juin 29 2010

Avec la junte birmane, un éléphant ça trompe énormément

source : lemonde.fr

Le symbole était trop beau. Les autorités birmanes avaient repéré un éléphant blanc dans le nord-ouest du pays, un animal très rare, symbole selon les superstitions birmanes de changements politiques. Un heureux hasard à l’approche des premières élections législatives du pays depuis vingt ans.

La photo de l'éléphant blanc capturé dans le nord-ouest de la  Birmanie, diffusée par l'agence de presse du pays, MNA.
AFP/AFP
La photo de l’éléphant blanc capturé dans le nord-ouest de la Birmanie, diffusée par l’agence de presse du pays, MNA.

Cette femelle, âgée d’environ 38 ans et mesurant plus de deux mètres de haut, était sûrement un signe du destin et a donc été capturée samedi dans l’Etat Rakhine, selon le quotidien The new light of Myanmar. Comme tous les éléphants dits “blancs”, sa peau est entre le rose et le marron. La junte a ensuite largement diffusé la nouvelle par la télévision officielle MRTV et par l’agence Myanmar news agency (MNA) pour diffusion internationale.

Mais pour ne pas gâcher ce symbole, le grab (une photo qui est en réalité une capture d’un écran vidéo) fourni aux agences de presse étrangères – dont l’Agence France presse (AFP) via son bureau de Hongkong – a été retouché par MNA. Les cordes qui retiennent la patte et serrent le coup de l’animal ont été effacées.

Manque de chance pour MNA, une autre agence, l’américaine AP, effectue elle-même ses captures d’écran et diffuse donc exactement la même image de l’éléphant albinos, mais cette fois entravé.

La photo de l'éléphant blanc telle que diffusée par l'agence  américaine AP.
AP
La photo de l’éléphant blanc telle que diffusée par l’agence américaine AP.

Les retoucheurs de MNA ont poussé le zèle jusqu’à retirer les cordes servant de harnais aux autres éléphants présents sur l’image. Ainsi sur leur version de la photo, le cornac (guide et soigneur de l’éléphant) le plus à droite de l’image semble basculer en arrière, prêt à tomber, alors que sur la photo non retouchée, ses pieds sont retenus par une corde. Informée de cette manipulation, l’AFP a retiré la photo de sa base.

Antonin Sabot

juin 28 2010

Naypyidaw, capitale fantôme

source : Gavroche

Fin 2005, le régime birman abandonnait Rangoun et déplaçait du jour au lendemain ses ministères dans une nouvelle capitale administrative. Construite de toutes pièces et coupées du monde, Napyidaw est pour la junte l’image de la ville idéale.

Les wagons «made in Japan » de Myanmar Railway cheminent lentement à travers les rizières et les villages, où le temps semble s’être arrêté. Mai Thet lutte contre le sommeil dans le vieux train bondé qui a quitté la nouvelle capitale, Naypyidaw, il y a quelques heures. Comme presque tous les passagers, la jeune femme de 27 ans se rend à Kyaukpadaung, au centre de la Birmanie, pour assister au populaire festival du Mont Popa. « Je suis tellement contente de retourner dans ma ville natale. C’est comme respirer à nouveau. Je n’ai pas beaucoup d’occasions de m’échapper de Naypyidaw », confie-t-elle, tout en grignotant quelques oeufs de caille achetés à la dernière station. Depuis un peu plus de trois ans, Mai Thet travaille dans la nouvelle capitale birmane en tant qu’employée du ministère de la Planification nationale et du Développement économique. Avant, elle habitait à Rangoun. Mais lorsque la capitale a été déplacée dans une ville construite en secret, à 320 km au nord, on ne lui a pas vraiment laissé le choix. « On m’a demandé de quitter Rangoun, se souvient-elle. A l’époque, personne ne savait à quoi ressemblait Naypyidaw, mais je ne voulais pas perdre mon emploi. » Dix jours plus tard, elle déménageait comme des milliers d’autres fonctionnaires dans une ville morte, dépourvue de marché ou d’une simple épicerie. Depuis, la situation ne s’est pas vraiment arrangée.

