mar 30 2010

Birmanie : les élections discréditées, le parti d’Aung San Suu Kyi en danger

source : AFP - Claire Truscott

Des membres de la “Free Burma Coalition” manifestent en face de l’ambassade birmane à Manille, le 19 mars 2010

En boycottant les élections en Birmanie, le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi a accentué le discrédit sur le scrutin, mais a aussi pris le risque de se marginaliser définitivement, estiment des analystes.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) était confrontée à un dilemme déchirant: participer aux premières législatives dans le pays depuis 20 ans après avoir exclu Mme Suu Kyi ou être dissoute par le pouvoir militaire à l’issue du délai légal du 6 mai.

En refusant de participer au prochain scrutin, conformément aux voeux de la lauréate du prix Nobel de la paix, les délégués de la LND ont choisi de torpiller le projet de la junte de s’offrir une légitimité électorale.

“Certains diront qu’ils se condamnent à l’inutilité, mais cette décision suggère (que les élections) sont un jeu auquel il ne sert à rien de participer”, note Benjamin Zawacki d’Amnesty International.

En boycottant, “ils tentent de décrédibiliser les élections avant même qu’elles se déroulent. Ils essayent d’inventer un autre jeu”.

Les Etats-Unis et l’Australie ont déjà exprimé leur déception, jugeant la junte responsable d’avoir acculé la LND au boycottage, vingt ans après son triomphe aux élections de 1990.

“La Birmanie a laissé passer une chance de démontrer qu’elle est prête à envisager une évolution différente et une relation différente avec son peuple”, a estimé le porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley.

Le ministre australien des Affaires étrangères Stephen Smith a de son côté jugé qu’une “élection sans la participation de la LND ne (pouvait) être considérée comme libre et juste”.

Les lois électorales promulguées début mars avaient clairement pour objectif d’isoler Mme Suu Kyi, en interdisant aux partis de conserver dans leurs rangs des prisonniers politiques.

La “Dame” de Rangoun, toujours en résidence surveillée, a passé plus de 14 des 20 dernières années privée de liberté. L’exclure, même pour une noble cause, était impensable pour la LND.

Participer au scrutin obligeait aussi le premier parti d’opposition birman à se renier en acceptant la Constitution de 2008, adoptée par référendum dans un pays hagard, sur les ruines du cyclone Nargis (138.000 morts et disparus).

Mais la voie est désormais libre pour la junte du généralissime Than Shwe qui avait déjà réservé aux militaires un quart des sièges aux prochaines élections et peut se réjouir d’avoir complètement marginalisé son ennemie intime.

“Than Shwe ne veut pas de la LND dans la compétition électorale. En disant “non”, la LND tombe dans le piège qu’il lui a tendu”, regrette Aung Naing Oo, analyste politique birman.

“Le groupe ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais (…) il va devoir travailler hors du cadre constitutionnel légal et il n’y a qu’une seule façon de le faire, par l’affrontement”.

La LND, telle qu’elle a vécu depuis vingt ans, est en grand danger, estiment des analystes.

Car ce risque de marginalisation pourraient pousser les factions rivales du parti au clash, les jeunes générations de la LND ayant montré ces dernières années une volonté de composer avec la junte, rompant avec l’intransigeance des cadres historiques du parti.

“Certains membres pourraient avoir un plan B, un autre cadre politique à mettre en place pour fonder un nouveau parti”, pronostique Win Min, chercheur et militant birman installé en Thaïlande. “Nous devons attendre de voir ce qui va se passer après le 6 mai”.


mar 29 2010

Birmanie : le parti d’Aung San Suu Kyi boycotte les élections

source : lexpress.fr

RANGOUN - La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi a décidé lundi de boycotter les premières élections législatives depuis 20 ans, refusant les lois électorales promulguées par la junte militaire et s’exposant à une prochaine dissolution.

Des membres de la Free Burma Coalition manifestent devant  l'ambassde de Birmanie à Manille, le 19 mars 2010

AFP/Archives/Ted Aljibe

Des membres de la Free Burma Coalition manifestent devant l’ambassde de Birmanie à Manille, le 19 mars 2010

Une centaine de membres du comité central de la LND, venus de tout le pays et réunis à Rangoun, ont suivi la position de la prix Nobel de la paix qui, la semaine dernière, s’était montrée hostile à l’enregistrement du parti, compte-tenu des conditions d’organisation du prochain scrutin.

La LND a décidé de ne pas enregistrer le parti comme un parti politique, car les lois électorales émises en 2010 par le Conseil d’Etat pour la paix et le développement (SPDC, nom officiel de la junte) sont injustes“, a indiqué Nyan Win, porte-parole du parti et avocat de Mme Suu Kyi.

Nous avons aussi décidé d’appeler à la libération immédiate des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi“.

Les prochaines élections, dont la date exacte n’a pas été annoncée mais qui doivent se tenir fin octobre ou début novembre selon un responsable birman, se dérouleront donc sans le premier parti d’opposition qui avait remporté le dernier scrutin en 1990, sans jamais voir sa victoire reconnue.

Début mars, parmi les décisions prises par la junte, figurait l’annulation pure et simple des résultats de cette consultation.

Les nouvelles lois électorales interdisent aussi à un parti de conserver dans ses instances des prisonniers politiques, mesure qui cible directement l’opposante, qui purge actuellement une peine de 18 mois de résidence surveillée.

Lundi, la LND avait donc le choix entre participer aux prochaines élections après avoir exclu Mme Suu Kyi de ses instances, et risquer la dissolution. Les délégués ont choisi de conserver dans leurs rangs celle qui symbolise, dans le monde entier, la résistance aux généraux.

Le  généralissime Than Shwe, homme fort de la junte brirmane, le 27 mars  2010 lors d'un défilé militaire à Naypyidaw

AFP/Archives/Christophe Archambault

Le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte brirmane, le 27 mars 2010 lors d’un défilé militaire à Naypyidaw

Avant le vote, Nyan Win a lu un message de Mme Suu Kyi aux délégués de son parti, dans lequel elle réaffirme son opposition aux lois électorales “injustes” et souligne que la LND n’est “pas ma chose, ni une propriété de quiconque“.

Il était très dur pour les membres de la LND de l’exclure, car c’est une figure très influente du parti et du pays“, a expliqué Win Min, analyste politique birman et militant pro-démocratie basé en Thaïlande.

