jan 31 2011

Le Parlement birman convoqué pour amadouer l’opposition

source : lacroix  article : Rémy Favre

Plus de 1100 députés birmans se sont réunis lundi 31 janvier pour la première fois depuis 1988 dans la capitale, Naypyidaw, et dans les 14 parlements régionaux. L’opposition croit pouvoir influencer un Parlement largement contrôlé par les militaires

Devant la parlement birman, dimanche 30 janvier à Naypyitaw (Photo : AP/Khin Maung Win).

Le parlement régional de Rangoun trône au milieu d’immenses avenues. Des véhicules pétaradent à toute allure sur des trois voies rectilignes autour du bâtiment à l’architecture austère. Planté à l’écart du centre-ville, cet énorme bloc de béton semble idéalement placé pour prévenir et maîtriser tout éventuel rassemblement de contestation.

Armés de fusils, de nombreux policiers stationnent sous le soleil brûlant devant l’institution. Ils éloignent les curieux. En Birmanie, la rentrée parlementaire se déroule en secret. Loin des regards et dans une étrange atmosphère de ville assiégée, la première session des chambres haute et basse du Parlement s’est ouverte lundi 31 janvier à huis clos dans la capitale, ainsi que dans les 14 parlements régionaux, qui ont fait de même au même instant.

Aucun journaliste n’a pu assister à la session de la capitale, Naypyidaw, placée sous très haute surveillance par le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte depuis 1992 et où les parlementaires avaient été acheminés par bus, le long des avenues aussi larges que vides de la ville sortie de terre au milieu de la jungle en 2005.

L’armée s’est réservée d’office un quart des sièges

En fin de semaine dernière, les députés ne connaissaient ni l’ordre du jour, ni la durée de cette session, convoquée pour la première fois depuis vingt-deux ans. « Ils n’ont pas le droit d’entrer dans les parlements avec des téléphones portables ou des ordinateurs, détaille Htut (1) un homme politique. À Rangoun, dans l’entrée, les gardes contrôlent même les stylos des élus pour voir s’il n’y a pas de matériel d’enregistrement dissimulé. Ce nouveau parlement ressemble à une prison. » Toute manifestation de protestation à l’intérieur de l’institution est passible de deux ans de prison.

Les questions des députés birmans seront triées avant d’être posées oralement dix jours plus tard. Leurs interventions ne devront affecter ni les intérêts de l’État, ni la souveraineté, ni les relations internationales. Des dispositions floues, qui permettront de couper tout propos critique à l’égard des militaires.

L’armée s’est réservée d’office un quart des sièges dans le Parlement national bicaméral et les quatorze chambres régionales. Elle y a placé des jeunes militaires. Aucun haut gradé. Ils n’oseront sans doute pas tenir tête au gouvernement qui sera bientôt formé.

«Nous ne critiquons pas le gouvernement car nous souhaitons coopérer»

L’armée a, par ailleurs, offert à son parti politique une large victoire aux élections de novembre. Il a remporté 76% des sièges après avoir trafiqué les résultats : dans certaines circonscriptions, la participation a mystérieusement dépassé 100 %.

À peine audible, l’opposition parlementaire n’ignore pas ces injustices. Mais elle ne semble pas choquée. « Simples restrictions inévitables sous un régime militaire », commente, las, U Khin Maung Swe, le dirigeant de la NDF, la Force démocratique nationale, un parti d’opposition qui n’a remporté que seize sièges. Vieux routier de la politique birmane, l’homme semble avoir perdu la liberté de parole qui le caractérisait. « Nous ne critiquons pas le gouvernement car nous souhaitons coopérer avec lui pour faire changer les choses », explique un adhérent.

La NDF veut déposer deux propositions de loi. La première vise à mettre fin aux monopoles d’État. La seconde à faire libérer les 2100 prisonniers politiques recensés en Birmanie. « Quand un nouveau gouvernement entre en fonction, il y a en général une amnistie générale et des prisonniers sont libérés. Je suis optimiste », déclare U Soe Win, un élu NDF.