Des boulevards vides
La plupart des commerces sont liés aux militaires. Les autres ont été «encouragés» à s’installer à Napyidaw, la «Demeure des rois » en birman. « Il n’y a pas de marché potentiel, car la plupart des habitants sont des fonctionnaires au salaire dérisoire. Mais pour l’image, la junte a forcé plusieurs grands hôtels à s’installer ici. C’est une chose qu’on ne peut pas refuser », explique un homme d’affaires de Rangoun. Dans la « zone hôtelière », où trônent neuf hôtels tape-àl’oeil mais presque vides, un homme d’une quarantaine d’années se présente comme un employé du ministère des Affaires étrangères. Quand je lui demande s’il aime vivre à Naypyidaw, il répond avec un sourire gêné : « Rangoun était devenu trop petit. Ici au moins, on a plein d’espace. » Peut-être un peu trop d’espace. Tels les anciens rois birmans qui déplaçaient leurs palais au gré des conseils de leurs astrologues, le généralissime Than Shwe a choisi de raser une forêt de teck infestée de serpents pour y construire une ville à son image, totalement démesurée. Le contraste avec la charmante ville de Rangoun prend à la gorge dès l’arrivée à la gare, gardée par des soldats armés jusqu’aux dents. Alors que la plupart des capitales asiatiques grouillent d’animation, ici le silence est pesant. Impossible de circuler à pied, il n’y a pas de centre-ville. Une zone pour les ministères, une autre pour les hôtels, plusieurs quartiers résidentiels sinistres… Chaque zone, bien délimitée, est bordée de grandes artères de quatre à six voies, comme on n’en trouve nulle part ailleurs en Birmanie. Pourtant, seules quelques rares berlines d’hommes d’affaires, une poignée de véhicules de l’armée et des voitures à cheval s’aventurent sur ces boulevards.

Un zoo climatisé
Mai Thet, la jeune femme du train, habite dans un quartier réservé aux femmes célibataires. Les lignes de téléphone fixe personnelles ne sont pas autorisées : un téléphone public par résidence et c’est tout. Récemment, un réseau GSM a été installé, mais le coût d’un téléphone portable reste prohibitif pour une grande partie des fonctionnaires de Naypyidaw. Dans le quartier résidentiel de Mai Thet, seule la couleur des toits change : vert pastel pour les fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, bleu pour ceux de la Santé. « Je n’aurais jamais pu me payer ce genre d’appartement à Rangoun, admet la jeune femme, qui gagne un peu plus de 20 dollars par mois. Nous ne payons pas de loyer ici. Mais depuis l’an dernier, les lourdes factures d’électricité sont à notre charge. » Naypyidaw est le seul endroit en Birmanie où l’électricité coule à flot 24 heures sur 24, alors que le reste du pays subit régulièrement des coupures de courant. Cet avantage ne compense ni l’absence de transports en commun, ni le manque de commerces. « Ici, tu ne trouves pas de cantine à chaque coin de rue, comme à Rangoun, indique Aung Ye, qui a vécu un an à Naypyidaw. Comme tout est séparé en zones, si tu veux manger quelque chose, tu dois aller dans la zone des restaurants. Ce n’est pas attrayant pour les investisseurs. » Dans cette capitale sans âme, les seules infrastructures disponibles sont celles jugées nécessaires par la junte : un musée des pierres précieuses, quatre terrains de golf - le sport préféré de Than Shwe -, un parc monumental qui accueille des spectacles « son et lumière » quotidiens, sans oublier un zoo immense… avec une pièce climatisée pour les pingouins.

