rapport du Fonds monétaire international, qu’elles n’avaient que des conséquences mineures sur l’économie du pays et sur la vie quotidienne des Birmans.


fév 11 2011

Birmanie : les militaires en force dans le nouveau gouvernement

source : cyberpresse

Thein Sein, nouveau président de la Birmanie.

Thein Sein, nouveau président de la Birmanie.

Photo: AFP

Les militaires de carrière resteront ultramajoritaires dans le prochain gouvernement birman dont la composition est attendue très prochainement, a-t-on appris vendredi de sources officielles.

Le parlement réuni à Naypyidaw, la capitale, a approuvé une liste de trente candidats pour entrer au gouvernement sur proposition de Thein Sein, le nouveau président du pays.

Et selon un responsable ayant requis l’anonymat, «quatre ministres sur trente n’ont pas de bagage militaire. Ce ne sont que des civils», a-t-il déclaré à l’AFP. La moitié étaient par ailleurs déjà dans le précédent gouvernement.

«Les trente sélectionnés pour les postes de ministres ont été approuvés par le Parlement de l’Union sans objection», a confirmé Khin Shwe, un député du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP, pro-junte) en ajoutant que la liste des attributions des portefeuilles n’était pas encore disponible.

Trois des 26 militaires du prochain cabinet ont conservé l’uniforme dont le général Ko Ko, qui serait pressenti au poste de ministre de la Défense. Les autres avaient pris leur retraite tout récemment.

La junte du généralissime Than Shwe, qui dirige la Birmanie depuis 1992 et reste considéré comme l’homme fort du pays, poursuit ainsi les réformes constitutionnelles consécutives aux élections législatives de novembre.

L’USDP, créée de toutes pièces pour le scrutin, a revendiqué une victoire écrasante. Et Than Shwe est décrit comme ayant depuis verrouillé les postes-clés de l’exécutif, des assemblées, du parti et de l’armée.

Selon des sources concordantes, l’actuel ministre des Affaires étrangères, Nyan Win, sera remplacé par le colonel à la retraite Wunna Maung Lwin, représentant de la Birmanie aux Nations unies.

L’Occident a unanimement condamné les élections, qui se sont déroulées sans la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi, dissoute par la junte après avoir boycotté le scrutin.


fév 9 2011

Birmanie - Nouvelle condamnation lourde contre un journaliste indépendant

source : categorynet.com

Reporters sans frontières et la Democratic voice of Burma sont révoltés par la nouvelle condamnation contre un journaliste. Jeudi 4 février 2011, une cour de Rangoon a reconnu coupable Maung Maung Zeya, un des collaborateurs de la Democratic Voice of Burma (DVB), média birman indépendant en exil, de quatre charges : deux violations du droit d’association, violation de la loi sur l’émigration et transgression de l’Electronics Act. Il a respectivement écopé de 5 ans, 1 an et 7 ans de prison qui (…)

Birmanie -          Nouvelle condamnation lourde contre un journaliste indépendant

Reporters sans frontières et la Democratic voice of Burma sont révoltés par la nouvelle condamnation contre un journaliste. Jeudi 4 février 2011, une cour de Rangoon a reconnu coupable Maung Maung Zeya, un des collaborateurs de la Democratic Voice of Burma (DVB), média birman indépendant en exil, de quatre charges : deux violations du droit d’association, violation de la loi sur l’émigration et transgression de l’Electronics Act. Il a respectivement écopé de 5 ans, 1 an et 7 ans de prison qui aboutissent à une lourde peine cumulative de 13 ans d’emprisonnement.

Jusqu’à son arrestation en avril 2010, Maung Maung Zeya dirigeait une équipe de vidéastes qui ont pu fournir à la DVB des images sur l’actualité en Birmanie.

Son fils, Sithu Zeya, avait été condamné en décembre 2010 à 8 ans de prison pour des charges similaires. Ils avaient tous deux été arrêtés suite à l’attentat mortel qui avait eu lieu près de Rangoon, en avril 2010, et qu’ils avaient cherché à couvrir. Le jeune homme, âgé de 21 ans, a été placé en isolement puis torturé dans la prison d’Insein. Selon la Democratic Voice of Burma, 17 détenus auraient mené une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements que les autorités pénitentiaires lui avaient fait subir.

Récemment, le 2 février dernier, un jeune blogueur, Kaung Myat Hlaing (“Nat Soe”), avait déjà été condamné à dix ans de prison en vertu de l’Electronics Act.

Dans un rapport rendu public en décembre 2010, Reporters sans frontières et la Burma Media Association avaient conjointement demandé à la communauté internationale d’œuvrer pour la libération de tous les journalistes et blogueurs, particulièrement visés par la junte birmane, de plaider en faveur de la fin du système de censure préalable et de renforcer son soutien aux médias birmans privés et ceux basés à l’étranger.


fév 8 2011

Aung San Suu Kyi et le casse-tête des sanctions

source : parismatch - Marie Desnos

http://photo.parismatch.com/media/photos2/actu/monde/aung-san-suu-kyi6/2686589-1-fre-FR/Aung-San-Suu-Kyi.jpg

Photo Soe Zeya Tun / Reuters

Alors que le débat agite la Birmanie, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), de l’opposante Aung San Suu Kyi, recommande le maintien de sanctions internationales «ciblées» contre la junte birmane. Elle préconise une réflexion internationale sur la question.

