sept 30 2010

Aung San Suu Kyi libérée en novembre, selon des officiels birmans

source : AFP

La dernière fois, ils ont envoyé un nageur américain….

La célèbre dissidente birmane Aung San Suu Kyi, privée de liberté par la junte pendant la majorité des vingt dernières années, sera libérée quelques jours après les élections du 7 novembre, ont affirmé jeudi des sources officielles birmanes.

La lauréate du prix Nobel de la paix n’a pas vécu librement depuis sa dernière arrestation, en 2003.

Elle avait été de nouveau condamnée en août 2009 à 18 mois supplémentaires de résidence surveillée, après l’intrusion en mai d’un illuminé américain qui s’était approché à la nage de son domicile de Rangoun, situé sur les rives d’un lac.

Les analystes et la communauté internationale avaient alors violemment protesté, exigeant en vain la libération de l’unique réelle figure alternative au régime du généralissime Than Shwe.

“Sa détention sera terminée le 13 novembre, une semaine après les élections en Birmanie. Elle sera libérée conformément à la loi”, a indiqué jeudi un responsable birman, sous couvert de l’anonymat.

“Le mois de novembre sera très chargé pour nous, à cause des élections et de la libération de Mme Aung San Suu Kyi”, a confirmé une autre source officielle.

Mais le caractère imprévisible du régime laissera planer le doute jusqu’au dernier moment, a relevé Aung Naing Oo, analyste spécialiste de la Birmanie et basé en Thaïlande, ajoutant que cette libération a fait l’objet de nombreuses spéculations.

“Elle sera officiellement libérée, mais ne sera pas libre de ses mouvements”, a-t-il estimé ajoutant que la mesure serait probablement soumise à restrictions.

“C’est une dictature militaire. Peu importe le cadre légal, s’ils ne veulent pas la libérer, elle ne le sera pas. Je dois dire que je suis un peu sceptique. J’y croirai quand je le verrai”.

Les législatives de novembre sont considérées comme une mascarade en Occident, qui n’y voit qu’une manipulation des militaires pour se muer artificiellement en un régime civil sans céder une once de pouvoir.

ONU, Etats-Unis et Union européenne estiment que le scrutin ne peut avoir de signification en l’absence de Mme Suu Kyi. En 1990, la précédente consultation nationale avait été remportée haut-la-main par son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), sans que les résultats ne soient jamais été reconnus.

Depuis, la LND a disparu du paysage politique légal. Les lois électorales de mars dernier ont obligé ses dirigeants à choisir entre exclure sa fondatrice de ses instances, ou renoncer au scrutin. Le parti a choisi le boycott et a, en conséquence, été dissous par le pouvoir.

Jeudi, l’avocat de l’opposante a confirmé cette date de libération.

“Mme Suu doit être libérée le 13 novembre. Il n’y a plus de loi qui justifie sa résidence surveillée”, a affirmé Nyan Win. “Nous n’avons rien prévu pour l’instant. Nous ferons ce qu’elle nous dira de faire. Nous attendons ce moment”.

Depuis 1989, la dissidente a passé trois séjours en prison ou en résidence surveillée, pour un total de plus de 15 ans.

Mi-septembre, le quotidien gouvernemental “News Lights of Myanmar” avait sommé implicitement la LND de cesser de protester contre sa dissolution et menacé d’emprisonnement quiconque voudrait s’opposer aux élections.

La junte a par ailleurs annoncé que la figure de proue de l’opposition serait autorisée à voter, quelques jours après avoir affirmé le contraire. Un changement de cap qui n’a pas satisfait la communauté internationale.

Les Etats-Unis ont réaffirmé que Mme Suu Kyi ne devrait pas seulement être autorisée à voter, mais libérée, se déclarant “préoccupés par le climat d’oppression politique dans le pays”.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a déclaré pour sa part lundi, après une réunion ministérielle de l’ONU sur le sujet, que les élections ne seraient pas crédibles sans sa libération.


sept 29 2010

La Birmanie promet des élections libres

source : toulouse7

suukyi

Le ministre des affaires étrangères du Myanmar/Birmanie, U Nyan Win, a promis mardi que son gouvernement allait organiser des élections « libres et justes » le 7 novembre prochain et qu’elles seraient « pratiquement ouvertes à tous », dans un discours prononcé lors du débat annuel général de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.