En principe, la junte pourrait maintenant dissoudre purement et simplement la LND au terme du délai fixé par la loi. “Le parti, sous son nom actuel, pourrait ne plus exister officiellement au-delà du 6 mai“, a ajouté Win Min.

Lundi, une centaine de militants de la LND s’étaient rassemblés devant son siège, certains portant des tee-shirts blancs sur lesquels on pouvait lire: “nous croyons Aung San Suu Kyi“.

Nann Khin Htwe Mying, membre du comité central venue de l’Etat karen (est), a témoigné de sa détresse avant la réunion. “Nous avons sacrifié notre vie pendant 20 ans et nous devons finalement abandonner comme ça. Alors vous pouvez imaginer ce que nous ressentons“, a-t-elle déclaré à l’AFP.

La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a vivement condamné une “parodie de démocratie” après la promulgation des lois électorales. L’absence de la LND devrait renforcer encore la virulence des critiques selon lesquels le scrutin ne sera qu’un simulacre destiné à légitimer le pouvoir des militaires.

Samedi, dans un discours aux forces armées, le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, a enjoint aux partis politiques de se garder de toute campagne “calomnieuse“.

Le quotidien privé Myanmar Times, soumis à la censure gouvernementale, a indiqué lundi que sept partis d’opposition avaient annoncé leur volonté de s’enregistrer pour le scrutin.


mar 28 2010

Birmanie : des élections législatives sans pluralisme

source : novopress.info

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a adopté vendredi une résolution s’inquiétant des lois électorales édictées récemment par la dictature militaire en Birmanie, ne garantissant pas « un processus politique » dans le respect du pluralisme. Le texte appelle le régime birman à garantir « un processus électoral libre, transparent et honnête » permettant la participation de « tous les électeurs » et de « tous les partis politiques » dans le cadre des premières élections législatives depuis 20 ans.

La junte birmane a promulgué début mars des lois qui interdisent aux détenus d’appartenir à un parti. Une manœuvre permettant de nuire à l’opposante Aung San Suu Kyi, actuellement en résidence surveillée. Mais si son nom est régulièrement évoqué pour illustrer l’opposition au régime militaire de Rangoon, le combat que mène le peuple Karen dans l’Est de la Birmanie demeure moins médiatique.

En proie à un véritable nettoyage ethnique, les Karens sont massacrés ou contraints à la déportation, notamment en Thaïlande. En 2006, sur RFI, Any Bourrier notait : « De toutes les guérillas combattantes de la Birmanie, ce sont les plus tenaces et les moins disposés au compromis. Grâce à une rigueur morale sans égale dans l’histoire des guérillas, les Karen ont évité les tentations classiques qui menacent les groupes rebelles notamment le terrorisme et l’opium ».


mar 26 2010

Comment Alcatel se connecte à la junte birmane

source : lesinrocks.com - Par Paul Moreira

Birmanie 420

En tournant un documentaire clandestin pour Canal+ en Birmanie, Paul Moreira a découvert que le groupe français collaborait avec les généraux.

Je l’appelle Myo. Ce n’est pas son vrai nom. En vérité, je ne sais pas comment il s’appelle. Je ne sais pas où il habite. Je ne connais pas son numéro de téléphone. Mon unique moyen de le joindre : une carte SIM qu’il a glissée dans son téléphone portable et que j’ai achetée à mon propre nom. Ce sont mes coordonnées à moi que la fille du magasin a notées, l’adresse de mon hôtel qu’elle transmettra au ministère de l’Intérieur. Myo reste invisible.

La police peut bien m’arrêter, fouiller mes notes, m’abandonner déshydraté de trouille dans une cellule saturée de moustiques : je ne sais rien qui leur permettrait de remonter jusqu’à lui. Myo applique les gestes de la clandestinité comme une procédure routinière, sans l’emphase dont le cinéma userait pour camper son personnage.

UNE CHEMISETTE ET DES TONGS DE VELOURS

J’ai en tête l’équipe des braqueurs de Reservoir Dogs, le film de Tarantino. Ils préparaient un hold-up et ignoraient par sécurité leurs identités mutuelles. A chacun un nom de couleur (“I don’t wanna be Mr. Pink !”).

Myo n’a pas vu Reservoir Dogs, il n’a pas aimé Inglourious Basterds mais il vénère Tony Soprano. Un ami lui a rapporté un coffret DVD piraté de Bangkok. Grâce à internet et à la révolution numérique, Myo s’évade chaque jour de son pays prison.

Il se fond dans la foule des rues de Rangoon, un peu voûté, une chemisette, des tongs de velours, un longyi, cette sorte de jupe masculine que portent tous les Birmans. Rien qui détonne. Myo est mon guide, mon fixer, mon traducteur. C’est lui qui m’a aidé à enquêter en Birmanie. Sans l’aide de son réseau, je n’aurais jamais pu remonter jusqu’à une entreprise française majeure. Jamais pu mettre en évidence comment cette entreprise collaborait à l’appareil de surveillance mis en place par les militaires.

Ici, la police politique est partout. Les mouchards aussi. Dans ce pays au charme décati, rythmé de pagodes couvertes d’or, peuplé de moines bouddhistes doux et sereins, on peut partir en prison longtemps, très longtemps, pour de simples crimes de la pensée. Avec les journalistes, le régime est particulièrement sévère. Les reporters étrangers sont interdits de visa. Nous rentrons comme touristes après avoir signé un formulaire grisâtre qui nous engage à respecter les lois du pays sous peine de sanctions.

Nous ne risquons pas grand-chose. Une saisie du matériel, peut-être quelques jours de prison suivis d’une expulsion. Pour les Birmans qui nous accompagnent ou ceux qui nous adressent la parole, le tarif n’est pas le même. Pour protéger Myo, je joue le vacancier promené par son guide. Je souris tout le temps, nez en l’air, et je balade une petite caméra vidéo comme un sac à main. Je sais faire l’imbécile avec un naturel étonnant.

DEVANT LA MAISON DE AUNG SAN SUU KYI

“Combien tu prends si on se fait attraper ?” Je lui avais posé la question dès le premier jour. Nous étions attablés, faussement nonchalants, dans un restaurant au bord du lac Inye. Sur l’autre rive, la maison de Aung San Suu Kyi, belle bâtisse anglo-birmane baignant dans son jus, renfermant depuis quatorze années une femme, symbole de l’opposition inflexible de tout un peuple au pouvoir des militaires.