«Si on ne le croit pas un minimum, il n’y a plus rien à espérer»

Khin (1) y croit aussi. Pendant trois ans, cette habitante des quartiers nord de Rangoun a broyé du noir après la condamnation de son fils à 65 ans de prison pour avoir insulté les généraux sur Internet. Elle espère maintenant que le dépôt du texte de la NDF annulera cette lourde peine. Elle n’a pas encore pu évoquer avec son fils son fol espoir. Elle ne lui rend visite que quatre fois par an. Lui-même ne sait d’ailleurs rien du texte de loi en préparation. Il n’a accès qu’à la presse officielle dans sa cellule.

« Je ne m’attends pas à ce que tous les prisonniers politiques soient libérés car cela mettrait en danger le gouvernement, nuance Khin, assise sous le portrait de son fils cloué au mur de son salon, à côté de celui de la dissidente Aung San Suu Kyi. Mais quelques détenus pourraient être relâchés. Je suis persuadée qu’il y a des gens au sein des autorités qui souhaitent une ouverture politique. »

Comment peut-elle encore croire en la sincérité de ce gouvernement qui détient son fils pour des raisons purement politiques ? « Si on ne le croit pas un minimum, il n’y a plus rien à espérer », argumente-t-elle, fatiguée. Les paupières mi-closes, elle refuse d’envisager le pire scénario : celui d’une junte qui convoque un parlement pour avaliser ses décisions et donner de faux espoirs de démocratie à ceux qui aspirent, comme elle, à la liberté.

Rémy FAVRE, à Rangoun

(1) Ces noms ont été changés pour des raisons de sécurité.


jan 29 2011

Suu Kyi au Forum de Davos : les Birmans veulent être “connectés” au monde

source : tribunedegeneve

Les Birmans veulent être “connectés” au reste du monde, a plaidé vendredi le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, dans un message aux décideurs économiques et politiques réunis au Forum de Davos, les invitant à accompagner attentivement la démocratisation du pays.

Les Birmans veulent être “connectés” au reste du monde, a plaidé vendredi le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, dans un message aux décideurs économiques et politiques réunis au Forum de Davos, les invitant à accompagner attentivement la démocratisation du pays.

“Je voudrais prendre la parole au nom de 55 millions de Birmans pour la plupart laissés pour compte”, a déclaré l’opposante birmane dans son adresse audio diffusé aux 2.500 participants réunis dans la station suisse.

“Nous aspirons à faire partie de la communauté internationale, et ne pas seulement être connectés à elle économiquement et socialement”, a-t-elle ajouté.

“Je voudrais demander à ceux qui ont investi ou pensent investir en Birmanie de mettre au premier plan le respect de la loi, les facteurs sociaux et environnementaux, les droits des travailleurs, la création d’emplois et la promotion des compétences technologiques”, a-t-elle dit à l’attention des centaines de chefs d’entreprise rassemblés à Davos, en relevant “l’abondance des ressources naturelles” de son pays.

“Nous devons porter une grande attention aux coûts et aux dommages collatéraux de notre développpement, qu’ils soient environnementaux ou sociaux” et “nous avons besoin de réformer notre système légal afin de pouvoir attirer l’investissement direct et de garantir l’Etat de droit”, a-t-elle remarqué.

“J’en appelle à tous les participants pour qu’ils utilisent leurs moyens et talents afin de promouvoir la réconciliation nationale, la démocratisation authentique, le développpement humain et la croissance économique, afin que notre peuple puisse à son tour apporter sa contribution à un monde plus sûr et plus heureux”, a-t-elle dit.

La “Dame” de Rangoun, qui a passé près de 15 des 21 dernières années assignée à résidence, a été libérée peu après les élections de novembre dernier. La junte est parvenue à l’exclure totalement du processus politique. Le nouveau Parlement se réunira pour la première fois lundi. Et aucun allié d’Aung San Suu Kyi n’y siègera.


jan 28 2011

BIRMANIE - Nouvel échec pour Aung San Suu Kyi devant la cour suprême

source : lepoint.fr

L’instance suprême a refusé d’étudier le dossier du Prix Nobel de la paix, qui espère faire annuler la dissolution de son parti.