« Aujourd’hui, le Myanmar est dans la phase critique de son processus de transformation politique. Nous sommes prêts pour ces élections générales démocratiques multipartites le 7 novembre 2010 », a dit U Nyan Win.

Au total, 37 partis politiques, dont ceux représentant divers groupes ethniques, prendront part à ces élections. Plus de 3.000 candidats s’affronteront pour un total de 1.171 sièges au Parlement du Peuple, au Parlement national et dans les parlements des Etats/Région, a-t-il précisé. « Une participation si large montre clairement que les élections seront pratiquement ouvertes à tous. Les partis politiques ont déjà démarré leurs campagnes électorales. La population exercera son droit démocratique à élire les représentants de son choix qui peuvent servir le mieux ses intérêts ».

Le ministre s’est dit confiant dans la capacité de son pays à organiser des élections de façon ordonnée. « Nous sommes déterminés à faire de notre mieux pour organiser des élections générales libres et justes pour le meilleur intérêt du pays et de sa population », a-t-il dit.

« Nous pensons que le nouveau gouvernement qui émergera après les élections continuera d’adopter la politique de maintien et de renforcement des relations amicales avec toutes les nations et de travailler plus étroitement avec les Nations Unies », a-t-il ajouté.
Lundi, le Groupe des amis du Secrétaire général de l’ONU sur le Myanmar avait réitéré « le besoin d’une élection ouverte à tous, participative et transparente » et avait appelé « à la libération des prisonniers politiques, y compris d’Aung San Suu Kyi », jugeant cela essentiel pour que les élections soient perçues comme crédibles et contribuent à la stabilité et au développement du Myanmar.

Photo : Aung San Suu Kyi l’hotage parfait par Justin Wintle


sept 28 2010

Birmanie : les élections ne seront pas crédibles sans Aung San Suu Kyi

source : AFP

NEW YORK (Nations unies) — Les prochaines élections en Birmanie ne seront crédibles que si la junte militaire au pouvoir libère l’opposante Aung San Suu Kyi, ont déclaré lundi les participants à une réunion ministérielle de l’ONU sur le sujet.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré à l’issue de la réunion que ses participants –dont des ministres chinois, indien, américain et britannique– avaient “clairement réitéré la nécessité d’un processus électoral plus transparent et auquel plus de monde puisse participer”.

“Ses membres ont appelé à ce que des mesures soient prises en vue de la libération de prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi. C’est essentiel pour que l’élection puisse être considérée comme crédible et pour contribuer à la stabilité et au développement de la Birmanie”, a ajouté M. Ban devant la presse à l’issue de cette réunion.

Aucun représentant birman ne participait à cette rencontre, qui s’est tenue en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Les autorités birmanes ont interdit au parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ainsi qu’à neuf autres partis d’opposition de participer le 7 novembre aux premières élections organisées dans le pays depuis deux décennies. L’opposition a dénoncé ces élections, les qualifiant de parodie de démocratie.

La junte a néanmoins autorisé Aung San Suu Kyi à aller voter.

M. Ban a indiqué que les ministres participant à la réunion de lundi, représentant des pays dont l’attitude est très différente envers la Birmanie, avaient “à nouveau exprimé leur engagement à travailler ensemble pour aider la Birmanie à répondre à ses problèmes politiques, humanitaires et de développement”.

“Le groupe a également réaffirmé une unité de but et d’action pour encourager la Birmanie à faire plus d’efforts envers la réconciliation nationale et la démocratie”, a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis et l’Union européenne imposent des sanctions à la Birmanie, mais la Chine s’est élevée contre des sanctions à l’ONU et l’Inde a accueilli le leader de la junte, le généralissime Than Shwe, en visite d’Etat en juin.

Ban Ki-moon s’était entretenu dimanche au siège de l’ONU avec le ministre birman des Affaires étrangères, U Nyan Win, pour évoquer le scrutin birman.