En 1990, elle avait gagné les seules élections démocratiques de l’histoire du pays, mais les militaires les avaient annulées d’un coup d’Etat. Ils avaient changé le nom du pays en Myanmar et avaient assigné la dame à résidence dans la maison là-bas au loin.

Suu Kyi est sans doute la seule Birmane qu’ils ne peuvent pas mettre en prison. Elle est la fille du héros national, le grand Aung San qui arracha l’indépendance du pays aux Britanniques. En 1991, elle est honorée du prix Nobel de la paix. Pas suffisant pour détordre les militaires birmans. A part pour quelques brèves périodes d’ouverture, elle est restée détenue à domicile.

Myo nous avait emmenés jusqu’ici pour prendre quelques images. Son visage semblait taillé dans la pierre, inexpressif mais cadenassé. Il ne s’était même pas tourné vers moi pour me répondre : “Si nous sommes arrêtés, je prendrai probablement entre sept et dix ans de prison… Ça dépend de ce que vous direz sur moi…” Nous avons quitté le restaurant. J’ai voulu monter dans le taxi stationné juste devant. Il a doucement pincé ma chemise pour m’en détourner. “Non…”

Nous avons laissé filer les voitures et hélé le troisième taxi qui roulait dans l’avenue. Zéro risque. Je déduis : le taxi stationné ici n’est peut-être pas là par hasard. S’ils savent que nous sortons du restaurant sensible, ils peuvent vouloir nous emmener à notre prochain rendez-vous et donc savoir avec qui nous sommes en contact. Myo déploie une panoplie de petites combines pour semer les filatures. Je les repère avec admiration les unes derrière les autres. Une fois seulement, j’ai senti qu’il touchait juste.

Postés devant un hôtel, deux quidams trop banals et attentionnés que nous avons dû semer très vite. Il convient de ne pas tout décrire, de ne pas se laisser contaminer par ce syndrome paranoïaque particulier à la Birmanie-Myanmar : le regard qui scanne en permanence à 360 degrés , jusqu’à la mi-graine, les flics cachés derrière le moindre vendeur de bétel, la moindre attention perçue comme une curiosité suspecte… “Burma head”, disent les vieux journalistes anglosaxons en poste en Asie depuis longtemps et rompus aux séjours birmans sous un faux visa de touriste.

AUNG, 27 ANS DONT SEPT DE PRISON

Dans un lieu sécurisé, je rencontre un étudiant, un leader important de la résistance. Un clandestin. Appelons-le Aung. Il a 27 ans et déjà sept années de prison derrière lui. Le voici avec un étranger, journaliste, dans une pièce à issue unique, sans possibilité de fuite. Si nous avons été suivis à notre insu, si brusquement des hommes en civil envahissent l’appartement, alors il repartira, menottes aux mains et chaînes aux chevilles, pour une peine plus longue encore.

Alors qu’il s’avance vers moi, je remarque sa démarche, faussement calme, entre la détermination, la frayeur et un étrange fatalisme. Aung le dissimule mais je le sens lutter intensément contre sa propre peur. S’il est là, c’est après un accord formel de la direction politique de son organisation, Generation Wave.

Aung parle un anglais fluide dans un chuchotement intense et répète deux fois les phrases importantes. Il m’explique que le système génère plus de peur que de surveillance réelle. L’Intelligence Service birman aurait intégré des moyens technologiques.

“Les gens vivent dans un état de peur irraisonnée. Une peur irraisonnée… La police politique est moins présente qu’il y a quinze ans, à l’époque de NeWin, le dictateur précédent. Mais il y a un élément nouveau : l’électronique. Les Birmans sont convaincus que le pouvoir les contrôle à l’aide d’appareils, de caméras. Par exemple, il y a eu un référendum pour le changement de Constitution. Les gens ont accepté la proposition des militaires parce qu’ils étaient convaincus qu’on les filmait pendant qu’ils votaient. Des jeunes pourtant très fort en technologie se font arrêter par dizaines.

– Ils ont arrêté des blogueurs ?

– Oui, la dernière grande vague d’arrestations a eu lieu à l’automne 2009, principalement des gens de médias, des journalistes sur internet. Personne ne sait où ils sont. Internet est très important mais la junte le sait, ils bloquent les mails, les sites, les articles. Il y a une rumeur : le gouvernement possède la technologie qui lui permet d’espionner les mails et d’avoir accès aux données personnelles.

– Vous pensez qu’ils le font ?

– Oui, je le crois. Si vous envoyez un mail, il faut écrire le sujet. Si c’est sensible ou s’il y a le mot démocratie dedans, un software va vous identifier et rentrer dans vos données personnelles.

– D’où viennent ces moyens technologiques ? Qui les leur fournit ?

– On ne sait pas très bien, on parle de Chinois et de Russes.”

DES CYBERCAFÉS SURVEILLÉS PAR LES SERVICES SECRETS

Le pouvoir birman a ouvert le pays au tourisme depuis 1993. Hôtels, tourisme, dollars… Dans le mouvement, il a autorisé depuis peu l’ouverture de quelques dizaines de cybercafés. La résistance s’est ruée sur internet. Pour s’organiser. Pour passer des messages à l’extérieur. Très vite, nombre d’entre eux se sont fait identifier. Ils remplissent les prisons.

Phone Latt, un jeune blogueur célèbre, a pris vingt ans. Ce n’est pas le seul. Sont tombés aussi des cameramen clandestins qui alimentaient le quartier général de la résistance en Norvège : Democratic Voice of Burma. Ce sont eux qui avaient envoyé ces images indélébiles de la “révolution de safran”, en septembre 2007. Des heures et des heures de téléchargement de fichiers Quicktime avec la peur de se faire attraper par les services secrets qui tournaient autour des cafés internet. Tout autiste qu’elle soit, la dictature connaît le pouvoir des images.

Pendant ces quelques jours de 2007, n’importe qui avec une caméra devenait une cible militaire légitime. Un journaliste japonais, sans doute confondu avec un Birman, est tué le 27 septembre. Sous quatre angles différents, les cameramen de la résistance filment l’événement. Quand les militaires s’aperçoivent de leur bavure, ils vont tout mettre en oeuvre pour que les images ne sortent pas du pays. Pendant trois jours, ils ferment totalement les communications. Plus de téléphone ni d’internet.