BIRMANIE - Nouvel échec pour Aung San Suu Kyi devant la cour  suprêmeLe Prix Nobel de la paix se bat pour éviter la dissolution de son parti © Nyein Chan Naing / Epa / Maxppp

La cour suprême de Birmanie a rejeté le dernier recours en date de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi contre la dissolution de son parti, qui semble avoir perdu toute chance de retrouver la légalité mais continue malgré tout son combat. Les magistrats de la plus haute instance judiciaire de la capitale Naypyidaw ont, sans surprise, refusé d’étudier le dossier de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti avec lequel le Prix Nobel de la paix a mené son combat politique depuis 20 ans, selon un responsable birman.

“Il nous reste une autre étape. Nous pouvons directement en appeler au chef de la cour suprême”, a indiqué Kyaw Hoe, porte-parole de la LND. Mais dans ce dédale de recours sans fin dans lequel s’est engagée la LND depuis sa dissolution en mai 2010, les chances de victoire sont quasi inexistantes tant la justice est réputée aux ordres de la junte.

Boycott des élections

Le parti a été dissous après avoir annoncé son boycott des élections du 7 novembre, les premières depuis 20 ans. Il avait refusé de se prêter aux règles électorales en les interprétant comme destinées à exclure sa figure de proue. Ses recours avaient déjà été rejetés deux fois. Les appels déposés par l’opposante contre sa dernière condamnation à la résidence surveillée, en août 2009, avaient également été systématiquement rejetés, sans l’empêcher d’en déposer un nouveau à chaque fois.

La “Dame” de Rangoun, qui a passé près de 15 des 21 dernières années assignée à résidence, a finalement été libérée peu après les élections. Elle avait fondé la LND en 1988 après un soulèvement populaire dont la répression avait fait des milliers de morts. Elle avait largement remporté les élections de 1990 sans être autorisée à exercer le pouvoir. La junte est parvenue à l’exclure totalement du processus politique. Le Parlement issu des dernières élections, dénoncées par l’Occident comme une “mascarade”, se réunira pour la première fois lundi. Et aucun allié d’Aung San Suu Kyi n’y siégera.


jan 25 2011

Réduction des rations pour les réfugiés birmans en Thaïlande

source : IRIN

Le camp de réfugiés d’Umpim, un des neuf camps le long de la frontière Thaïlande-Myanmar
BANGKOK, 25 janvier 2011 (IRIN) - La hausse des prix des denrées alimentaires pourrait obliger le Thailand Burma Border Consortium (TBBC), un groupe parapluie de 12 organisations humanitaires travaillant avec plus de 139 000 réfugiés en Thaïlande, à réduire les portions de riz de 20 pour cent. Des réductions supplémentaires se feront sur les rations de sel, de sucre, d’huile et de piment.

« Des prix en hausse de la nourriture et des taux de change [plus élevés] ont rendu plus difficile l’achat de nourriture », a dit Sally Thompson, directrice exécutive adjointe du TBBC, à IRIN.

La ration de riz, un aliment de base du régime alimentaire birman, restera identique pour les groupes vulnérables, qui comprennent les enfants âgés de moins de cinq ans, les femmes enceintes et allaitantes, et les personnes malades. « Les personnes vulnérables sont toujours protégées, le TBBC prévoit de conduire des études annuelles sur la nutrition pour surveiller la situation sanitaire », a dit Mme Thompson.

Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (le HCR), la Thaïlande abrite actuellement 96 800 réfugiés birmans venant de Myanmar et ayant été enregistrés, et on estime à 53 000 le nombre de ceux qui ne le sont pas. Ils vivent maintenant dans neuf camps gérés par le gouvernement le long de la frontière de 1 400 kilomètres entre la Thaïlande et la Birmanie.



jan 24 2011

Suu Kyi Feeling Better, Says NLD Official

source : The Irrawaddy

Burma’s opposition leader Aung San Suu Kyi (C) takes part in a function along with senior members of her party to mark the 63rd anniversary of the country’s Independence Day, at her National League for Democracy (NLD) headquarters in Rangoon on January 4, 2011. (Photo: Getty Images)

Burmese pro-democracy leader Aung San Suu Kyi is recovering well from a slight illness after taking a short break from her regular activities over the weekend, according to a senior member of her party, the National League for Democracy (NLD).