“Je lui ai fait part du fait que j’espérais fortement que cette élection se tiendrait de manière juste, transparente et sans exclure personne”, a dit M. Ban à propos de cette rencontre.


sept 27 2010

Birmanie : l’ONU se rapproche d’une commission d’enquête

source : lexpress

Birmanie: l'ONU se rapproche d'une commission d'enquête

Un manifestant devant l’ambassade birmanie à Bangkok, en septembre 2007.

REUTERS/Arthur Jones Dionio

La pression s’accentue sur la junte militaire birmane. A quelques semaines d’élections sans surprises, les Nations Unies discutent ce lundi d’une possible enquête pour crimes contre l’humanité.

L’ancien rapporteur spécial des Nations unies est formel: “Il n’y a pas de doute sur les crimes en Birmanie, tout est très bien documenté”. Présent sur le terrain entre 2000 et 2008, Paulo Sergio Pinheiro a multiplié les rapports relatant la violence de la junte militaire. Mais la cause birmane peine à mobiliser la communauté internationale. L’ancien rapporteur l’avoue lui-même, la Birmanie “n’est pas une priorité”.

La plupart des défenseurs des droits de l’homme constatent néanmoins ces dernières semaines un climat propice aux négociations. “Il existe une réelle possibilité pour rallier plusieurs pays à la cause birmane”, affirme Jean-Marie Fardeau, le directeur en France de Human Rights Watch. Neuf pays sollicitent désormais l’ouverture d’une commission d’enquête, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Après les Etats-Unis, l’Australie et le Canada, la France soutient publiquement l’initiative. Une mobilisation qui devrait s’amplifier lors de la 65ème Assemblée Générale des Nations Unies, qui s’est ouverte jeudi 23 septembre à New York. Certains espèrent l’adoption d’une résolution qui permettrait, sans être par définition contraignante, de renouer le dialogue.

Privilégier la diplomatie

Face à un régime hermétique aux sanctions internationales, la diplomatie regagne du terrain. Une option désormais privilégiée mais semée d’embûches. Pour Paulo Sergio Pinhero, “rien de positif ne peut se passer sans une coordination entre les puissances”.

Au sein de l’Union européenne, les positions divergent sur la Birmanie. Si la France a franchi le pas, le Royaume-Uni se fait attendre. Une dissension qui affecte également le reste de la communauté internationale. Si la position de la Russie demeure incertaine, la Chine flirte ouvertement avec le régime. Ces deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU disposent d’un droit de veto,

“Les prochaines semaines seront cruciales”, précise Isabelle Dubuis, coordinatrice d’Info-Birmanie. L’Assemblée générale de l’ONU sera suivie des élections législatives en Birmanie, le 7 novembre, les premières depuis vingt ans dans ce pays verrouillé par la junte. Un scrutin dont l’issue ne fait aucun doute, mais peut-être l’occasion de renouer le dialogue avec le régime. “Il n’y a pas de recette miracle, si ce n’est travailler sur tous les fronts qui s’ouvrent”, conclut laconiquement Paulo Sergio Pinheiro.


sept 24 2010

Birmanie : Aung San Suu Kyi est finalement autorisée à voter le 7 novembre

source : AFP

La célèbre dissidente birmane Aung San Suu Kyi, assignée à résidence et à ce titre exclue de toute forme de candidature aux prochaines législatives, sera autorisée à voter, ont indiqué vendredi des responsables birmans, quatre jours après avoir pourtant annoncé le contraire.

“Aung San Suu Kyi et ses deux domestiques auront le droit de voter”, a indiqué à l’AFP un responsable, sous couvert d’anonymat.

“Mais elles ne seront pas autorisées à aller dehors le jour des élections. Les autorités pourraient leur demander de voter en avance”, a-t-il ajouté.

Selon un autre responsable, qui parlait lui aussi sous couvert d’anonymat, la dissidente devrait être “bientôt” prévenue par les autorités.

Son nom figure sur la liste électorale du bureau de la Commission des élections du quartier de Rangoun où elle habite, selon le témoignage d’un journaliste de l’AFP sur place.

Lundi, des officiels birmans avaient pourtant annoncé que Aung San Suu Kyi ne serait pas autorisée à voter lors des premières élections organisées depuis 20 ans en Birmanie, le 7 novembre.

