Birmanie : Total répond à Jane Birkin, par Christophe de Margerie
source : Le Monde
Nous entendons votre cri de désespoir et partageons votre préoccupation de voir Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix, placée en détention dans une prison de Rangoun. Pour avoir pu la rencontrer personnellement à deux reprises, soyez persuadée que son sort ne m’est en aucun cas indifférent.
Nous avions déjà fait officiellement connaître notre position lors des événements de mai 2003, qui avaient amené son arrestation et marquaient un sérieux recul par rapport aux perspectives attendues de réconciliation nationale. Dès la semaine dernière, une délégation de Total s’est rendue à l’ambassade du Myanmar à Paris pour y exprimer de nouveau sa vive inquiétude face au sort réservé à cette femme pacifiste, comme vous le dites justement, disposant d’une grande autorité morale.
Nous usons de tout notre poids chaque fois que nous le pouvons, mais notre “influence” en Birmanie reste limitée ; nos actions socio-économiques et le climat qui règne dans la région de nos opérations demeurent la meilleure caution de notre engagement.
A cet égard, nous maintenons sans rougir que si Total venait à partir, d’autres compagnies, bien moins attentives au respect des droits de l’homme et aux conditions de travail de leurs salariés, s’empresseraient de nous remplacer, contribuant probablement à une augmentation des revenus de l’Etat et non pas le contraire.
Vous affirmez que c’est une goutte d’eau dans un océan. Certes, Total ne peut pas seul changer le destin des Birmans. Que pourrait-il se passer si d’autres compagnies occidentales, soucieuses de leur responsabilité, venaient travailler dans le pays et décupler nos efforts ?
Car des efforts, il y en a quotidiennement sur le terrain. Ce que vous ne pourrez voir sans vous rendre sur place, ce sont ces hommes et ces femmes, salariés ou partenaires de Total, qui travaillent aux côtés de dizaines de milliers de Birmans dans la zone du gazoduc ainsi qu’à Mandalay et Yangoon. Ceux-là pourront vous dire tout ce qu’ils doivent et attendent du groupe Total.
Ils pourront vous dire notamment que nous étions bien là quand le cyclone Nargis ravageait le pays. Ils pourront témoigner de l’importance de l’assistance apportée par Total aux populations affectées, et expliquer que c’est précisément grâce à notre présence de longue date sur le terrain que nous pouvions ainsi nous organiser en urgence.
Nous n’avons pas, effectivement, d’hélicoptère arborant notre logo ; nous avons pourtant bien mobilisé celui que nous louons, pour venir en aide aux ONG qui travaillaient sur place. Les matériaux de première nécessité envoyés par l’association Isha Tanaka, que vous soutenez, ont même été transportés par un bateau affrété par Total… Ces personnes le savent, demandez-leur !
Pourquoi donc continuer à prôner le départ de Total, ce qui ne fera qu’appauvrir plus encore la population ? Il me semble urgent de réfléchir aujourd’hui, tous ensemble, à de nouvelles solutions.
C’est pourquoi, Madame, je vous réitère mon invitation à nous rencontrer. Je pourrai ainsi vous expliquer et, pourquoi pas, chercher à vous convaincre qu’en étant présents nous pouvons mieux contribuer à l’amélioration du sort des Birmans qu’en laissant la chaise vide pour “d’autres” qui ne seraient très probablement pas animés des mêmes espoirs, des mêmes convictions, des mêmes valeurs.
Nous sommes solidaires du sort de Mme Aung San Suu Kyi, mais aussi des milliers de Birmans qui comptent plus sur Total que sur l’Etat.