“She has had a cough since last Friday, but she is feeling better today,” said Ohn Kyaing, an NLD official, speaking to The Irrawaddy on Monday.

Since her release from house arrest on Nov. 13 of last year, the 65-year-old Suu Kyi has kept a busy schedule, meeting with members of her party and other political opposition groups, as well as foreign diplomats.

On Friday, she had a one-hour meeting in Rangoon with Thai Foreign Minister Kasit Piromya, who pledged Thai government support for her efforts to promote democracy and national reconciliation in Burma.

According to sources cited in a report by Thailand’s official MCOT news agency on Sunday, Suu Kyi said she was prepared to discuss Burma’s political situation with the country’s military rulers, but would have to wait until a new government is formed before talks could proceed.

Meanwhile, Suu Kyi’s lawyers proceeded with a legal appeal against last year’s dissolution of the NLD following its decision not to run in parliamentary elections held on Nov. 7.

According to Ohn Kyaing, the lawyers presented their arguments to the Supreme Court in Naypyidaw on Monday, but no decision was made by the court about whether it would hear Suu Kyi’s latest appeal against the disbanding of the party.

Although the party is no longer legally recognized, its head office in Rangoon remains open and has been a center of party of activity since Suu Kyi’s release after seven years of house arrest.


jan 23 2011

Deux journalistes, birman et belge, sur le point d’être expulsés

source : angop

Les autorités thaïlandaises ont annoncé samedi que deux photojournalistes, un Birman et un Belge, arrêtés en revenant de Birmanie, allaient être expulsés, malgré les critiques du Comité de protection des journalistes (CPJ) qui craint des “représailles” contre le Birman.

“Tous les deux vont être expulsés demain (dimanche)”, a indiqué samedi le colonel Suriya Prapysatok, responsable de l’immigration de la province de Tak, où les deux hommes ont été arrêtés.
Le Belge Pascal Schatteman va être renvoyé en avion depuis Bangkok et le Birman John Sanlin sera ramené à la frontière terrestre de son choix avec la Birmanie, a-t-il ajouté.

Selon le CPJ, ils ont été arrêtés jeudi dans la ville thaïlandaise de Mae Sot, à la frontière birmane. Ils revenaient de Birmanie où ils étaient allés illégalement pour couvrir les affrontements entre l’armée birmane et les rebelles karens.

“Nous appelons les autorités thaïlandaises à reconsidérer l’expulsion des journalistes”, a déclaré dans un communiqué Shawn Crispin, représentant du CPJ en Asie du sud-est.

Il a en particulier insisté sur le fait que Sanlin, qui a travaillé dans le passé pour Al-Jazira et France 24 et qui aurait un visa étudiant valable jusqu’en mars en Thaïlande, pourrait être victime “de graves représailles s’il doit retourner en Birmanie”.

Le régime militaire birman est connu pour condamner à de longues peines de prison les journalistes qui travaillent pour des médias non officiels.

La Birmanie est quatrième sur la liste du CPJ des pays emprisonnant le plus de journalistes, avec au moins 13 reporters en prison.
“La Thaïlande est depuis longtemps un refuge pour les journalistes exilés qui veulent couvrir librement les événements en Birmanie. Le CPJ encourage le gouvernement thaïlandais à poursuivre ce rôle important pour la liberté de la presse dans la région”, a ajouté Crispin.


jan 21 2011

Aung San Suu Kyi désormais connectée à l’internet

source : france24

Olivier toujours pas….

La célèbre opposante birmane Aung San Suu Kyi est désormais connectée à l’internet à son domicile, deux mois après sa libération de plus de sept années de résidence surveillée, a annoncé son chef de la sécurité vendredi.