Mais la résistance a trouvé un autre moyen de faire passer les images. Ainsi, dans les journaux télévisés du monde entier, on a pu voir un soldat fusillant un journaliste à bout portant, en pleine rue. Le vrai visage du pouvoir birman. Nombre des cameramen birmans qui prirent tous les risques pendant ces jours de feu sont aujourd’hui juste de l’autre côté de la frontière, à Mae Sot, en Thaïlande.

DES FUITES AU PLUS HAUT NIVEAU

Les informations destinées à l’opposition viennent parfois de très haut. Le régime fuit comme une passoire. “Ils sont une toute petite clique à se partager les richesses du pays”, m’explique Myo. Ils font beaucoup de jaloux. Dès le deuxième cercle, des gens veulent leur perte et ils balancent tant qu’ils peuvent.

En janvier 2010, un officier travaillant clandestinement pour la résistance, Win Naing Kyaw, a été condamné à mort. Il aurait envoyé par mail des documents sensibles sur le voyage d’une délégation de militaires birmans en Corée du Nord. Une rencontre dont personne ne devait entendre parler. Tout est passé par internet. Comment le pouvoir a-t-il identifié la source de l’envoi ? Mystère.

A Oslo, un des chefs de la résistance, Khin Maung Win, explique qu’il se livre une véritable cyberguerre avec les militaires birmans. “Je préfère ne pas rentrer dans les détails. C’est un domaine dans lequel les deux camps se combattent à l’aide de technologies modernes. C’est dangereux quand vous ne savez pas correctement manipuler les technologies de l’information. Un ordinateur, ça se pénètre, ça se hacke, ça se pirate. Ça peut coûter très cher.”

Longtemps, les militaires birmans sont restés hermétiques à la modernité. L’ancien dictateur Ne Win, une sorte d’Ubu roi crépusculaire, gouvernait entouré de sorciers, d’astrologues et de numérologues. Son numéro fétiche était le 9. Ainsi, sous son règne, la Birmanie était le seul pays au monde dont les billets de banque étaient des multiples de 9 : 90, 45… Le 9 marquait toutes les décisions importantes. Mais Ne Win est mort et la nouvelle génération de militaires a compris que la technologie pouvait leur servir d’arme. Mais les gamins qui leur font face sont des guépards numériques et les ridiculisent aussi souvent que possible.

SUR LES PAGES INTERNET : “ACCESS DENIED

Myo m’emmène dans un cybercafé complice. Signe de tête discret au patron. Presque sans nous regarder, il indique le fond de la salle. “Il faut savoir où on met les pieds et se méfier. Les patrons de cybercafés ont ordre de signaler les sites que leurs clients fréquentent. Mais ils sont très nombreux à ne pas le faire.”

Myo passe un bon quart d’heure à contourner les pare-feux et les systèmes de blocage. Nous nous cognons sans cesse sur une page blanche avec, en lettres rouges, toujours le même bandeau : access denied. Toutes les messageries mail occidentales sont access denied : Gmail, Hotmail, Yahoo… Tous les sites d’information : access denied.

Grâce à des proxys indiens, Myo parvient à contourner les checkpoints électroniques. Il veut me montrer un film formidable : le mariage de Thandar Shwe, l’opulente fille de l’actuel dictateur Than Shwe. La vidéo aurait dû rester un souvenir familial. On y voit le dictateur s’empiffrer au milieu de centaines de convives alors que sa fille est chargée de parures en diamants : collier, bracelets, bagues, barrette à cheveux… Quelques kilos de cailloux scintillants filmés au plus près par une optique macro.

Le film a fuité et s’est retrouvé sur internet. Idem pour les maisons des privilégiés du régime, leurs voitures de sport, une cave remplie à ras bord de dollars soigneusement rangés (difficile, d’être sûr de la provenance de cette dernière image). Myo me montre tout cela en rigolant silencieusement de sa drôle de grimace.

Je repense aux obsessions de certains notables parisiens à l’encontre d’internet, son populisme supposé, ses affabulations, ses excès… Le généralissime Than Shwe est d’accord. Cette scandaleuse insolence est décidément intolérable.

DANS LES LOCAUX D’ALCATEL SHANGHAI BELL

Sur un site de l’opposition birmane, Irrawady News, je trouve une information étrange. Alcatel Shanghai Bell, la filiale chinoise d’Alcatel, serait en train d’aider le régime à mettre en place un réseau internet. Le site annonce que les militaires aurait pour objectif de prendre le contrôle des télécommunications. D’abord via un site exclusivement militaire, Hantawaddy, qui serait ensuite étendu à tout le pays.

Alcatel ? La boîte française ?… Qu’est-ce qu’elle viendrait fabriquer dans un pays aussi dictatorial que la Birmanie ? Sur un terrain aussi sensible que les télécommunications ? Règle de base, ne jamais prendre les informations de l’opposition pour argent comptant. A l’hôtel, je profite d’une bonne connexion internet pour aller à la pêche aux infos sur le site d’Alcatel.

Une boîte considérable. Une multinationale. Les Français d’Alcatel ont fusionné avec les Américains de Lucent. Sur leur site corporate, aucune référence à la Birmanie. Ils signalent pourtant une présence dans cent cinquante pays, tous religieusement listés. En Chine, Alcatel Shanghai Bell est bien leur filiale, puisque la maison mère la possède à 50,1 %. Ignorent-ils ce que fabriquent les Chinois ?…

En fouillant un peu sur leur site, je réalise à quel point Alcatel veut apparaître comme une boîte éthique, écolo, soucieuse de développement durable. On trouve des codes de bonnes conduites et des engagements moraux à foison, top priorité aux droits de l’homme, et même un rappel en forme de menace du gouvernement des Etats-Unis aux employés américains : il leur est interdit de travailler en Birmanie-Myanmar, ils doivent le signaler, demander une dérogation. Sinon, ça peut aller jusqu’à la prison…

Gros doutes, quand même, sur les informations de l’opposition. Myo me dit : “J’ai entendu dire qu’ils ont leurs bureaux à l’hôtel Sedona, un établissement de luxe où les militaires font leurs affaires. Je ne peux pas y aller avec toi, je vais être identifié…” J’enfile un polo Lacoste, un air de riche Occidental qui est ici comme chez lui et j’erre dans les couloirs. Un gars en T-shirt noir me prend en filature pendant cinq bonnes minutes. Il abandonne quand il voit que je me rends au spa pour me renseigner sur les tarifs.