Souterrains et abris antinucléaires
Partout, les travaux continuent. Il faut que tout soit prêt avant les élections annoncées par le régime d’ici fin 2010. Un monstre de béton, destiné à accueillir les futurs députés, est en train de sortir de terre. Agenouillés sur le sol en marbre brûlant, des ouvriers mettent une touche finale à une réplique voulue parfaite de la fameuse pagode Shwedagon de Rangoun. Depuis cet édifice, on peut apercevoir une partie du quartier général de l’Armée, retranché sous les collines. « C’est un véritable gruyère. On y trouve un labyrinthe de souterrains, des abris anti-nucléaires », confie sous couvert d’anonymat un employé d’une société locale chargée de les creuser. La cité serait aussi protégée par des missiles sol-air. Mais impossible d’approcher de trop près ce quartier sous haute surveillance, où vivent tous les plus hauts-gradés. « Je ne veux pas y aller, je ne veux pas mourir », s’excuse mon chauffeur de taxi en faisant le geste de se faire trancher la gorge. Pour le généralissime, Naypyidaw est la ville idéale : propre, épurée, sécurisée. Officiellement, cette nouvelle capitale a vu le jour car l’appareil d’Etat se sentait trop à l’étroit à Rangoun. Mais elle offrirait surtout une meilleure protection en cas d’attaque étrangère. Bien à l’abri dans son palais de plus de cent pièces d’où il ne sort que très rarement, le numéro Un de la junte semble vouloir se protéger autant des dangers extérieurs que de son propre peuple, l’un des plus pauvres d’Asie. Le coût total de la construction de cette capitale reste un mystère ; mais un homme d’affaires local confie qu’environ deux millions de dollars ont été dépensés pour chaque maison destinée à un fonctionnaire de haut rang. Il y en a au moins 50 à Naypyidaw. La ville finira-t-elle par s’humaniser et par se doter d’équipements qui font le propre d’une capitale ? Mon chauffeur de taxi en doute : « Naypyidaw ne sera jamais une ville normale. Ce sera toujours une ville militaire, une base militaire. Mais j’ai besoin d’envoyer de l’argent à ma famille et à partir de maintenant, l’argent est là. »

NINA MARTIN


juin 24 2010

La Birmanie ne reçoit que 3 dollars d’aide par habitant et par an

source : Romandie.com

L’aide fait cruellement défaut à la Birmanie, a affirmé le coordinateur humanitaire de l’ONU en Birmanie Bishow Parajuli. Le financement insuffisant ralentit les efforts de reconstruction deux ans après le cyclone Nargis.

La Birmanie est délaissée par les donateurs. Ce pays a le niveau le plus bas d’aide publique au développement sur les 50 pays les moins avancés, inférieur à ce que reçoit la Corée du Nord, soit trois dollars par habitant par année.

Sur un appel de 691 millions de dollars lancé début 2009, l’ONU a reçu pour ses projets humanitaires seulement 180 millions de dollars, a précisé Bishow Parajuli, de passage à Genève pour “secouer” la communauté internationale.

Environ 100′000 familles, soit un demi-million de personnes, n’ont toujours pas de logement décent, deux ans après le cyclone. Ils survivent dans des abris temporaires, vulnérables aux intempéries, alors que des inondations dans le nord du pays la semaine dernière, ont fait plus de 60 morts et 25′000 déplacés.

Le responsable du Programme alimentaire mondial pour la Birmanie Chris Kaye a fait remarquer que, malgré les lenteurs bureaucratiques, il est possible de distribuer de l’aide de manière efficace en Birmanie. Les autorités n’empêchent pas la distribution de l’aide internationale, a-t-il expliqué.

“Nous sommes en mesure de travailler en Birmanie”, a renchéri Bishow Parajuli. Pour lui, les donateurs manquent d’informations et sont motivés par des considérations politiques.


juin 23 2010

Birmanie: campagne électorale sans drapeaux ni marches ni slogans

source : AFP

La junte birmane a publié mercredi une directive sur les prochaines élections législatives, attendues avant la fin de l’année, interdisant notamment aux partis politiques tout défilé avec drapeaux et slogans.