Keystone-a

© KEYSTONE-A | Deux mois après sa libération de plus de sept années de résidence surveillée, Aung San Suu Kyi est désormais connectée à Internet.

“Elle est contente” d’avoir l’internet pour pouvoir communiquer avec ses partisans, a indiqué Win Htein, précisant qu’elle ne pouvait pas s’en servir en ce moment “parce qu’elle ne se sent pas bien”. La célèbre figure de proue de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi est désormais connectée à Internet.

La lauréate du prix Nobel de la paix avait déposé une demande d’abonnement à internet auprès d’une entreprise privée juste après sa libération le 13 novembre. Mais la demande a finalement été transférée à l’entreprise d’Etat Yatanarpon Teleport.

Les Birmans, dirigés par une succession de régimes militaires depuis 1962, doivent obtenir l’autorisation des autorités pour avoir l’internet à leur domicile et il existe dans le pays un marché noir florissant pour les accès internet sous de faux noms.Mme Suu Kyi a fait une demande en son nom parce qu’elle veut utiliser les e-mails, a assuré Win Htein.

La “Dame” de Rangoun, quasiment coupée du monde sans téléphone ni l’internet pendant 15 des 21 dernières années, avait fait part juste avant sa libération de sa volonté d’utiliser Twitter pour entrer en contact avec la population de son pays, en particulier les jeunes.

Reporters sans frontières a décrit la législation birmane relative à l’utilisation de l’internet comme l’une des législations “les plus liberticides du monde”.

Selon l’Union internationale des télécommunications, qui dépend de l’ONU, un Birman sur 455 utilisait l’internet en 2009.
Les autorités avaient été accusées de ralentir les connections juste avant les élections du 7 novembre, les premières en 20 ans.

Le parlement issu de ce scrutin doit se réunir pour la première fois le 31 janvier. La Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Sky, qui a été dissoute par la junte pour avoir décidé de boycotter les élections, n’y sera pas représentée.


jan 19 2011

Birmanie, la jungle des invisibles

source : Témoignage chrétien, par Charlotte Bocquenet

Dans un village des montagnes du Nord, en Birmanie.  Copyright : Charlotte Bocquenet
Arrestations arbitraires, travaux forcés, tortu­res, manipulations, chantages, espion­nage : malgré la libération de l’opposante Aung San Suu Kyi, en novembre, la junte birmane ne change rien à ses pratiques. Loin des grandes villes touristiques et des régions où sévissent les conflits armés, de nombreux Birmans vivent isolés de tout, préoccupés de leur survie quotidienne. REPORTAGE.

Dans les rues de Mandalay, deuxième plus grande ville de Birmanie (un million d’habitants), la température est de 40 degrés en ce mois d’octobre 2010. Le conducteur de pousse-pousse halète. À un feu rouge, il reprend son souffle et glisse à l’oreille de son client : « les voyageurs ont de la chance de vivre dans des pays libres ». Il feint de ne pas remarquer, aux abords de la forteresse, les panneaux de propagande du régime écrits en anglais.

Sur l’avenue qui relie le Palais royal à la colline, la police est présente. Le conducteur prend à gauche et s’engouffre dans le centre. Il n’a ni femme, ni enfant : « Je m’occupe de ma sœur, qui est veuve, et de ses fils. Faire le taxi me rapportait plus avant. Depuis 2007, il y a moins de touristes. » Pour faire des confidences, le carrefour chaotique et assourdissant est son meilleur allié : « si quelqu’un me surprend à vous parler, c’est la prison illico ! » La junte est partout. Elle guette. Pour parler, il faut s’éloigner des villes.