Aung Naing Oo, analyste sur la Birmanie, qualifie les lois électorales du pays d’”assez élastiques”. “Elles peuvent donc être interprétées différemment selon les besoins et la politique du jour”, a déclaré cet expert basé en Thaïlande.

Selon lui, Aung San Suu Kyi n’exercera sans doute pas son droit de vote. “De la part des militaires, c’est mieux pour eux de la laisser voter” car “ce n’est pas si important que ça. Elle a de toute façon suggéré qu’elle ne voterait pas”, a-t-il ajouté.

Ces élections ont été critiquées pour leur déficit démocratique. Le parti du prix Nobel de la paix, la Ligue nationale pour la démocratie (LDN), a été dissous avant le scrutin.

La militante des droits de l’homme avait obtenu la victoire de son parti aux dernières élections de 1990, mais le scrutin avait été annulé par le régime.

En 2007, des manifestations de faible ampleur contre la hausse du coût de la vie avaient débouché sur un large mouvement anti-gouvernement mené par des dizaines de milliers de moines bouddhistes, dont la couleur des robes avait inspiré le nom de “révolte safran”.


sept 20 2010

Aung San Suu Kyi officiellement interdite de vote en Birmanie

source : nouvelobs

La cheffe de l’opposition démocratique birmane Aung San Suu Kyi est officiellement interdite de vote en vue du scrutin du 7 novembre: son nom ne figure pas sur les listes électorales publiées lundi par la junte au pouvoir.

En vue du scrutin, la junte a mis en oeuvre plusieurs textes de loi interdisant dans les faits la lauréate du prix Nobel de la paix de voter, mais la publication des listes dans les bureaux locaux de la commission électorale a officialisé cette interdiction.

Il s’agira de la première élection générale en Birmanie depuis 1990, scrutin que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la “dame de Rangoon” avait remporté à une majorité écrasante.

Mais le régime militaire aux commandes du pays depuis 1962 a ignoré ces résultats et gardé Aung San Suu Kyi derrière les barreaux ou en résidence surveillée pendant 15 des 21 années écoulées depuis.

En mars dernier, de nouvelles lois ont été publiées interdisant aux personnes condamnées par la justice d’être candidates ou électrices.

La branche de la Commission électorale du quartier de Bahan, où Aung San Suu Kyi est assignée à résidence dans sa villa des bords du lac, a également exclu des listes d’électeurs les deux compagnes de la dissidente, Khin Khin Win et Win Ma Ma, qui vivent à ses côtés et l’aident dans les tâches domestiques.

Les trois femmes ont été condamnées en août 2009 pour violation des termes de sa précédente assignation à résidence, pour avoir brièvement hébergé un missionnaire américain qui avait gagné la maison à la nage.

Aung San Suu Kyi purge actuellement pour cette affaire une peine de 18 mois de résidence surveillée qui arrive à expiration le 13 novembre, soit six jours après le scrutin.

La Commission électorale avait fait savoir la semaine dernière que tout citoyen dont le nom n’apparaîtrait pas sur les registres électoraux aurait sept jours pour faire appel.


sept 18 2010

Birmanie : les opposants aux élections menacés

source : cyberpresse.ca

De citoyens de la Birmanie qui vivent au... (Photo: AFP)

De citoyens de la Birmanie qui vivent au Japon manifestent, en ce 18 septembre, contre les élections prévues dans leur pays d’origine.

Photo: AFP

Le journal officiel birman a averti samedi le principal parti d’opposition qu’il devait cesser de protester contre sa dissolution et menacé d’emprisonnement quiconque voudrait s’opposer aux élections que la junte organisera en novembre prochain.

Le journal News Lights of Myanmar, sans nommer le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), y a fait clairement allusion en accusant «un parti» de pousser les gens à «protester contre les élections en boycottant» le scrutin du 7 novembre prochain, le premier depuis 20 ans en Birmanie.

Le LND a en effet décidé de boycotter les élections ce qui lui a valu d’être dissoute par la Commission électorale en mai.

Selon le journal, considéré comme la voix du pouvoir, l’incitation à ne pas voter pourrait valoir «une durée d’emprisonnement n’excedant pas un an, ou une amende n’excédant pas 100 000 kyats (770 euros), ou les deux».