Les militaires ont déjà écarté du processus électoral l’opposante Aung San Suu Kyi, dont le parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été officiellement dissous. Cette fois, le texte de la Commission électorale, daté du 21 juin et publié sur le site internet du quotidien New Light of Myanmar, prévoit que les membres de partis politiques ne pourront “défiler (…) en tenant des drapeaux ou en chantant des slogans en procession”. Les activités politiques ne doivent en aucun cas “perturber les lieux publics”, poursuit la directive selon laquelle tout discours politique hors du siège d’un parti doit être soumis à autorisation une semaine auparavant. Il est aussi strictement interdit de prononcer des discours ou de publier des textes “avec l’intention de salir l’image de l’Etat” et celle de l’armée birmane. La date exacte des élections n’a pas été annoncée. La communauté internationale a multiplié les critiques ces dernières semaines sur ce processus électoral. Washington a jugé mardi que les élections ne seraient “ni libres ni équitables et (manqueraient) de légitimité internationale”. En mars, les lois électorales ont interdit aux partis de conserver parmi leurs membres tout prisonnier politique. La LND a dû choisir entre renoncer au scrutin ou exclure Mme Suu Kyi qui purge actuellement une nouvelle peine de résidence surveillée. Le parti a finalement été dissous. Certains de ses cadres ont décidé de créer une nouvelle formation, la Force démocratique nationale (NDF). Le régime militaire a, lui, tenté de se donner les attributs d’un pouvoir civil. Récemment, le Premier ministre Thein Sein et 22 autres membres de la junte ont quitté leurs fonctions militaires et déposé une demande de création d’un parti.


juin 22 2010

The Junta’s New Look

source : The Irrawaddy

L’habit ne fait pas le moine !

Laotian Prime Minister Bouasone Bouphavanh (center) is accompanied by his Burmese counterpart Thein Sein as he is greeted by ministers and deputy ministers in Naypyidaw on Monday.


Is this photo a sneak preview of what civilian rule in Burma will look like?

While many observers predict that the end of military rule will bring no more than superficial change, they may not have realized just how cosmetic it will be.

After years of wearing the same old uniforms, it seems that Prime Minister Thein Sein and his entourage of government ministers couldn’t wait to make a statement that would really tell the world that Burma is about to break out of the straitjacket of military rule.

The photo shows Thein Sein et al welcoming visiting Laotian Prime Minister Bouasone Bouphavanh (wearing a business suit) at a military compound in Naypyidaw on Monday. From head to toe, they are dressed in nothing but the best in traditional Burmese finery: gaungbaung headdresses, immaculately white taikpon jackets, brightly colored silk longgyi and velvet sandals normally reserved for Buddhist novitiation ceremonies.

Along with Thein Sein, 26 other generals resigned from the military in April to take part in this year’s election as political candidates for the pro-junta Union Solidarity and Development Party (USDP), including many who appear in this photograph.

The USDP has been officially registered by Burma’s election commission and currently faces criticism from other political parties that its inclusion of government ministers violates election laws.

Their ostentatious fashion statement notwithstanding, it is interesting to note that the ministers who appear in this photograph are standing stiffly at attention—more like good soldiers than ministers greeting a foreign dignitary.


juin 19 2010

Bon anniversaire, Madame

sta600791

©rm tous droits réservés


juin 18 2010

Birmanie : les 65 bougies d’Aung San Suu Kyi fêtées à travers le monde

source : AFP

Des militants de “Free Burma” portent un gâteau d’annniversaire pour les 65 ans de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, le 18 juin 2010 à Manille

Un fauteuil vide en Afrique du Sud, des “flashmobs” en Grande-Bretagne, des bougies à Bangkok: des militants se sont réunis à travers le monde pour le 65e anniversaire de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, qu’elle fêtera une nouvelle fois samedi en résidence surveillée.

La dissidente la plus célèbre du globe, unique prix Nobel de la paix à être privée de liberté, est au coeur de petites manifestations aux quatre coins de la planète, signe de la fidélité de ses partisans malgré un poids politique en déclin.

Ses proches organiseront une petite fête en son honneur samedi, jour de ses 65 ans. Mais la “Dame” de Rangoun, détenue pendant 15 des 21 dernières années, ne pourra pas quitter sa demeure familiale délabrée.

Vingt mille arbres devaient aussi être plantés dans le pays pour honorer le combat de cette femme fine à la voix douce, épouvantail d’un des régimes militaires les plus fermés du monde.

