Visite à haut risque de Ban Ki-moon en Birmanie
source : lemonde.fr
Bien qu’il craigne que sa visite en Birmanie tourne à l’avantage de la junte, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a décidé, lundi 29 juin, de se rendre dans le pays, les 3 et 4 juillet, pour réclamer la libération des prisonniers politiques, la reprise du dialogue avec l’opposition et l’organisation d’élections crédibles.
AFP/Chris McGrath
Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, le 24 juin 2009 à New York.
“C’est une visite à haut risque”, reconnaît un proche du secrétaire général. En dépit d’intenses tractations, M. Ban n’a pas obtenu la garantie de pouvoir rencontrer l’opposante Aung San Suu Kyi, qui a passé son 64e anniversaire dans la sinistre prison d’Insein, à l’extérieur de Rangoun.
Prix Nobel de la paix en 1991, Aung San Suu Kyi a été arrêtée le 13 mai pour avoir accueilli John Yettaw, un mormon américain qui, pour des raisons mystérieuses, avait demandé refuge chez elle après avoir traversé, de nuit, le lac qui borde sa résidence. Le gouvernement a accusé Mme Suu Kyi d’avoir enfreint les règles de son assignation à résidence, qui devait expirer fin mai. L’opposante, qui risque cinq années de détention supplémentaires, est jugée depuis plus d’un mois.
Selon plusieurs sources, les généraux birmans disent craindre qu’une rencontre de Ban Ki-moon avec Aung San Suu Kyi, avant son jugement, soit perçue comme une tentative de peser sur le cours de la justice. Ils ne veulent pas donner l’impression de céder aux pressions internationales et n’auraient “pas osé” transmettre la demande d’entretien au numéro un du régime, le général Than Schwe, de peur d’être mal vus.
L’envoyé spécial de M. Ban, Ibrahim Gambari, qui est revenu le 27 juin d’une visite “exploratoire” de deux jours en Birmanie, aurait toutefois obtenu des garanties en termes d’accès du secrétaire général de l’ONU aux opposants, aux minorités et aux ONG.
Sa rencontre avec le ministre des affaires étrangères, Nyan Win, a été “bonne”, selon un conseiller, et il aurait reçu des engagements concernant le sort de certains prisonniers politiques. M. Ban “veut être sûr d’obtenir des résultats tangibles”, explique toutefois un haut fonctionnaire. Il ne veut pas “revenir au statu quo ante, avec une nouvelle mise en résidence surveillée d’Aung San Suu Kyi”, ajoute-t-il.
La Chine, soutenue par la Russie et plusieurs pays de la région, pousse depuis plusieurs mois Ban Ki-moon à se rendre en Birmanie, sans conditions. Les pays occidentaux sont plus sceptiques. Selon des sources diplomatiques, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, favorables au principe d’une rencontre, jugent le moment, trop proche d’une possible condamnation de Mme Suu Kyi, mal choisi. La France a, elle, “de fortes réserves”. L’organisation Human Rights Watch, qui a jugé que la visite de M. Ban au Sri Lanka, fin mai, avait été un échec, a également mis le secrétaire général de l’ONU en garde contre les risques de manipulation.
Critiqué ces derniers mois dans la presse pour son manque d’influence sur la scène internationale, M. Ban, qui a longuement hésité avant d’annoncer sa décision, “craint que la visite porte un coup à son image”, admet un fonctionnaire de l’ONU. Mais “il n’y a pas qu’Aung San Suu Kyi”, estime un collaborateur, et “il est temps que quelqu’un puisse parler directement à Than Shwe de toutes les questions difficiles - les élections, les prisonniers, l’accès humanitaire -, et M. Ban est le seul à pouvoir le faire”.
En mai 2008, après le typhon Nargis, Ban Ki-moon s’était rendu dans la nouvelle capitale birmane, Naypyidaw, au coeur de la jungle, et avait convaincu le général Than Schwe d’ouvrir son pays à l’aide humanitaire.