Je visite tout l’hôtel… Aucune référence à la présence d’Alcatel Shanghai Bell. Au business center, d’où l’on peut envoyer les fax, on me lâche l’info. Ils sont au cinquième étage des Business Suites. En effet, c’est là que je découvre leurs bureaux. Le logo familier d’Alcatel. Prétextant une petite visite de compatriote, je rentre. Sans dire que je suis journaliste, j’engage la discussion avec un cadre chinois. Je demande à rencontrer des Français. Il me répond que les ingénieurs français, quand ils viennent, préfèrent loger à l’hôtel Inye, de l’autre côté du lac. Il me laisse entendre qu’ils débordent de projets avec les militaires birmans mais qu’il n’est pas facile de travailler avec ces types-là, ils veulent développer internet tout en cherchant à tout contrôler… Ici, me glisse le cadre chinois, c’est comme la Chine avant l’ouverture.

Les informations des sites d’opposition étaient donc correctes. J’apprenais pas à pas que les militants de l’opposition birmane représentent une source étonnamment fiable. Sans doute dégoûtés par la propagande épaisse du gouvernement, ils nourrissent un souci vétilleux du fait juste et développent une maestria numérique qui me sèche.

Les jours suivant m’arrivent en pièces jointes une série d’informations très précises et authentifiées par des documents officiels. Les militaires ont rasé un morceau de jungle dans le centre du pays, au nord-est de Mandalay. Un lieu hors d’atteinte dont un check-point contrôle l’entrée. Tout près de leurs installations militaires sensibles, ils ont bâti une cyberville : Yadanabon. C’est là qu’ils veulent centraliser toutes les communications du pays.

Ainsi, les serveurs numériques se trouveront sous leur contrôle. Ils se préparent à créer un nouveau Internet Service Provider (FAI, un fournisseur d’accès internet). Evoquant ce nouveau portail, un document officiel précise : “Nous assurons ainsi une meilleure sécurité, notamment par le filtrage des sites web.”

J’en déduis que les officiels birmans sont plus soucieux de leur sécurité que de celle des internautes de la résistance. Enfin, noir sur blanc dans le même article, “Alcatel Shanghai Bell a agi dans ce projet comme un consultant technique”… Les Chinois de la filiale Shanghai Bell se prépareraient à mettre le nec plus ultra de la haute technologie française occidentale à la disposition des militaires birmans… Opération clandestine et que la firme ne mentionne nulle part dans les informations qu’elle fournit.

DANS LES BUREAUX D’ALCATEL PARIS

Que sait la direction d’Alcatel de ce projet ? Quelques semaines plus tard, de retour à Paris, je rentre en contact avec le porte-parole d’Alcatel, Laurent de Segonzac. Au premier abord, il semble tout ignorer de la présence de sa boîte en Birmanie. “Non, je crois qu’on n’y est plus, c’était il y a dix ans dans le cadre d’un projet régional mais on est repartis, il me semble qu’on n’a même plus de bureaux là-bas…”

Je lui envoie les documents en ma possession. Après vérification, bien obligé de se rendre à l’évidence, il confirme que l’opération existe bel et bien. “Le gouvernement chinois finance ce projet pour lequel notre filière chinoise a installé cette infrastructure. Nous en avons simplement fourni l’infrastructure. Son exploitation ne relève pas de nos prérogatives. Nous déployons un réseau de télécommunications et on fait en sorte qu’il marche, c’est tout.”

Le porte-parole d’Alcatel rappelle que le développement des télécommunications en Asie a toujours été à la racine de l’ouverture et du développement économique :

– “Mais vous mettez aux mains des militaires une technologie qu’ils peuvent tourner à leur avantage pour contrôler davantage la population…

– Qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Des communications restreintes ou pas de communications du tout ?”

Dans les routeurs internet qu’Alcatel propose partout sur la planète est présenté un dispositif très peu connu du grand public : Integrated Lawful Interception. Traduction : un système d’interception légale intégrée. A quoi ça sert ? Alcatel en fait la réclame de manière on ne peut plus explicite sur son site. Verbatim : “Partout dans le monde, les gouvernements et les autorités ont besoin de détecter et de poursuivre les actes criminels et le terrorisme. Une des principales sources d’informations est le réseau de communications. Les opérateurs de réseaux sont obligés de fournir des dispositifs d’interception légaux. (…) Dans un contexte de plus en plus complexe, la coopération entre les opérateurs de réseaux et les autorités doit être renforcée. Alcatel-Lucent amène un savoir-faire exceptionnel en télécommunications et constitue un conseiller fiable et un pourvoyeur de solutions pour les autorités d’un pays…”

La Lawful Interception – LI dans le monde codé des télécommunications – est tout simplement un interrupteur, un switch, un système qui permet aux autorités d’écouter vos conversations, de lire vos mails ou d’assister à vos tchats. Cette mesure peut se justifier dans un Etat de droit menacé par Al-Qaida ou qui souhaite mettre en taule les pédophiles. Un Etat qui agit uniquement sur réquisition judiciaire.

Mais qu’en est-il en Birmanie ? Là où le droit a été taillé sur mesure pour protéger les intérêts d’une toute petite clique de militaires totalement dépourvus d’humour ou de sens critique, là où on peut prendre vingt ans de prison pour avoir tenu un blog, pour avoir simplement usé de sa liberté de pensée ?

En enquêtant davantage sur le dispositif, je découvre qu’Alcatel l’a mis à la disposition des Chinois et a élaboré pour eux des interfaces spécifiques. Le gouvernement chinois représente le meilleur allié des généraux birmans. Sachant que les Chinois de Shanghai Bell sont aux commandes en Birmanie, avec du matériel français, je pose la question au porte-parole d’Alcatel : “Vous allez installer le dispositif LI pour les militaires birmans ?” Je suis obligé d’expliquer ce qu’est un LI, mon interlocuteur n’en a jamais entendu parler. Au bout de quelques minutes, il comprend. Il me répond qu’il va poser la question aux Chinois de Shanghai Bell présents sur le terrain.

Le lendemain, il me rappelle d’une voix cauteleuse : “Je leur ai demandé : ils m’ont dit qu’ils ne posaient pas le dispositif au Myanmar… C’est ce qu’ils m’ont dit, hein…” Peu après cette conversation, les autorités birmanes ont identifié une nouvelle blogueuse. Elle a été jugée très vite et condamnée à treize années de prison. Fin février, le pouvoir a transféré l’activité internet du Myanmar dans la cyberville militaire de Yadanabon. Tous les jours, j’échange quelques mots anodins par messagerie électronique avec Myo. Juste pour voir s’il est libre. Jusqu’à maintenant, tout va bien.