A première vue, cette annonce peut surprendre. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti de la célèbre opposante birmane Aung San Suu Kyi, a préconisé lundi le maintien des sanctions occidentales infligées à la junte au pouvoir. «Nous sommes arrivés à la conclusion que les sanctions affectent seulement les membres dirigeants du régime et les entreprises qui leurs sont associées, pas la majorité de la population», note Tin Oo, vice-président de la LND. «Les preuves disponibles indiquent que les conditions économiques à l’intérieur du pays n’ont pas été notablement touchées par les sanctions», poursuit le parti dans un communiqué. Toutefois, la Ligue de l’opposante et Prix Nobel de la Paix prône non pas un statu quo pur et simple, mais «des discussions avec les Etats-Unis, l’Union européenne, le Canada et l’Australie en vue d’un accord sur quand, comment et dans quelles circonstances les sanctions pourraient être modifiées dans l’intérêt de la démocratie, des droits de l’Homme et d’un contexte économique sain.» «Une étude et analyse des conséquences des sanctions par une équipe de professionnels respectés seraient bénéfiques à de telles discussions», insiste-t-elle. Autrement dit, le parti de Suu Kyi souhaite réfléchir avec les pays occidentaux à la manière dont ces sanctions pourraient être modifiées en vue de servir la démocratie, et d’aboutir dans ce domaine à une politique internationale «coordonnée avec sagesse et appliquée avec cohérence». Leur condition sine qua non reste donc l’amélioration des droits humains -qui passe notamment par la libération de l’ensemble des prisonniers politiques, une exigence d’ailleurs inscrite dans le Burmese Freedom and Democracy Act de 2003, qui régit une partie des sanctions américaines.

Cette recommandation va pourtant à l’encontre de nombre d’avis d’observateurs internationaux, qui estiment au contraire que ces sanctions n’ont pas les effets contraignants escomptés sur les dirigeants, tandis qu’elles affaiblissent un pays qui aurait plutôt besoin de s’ouvrir sur le monde. L’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), dont la Birmanie fait partie, avait ainsi plaidé à la mi-janvier, pour la levée de l’embargo que les Etats-Unis imposent au régime depuis plus de dix ans, mais aussi celui de l’Union européenne –qui a pris des sanctions après la sévère répression de 2007 contre la révolte des moines bouddhistes. L’organisation régionale estime que la libération d’Aung San Suu Kyi, le 13 novembre dernier, et la tenue d’élections législatives en novembre dernier, les premières en vingt ans –bien qu’accusées d’irrégularités massives-, justifient cette évolution. D’autres experts soulignent en outre que ces mesures coercitives ont un effet pervers: le rapprochement du Myanmar –nom officiel du pays depuis 1989, non-reconnu par les opposants au régime- avec des pays comme la Thaïlande mais surtout la Chine.

Aung San Suu Kyi y réfléchit

«Il suffit de regarder une carte, expliquait récemment l’historien Thant Myint-U au site américain Guernica. Le pays se trouve juste entre l’Inde et la Chine. Et entre la Chine et l’océan Indien. Cette position devrait constituer un énorme atout. Or, en étant soumise aux sanctions occidentales et privée d’accès à l’aide au développement ainsi qu’aux marchés, aux connaissances et aux capitaux occidentaux, la Birmanie, qui sort de plusieurs décennies d’isolement volontaire, est en passe de devenir un simple fournisseur de matières premières pour la Chine, ce qui a de terribles conséquences pour l’environnement local et pour nombre d’habitants.» Au bout du compte, au lieu de faire flancher la junte, ces sanctions ont finalement «sapé le développement de la classe moyenne, sur laquelle pourrait s’appuyer une transition démocratique durable», analyse Thant Myint-U. Selon lui, «la réponse réside dans la promotion des réformes économiques adaptées et dans la suppression de toutes les barrières qui séparent la Birmanie (ses habitants aussi bien que ses dirigeants) du monde extérieur.»

De son côté, celle qui est surnommée «la Dame de Rangoun», âgée de 65 ans, reste assez floue sur la question. Si elle avait semblé plutôt en faveur de la levée de ces restrictions, à sa libération, elle s’était toutefois montrée plus mesurée dans une interview à Paris Match quelques temps après. «Nous devons réexaminer notre position sur cette question, regarder si les sanctions ont un véritable impact, avait estimé la fille du père de l’indépendance. Je pense qu’elles ont un impact politique, et qu’elles pourraient avoir aussi un impact commercial, mais des organisations internationales comme le FMI (Fonds monétaire international, ndlr) ont déclaré, dans un récent rapport, que les conséquences économiques de ces sanctions n’avaient qu’un effet minimum. Elles n’affectent pas vraiment la vie quotidienne des Birmans», a-t-elle ajouté, laissant envisager un éventuel maintien. «Certains prétendent pourtant que des milliers de travailleurs auraient perdu leur travail… Nous devons nous pencher là-dessus», a-t-elle simplement conclu, avant de rappeler: «Ce n’est pas nous qui avons imposé ni même proposé les sanctions, mais nous les avons approuvées d’un point de vue politique».