Les élections, les premières organisées par la junte depuis vingt ans, ont été unanimement condamnées par l’opposition et la communauté internationale, qui n’y voit qu’une mascarade du régime militaire.

A l’approche du scrutin, la Commission électorale a supprimé une dizaine de partis d’opposition.

La LND avait remporté une victoire écrasante en 1990, mais la junte n’a jamais laissé Aung San Suu Kyi prendre le pouvoir. La dirigeante d’opposition a passé la majeure partie des 20 dernières années en étant privée de liberté. Elle est actuellement en résidence surveillée.


sept 16 2010

Birmanie : la junte dissout 10 partis politiques

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exprimé son inquiétude sur la décision de la Commission électorale du Myanmar/Birmanie de dissoudre dix partis politiques, notamment la Ligue nationale pour la démocratie fondé en 1988 par le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, l’Organisation nationale de l’Union Pa-Oh, la Ligue des nationalités Shan pour la démocratie, le Parti démocratique de l’Etat Shan et le Parti du développement national Wa.

Ban Ki-moon a appelé les autorités du pays à garantir que les élections 7 novembre soient ouvertes à tous, a fait savoir mercredi le porte-parole du Secrétaire général.

Ban Ki-moon avait déjà appelé à plusieurs reprise les autorités à honorer leurs engagements publics et à organiser des élections libres et justes afin d’instaurer la paix et la démocratie.

Une douzaine de pays et un bloc régional devraient se réunir à New York le 27 septembre afin de faciliter le dialogue, a indiqué le porte-parole de Ban Ki-moon.


sept 15 2010

Birmanie : trois ans après la “révolte Safran”, la peur et la colère intactes

source : Rob BRYAN (AFP)

Photo prise le 11 août 2010 dans le centre de la Birmanie d’un moine bouddhiste

En 2007, U Ottama s’était joint aux moines en robe safran qui manifestaient contre la junte birmane. Trois ans après une répression sanglante, reste chez lui une certaine détermination, mais aussi une peur de tous les instants.

“Nous devons faire très attention”, susurre-t-il. “Les autorités locales ont une liste de ceux qui participaient au mouvement et je suis dessus”.

Les manifestations avaient pris la junte par surprise, après une brusque augmentation des prix de produits de base, puis le passage à tabac trois semaines plus tard de bonzes par des affidés de la junte.

Emmenée par des dizaines de milliers de moines bouddhistes bientôt rejoints par la population civile, la “révolte safran” devenait rapidement la plus grande menace contre le pouvoir depuis 1988. Le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, optait pour la répression: au moins 31 morts.

Plus de 250 moines ont été arrêtés, des milliers ont été défroqués. Et U Ottama, dont le nom a été modifié pour préserver sa sécurité, continue de voir des ennemis partout.

“La majorité des moines n’aime pas notre régime, mais on ne peut rien faire”, dit-il. “A chaque fois que j’y pense, je me mets en colère. Tous les moines pensent comme moi, je crois”.

Ou presque. Car la junte a oeuvré pour rallier à sa cause des moines âgés et influents, dans l’espoir de “les calmer”, eux et la jeune génération.

Mais avec ses coreligionnaires de confiance, U Ottama parle politique chaque jour et se nourrit des radios étrangères BBC et Voice of America, que le gouvernement qualifie de “tueurs des ondes”.

Le trentenaire entretient ainsi ce petit activisme au quotidien, sans perdre sa lucidité quant aux réelles perspectives de changement.

Malgré ses richesses, la Birmanie est en ruine et l’économie en déroute. “Les gens se battent pour manger et s’habiller. Ils ne peuvent pas consacrer du temps à la politique. C’est pour ça qu’ils ne s’intéressent pas aux élections”.

Dans moins de deux mois, les Birmans seront en effet appelés à élire un parlement national bicaméral, et des assemblées régionales. Un premier scrutin législatif depuis 20 ans qui a d’ores et déjà été verrouillé par la junte.

Les moines, traditionnellement actifs en politique, en ont été écartés par la très controversée Constitution de 2008. “On devrait au moins pouvoir voter, mais même pas”, peste le religieux.