Photo : extrait du film Résistance, business et secret nucléaire

A voir Résistance, business et secret nucléaire de Paul Moreira sur Canal+, le vendredi 26 mars à 22 h 25.


mar 25 2010

Alcatel-Lucent : contrats en Birmanie

source : le figaro

L’équipementier Alcatel-Lucent a reconnu mercredi avoir participé à la création d’un réseau de télécommunications en Birmanie, estimant que ce type d’infrastructure “est à même de favoriser (son) développement économique” et “contribuer à son évolution vers la démocratie”.  “Suite à la signature en 2006 d’un contrat financé par le gouvernement chinois, Alcatel-Lucent, par le biais de sa filiale chinoise Alcatel-Lucent Shanghai Bell, a participé à la construction d’une autoroute de l’information au Myanmar”, le nouveau nom de la Birmanie, a déclaré une porte-parole à l’AFP.

Elle réagissait à la publication d’une enquête réalisée pour Canal+ et les Inrockuptibles sur la “collaboration” du groupe franco-américain avec les généraux birmans. “Ce projet vise à fournir une infrastructure de télécommunications de base dans un pays qui ne compte que 300.000 abonnés fixes et 400.000 abonnés mobiles” sur “47 millions d’habitants”, a-t-elle assuré. Le groupe affirme que son “engagement au Myanmar est strictement limité à ce projet qui fait lui-même partie d’une infrastructure (…) régionale reliant la Chine, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam et le Myanmar”.

“L’UIT (Union internationale des télécommunications), une organisation des Nations Unies, soutient ce projet”, met-il en avant. Le journaliste Paul Moreira, dans une enquête publiée mercredi dans le magazine Les Inrockuptibles et un documentaire diffusé vendredi soir sur Canal+, écrit que le groupe “collabore avec les généraux” birmans. Selon lui, ces derniers souhaitent mettre en place un réseau internet qui permettra au régime de surveiller les mails et les informations échangées.
Or, Alcatel-Lucent commercialise un système de ce type et “l’a mis à disposition des Chinois”, affirme le journaliste, qui se demande si ces derniers l’ont transmis aux Birmans.

La porte-parole du groupe a assuré “comprend(re) et partage(r) les préoccupations à propos de la situation au Myanmar”.
“Nous mettons toutefois en perspective le faible niveau de notre activité dans ce pays et le fait que l’amélioration des infrastructures de communication est à même de favoriser le développement économique et culturel du pays et également de contribuer à son évolution vers la démocratie”, a-t-elle ajouté.


mar 24 2010

Birmanie : Aung San Suu Kyi refuse d’enregistrer son parti aux élections

source : AFP

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, le 4 novembre 2009 à Rangoun

L’opposante birmane Aung San Suu Kyi refuse l’enregistrement de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avant les élections promises par la junte cette année car elle considère les récentes lois électorales “injustes”, a indiqué mardi son avocat.

La junte s’est attirée les foudres de la communauté internationale en promulguant début mars des lois qui préparent les premières élections législatives depuis 20 ans, et qui obligent notamment le parti à exclure la dissidente de ses instances.

La junte du généralissime Than Shwe a en effet interdit aux détenus d’appartenir à un parti, une mesure qui oblige la LND à exclure Mme Suu Kyi, puisqu’elle purge actuellement une peine de 18 mois de résidence surveillée.

A défaut d’obéir à cette loi, le premier parti de l’opposition serait dissous.

Mme Suu Kyi “dit qu’elle n’acceptera jamais l’enregistrement (du parti) sous des lois injustes”, a indiqué Nyan Win, avocat et porte-parole de la LND.

“Mais son attitude personnelle n’est pas de donner des ordres ou des instructions à la LND. Elle a demandé à la LND de décider démocratiquement”, a-t-il ajouté, laissant entendre que la décision finale devrait dépendre du vote des membres du Comité central exécutif du parti.

La LND avait indiqué récemment qu’elle déciderait formellement le 29 mars de participer ou non aux élections. La date du scrutin n’a pas encore été annoncée, mais il doit se tenir cette année.

Début mars, la junte birmane avait nommé les 17 membres de la commission électorale, sans faire mystère de sa volonté de contrôler entièrement le processus. Elle a aussi publié une loi qui annule les élections de 1990, remportées brillamment par la LND mais que les militaires n’avaient jamais accepté de reconnaître.

L’ensemble de ces textes avaient provoqué une indignation générale au sein de la communauté internationale, qui a dénoncé l’absence de crédibilité du processus électoral.

Mais la situation soulève d’importantes questions pour la LND, sa survie politique et son avenir.

“La LND doit décider si elle s’adapte à une situation profondément injuste et essaye de participer, ou si elle garde ses principes intacts et continue d’être exclue” du jeu politique, a relevé David Mathieson, pour l’organisation Human Rights Watch (HRW).

L’analyste a confirmé les rumeurs de débats intenses, sur ce dossier, au sein du parti de la prix Nobel de la paix.

“Je ne crois pas que nous saurons ce qu’ils vont faire avant qu’ils ne le décident eux mêmes”, a ajouté David Mathieson. Cette situation “peut unir le parti, provoquer sa scission ou le forcer à se réorganiser”.

Win Min, analyste birman et militant pro-démocratie, a quant à lui estimé que le parti devrait probablement respecter la position de sa figure de proue.

“Ce serait difficile pour les membres de la LND d’aller contre son opinion. Mais certains d’entre eux pourraient vouloir participer (…), peut-être en créant un autre parti, avec une autre stratégie”, a-t-il estimé.


mar 23 2010

Birmanie : la justice refuse d’examiner la demande de l’opposition sur les nouvelles lois électorales

source : AP

La cour suprême birmane a refusé mardi d’examiner l’action menée par le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), visant à faire annuler les lois qui empêchent à ses principaux opposants de se présenter aux prochaines élections, les premières depuis près de 20 ans.

La plus haute juridiction du pays a expliqué ne pas avoir la compétence pour juger la plainte, a expliqué le juriste Kyi Win. Cette action judiciaire apparaît largement symbolique car les tribunaux suivent toujours les décisions de la junte militaire au pouvoir, en particulier en matière politique.

Le régime militaire a édicté cinq lois en début de mois établissant les procédures des élections de cette année, dont une interdit toute personne ayant été condamnée par la justice à appartenir à un parti politique et oblige ce dernier à exclure les membres déjà condamnés.