“Tant qu’elle est en Birmanie et en vie, elle restera une menace pour le pouvoir militaire”, estime David Mathieson, de l’organisation américaine Human Rights Watch. “Elle se lèvera toujours pour les droits de son peuple, comme incarnation de la promesse d’un meilleur avenir pour le pays”.

Le parti de l’ennemie intime du généralissime Than Shwe, homme fort du régime militaire, est aujourd’hui moribond.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND), vainqueur des élections législatives de 1990 mais écartée du pouvoir, a été dissoute par la junte en mai après avoir boycotté le prochain scrutin, prévu d’ici la fin de l’année.

Reste le charisme d’une icône de la résistance à l’oppression.

“C’est difficile sans Mme Suu Kyi au premier plan. Mais nous faisons de notre mieux car nous l’avons vu lutter pour le peuple”, explique Min Zaw Oo, 29 ans, jeune membre de la LND. “C’est notre modèle. Nous prions toujours pour sa libération, pas seulement le jour de son anniversaire”.

Vendredi, des militants ont manifesté à Hong Kong devant le consulat général de Birmanie, ainsi qu’à Manille.

Samedi, des rassemblements seront organisés à Washington et à Londres. Ailleurs en Grande-Bretagne, les militants promettent des “flashmobs” (rassemblement-éclairs) avec des masques de la dissidente.

“Aung San Suu Kyi est le symbôle mondial du courage face à la répression”, a estimé Jimmy Carter dans un communiqué du groupe de sages des “Elders” (les Anciens), fondé par l’ex-opposant puis chef d’Etat sud-africain Nelson Mandela.

Une chaise drapée de soie est restée vide lors d’une réunion du groupe jeudi, symbolisant l’absence de la dissidente, tandis que des opposants en exil soufflaient des bougies en son honneur à Bangkok.

“Il est très triste que le simulacre d’élections à venir et les lois électorales anti-démocratiques l’aient isolé du peuple birman. C’est à cause de son courage, de sa vision pour la liberté et la démocratie en Birmanie”, a témoigné Zipporah Sein, secrétaire générale de l’Union nationale karen (KNU), un des principaux groupes ethniques rebelles birmans à lutter contre la junte.

En mai 2009, Mme Suu Kyi attendait sa libération lorsqu’un illuminé américain s’est introduit à la nage à son domicile, situé sur les rives d’un lac. En août, elle écopait de 18 mois supplémentaires de résidence surveillée, ne devenant libérable qu’en fin d’année.

“Ils peuvent constamment trouver des raisons de prolonger sa résidence surveillée”, redoute pourtant David Mathieson. “Ils ne la libèreront que quand ils sauront qu’ils peuvent la contenir”.


juin 17 2010

Aung San Suu Kyi fait toujours rêver les jeunes Birmans

source : la Croix

Malgré quinze ans de résidence surveillée, la célèbre opposante birmane qui fête ses 65 ans demain symbolise toujours la résistance à la junte militaire

Zay (1) a peur de parler. Pour décrire son admiration pour Aung San Suu Kyi, cette Birmane de 30 ans, encore étudiante, préfère louer un compartiment clos dans un restaurant huppé de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie.

« Nous ne voyons jamais la Dame de Rangoun puisqu’elle est en résidence surveillée. Mais je la connais très bien », explique la jeune femme, en se retournant constamment pour vérifier que les serveurs de l’établissement ne l’espionnent pas.>

Lorsque l’électricité n’est pas coupée dans son quartier, ce qui est rare, Zay regarde à la télévision les anciens discours d’Aung San Suu Kyi. La Democratic Voice of Burma, une chaîne de télévision en exil, diffuse par satellite ces émissions à l’intérieur du pays.

« Notre peuple ne savait rien de la politique, estime l’étudiante. Mais Aung San Suu Kyi nous a enseigné la liberté et la démocratie. Elle est une lumière. Elle sait expliquer les choses avec des exemples, des mots simples, en racontant des histoires. Tout le monde peut comprendre, même les gens de la campagne qui ne sont pas éduqués. »

En résidence surveillée

Ce rapport intime que la Prix Nobel de la Paix 1991 a su nouer avec son peuple à la fin des années 1980 effraie les généraux birmans de la junte. Ils tiennent le pays d’une main de fer depuis 1962. Trois fois, ils l’ont mise à l’écart de la société. Depuis 1989, elle a passé, en tout, quatorze années et huit mois en détention chez elle.