Trois ans après une “révolte safran” aussi puissante que spontanée, le mouvement est à terre. “Le problème du mouvement de 2007, c’est que cette génération a tout misé dessus”, analyse David Mathieson, de l’organisation Human Rights Watch.

“C’était un acte très noble et courageux, et qui a reçu beaucoup de soutien, mais le régime a su exactement quoi faire. Ils les ont réprimés violemment pour faire passer le message. Le grande majorité des moines maintenant ne veut plus entendre parler de politique”.

Certains tentent de faire vivre autrement l’influence dont jouit encore le clergé au sein de la population. Comme ce moine de 42 ans du nord de Rangoun, qui privilégie le travail au quotidien avec ses semblables, plutôt que de se préparer pour le grand soir.

Il explique avoir pris part “spirituellement, pas physiquement” à la révolte Safran. “Je pense que les moines seraient prêts à se lancer de nouveau dans quelque chose de semblable aux manifestations, mais c’est difficile parce qu’il n’y a pas de coordination nationale”.

U Ottama, lui, ne peut pas croire que le combat ait cessé, que la junte restera sans adversaire. “Si rien ne change après les élections, il y aura des manifestations”, espère-t-il. “Nous ne devons plus être patients”.


sept 14 2010

Birmanie : Au coeur de la rébellion Shan

source : Gavroche

L’armée du Sud de l’Etat Shan est aujourd’hui la plus grande force paramilitaire à se battre contre les soldats birmans. Les rebelles revendiquent l’indépendance de l’Etat Shan. Dans cette province du nord est de la Birmanie, leur minorité est persécutée depuis des décennies par les militaires au pouvoir. Notre reporter, Nina Martin, est partie à leur rencontre en traversant clandestinement la frontière.
Le village de  Loi Taileng est protégée par les collines...et l'armée thailandaise.

Le village de Loi Taileng est protégée par les collines…et l’armée thailandaise.

Le soleil se lève à peine sur le camp d’entraînement numéro trois de Loi Taileng. Trois-cent cinquante nouvelles recrues en uniforme kaki ont déjà bien entamé leurs exercices matinaux sur ce terre-plein tout proche de la frontière thaïlandaise. Nous sommes en Birmanie, mais ce territoire échappe aujourd’hui à la junte au pouvoir. La zone est contrôlée par l’Armée du Sud de l’Etat Shan (SSA-S), qui se bat pour l’indépendance de cet ancien royaume, niché dans le nord-est de la Birmanie actuelle, entre la Chine et la Thaïlande. Dans le passé, rappelle le chef de la rébellion, le colonel Yawd Serk, l’Etat Shan était un royaume autonome : « Après avoir vécu sous administration britannique, les Birmans et les Shans ont chacun demandé l’indépendance. Mais quand l’Union de Birmanie s’est formée en 1948, les Birmans nous ont floués. Leurs soldats ont envahi nos terres. Nous les combattrons par tous les moyens possibles ». La rébellion a déjà tout prévu pour le jour où elle boutera l’ennemi birman hors de ses terres : elle a déjà son hymne national, son drapeau, son organe politique (le « Conseil de restauration de l’Etat Shan ») et tout un éventail de ministères. Le quartier général de l’armée a été installé en 1999 à Loi Taileng, « la montagne où les Shans prospèrent », en langue locale. Construit au sommet d’un relief, frontière naturelle entre la Birmanie et la Thaïlande, le village est protégé par des collines. Tout comme par l’armée thaïlandaise, même si personne à Loi Taileng n’ose aborder le sujet. « C’est d’ici que nous dirigeons toutes les opérations, indique Yawd Serk. Aujourd’hui, près de la moitié de l’Etat Shan est sous notre administration. Nous, nous contrôlons le Sud, mais aussi une bonne partie du centre et quelques bases le long de la frontière chinoise. L’objectif, bien sûr, c’est de contrôler l’intégralité de l’Etat. »