La secrétaire générale de la LND et son membre le plus imminent, le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi a été condamnée l’année dernière à 18 mois de résidence surveillée, après qu’un Américain a pénétré dans sa propriété. Plusieurs autres responsables de son parti et d’autres sont en prison, et par ces nouvelles lois ne pourront se présenter aux élections.

Nyan Win, porte-parole de la LND, a précisé que son parti va porter plainte contre le Conseil d’Etat pour la paix et le développement devant la Cour suprême. “Nous entamons une action judiciaire contre des lois électorales inéquitables, et parce qu’elles violent les droits de l’homme, les droits des personnes et des organisations”.

Ce seront les premières élections depuis celles de 1990 remportées par la LND, des élections que la junte juge invalidées par les nouvelles dispositions


mar 22 2010

Decision Time Approaches for the NLD

source : The Irrawady - by AUNG NAING OO

Whether or not Burma’s opposition National League for Democracy (NLD) will contest this year’s general election is a pressing question.

Long before the election laws that the party labeled unjust were promulgated last week this question was being repeatedly asked at home and abroad. The party responded that it would make a decision once the election laws were announced.

Aung Naing Oo

The much-awaited election laws are finally in force. Now the NLD has to answer once and for all where it stands in regard to a controversial election that has been called a sham and unjust.

The NLD has said it will reach its decision at an extraordinary congress of about 130 members of a newly expanded central committee on March 29-30, shortly after Armed Forces Day on March 27.

It’s not yet known whether the party will be allowed to organize such a big event.

It will be a test for both the ruling State Peace and Development Council (SPDC) and the NLD. For the junta, it will be a test of political tolerance, while for the party it will be a test of whether it is truly democratic, united and forward-looking.

It will also be interesting to see how the vote of Aung San Suu Kyi will be counted. Her input will be crucial in making the decision.

How she will vote in a secret ballot is yet unknown. But if her preference is made known to the central committee members before the voting, it may sway them towards the direction she chooses. Undoubtedly, this issue will have to be resolved if a secret vote is to be used for a key decision.

Opinions abound as to whether the NLD should participate in the election or boycott it. Unsurprisingly, however, there has been more opposition to the NLD’s participation in the election than support for contest.

Here are some of the arguments against participation which I have gathered in the past two months from various sources.

Contesting the election under the present conditions would be a loss of face for the NLD, and seen as a retreat from its own principles.

If it contests the election without getting anything in return in response to the Shwegondine Declaration—which called for a review of the constitution and made a host of other demands put forward by the NLD in April 2009—the party would lose the dignity and integrity that it has acquired over the past 20 years.

The election laws are too restrictive for any opposition party. They are far short of any international democratic standard.

They are also biased towards the parties that will be affiliated with the ruling SPDC, such as the ones the junta’s political wing, the Union Solidarity and Development Association, is expected to form. The election will not be free and fair and therefore the results will not be legitimate.

The junta has refused to recognize the results of the 1990 election. Participating in the election would mean giving up everything the party has stood for. It would also mean turning its back on the people who voted overwhelmingly for the party in the 1990 elections.

Political prisoners remain incarcerated. Unlike in 1990, there are more restrictions as well as opponents. For instance, the NLD had only political parties of democrats and the National Unity Party (NUP) to compete with in the 1990 election. Now it would have to compete with many political parties closely associated with the junta, not to mention the constitutional prerogatives for the armed forces, which include 25 percent of the seats reserved for unelected army officers.

The constitution is not consistent with democracy. Under this constitution, no reform can be initiated within the parliament, so participation in the election would just be an act of support for future military rule.

Most importantly, the NLD would have to disown Suu Kyi and all other party members and officials who are in prison.

There are many other arguments against the NLD contesting the election, such as the likelihood of a rigged vote, harassment and violence against NLD candidates by the SPDC’s thuggish groups, such as Swan Err Shin. The list is endless.

Meanwhile, those who want to see the NLD contest the election argue that the 2008 constitution has already been approved and that because the election will take place before the end of the year the reconciliation process that the NLD has demanded is over. The demand for reviewing the already approved constitution is too late, they say.

One proponent of the argument in favor of participation even suggested: “Aung San Suu Kyi may not realize that her own political status in Myanmar [Burma] totally depends on the results of the 2010 election and if she wants to remain as an important influential political figure she needs her party to contest the election and stay in the political show.”

Some others argue that while everyone is well aware of the injustice and other dirty tricks that can be expected before, during and after the election the formation of a political party means working for the people. It is important to get elected to parliament.

Personally, I am in favor of the NLD participating in the election. Staying away from the polls means the party will not only lose all relevance within the legal and constitutional framework but also face its inevitable abolition.

Failure to contest the election would also leave the NLD with no other choice but to operate outside the constitutional framework. In turn, this would bring more confrontation and repression against the party, eventually affecting possible reconciliation and prolonging the conflict.

Moreover, if the NLD opts out of the election, it will create a vacuum in the opposition movement. Participation also means that voters will get a better and greater choice than available now.

Most importantly, participation in the election would allow the party to engage in issues that it has not been able to tackle for the past 20 years. Because of the on-going conflict with the junta and the prolonged pressure it has endured, the party’s politics have been focused only on survival.

It has to end and focus on critically important issues such as health, education, economy and reconciliation with the armed forces – to name but a few.
Suu Kyi once defined “Nai Gan Yei” (politics) as “Nai Gan Ah Yei” (affairs of the state). The election allows the party the chance—limited though it may be—to look beyond the current conflict and truly engage in affairs of state after the election.

Critics of the NLD say the politics of the party are narrow and accuse it of failing to present its policies adequately to the people. Participation in the election would perhaps allow the party to make good this deficit.

Participating in the election perhaps will allow the party to broaden its areas of interest, and take stands on many issues now confronting the country.

All in all, the NLD can be expected to make a decision bearing in mind the best interests of the nation. The party should also reach a decision based on facts and a long term perspective.


mar 20 2010

arrivée aux etats-unis d’un militant des droits de l’homme emprisonné en Birmanie

source : AFP - Le Parisien

Un militant américain des droits de l’homme, libéré jeudi par la Birmanie, qui l’avait condamné en février à trois ans de prison ferme, a atterri vendredi près de Washington où plusieurs personnes l’attendaient, dont sa fiancée.
Paul J. Richards

Un américain des droits de l’homme, libéré jeudi par la Birmanie, qui l’avait condamné en février à trois ans de prison ferme, a atterri vendredi près de Washington où plusieurs personnes l’attendaient, dont sa fiancée.
Kyaw Zaw Lwin, alias Nyi Nyi Aung, 40 ans, est arrivé à l’aéroport international de Dulles, près de la capitale américaine, plus de six mois après quitté les Etats-Unis, a constaté un journaliste de l’AFP.