fév 4 2011

La Birmanie a un nouveau président, membre influent de la junte

source : nouvelobs

Le Premier ministre du gouvernement birman sortant, Thein Sein, a été désigné vendredi par le Parlement pour prendre la tête du pays. La nomination d’un membre important de la junte au poste de président est la dernière étape du processus mis en place avec les élections de novembre.

L’armée birmane, au pouvoir depuis 1962, et ses alliés détiennent plus de 80% des sièges dans les deux chambres du parlement. Le nouveau président, âgé de 65 ans, a été choisi parmi trois vice-présidents nommés jeudi. Il a remporté 408 voix, sur 659, a-t-on appris auprès d’un parlementaire de la chambre haute, Khin Shwe.

“Ce n’est pas surprenant, c’est ce que nous attendions”, a déclaré à la presse l’icône de la démocratie Aung San Suu Kyi. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait boycotté le scrutin de novembre, puis la LND a été dissoute en vertu d’une nouvelle loi électorale.

On ignorait encore le rôle que pourrait tenir à l’avenir le chef de la junte, le général Than Shwe, qui détient le pouvoir absolu depuis 1992. Il devrait cependant conserver un rôle important.

Dans le cadre de la constitution de 2008 entrée en vigueur lundi avec l’ouverture du Parlement, le président désigne notamment le chef d’état-major et plusieurs ministres.

Thein Sein est un ancien général qui occupe les fonctions de Premier ministre depuis octobre 2007 et dirige le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP, pro-junte). Des membres du parti l’ont décrit comme un modéré.

Les deux vice-présidents sont Tin Aung Myint Oo, lui aussi un ex-général proche de Than Shwe, et Sai Mouk Kham, membre de l’USDP et de l’ethnie Shan


fév 3 2011

Birmanie : vers la désignation du Premier ministre comme nouveau président

source : leparisien

Le processus de sélection du futur président de Birmanie était en  cours jeudi au sein du parlement national birman, a-t-on appris jeudi de  sources birmanes, confirmant un scénario soigneusement préparé d'avance  qui devrait conduire à la désignation du Premier ministre Thein Sein. Le processus de sélection du futur président de Birmanie était en cours jeudi au sein du parlement national birman, a-t-on appris jeudi de sources birmanes, confirmant un scénario soigneusement préparé d’avance qui devrait conduire à la désignation du Premier ministre Thein Sein.

Le processus de sélection du futur président de Birmanie était en cours jeudi au sein du parlement national birman, a-t-on appris jeudi de sources birmanes, confirmant un scénario soigneusement préparé d’avance qui devrait conduire à la désignation du Premier ministre Thein Sein.
Le Premier ministre Thein Sein, qui n’a pris sa retraite de l’armée que l’an passé, a été désigné candidat de la chambre basse du Parlement. Il devrait accéder comme prévu au poste politique suprême vendredi, selon ces sources.
Un choix fait bien avant le vote effectif des parlementaires. Les détracteurs de la junte affirment qu’elle ne cèdera pas un pouce de pouvoir, trois mois après des élections unanimement condamnées en Occident, mais veut seulement se parer des apparences d’un régime civil.
Thein Sein “devrait être annoncé comme étant le nouveau président”, a indiqué à l’AFP Khin Shwe, député du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), qui a raflé 388 des 493 sièges des deux chambres du parlement.
Agé de 65 ans dont 47 au sein de l’armée, Thein Sein est un fidèle du généralissime Than Shwe, homme fort de la junte. En avril 2010, il avait fait partie des premiers officiers supérieurs à quitter l’armée pour se présenter aux élections en prenant la direction de l’USDP.
Selon la Constitution, les trois candidats au poste de président sont élus respectivement par la chambre haute, la chambre basse et le collège des militaires, désigné en marge des élections et qui compose un quart des deux assemblées.
Parmi eux seront désignés le président et les deux vice-présidents.
Selon ces sources, Tin Aung Myint Oo, lui aussi un ancien général, et Sai Mouk Kham, cadre de l’USDP, seront les deux vice-présidents.
Les parlementaires “choisiront le président parmi ces trois demain (vendredi)”, a assuré un responsable birman.
L’unique inconnue, mais sans doute la plus importante, concerne Than Shwe, 77 ans, qui dirige la Birmanie d’une poigne de fer depuis 1992 et n’a, pour l’heure, donné aucune information sur son avenir.
Des sources birmanes ont assuré cette semaine qu’il prendrait sa retraite. Mais tous les analystes affirment qu’il ne peut quitter le pouvoir sans conserver un rôle de nature à lui permettre d’assurer sa sécurité et celle de son clan.