En août dernier, ils l’ont condamnée à 18 mois supplémentaires d’assignation à résidence pour avoir laissé un Américain s’introduire chez elle. Malgré cet isolement forcé, elle parvient encore à donner de l’espoir aux jeunes. Même à ceux qui ne se rappellent pas l’avoir connue libre.

« Dans un pays où règnent la peur et l’arbitraire, elle nous fait rêver. Nous avons vraiment besoin d’elle », témoigne Bo (1), un jeune Birman, assis sur un banc au bord du Lac Inya à Rangoun, juste en face de la villa d’Aung San Suu Kyi.

L’été dernier, ce jeune homme a assisté au procès de son idole. Mais il n’a guère senti de soutien occidental fort pour elle. « Certains diplomates européens m’ont donné l’impression de penser qu’Aung San Suu Kyi est mieux en résidence surveillée, analyse-t-il.

Prix Nobel de la Paix 1991

Si le régime avait libéré la Dame de Rangoun, elle aurait mobilisé des gens, donné des discours et voyagé dans tout le pays. » En d’autres termes, elle aurait nui à la stabilité politique. « Finalement, des diplomates commencent à accepter sa détention », regrette-t-il.

Pour éviter qu’elle ne tombe dans l’oubli, les quatre avocats de la Dame de Rangoun bataillent sur tous les fronts juridiques. Ils font parler d’elle. Et font vite taire les rumeurs quant à sa santé défaillante.

« Aung San Suu Kyi va bien, précise U Nyan Win, un de ses défenseurs qui la voit tous les quinze jours. Elle a subi en avril un examen médical car son rythme cardiaque était trop élevé. Elle m’a dit que les résultats étaient très bons. »

Le mois dernier, l’équipe de défense de l’opposante a déposé une requête devant la Cour suprême de Birmanie pour demander sa libération. La démarche n’a aucune chance d’aboutir. « Mais nous exposons notre argumentation au pays et au monde entier. C’est utile », explique U Kyi Win, un autre avocat d’Aung San Suu Kyi.

Bataille juridique

Âgé de 76 ans, assis dans un bureau sordide au premier étage d’un bâtiment décrépi de Rangoun, l’homme aux longs cheveux blancs n’exclut pas de se tourner vers le Conseil des droits de l’Homme une fois toutes les pistes judiciaires épuisées dans son pays. « Concrètement, les militaires sont au pouvoir. Juridiquement, nous avons raison. Nous montrons que le gouvernement ne respecte pas la loi. C’est notre principal objectif », précise-t-il.

Dans cette société injuste et inégalitaire, les jeunes Birmans admirent le dévouement total d’Aung San Suu Kyi. Elle a sacrifié sa vie de famille et sa propre liberté. Phyu Phyu (1), une jeune Birmane au chômage, dit avoir appris le courage au contact de la chef de file de l’opposition. Intéressée par la politique sans oser en faire, elle se rappelle les débats politiques que la Dame de Rangoun organisait librement chez elle en 1995.

Perchée sur une estrade dans son jardin, Aung San Suu Kyi répondait alors spontanément aux questions de son auditoire. Des milliers de Birmans assistaient à ces forums. Phyu Phyu y allait avec son père, un grand admirateur des idées de la Prix Nobel. Elle n’avait pas dix ans. « Il y avait beaucoup de policiers, se souvient-elle.

Pour entrer dans le jardin, tout le monde devait s’enregistrer et se faire photographier à l’avance. » Enfant, Phyu Phyu devait aussi se soumettre à cette procédure. « Aung San Suu Kyi m’a donné l’occasion de faire preuve de bravoure », conclut-elle.