Sa fiancée à ses côtés, il a remercié le américain pour son rôle dans sa libération, rappelant toutefois que beaucoup de prisonniers étaient encore emprisonnés en Birmanie.
“La situation dans les prisons est vraiment mauvaise”, a dit cet Américain d’origine birmane à son comité d’accueil. “Mais nous devons toutefois essayer de survivre. Car c’est la seule manière d’être libre”.
Arrêté en septembre 2009 à l’aéroport de Rangoun, Kyaw Zaw Lwin avait été condamné pour faux et usage de faux, non-déclaration de devises étrangères et infractions aux lois sur l’immigration.
Plus de cinquante parlementaires américains avaient exigé sa libération en décembre, jugeant que ses “activités non-violentes et de longue haleine en faveur de la liberté et de la démocratie” en Birmanie étaient la véritable raison de son arrestation.
Il avait été accusé par la presse officielle d’avoir envoyé de l’argent, des téléphones satellite et d’autres équipements à des groupes de l’opposition pendant et après les violentes manifestations de 2007, connues sous le nom de “révolte safran”.


mar 17 2010

Petits arrangements avec la loi

source : courrier international

Le Myanmar est aujourd'hui l'une des dictatures les plus dures au  monde gouvernée par une junte de généraux.

Le Myanmar est aujourd’hui l’une des dictatures les plus dures au monde gouvernée par une junte de généraux.

S’il est une chose qu’ont en commun tous les régimes autoritaires, c’est bien leur désir d’éliminer la dissidence, quelle qu’elle soit. Le Conseil d’Etat pour la paix et le développement (SPDC) birman ne fait pas exception. La junte ne manquant ni de volonté ni de moyens pour écraser l’opposition organisée dans les villes – dont la Ligue nationale pour la démocratie (LND), la formation la plus populaire –, il est étrange qu’elle ne s’en soit pas simplement contentée. Le régime pèse sans aucun doute le pour et le contre de ses actions à l’aune des réactions possibles. Mais la réponse la plus pertinente tient davantage à la nature du bras de fer engagé entre les deux parties. Tout le monde sait que, face à un danger précis et immédiat, à l’instar d’un soulèvement populaire, les généraux font tout pour faire taire les contestataires. Mais la LND présidée par Aung San Suu Kyi constitue un cas particulier. La guerre d’usure qui se poursuit entre la LND et le SPDC est avant tout de nature légale. Entité légitime qui aspire au pouvoir par les urnes, la LND n’a jamais dévié de la ligne qu’elle avait adoptée. Et, si elle entend combattre son adversaire dans le cadre de la loi, le SPDC n’est pas en reste. Ce qui explique pourquoi la direction du parti d’opposition a opté pour la stratégie controversée de rester à l’écart de la “révolution safran” [d’après la couleur des robes des bonzes qui, en septembre 2007, ont conduit un mouvement de contestation brutalement réprimé]. On comprend également pourquoi la junte n’a pas interdit la LND, alors qu’elle l’accusait régulièrement d’être étroitement liée à des organisations politiques “ennemies”.

Depuis que la LND a quitté en 1993 le processus de rédaction de la Constitution qui s’effectuait sous la houlette de la Convention nationale, rien n’indique que le régime souhaite son retour. De fait, il a perdu patience et s’ingénie à pousser la formation d’Aung San Suu Kyi hors des limites de la légalité. Mais, experte en guerre d’usure, la junte juge plus opportun de venir à bout de son adversaire en respectant les formes juridiques. Elle s’est d’abord échinée à rendre la vie impossible aux membres de la LND. Au cours des vingt dernières années, on a de nombreux témoignages d’une répression ciblée minutieuse et de mesures d’intimidation à l’encontre de militants de base ainsi que de leurs familles aux quatre coins du pays. Dans l’impossibilité de gagner leur vie tant qu’ils restaient associés au parti d’opposition, certains ont fini par le quitter. Puis vinrent l’humiliation publique et la dénonciation des dirigeants de la LND par l’organisation de masse du SPDC, l’Union pour le développement et la solidarité (USDA). A une série d’initiatives dans ce sens vers la fin des années 1990 a succédé la fermeture forcée des bureaux de la LND dans les provinces, de manière à priver l’état-major du parti à Rangoon de tout soutien local [300 bureaux, fermés en 2003 après l’attaque d’un convoi dans lequel se trouvait Aung San Suu Kyi, ont été autorisés à rouvrir après la promulgation des lois électorales, le 8 mars]. Au bout du compte, il est intéressant de relever que, dans toutes les actions qu’il entreprenait à l’encontre de la LND ou d’autres organisations d’opposition, le régime a toujours tenu à invoquer une raison légale pour justifier ses décisions.

Plus récemment, deux hauts dirigeants du parti, Win Tin et Tin Oo, ont été libérés, respectivement en septembre 2008 et en février 2010, alors que Mme Suu Kyi était maintenue en résidence surveillée. Une décision soigneusement calculée, destinée à semer la division au sein de la direction de la LND. A ce jour, les membres restants sont aguerris et éprouvés. Peu nombreux, ils sont les éléments les plus admirables. Parmi les formations qui s’apprêtent à participer au jeu électoral, rares sont celles à pouvoir rivaliser avec la LND en termes de sens du sacrifice et d’intégrité politique. Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que ce parti ne figure pas dans les projets d’avenir de la junte. Mais le régime birman, qui se place au-dessus de la loi, est paradoxalement obsédé par la légalité. La loi électorale lui offre maintenant un prétexte pour interdire la LND ou en exclure Mme Suu Kyi. La balle est désormais dans le camp de l’opposition. Le parti dispose de moins de soixante jours pour réfléchir à son avenir [il annoncera le 29 mars s’il prend part ou non aux élections]. Quelle que soit sa décision, le bras de fer avec le pouvoir ne sera plus de même nature. La donne s’en trouvera changée, de même que les différents protagonistes.

Note : Ko Ko Thett est un politologue birman installé à Helsinki.