Chaque jour, les différentes unités de la SSA-S réparties dans l’Etat Shan doivent envoyer un rapport détaillé de leurs mouvements. Ce matin, la rébellion s’offre une petite victoire : « La nouvelle vient de tomber. On a tué vingt soldats birmans aujourd’hui près de la rivière Salween », lance, tout sourire, le responsable des Affaires étrangères. Les combats avec la junte sont quotidiens. La force de la rébellion repose sur ses soldats, rompus à la guérilla après un service militaire de cinq ans, obligatoire pour chaque homme de 18 à 45 ans. L’armée compterait à ce jour près de dix mille hommes éparpillés, mais tous ne sont pas formés au combat. Aujourd’hui, la brigade du capitaine Muni repart sur le front. Dans la caserne, ses hommes fument une dernière cigarette en silence ou finissent de préparer leur paquetage. Dans leur besace : du riz, de l’eau, un peu de viande séchée, de quoi tenir au moins cinq jours dans la jungle sans se ravitailler. Leur casquette aux couleurs de la SSA-S vissée sur la tête, les soldats se mettent en marche, sur un chemin abrupt et rocailleux. A leur bras pendent des armes variées de fabrication chinoises ou russes. Grenades, M16, AK47, lance-roquettes, un arsenal impressionnant parfois ramassé sur les dépouilles de l’ennemi. Les regards des soldats sont durs, déterminés. « Nous avons passé trois mois au camp de base, pour s’entraîner et s’informer sur la situation de nos ennemis, connaître la nouvelle stratégie de notre armée », indique le capitaine. Quelques heures de marche plus loin, les soldats installent un mini camp de base. Il faut s’économiser car l’avant-poste vers lequel se dirigent les rebelles est à une vingtaine de jours de marche. Ce sera plus long, peut-être, si leur chemin croise celui des soldats birmans.

Dans un coin à l’écart, un homme au visage livide est étendu sur une paillasse. « Vous voyez, ce soldat est très faible, commente un apprenti médecin en lui plaçant une perfusion. Quand on marche dans la jungle, on doit porter des sacs très lourds, en plus de nos armes et de nos munitions. Les soldats faiblissent, donc on les aide un peu en leur injectant du glucose. » L’un des jeunes soldats chargés des piqûres de jouvence n’a que 14 ans. Un supérieur, visiblement gêné, s’empresse de préciser que ces enfants soldats ne portent pas de fusils. « On les envoie à l’école mais ils s’en échappent, ils veulent se battre eux aussi », jure-t-il. Un peu plus loin, le major Sak Re-piew est venu passer les soldats en revue. Il explique que l’objectif de ses hommes est avant tout d’aider les populations de l’Etat Shan en créant des écoles ou des cliniques. Tout en profitant, au passage, pour trouver de nouvelles recrues. « Nous ne chechons pas le combat, mais si nous croisons des soldats birmans, admet-il, nous devrons nous défendre ». Il ajoute que les rebelles ne se rendent jamais en uniforme dans les villages, car les habitants pourraient subir des représailles si les Birmans les suspectaient de soutenir la rébellion. Cette nuit, ils reprendront leur marche dans la pénombre pour ne pas se faire repérer. Les premières positions de la junte birmane ne sont plus qu’à trois kilomètres. Dans trois ans environ, cette brigade devra revenir au camp de base pour se remettre à niveau. En général, les soldats ne reviennent jamais seuls. Ils ouvrent la route à de nombreux villageois shans qui fuient les persécutions des militaires birmans. Le responsable des Affaires étrangères nous conduit dans un camp de déplacés, situé à quelques pas de la base militaire. Un véhicule passe et projette un nuage de poussière sur les huttes en bambou rudimentaires où vivent quelque deux mille personnes, sans eau, ni électricité. « En général, ces gens restent ici deux ou trois ans, précise le haut gradé. Dès qu’ils trouvent un travail de l’autre côté de la frontière, ils partent. » La Thaïlande n’est qu’à quelques mètres. C’est la petite route en terre autour de laquelle s’est construit le camp qui tient lieu de frontière entre les deux pays.