COUPURES D’ÉLECTRICITÉ

Dans les hauteurs d’un village, une mère de famille nombreuse indique du regard un restaurant : « Ce sont des espions, il ne faut pas aller chez eux. » Dans la rue plongée dans le noir, seule leur devanture est éclairée. « Les coupures d’électricité sont quotidiennes, mais sélectives. Si vous collaborez avec la junte, vous n’avez pas ce genre de problèmes, bien sûr. »

Entou­rée de ses enfants, assise sur le sol de sa cuisine, elle relativise : « au moins, nous ne payons pas les taxes, car nous ne déclarons rien. Mon mari travaille dans le tourisme, mais n’a pas de licence. Il apprend beaucoup au contact des étrangers. »

De nombreux Birmans aspirent à plus de démocratie. Mais il est quasiment impossible pour les habitants d’un village de se regrouper, ne serait-ce que pour résoudre des problèmes pratiques de la vie quotidienne. Tout rassemblement spontané de plus de cinq personnes est interdit. Pourtant, sur les terres reculées, ce genre de manifestation existe.

« Nous nous étions retrouvés dans la maison d’un ami, raconte notre interlocutrice. Le coût de la vie avait considérablement augmenté et se nourrir de fruits et légumes devenait un signe extérieur de richesse ! Nous étions mécontents. » La réunion n’alarme personne. Les habitants s’organisent. Il semble en fait qu’ils soient ignorés.

« Personne ne nous prête attention. J’ai envoyé un jour une lettre à Aung San Suu Kyi pour lui témoigner de mon soutien. Je ne saurai jamais si elle l’a reçue, mais je n’ai jamais subi de représailles. »

Pendant de nombreu­ses années, les antennes locales des partis d’opposition ont été fermées. Isolés un peu plus encore de la réalité, les habitants des zones reculées ignorent souvent tout de l’actualité. Ici, à l’aube, les estomacs réveillent les corps usés. On songe à manger avant de manifester.

« Vite, va chercher du poisson ! » Un gamin, crasseux et la morve au nez, prend le billet que lui tend son père et quitte la baraque en bois. L’homme au corps famélique va pouvoir nourrir sa famille. Des randonneurs français ont passé la nuit chez lui. Veuf et père de cinq enfants, il a reçu 12 dollars en compensation. Une fortune.

L’huile bout et le poisson séché crépite. Le feu réchauffe l’atmosphère, les esprits sont à la fête. Les invités rassasiés, les enfants se jettent sur les restes. Aujourd’hui, c’est jour de fête. Suite du programme : faire la vaisselle – les rats s’occuperont des ordures –, faire la lessive, rapiécer les haillons et jouer avec un sac plastique en guise de cerf-volant, la montagne comme terrain de jeu.

Pas d’école pour ces enfants. De cinq dollars par mois pour l’école primaire à plusieurs centaines pour l’université, le coût de l’éducation est trop lourd pour une majorité de familles. Selon l’UNICEF, seulement 55 % des enfants achèvent leurs études primaires.

Priver la population d’instruction est un moyen efficace de la rendre malléable. Et quand les voix des érudits s’élèvent contre le régime, la junte coupe le son. Parce que les personnes instruites sont vécues comme une menace, elles finissent souvent derrière les barreaux. Des bloggeurs tels que Nay Phone Latt (emprisonné depuis janvier 2008) ou M. Thxa Soe, musicien dont plusieurs morceaux ont été interdits par la censure, et bien d’autres, lancent régulièrement des offensives. Mais sont-ils entendus en dehors des grandes villes ?

La grande pauvreté semble désarmer les plus isolés. Une commerçante se souvient d’un fait divers tragique : « Un jour, un convoi militaire, traversant une bourgade isolée, a percuté et tué une fillette. Ils n’ont même pas été arrêtés, comme si personne n’avait rien vu. »

En 2007, la révolution safran, mouvement protestataire mené par les moines, avait fini dans un bain de sang. Puis l’ordre revint. Les régions sinistrées du cyclone Nargis en 2008 sont, elles, restées isolées du monde pendant de trop longs jours : plus de 130 000 personnes sont mortes ou ont disparu. Comme si personne n’avait rien vu.

TOURISME

Un guide, des attentes plein les yeux, espère qu’un jour « les pays extérieurs nous viendront en aide. C’est la seule solution. » Pour lui, comme pour tant d’autres, les résultats des élections de novembre 2010, qui ont reconduit la majorité au pouvoir, ne sont pas une surprise. « Souvent j’écoute la BBC en cachette. Je déteste le gouvernement actuel », confie-t-il. Mais il ne se révoltera pas aux côtés des groupes rebelles. « C’est trop dangereux et puis de toute façon nous sommes trop loin de la capitale. »

Peu de moyens, peu d’informations et une révolution hors d’atteinte pour beaucoup. Debout sur sa pirogue, avec ses mains de vieillard, un pêcheur réajuste sa casquette et observe l’horizon : « C’est vrai que les conditions de vie ne sont pas des plus faciles, mais Bouddha se montre bon et généreux avec nous. »

Le visage fragmenté par les effets du soleil, il a 40 ans et en paraît 60. Sa famille se satisfait de peu : un toit et de quoi se nourrir. Le Conseil de la Birmanie avait jadis déclaré que 3 dollars par jour, cela suffisait pour vivre.

« Nous faisons ce qu’il faut pour nous en sortir, confie le pêcheur. Nous sommes heureux en quelque sorte et ne voulons pas de problèmes. Parfois, je pêche de nuit. Comme ça, le jour, je peux faire plein d’autres métiers comme guide pour les touristes. »

Pour ces gens-là, retirés dans les campagnes, pas question de jouer au héros. « Nous voulons juste vivre tranquillement », insiste le pêcheur. Quand il se rend secrètement dans le nord-est de l’État Shan, c’est donc en prenant toutes les précautions.

Cette région fermée est la scène de combats incessants entre les militaires birmans et des groupes rebelles. Les conflits dans les états Shan, Karen et Kachin ont provoqué l’exode d’un grand nombre de civils vers la Thaïlande. Parce que certaines matières premières, comme le teck, poussent dans ces régions, il est parfois nécessaire de s’y rendre.

Le pêcheur a besoin de ce bois solide pour construire son bateau. De nuit, avec l’aide d’autres habitants, il charge, dans le camion d’un ami, la quantité nécessaire pour la fabrication de plusieurs piro­gues. « Le risque est grand », reconnaît-il. Jusqu’à la mort.

Derrière un décor somme toute banal, la dictature est bien réelle. Mais peu visible. Jeunes, vieux, femmes, hommes, travailleurs de la terre ou de la mer, les petites gens de Birmanie courbent l’échine en silence. Depuis cinquante-deux ans, le peuple serre les dents et fait bonne figure.

Dans les grandes villes, l’économie tourne à plein régime, les rues sont animées, vivantes, les boutiques sont bondées de femmes aux sacs bien remplis, les enfants sortent de l’école en courant et hurlant joyeusement. De grandes avenues bétonnées et éclairées traversent les villes de Naypyidaw, la capitale, Yangoon et Mandalay, où des hôtels accueillent les touristes. Mais les villes ne se prêtent guère aux rencontres, et les campagnes abritent des habitants qui ne parlent pas anglais.

Difficile alors d’aller au plus près de la réalité. Sur les sites touristiques, les visiteurs suivent des chemins fléchés et sont accueillis par un personnel tout sourire. Circulez, il n’y a pas grand-chose à voir. Arrestations arbitraires, travaux forcés, tortu­res, manipulations, chantages, espion­nage, enfants soldats : la junte birmane ne change rien à ses pratiques, et se permet, à la face du monde, d’organiser des parodies d’élections. Le 13 novem­bre, pourtant, Aung San Suu Kyi est libérée. Le peuple, lui, s’accroche à sa foi et à une vie au jour le jour.


jan 18 2011

La dame de Rangoun organise son réseau

source : lexpress.fr

La dame de Rangoun organise son réseau

Assignée à résidence pendant sept ans, l’opposante birmane Aung San Suu Kyi a été libérée le 13 novembre dernier. Au total, elle a été privée de liberté pendant près de 15 ans, depuis le début de son combat pour la démocratie en 1988. A sa sortie, elle s’est engagée à persévérer dans la recherche d’un dialogue avec les autorités militaires au pouvoir en Birmanie.

REUTERS/Soe Zeya Tun

Sur les conseils de Aung San Suu Kyi, la jeunesse birmane se mobilise sur la Toile. Ce réseau social aurait une vocation politique. Mais pas seulement.

La célèbre opposante birmane Aung San Suu Kyi rappelait, lors d’un rassemblement de la jeunesse le 28 décembre, la nécessité de s’écouter les uns les autres. Deux semaines plus tard, son message a été entendu: “Les participants qui ont assisté à la conférence sont restés en contact par e-mail et par téléphone. C’est ainsi que peu à peu un réseau a été créé. Maintenant, des partis politiques et des groupes sociaux nous contactent tous les jours”, confie Myo Yan Naung Thein, responsable de la coordination du réseau.

Le groupe informel réunit des jeunes issus des partis politiques, d’ONG ou encore de groupes représentant les minorités ethniques. Jour après jour, il prend aussi de l’ampleur sur Internet. Sa vocation première est bien sûr d’ordre politique. “Nous avons l’intention de renforcer nos capacités afin que les autres jeunes puissent travailler ensemble pour le bien du pays pendant la période post-électorale. Nous allons également essayer de dénoncer les injustices sociales sur le réseau”, commente Kyaw Min Haing, bénévole pour une association d’aide aux orphelins et étudiants de Rangoon. Ce réseau serait donc un relais d’expression des partis démocratiques birmans.

Than Min Soe, jeune membre du Parti de l’Union Démocratique juge qu’il est important d’”expliquer les opinions politique de notre mouvement à d’autres membres du réseau. Ceux-ci peuvent également partager des informations avec nous”. Mais pas seulement. “Nous allons également effectuer un travail social. Les membres ont besoin de prendre part à des discussions avec des personnes qui partagent leurs préoccupations et leurs points de vue”. Zaw Aung a donc rejoint le réseau social avec 16 autres jeunes avocats. Il souhaite travailler avec eux pour lutter contre les injustices telles que la confiscation illégale de terre.

La lauréate du Prix Nobel de la paix ne dispense pas que des conseils, elle les applique aussi. Jeudi, Aung San Suu Kyi a renoué le dialogue avec les dissidents de la Ligue Nationale pour la démocratie (LND), son parti. Une rencontre, la première depuis sa libération le 13 novembre, d’ordre personnel et non politique. Ses anciens compagnons de route ont, en effet, créé un nouveau parti et dénoncé le boycott des élections de novembre en participant au premier scrutin dans le pays depuis vingt ans. Après avoir été critiqué pour son refus de négociation avec la junte, la dame de Rangoun semble désormais convaincue que la réconciliation nationale passe par le dialogue, notamment sur les réseaux sociaux.


jan 17 2011

L’ASEAN plaide pour la levée des sanctions contre la Birmanie

source : rianovosti

Les chefs de diplomatie des pays membres de l’Association des nations de l’Asie du sud-est (ASEAN) se sont prononcés dimanche pour la levée des sanctions décrétées contre le Myanmar (ex-Birmanie), ont annoncé les médias asiatiques.

“Nous avons une position commune sur la levée immédiate ou l’affaiblissement des sanctions adoptées par certains pays contre le Myanmar”, a déclaré le ministre indonésien des Affaires étrangères, Marty Natalegawa, dans les couloirs du forum de l’ASEAN qui se déroule sur l’île de Lombok, en Indonésie.

Après avoir appelé la communauté internationale à réagir positivement aux récents changements au Myanmar, il a souligné que l’ASEAN cherchait à obtenir que la chef de file de l’opposition, Aung San Suu Kyi, soit intégrée dans le système politique de cet Etat d’Asie du sud-est.

“Tous les groupes de la société doivent prendre part aux changements en cours au Myanmar, y compris Mme Aung San Suu Kyi”, a souligné le ministre.

Prix Nobel de la paix 1991, elle a été libérée le 13 novembre dernier après avoir passé plus de sept ans en résidence surveillée. Le 7 novembre 2010, les premières élections législatives depuis 1990 se sont déroulées dans le pays.