Rémy FAVRE, à Rangoun

(1) Par sécurité, ces noms ont été changés


juin 16 2010

Les Rohingyas, persécutés et oubliés

source : courrier international

Quelque 400 000 Rohingyas persécutés par la junte au pouvoir au Myanmar sont réfugiés au Bangladesh. Certains survivent dans des bidonvilles, quand d’autres ont obtenu le statut de réfugié, raconte Le Temps.

Camp des réfugiés de Kutu Palong - Rapport sur la situation des  Rohingyas au Bangladesh - The Arakan Project

Camp des réfugiés de Kutu Palong - Rapport sur la situation des Rohingyas au Bangladesh - The Arakan Project

Des hordes d’enfants oisifs, parfois entièrement nus, courent et jouent çà et là. Un fil noué à un sac en plastique se transforme cerf-volant, des cailloux en osselets, une tige végétale en corde à sauter. Sur les collines de Kutu Palong, dans le sud du Bangladesh, la vie s’invente dans la misère du camp des réfugiés. Les enfants cherchent à tromper le vide de leur existence que ni leur pays d’origine, le Myanmar, ni leur pays d’accueil, le Bangladesh, ne veut reconnaître. Car ils sont les enfants d’un peuple apatride et discriminé, rayé des cartes et privé de droits : les Rohingyas.

Depuis la fin des années 1970, les Rohingyas fuient leurs terres séculaires de l’Arakan, dans le nord-ouest de la Birmanie. Minorité musulmane tyrannisée par la junte birmane probouddhiste, les Rohingyas sont près d’un million à avoir pris la route de l’exil. Ils fuient vers le Bangladesh voisin, mais aussi vers la Malaisie et l’Arabie Saoudite. Parfois désespérés, ils partent à l’aveuglette sur des rafiots en pleine mer. Les Nations unies décrivent cette ethnie comme “l’une des plus persécutées au monde”. Mais leur tragédie ne parvient pas à susciter l’intérêt de la communauté internationale. Et 400 000 d’entre eux vivraient illégalement au Bangladesh, un pays déjà surpeuplé, accablé par la pauvreté et dont la patience semble être à bout.

Carte de situation - lire les informations sur le site de  l'UNHCR“La répression a débuté il y a neuf mois”, assure Mustafa Attu, 52 ans. Il est arrivé récemment à Kutu Palong, où s’improvise un bidonville de 20 000 réfugiés illégaux venus des environs. “La police s’est mise à faire des descentes pour nous arrêter, dit-il. J’ai pris peur et je suis venu ici avec l’espoir d’être protégé.” Car, sur l’autre colline et sous l’administration du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), vivent 28 000 Rohingyas ayant obtenu le statut de réfugié. Ce “privilège” donne droit à des rations de nourriture convoitées par les délaissés qui se massent aux portes du camp officiel, comme si cette proximité pouvait leur en donner la clé. Mais rien n’est moins sûr. Les autorités refusent d’enregistrer de nouveaux réfugiés. “Ils doivent repartir chez eux”, réitère le gouvernement de Dacca.

Comment survivent alors les 20 000 Rohingyas du bidonville de Kutu Palong ? Peu à peu, les langues se délient. “Les jeunes partent travailler en cachette à l’extérieur du camp”, admet Imanshuri, 32 ans. Une activité importante consiste à couper illégalement du bois dans la forêt voisine, puis à le revendre aux réfugiés “enregistrés”. Ce n’est pas sans danger. Le mois dernier, Shazida Begum, 10 ans, est partie vers la forêt. “J’étais avec quinze autres enfants, raconte la fillette. Deux policiers ont surgi. Nous nous sommes enfuis, mais j’ai été rattrapée. Les policiers ont mis un couteau sous ma gorge. Ensuite…” Ensuite, Shazida a été violée. Et trois cabanes plus loin, c’est Teeva, 25 ans, qui a elle aussi été violée quinze jours plus tôt. D’après Imanshuri, les viols des femmes Rohingyas seraient fréquents. “Comme les Rohingyas n’ont aucune source légale d’argent, ils s’impliquent dans des activités criminelles”, dénonce Khalid Hossain, chef de la police de Teknaf, à la frontière de la Birmanie. “Ils s’adonnent aux vols, aux trafics d’alcool, de drogue et de passeports. La situation sécuritaire pourrait se détériorer.” Les réfugiés sont certes poussés aux extrémités. Dans le camp, Zahera (nom d’emprunt) avoue qu’elle se prostitue pour survivre, “comme beaucoup d’autres femmes Rohingyas”. Ses clients sont des villageois qui paient 100 takas (1 euro) la passe, dans sa hutte minuscule et en présence de sa fillette. “Quand je suis à court d’argent, ajoute Zahera, je prie Dieu de m’envoyer des clients.” Si les bas-fonds de la détresse humaine existent, ils s’incarnent ici, sur ces collines du Bangladesh, parmi les Rohingyas réfugiés.