Bak Ram n’a pas encore osé s’aventurer « de l’autre côté » ; sans papier d’identité, elle a peur d’être arrêtée et renvoyée dans cette région qu’elle a préféré fuir. « Dans mon village, les soldats birmans venaient quand bon leur semblait et forçaient tout le monde à travailler gratuitement pour eux comme porteurs. Pour transporter leurs munitions et leurs équipements dans les montagnes. On n’avait même plus le temps de travailler pour nous, pour se nourrir », se rappelle-t-elle. Impossible de ne pas obéir aux ordres, précise-telle : « Si l’on refuse, ils arrêtent le chef du village et d’autres personnes au hasard, puis ils les torturent. C’est comme ça partout, tout le monde subit le travail forcé ».

Après avoir déménagé de village en village pour échapper aux soldats, Bak Ram a finalement pris la décision de fuir. « J’avais entendu parler du camp de Loi Taileng, placé sous la protection des rebelles. Alors je suis allée les trouver dans la forêt et je les ai suivis jusqu’ici. On marchait toute la journée, j’avais le visage et les pieds en sang, je portais mes deux nourrissons dans les bras… et ça a duré 45 jours. » La jeune femme ne regrette pas son choix. Depuis son arrivée il y a cinq ans, l’armée lui donne un peu de riz – 25 kg par personne et par mois - et elle peut garder pour elle les fruits de son travail. Elle n’a même pas la nostalgie de son village, car elle a appris que les soldats birmans l’avaient brûlé quelques mois après son départ. En Birmanie de l’Est, 3200 villages ont été détruits ou incendiés en dix ans par la junte, rapporte Amnesty International. Le travail forcé, les rackets et les viols sont monnaie courante, particulièrement dans les localités soupçonnées d’aider les rebelles. Non loin du camp de déplacés, la base militaire de Loi Taileng s’est dotée de sa propre radio, d’une clinique et d’une école où les deux enfants de Bak Ram passent aujourd’hui un examen de mathématiques. Les élèves de cet établissement sont souvent orphelins et vivent dans un dortoir attenant. Sai Sam avait 9 ans quand il a pris la décision de suivre les soldats de la rébellion : « Je n’avais plus de famille, les soldats birmans ont tué mes parents. C’est ce qu’il risquait de m’arriver si je restais. Les rebelles shans m’ont trouvé et m’ont proposé de m’emmener ici pour aller à l’école. Je me sens parfois triste, car à part la jungle, il n’y a pas grand-chose ici ». Impossible pour ces enfants d’oublier qu’ils vivent dans une base militaire. Leur vie quotidienne est rythmée par celle des soldats, comme le rappelle ce coup de sifflet à 22 heures. « C’est la police militaire qui arrive, chuchote un villageois. Au coup de sifflet, tout le monde doit dormir. »

La résolution du conflit parait impossible. Aux insurgés, la junte n’offre qu’une alternative : la reddition sans condition. Embourbé dans une guerre qui risque de durer, le chef de l’Armée du Sud de l’Etat Shan, Yawd Serk, observe d’un oeil amusé la préparation des élections de 2010. « Les élections ne sont qu’une tactique de la junte birmane pour piéger la communauté internationale et les peuples de Birmanie, gronde le colonel. Les minorités ethniques n’ont pas participé à l’écriture de la Constitution votée en 2008. Donc les élections seront par définition injustes. » L’Armée du Sud de l’Etat Shan n’est pas le seul groupe armé de la région. La plupart ont signé un accord de cessez-le-feu avec la junte il y a quelques années, qui leur assure une relative autonomie sur leur territoire. « Notre salut dépend de l’unité des différents groupes de l’Etat Shan, assure le moine supérieur de Loi Taileng. Si on se bat ensemble, on peut gagner. Je ne crois pas aux marches pacifistes, seuls les fusils auront raison de la junte. » A son sens, le moment est propice à une alliance. Depuis l’année dernière, la junte met la pression sur tous les groupes de cessez-le-feu de la région pour que ces derniers placent leurs milices sous son commandement. Peu sont disposés à le faire et certains, comme les Wa, commencent à se préparer à un éventuel conflit. Malgré tout, Renaud Egreteau, chercheur à l’université de Hong Kong, ne croit pas vraiment que ce rêve d’un front uni des groupes rebelles ethniques contre le régime soit réalisable : « Il y a peu de chance qu’un accord interethnique soit trouvé. Les guérillas de la Birmanie vont très certainement se poursuivre en périphérie du pays. »

Texte et photos : NINA MARTIN