REPÈRES Actions des ONG

Le site EchoACFMSFLe site de l'UNHCHEn attendant une improbable solution, les Rohingyas illégaux de Kutu Palong se fragilisent : 18,3 % des enfants souffriraient de malnutrition sévère. L’hiver dernier, les rares organisations présentes ont alerté sur le risque d’une crise humanitaire dans cette “prison à ciel ouvert”.

Physicists for Human Rights (UNHCR) a accusé le Bangladesh de freiner l’aide humanitaire. Résultat : Action contre la faim (ACF) et Médecins sans frontières (MSF), les seules ONG à travailler dans le bidonville, sont sur le gril. Tout comme le bureau régional de l’Office humanitaire de la Commission européenne (Echo), l’unique agence à financer une assistance pour 33 000 réfugiés illégaux, avec 6,85 millions d’euros versés depuis 2007.


juin 13 2010

La Birmanie assure n’avoir aucune ambition nucléaire

source : nouvelobs

Défilé militaire dans la capitale birmane Naypyidaw pour le  Jour des Forces armées. La Birmanie n'a pas l'ambition de devenir une  puissance nucléaire et les informations voulant qu'elle mette au point  un programme nucléaire avec l'aide de la Corée du Nord sont sans  fondement, a affirmé le ministère birman des Affaires étrangères en  réponse à des informations divulgués par des opposants au régime. /Photo  prise le 27 mars 2010/REUTERS/Soe Zeya Tun  (c) Reuters
Défilé militaire dans la capitale birmane Naypyidaw pour le Jour des Forces armées. La Birmanie n’a pas l’ambition de devenir une puissance nucléaire et les informations voulant qu’elle mette au point un programme nucléaire avec l’aide de la Corée du Nord sont sans fondement, a affirmé le ministère birman des Affaires étrangères en réponse à des informations divulgués par des opposants au régime. /Photo prise le 27 mars 2010/REUTERS/Soe Zeya Tun (c) Reuters

La Birmanie n’a pas l’ambition de devenir une puissance nucléaire et les informations voulant qu’elle mette au point un programme nucléaire avec l’aide de la Corée du Nord sont sans fondement, a affirmé le ministère birman des Affaires étrangères.

La Voix démocratique de la Birmanie (DVB), organisation d’opposants en exil basée en Norvège, a dit la semaine dernière que la Birmanie cherchait à se doter d’un programme nucléaire secret, dans l’intention de fabriquer une bombe atomique.

Les premières informations sur des projets nucléaires ont fait surface l’année dernière, mais les autorités n’avaient ni confirmé ni démenti quelque ambition dans ce domaine, jusqu’à présent. Certaines informations ont laissé entendre que le régime militaire birman avait requis l’aide de la Corée du Nord, elle-même dotée de l’arme nucléaire.

Réagissant pour la première fois à ces informations, le ministère des Affaires étrangères a accusé l’opposition de propager des informations erronées.

“Ces derniers jours, des médias internationaux ont répercuté l’accusation selon laquelle la Birmanie s’efforce de se doter d’un projet nucléaire, afin d’acquérir des armes atomiques en coopération avec la Corée du Nord”, a dit le ministère.

“Il s’agit d’accusations tout simplement sans fondement, animées par des arrière-pensées politiques”, a-t-il ajouté.

Aung Hla Tun, Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser