nov 17 2015

Birmanie : Suu Kyi au Parlement après sa victoire historique

source : lexpress

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi arrive le 16 novembre 2015 au parlement birman, à Naypyidaw

Naypyidaw (Birmanie) - L’opposante birmane Aung San Suu Kyi, qui a remporté une victoire écrasante aux législatives du 8 novembre, a fait son retour lundi au parlement en tant que députée, avec en ligne de mire le délicat passage de relais promis par les héritiers de la junte au pouvoir.

Préparons le terrain pour permettre au nouveau Parlement de travailler“, a lancé le président de l’Assemblée, Shwe Mann, devant des centaines de députés sortants, dont Aung San Suu Kyi, députée depuis des législatives partielles en 2012 où son parti avait déjà remporté la quasi-totalité de la quarantaine de sièges offerts.

Avec à la main deux roses rouges, Aung San Suu Kyi est arrivée seule, au dernier moment, suivie par des dizaines de caméras. L’air solennel pour cette première apparition publique depuis l’annonce de sa victoire historique, après 30 ans de lutte, elle n’a pas souhaité s’exprimer.

Sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) avance en effet sur des oeufs: un de ses porte-parole, Win Htein, a confié dimanche soir à l’AFP son “inquiétude que l’histoire ne se répète” et que “la transition ne soit pas à 100% parfaite“.

Une partie des troupes du parti au pouvoir, l’USDP, marqué par une défaire cuisante aux législatives, manquait à l’appel. Les députés militaires, contingent non élu qui occupe 25% des sièges, étaient quant à eux arrivés avant tout le monde, en uniforme, refusant de faire toute déclaration.

J’appelle tous les députés à travailler jusqu’à la fin de la session“, qui doit s’achever fin janvier 2016, a ajouté Shwe Mann, lui même balayé par le raz-de-marée électoral du 8 novembre. Il s’agit de voter le budget dans les prochaines semaines.

Bizarrerie du système birman, Aung San Suu Kyi et sa quarantaine de députés de la LND se retrouvent coincés jusqu’à fin janvier dans le rôle d’opposition parlementaire face aux 331 députés de l’USDP pro-pouvoir. Le nouveau Parlement - dominé à quelque 80% par la LND, sans compter les 25% de députés militaires - n’entrera en fonction que début 2016, sans doute en février ou mars. Viendra alors seulement le temps des réformes par Aung San Suu Kyi et son équipe.

Cette transition de plusieurs mois, héritage de la junte autodissoute en 2011, est “stupide“, avait prévenu Aung San Suu Kyi avant même les élections. “C’est incroyable, nulle part ailleurs dans le monde il n’existe un tel écart entre la fin des élections et la formation de la nouvelle administration“, avait-elle déclaré début novembre.

- Pas de date de négociations -

L’heure est aux tractations en coulisses à Naypyidaw, la capitale administrative. Et Shwe Mann a d’ores et déjà proposé à Aung San Suu Kyi une rencontre à ce sujet jeudi. Mais le président Thein Sein et le chef de l’armée, acteurs clefs de la transition, n’ont pas encore donné de date à Aung San Suu Kyi, qui a sollicité un entretien avec eux.

Dans ce contexte d’incertitude, rares étaient lundi les députés sortants à vouloir parler lors des suspensions de séance.

Bien sûr, nous sommes inquiets pour la période de transition. Car transférer le pouvoir sans négociations est inquiétant sur le long terme“, a confié à l’AFP Khaing Maung Yi, député du parti NDF (né d’une scission du parti d’Aung San Suu Kyi en 2010), défait aux élections du 8 novembre.

Le nouveau parlement sera plus intéressant. Ce sera intéressant de voir quel genre de président nous aurons“, ajoute-t-il, bon perdant.

En effet, la première étape du nouveau Parlement en février ou mars, sera de choisir le prochain président.

Aung San Suu Kyi ne pourra pas se présenter en raison d’un article de la Constitution qui bloque l’accès à la fonction suprême aux personnes ayant des enfants de nationalité étrangère. Or ses deux enfants sont britanniques.

Mais elle a indiqué qu’elle entendait bien être la chef de file du gouvernement, se plaçant “au-dessus du président“.

Son parti, assuré de pouvoir imposer son candidat à la présidence en raison de sa majorité absolue, n’a pas révélé le nom de sa doublure.

la LND a annoncé lundi qu’elle recevrait le 28 novembre à Rangoun les centaines de députés de son parti élus, l’occasion de célébrer une victoire pour l’heure soumise aux négociations en coulisses.


nov 11 2015

Birmanie : Aux marches du pouvoir, Suu Kyi invite les héritiers de la junte à des pourparlers

source : l’express

Portrait de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi projeté sur un écran au siège de son parti à Rangoun, le 9 novembre 2015

Rangoun - Aung San Suu Kyi a appelé mercredi à des pourparlers le président et le chef de l’armée, héritiers de la junte l’ayant confinée pendant plus de 15 ans en résidence surveillée, au moment où les résultats partiels des élections en Birmanie créditent son parti d’une victoire historique.

Les citoyens ont exprimé leur volonté lors des élections“, écrit-elle dans une lettre adressée au général Min Aung Hlaing, au président Thein Sein et au président de la chambre basse du Parlement Shwe Mann.

Je souhaiterais vous inviter à discuter la semaine prochaine de réconciliation, au moment qui vous conviendra“, ajoute-t-elle dans ce courrier rendu public par sa formation politique, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Les résultats des élections de dimanche tombent chaque jour au compte-gouttes, mais la LND est d’ores et déjà donnée largement en tête.

Elle a encore raflé 56 des 61 sièges de la chambre basse du Parlement, selon le dernier décompte publié mercredi, lui donnant a priori les coudées franches pour gouverner.

La prix Nobel de la Paix, icône dans son propre pays, a de son côté été réélue députée dans sa circonscription rurage de Kawhmu, un siège décroché lors de législatives partielles en 2012, raz-de-marée pour la LND et premier test démocratique pour le régime de transition.

Mais les soupçons se multiplient autour de la lenteur possiblement délibérée de la commission électorale, dans ce pays où l’administration reste largement dominée par des fonctionnaires au passé militaire.

- Rencontre bilatérale -

Le président Thein Sein, un ancien général de la junte autodissoute en 2011, a répondu mercredi à la lettre d’Aung San Suu Kyi et a offert à l’opposante “une rencontre bilatérale quand le processus électoral sera achevé“, selon un message diffusé par le ministre de l’Information Ye Htut sur Facebook.

Une alternance historique est théoriquement en marche, mais elle est donc suspendue pour l’heure à la publication des résultats.

Et les partisans d’Aung San Suu Kyi s’inquiètent de ce que peut être la réponse de l’armée à une déroute annoncée dans les urnes. La stratégie de la LND étant de laisser au gouvernement post-junte le temps de “digérer la nouvelle“, sans mettre d’huile sur le feu, dans ce pays d’Asie du Sud-Est où “faire perdre la face” à son adversaire en fanfaronnant est considéré comme une erreur stratégique.

D’où l’extrême prudence avec laquelle manoeuvre jusqu’ici Aung San Suu Kyi, évitant les apparitions publiques et faisant démonter l’écran géant et les hauts-parleurs devant le siège de son parti.

Les partisans de “la Dame de Rangoun“, qui étaient descendus dans la rue en nombre dimanche et lundi pour célébrer la victoire, respectent jusqu’ici la consigne de rester chez eux.

Et la vie a repris son cours à Rangoun, dans l’attente des résultats. Mais leur annonce permettra à Aung San Suu Kyi de donner le feu vert à une explosion de liesse populaire historique.

Suu Kyi s’apprête à reprendre le chemin de Naypyidaw, à cinq heures de Rangoun, pour la reprise de la session parlementaire lundi, qui lui fournira l’occasion de rencontrer discrètement le président Thein Sein.

En effet, bizarrerie du système politique birman, l’assemblée sortante va se réunir à partir de lundi, Aung San Suu Kyi et sa quarantaine de députés de la LND se retrouvant coincés jusqu’à fin janvier dans le rôle d’opposition parlementaire, face aux 331 députés de l’USDP pro-pouvoir.

L’USDP avait été créé par la junte en 2010, un an avant l’autodissolution du régime, comme une plate-forme de transition. Mais le parti reste une formation de fonctionnaires, sans véritable assise populaire. Et plusieurs de ses hauts dirigeants ont déjà reconnu à titre personnel la victoire de la LND.

Le nouveau Parlement ne prendra ses fonctions que début 2016, sans doute en février ou mars. Viendra alors le temps du lancement des réformes par Aung San Suu Kyi et son équipe.

Le temps est aux négociations avec un pouvoir militaire qui s’arroge toujours, de par la Constitution, 25% des sièges de députés, lui donnant de facto un droit de veto, qu’Aung San Suu Kyi a annoncé qu’elle combattrait, en temps voulu.


nov 9 2015

Birmanie : Aung San Suu Kyi gagne les législatives

Le parti de la Dame de Rangoon, la Ligue nationale pour la démocratie, obtient plus de 70 % des sièges aux premières élections libres.

Source AFP

Si son parti revendique la victoire aux législatives birmanes, Aung San Suu Kyi estime qu'il "est un peu tôt pour féliciter" les candidats de la Ligue nationale pour la démocratie présumés victorieux.

La victoire est écrasante. Avec plus de 70 % des sièges (chiffres avancés par son parti), l’opposante birmane Aung San Suu Kyi triomphe aux premières élections législatives libres organisées en Birmanie. Son parti, Ligue nationale pour la démocratie (LND), obtient la majorité absolue au Parlement malgré la présence d’un quart de députés militaires. Selon des chiffres officiels, la participation a atteint environ  80 % des plus de 30 millions d’électeurs.  ”Je pense que le peuple a déjà une idée des résultats même si je ne dis rien”, a déclaré Aung San Suu Kyi, s’adressant à la foule réunie devant le siège de son parti, en plein coeur de Rangoun.

« L’aube d’une nouvelle ère », titrait en une le journal officiel Global New Light of Myanmar, au-dessus d’une photo… du président sortant Thein Sein, dernier Premier ministre de la junte autodissoute en 2011, montrant fièrement son doigt taché d’encre à la sortie du bureau de vote, un geste devenu le symbole d’une liberté longtemps attendue. Mais, si les ex-généraux au pouvoir depuis 2011 s’affichent comme des réformateurs et promettent de respecter le résultat des urnes, les signes de crispation se sont multipliés avec en amont du vote des arrestations de meneurs étudiants, des centaines de milliers de musulmans privés de droit de vote, un vote anticipé obscur et le scrutin annulé dans des régions en proie à des conflits armés ethniques.

« Tout dépend du gouvernement »

Le scrutin de dimanche en lui-même s’est globalement bien déroulé, selon les premières évaluations de la mission d’observateurs européens, autorisés pour la première fois à assister à des élections en Birmanie.  « Je n’ai aucun doute quant aux résultats. Tout va changer maintenant », a confié Yee Yee, vendeuse d’épices et de soja sur un marché de Rangoun, qui a voté pour la LND d’Aung San Suu Kyi. « Tout le monde sait déjà qui a gagné. La LND. Maintenant, tout dépend du gouvernement », a ajouté la femme, qui porte comme Aung San Suu Kyi du jasmin dans ses cheveux et un tee-shirt rouge. « Si ces élections sont un important pas en avant, elles sont loin d’être parfaites », a commenté le secrétaire d’État américain John Kerry, disant Washington attentif au décompte des voix en cours.

Quant à Aung San Suu Kyi, elle appelle à la patience. « Attendez les résultats chez vous. Et quand les résultats tomberont, je veux que vous les acceptiez dans le calme », a déclaré celle que de nombreux Birmans appellent « Mère Suu ». Ses partisans s’étaient rassemblés par milliers dimanche soir devant le siège de son parti à Rangoun, mais la Prix Nobel de la paix, dont chaque apparition déchaîne les foules, n’est pas apparue, se contentant de faire lire le message.

La majorité estimée à 67 % des sièges

La popularité d’Aung San Suu Kyi dans son pays est indéniable, mais aucun sondage ne permet de l’étayer de façon indépendante. Le principal élément de comparaison reste les législatives de 1990, dernières élections nationales libres, remportées très largement par la LND. La junte n’avait finalement pas reconnu le vote, auquel Suu Kyi n’avait pu prendre part elle-même, étant alors en résidence surveillée. Mais vingt-cinq ans plus tard, la situation a changé, affirment les héritiers de la junte, promettant de ne pas piper les dés cette fois-ci. La Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi a besoin de remporter quelque 330 sièges dans les deux chambres du Parlement (soit 67 % d’après ses calculs) pour avoir la majorité.  Cela tient compte du fait que la LND sait qu’elle devra contrer l’influence des 25 % de députés militaires non élus qui siègent au Parlement, héritage de la junte qu’Aung San Suu Kyi a promis de détricoter. Le parti au pouvoir, l’USDP, n’aurait quant à lui besoin que de 33 % des sièges pour dominer, selon ces calculs, grâce au soutien des 25 % de députés militaires.

L’enjeu derrière les législatives est l’élection par le Parlement du président, qui devrait survenir début 2016. Si la LND obtient la majorité au sein des deux chambres, elle pourra décider de l’identité du prochain président. Aung San Suu Kyi sait d’ores et déjà qu’elle ne peut occuper cette fonction, la Constitution birmane interdisant l’accès à la fonction suprême à quiconque a des enfants de nationalité étrangère, ce qui est son cas. Mais elle a d’ores et déjà prévenu les tenants du système, encore largement contrôlé par d’anciens militaires malgré les réformes menées depuis quatre ans, qu’elle serait « au-dessus du président ».


nov 8 2015

Législatives historiques en Birmanie : les bureaux de vote ont ouvert

Source : Le Monde

A la sortie d’un bureau de vote, le 8 novembre à Rangoun. | Soe Zeya Tun / REUTERS

Les bureaux de vote ont ouvert, dimanche 8 novembre à 6 heures locales en Birmanie (0 h 30 à Paris) pour des législatives historiques, en mesure de propulser au pouvoir le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi. C’est la deuxième fois de sa vie que l’ex-dissidente de 70 ans vote dans son pays, depuis les élections partielles de 2012, qui avaient permis à sa Ligue nationale pour la démocratie de faire une entrée fracassante au parlement.

Ce scrutin doit permettre de mesurer le succès de la transition démocratique amorcée il y a quatre ans, avec l’auto-dissolution d’une junte ayant régné depuis 1962. Il s’agit des premières élections jugées libres dans le pays depuis celles de 1990, lors desquelles la junte s’était laissée surprendre et avait laissé la LND concourir et gagner. Les résultats n’avaient pas été reconnus. Quelque 30 millions de Birmans sont appelés aux urnes, la plupart n’ayant jamais voté de leur vie.


juil 23 2014

En Birmanie, les journalistes risquent gros

source : liberation - Arnaud Vaulerin

Manifestation pour la liberté de la presse, le 11 juillet à Rangoun.

Manifestation pour la liberté de la presse, le 11 juillet à Rangoun. (Photo Soe Zeya Tun. Reuters)

Un nouveau procès s’ouvre contre la rédaction d’un hebdomadaire, tandis qu’une émeute a éclaté après une fausse accusation de viol par des musulmans.

Un nouveau procès à hauts risques pour des journalistes birmans a démarré lundi. Cette affaire, qui intervient après la condamnation à dix ans de prison et de travaux forcés infligés à cinq journalistes, témoigne de tensions croissantes autour de la liberté d’expression dans une Birmanie en transition chaotique depuis plusieurs mois.

Dans cette nouvelle affaire, quatre membres de l’hebdo Bi-mon Te Nay sont accusés d’avoir inquiété le public et d’avoir porté atteinte à la sûreté de l’Etat. Le 7 juillet, le magazine, sur la base d’une rumeur véhiculée par Mouvement pour la démocratie et la force actuelle, publiait en une que la responsable de l’opposition Aung San Suu Kyi et plusieurs leaders des communautés ethniques avaient été mandatés par le peuple pour former un gouvernement intérimaire. Il s’agissait bien évidemment d’une fausse information.

Les autorités n’ont pas tardé à réagir. Le jour même, elles ont arrêté plusieurs personnes à Rangoun avant de demander aux autorités thaïlandaises de s’emparer, le 16 juillet, des responsables du journal dans la ville de Mae Sot. La prochaine audience aura lieu le 4 août pour les sept personnes poursuivies qui risquent jusqu’à 14 ans de prison.

Armes chimiques

«Sachant que nous avons maintenant une loi sur les médias et un Conseil de la presse, il serait judicieux que le gouvernement aborde cette question des médias à travers le Conseil et de demande ensuite que des poursuites judiciaires soient entreprises si cela ne fonctionne pas», a confié à Democratic voice of Burma Robert San Aung, l’avocat de la défense. «Je redoute que de telles arrestations d’employés de presse favorisent l’oppression des médias.»

Déjà, le 10 juillet, cinq journalistes du Unity Weekly News avaient été lourdement condamnés à la suite d’un article publié cinq mois plus tôt, suspectant un complexe militaire de produire des armes chimiques. Le régime birman avait évoqué la défense de secrets d’Etat. «Le gouvernement sévit contre les médias faisant leur travail, mais je pense que cette affaire devrait être regardée de manière un peu à part», expliquait à l’AFP David Mathieson, l’un des experts de la Birmanie pour l’ONG Human Rights Watch, ajoutant que révéler des secrets d’Etat était illégal dans de nombreux pays.

Par ailleurs, la presse birmane n’est pas toujours exempte de reproches. Mais malgré les erreurs flagrantes et un manque de professionnalisme dans certains cas, «la façon de traiter ces problèmes ne s’envisage avec les méthodes d’un Etat policier», rappelait récemment Tom Malinowsku du Département d’Etat américain. «Condamner un journaliste à dix ans de travaux forcés, quoi qu’on pense de la qualité ou de l’exactitude d’un article, n’est pas un bon signe.»

Faux viol

Dans ce climat de méfiance, Internet et les réseaux sociaux sont également la ligne de mire du gouvernement. Depuis l’ouverture du régime au printemps 2011, le Web, bien que très peu accessible par la grande majorité des Birmans, est devenu une agora, un défouloir voire un vecteur redoutable pour le «feu religieux» qui ravage le pays depuis la mi-2012. Ainsi, un blog a été à l’origine d’un nouvel accès de fièvre ethnique début juillet. Deux musulmans ont été accusés d’avoir violé une bouddhiste a à Mandalay, la deuxième ville du pays. Ces événements ont fait deux morts et plusieurs dizaines de blessés.

Les autorités ont mené l’enquête avant de faire savoir, dimanche, que la bouddhiste avait menti. Elle «a confessé avoir accusé les deux hommes parce qu’elle avait été payée» pour le faire par deux personnes qui auraient été en conflit avec les deux musulmans, selon la Pravda du régime, New Light of Myanmar. Le journal, citant le ministère de l’Intérieur, a également indiqué qu’un examen médical n’avait montré «aucun signe de viol ou d’autres violences».


juin 17 2014

Washington apporte son soutien à Suu Kyi

source : lefigaro

L’opposition en Birmanie a salué aujourd’hui l’appel lancé par les Etats-Unis à un changement de la Constitution qui ouvrirait la voie de la présidence en 2015 à l’opposante Aung San Suu Kyi.

Le Département d’Etat a appelé hier à une réforme de la Constitution qui “permette au peuple birman de choisir librement qui va les diriger pendant cette phase délicate de transition”.

La Constitution actuelle exclut la candidature de la prix Nobel de la paix: elle interdit en effet à un Birman marié à un étranger ou ayant des enfants étrangers de devenir président. Et Suu Kyi était mariée à un Britannique aujourd’hui décédé et ses enfants ont des passeports étrangers.

“Nous saluons ces appels. Mais il pourrait y avoir de nombreux problèmes légaux avant que cela soit réalisé”, a prudemment déclaré à Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Le parti a de bonnes chances de remporter les élections législatives de 2015, ouvrant la voie à la présidence de la chef du parti. Une commission parlementaire a été spécialement créée pour décider de la modification de la Constitution. Et sa décision est très attendue.

La LND a lancé en mai une pétition pour réclamer l’amendement de la Constitution controversée rédigée par l’ancienne junte, malgré des mises en garde officielles. Suu Kyi a clairement fait savoir qu’elle visait le poste de présidente qui sera octroyé par le Parlement à l’issue des législatives de 2015, qui seront un test pour la démocratisation du pays.

Mais cela nécessiterait le soutien de l’armée, tout amendement de la Constitution nécessitant plus de 75% des voix au Parlement.
Depuis la dissolution de la junte en 2011, le gouvernement majoritairement civil du président Thein Sein a multiplié les réformes, permettant la levée de presque toutes les sanctions occidentales. Mais certains signes de raidissement ont suscité des inquiétudes.


juin 13 2014

Birmanie : Suu Kyi écartée de la présidentielle

source : lefigaro

Un comité parlementaire birman a voté contre une modification de la Constitution qui aurait permis à l’opposante Aung San Suu Kyi de briguer l’an prochain la présidence, ont rapporté deux de ses membres aujourd’hui.

Ce comité chargé de recommander des amendements à la constitution a voté par 26 voix sur 31 en faveur du maintien d’une clause de la loi fondamentale interdisant à des individus mariés à un étranger ou parents d’enfants étrangers de devenir chef de l’Etat.

Cette clause a été, aux yeux de nombreux observateurs, intégrée à la constitution de 2008 dans le but d’écarter Aung San Suu Kyi, devenue alors une icône mondiale de la lutte contre la dictature militaire en place à l’époque. Le défunt mari de l’opposante était britannique, tout comme le sont ses deux fils.

En janvier, le président Thin Sein s’était dit favorable à une modification de la constitution permettant à la lauréate du prix Nobel de la paix de devenir un jour présidente. Seules cinq voix du comité, qui ne compte que deux représentants de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, contre 14 membres du parti au pouvoir (USDP, Parti pour la solidarité et le développement de l’Union), ont voté pour l’amendement.

Les représentants de la LND estiment cependant que rien n’est joué tant que le parlement ne se sera pas prononcé, même s’il est dominé par l’USDP et ses alliés.


mai 12 2014

Pékin Express en Birmanie : scandale, droits de l’homme et publicité

source RFI - Claire Arsenault
mediaDes femmes Rohingyas à Sittwe, en Birmanie. Des membres de cette minorité musulmane qui compte 800 000 personnes en Birmanie, victimes de nombreuses persécutions, fuient le pays pour tenter de gagner l’Indonésie ou la Malaisie.
REUTERS/Soe Zeya Tun

C’est une émission populaire de la chaîne de télévision française M6. Pékin Express a l’ambition d’allier divertissement et découverte du monde. Mais le genre atteint ses limites quand en avril « la petite chaîne qui monte » diffuse son programme fétiche tourné cette fois en Birmanie. Les réseaux sociaux s’emparent du sujet interpellant M6 sur le « génocide d’une minorité musulmane en Birmanie ». Plusieurs commanditaires de Pékin Express ont préféré se retirer.

Pékin Express n’a jamais eu la prétention d’être une émission destinée à éveiller la conscience politique des téléspectateurs. Mais avec la diffusion de sa 10e édition qui s’ouvre sur la Birmanie et « ses merveilleux paysages », M6 semble avoir dépassé la mesure. Du moins c’est ce que pensent nombre d’internautes. « On ne peut plus faire comme si de rien n’était » s’insurge Samira, ce samedi, sur Twitter. Des commentaires de cet ordre, Pékin Express en a suscité jusqu’à plus de 150 à la minute.

Depuis, les appels au boycott se multiplient relayés à la vitesse exponentielle propre aux réseaux sociaux. Ainsi un des premiers à réagir, Baraka City, une association humanitaire « basée sur des valeurs islamiques », lance #contrepekinexpress2014 sur Twitter. L’association accuse M6 de « taire le génocide » de la communauté Rohingya en Birmanie et incite ses abonnés à contacter la chaîne.

Nettoyage ethnique

Un autre portail, al-kanz.org qui se veut celui des « musulmans consommateurs » prend à son tour le relais et suggère à ses internautes d’interpeller les marques partenaires de l’émission. Tout ce tintamarre tombe pile au moment où Human Rights Watch publie un rapport dans lequel l’ONG évoque des villages entiers rasés et « une campagne de nettoyage ethnique à l’encontre des musulmans Rohingyas dans l’Etat d’Arakan depuis 2012 » orchestrée par les autorités birmanes.

Montrée du doigt, M6 se défend en rappelant que Pékin Express, émission de voyages et d’aventures, est un divertissement : « Les questions géopolitiques sont à même d’être traitées par l’information et non par un programme de divertissement comme le nôtre. Qu’on nous targue de complicité de génocide, c’est assez blessant ».

Les marques reculent

Le bruit fait autour de l’émission n’est pas de ceux qu’apprécient les marques partenaires de Pékin Express d’autant plus qu’entre le premier et le deuxième épisode, M6 a perdu 700 000 téléspectateurs. C’est ainsi que H&M qui tient à préciser qu’elle se limite à prêter des vêtements au présentateur, Guy Degrenne, Bollywood Sari, Sari City et Twins for Peace ont préféré retirer leurs logos du site internet de l’émission.

A une exception près, Twins for Peace qui admet avoir réagi « à chaud » et dit maintenant « regretter sa décision. M6 n’est pas responsable du génocide » a cru devoir expliquer un des dirigeants de l’entreprise. Trois autres sponsors Traditions d’Asie, Energizer et Mercurochrome se sont abstenus de diffuser leur publicité lors de la dernière émission, le 30 avril.



mai 10 2014

Sommet de l’Asean : le retour de la Birmanie

source : rfi

media
Le président birman Thein Sein, le 5 décembre 2013. REUTERS/Aaron Favila/Pool

La Birmanie accueille ce week-end les chefs d’Etat des 10 pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Le pays assure cette année la présidence tournante de l’organisation, une responsabilité qui lui avait échappé en 2006 en raison des atteintes aux droits de l’homme commises par la dictature militaire. Ce sommet marque le retour de la Birmanie sur la scène internationale.

Les réformes engagées par le président Thein Sein ont permis d’importants progrès depuis la dissolution de la junte militaire en 2011, mais de sérieuses inquiétudes persistent quant à la démocratisation du régime.

L’ONG Human Rights Watch dénonce un retour en arrière concernant le respect des droits humains ces derniers mois. Mercredi, un journaliste australien a été expulsé du pays pour avoir couvert une manifestation en faveur de la liberté d’expression. En mars dernier, le rapporteur spécial des Nations unies constatait une violation systématique des droits de l’homme par l’armée dans les zones ethniques en conflit, ajoutant que les exactions des militaires à l’encontre de la population Rohingya pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Mais ces épineuses questions ne sont pas à l’ordre du jour. Les discussions porteront principalement sur la situation en mer de Chine méridionale. Une situation très tendue en raison de conflits territoriaux entre la Chine et plusieurs pays de l’Asean. C’est un exercice délicat pour le président Thein Sein : les pays du sud-est asiatique veulent utiliser l’Asean pour contrer les prétentions de leur puissant voisin, mais la Birmanie est l’alliée de Pékin.

Autre dossier crucial, l’économie : le sommet doit faire progresser la mise en place d’un espace économique commun fort de 600 millions d’habitants, pour peser face à la Chine, mais aussi face à l’Inde.


avr 21 2014

Win Tin s’est tu

source : liberation

(FILES) This file picture taken on June 7, 2013 shows Myanmar veteran dissident Win Tin at his home in Yangon. The co-founder of Myanmar's pro-democracy opposition and the nation's longest-serving political prisoner died on April 21, 2014 at the age of 84, his party said, after battling for decades to bring freedom to the formerly junta-run country.   AFP PHOTO / FILES / Ye Aung THU(FILES) This file picture taken on June 7, 2013 shows Myanmar veteran dissident Win Tin at his home in Yangon. The co-founder of Myanmar’s pro-democracy opposition and the nation’s longest-serving political prisoner died on April 21, 2014 at the age of 84, his party said, after battling for decades to bring freedom to the formerly junta-run country. AFP PHOTO / FILES / Ye Aung THU (Win Tin, en juin 2013 chez lui à Rangoun. AFP)

Agé de 85 ans, l’opposant au régime birman et ancien bras droit de Aung San Suu Kyi est mort ce lundi à Rangoun. Il avait été libéré en 2008 après dix-neuf ans de prison.

Un opposant dans l’âme. Un coriace. Un indomptable. Il y a quelques semaines encore, avant d’être hospitalisé pour des problèmes respiratoires à Rangoun où il est mort ce lundi matin, Win Tin, 85 ans, continuait à vilipender une constitution birmane faite par et pour les militaires. Tout comme il fustigeait un Parlement qui réserve d’office 25% de ses sièges aux officiers.

Depuis sa libération le 23 septembre 2008, après dix-neuf ans, deux mois et dix-neuf jours de prison, ce vieux lion de l’opposition birmane et ancien journaliste n’avait de cesse de harceler le clan et le pouvoir des militaires « puissants et riches », expliquait-il à Libération en 2008. Il n’avait jamais lâché prise. Il n’hésitait pas à critiquer les choix d’Aung San Suu Kyi de négocier avec les généraux, de siéger au Parlement après les législatives partielles de 2012 qu’il avait appelées à boycotter. Mais, il conservait toujours pour la Dame un respect pour son combat en faveur de la démocratie et ses années de sacrifice dans les geôles birmanes. «C’est une leçon de courage à elle seule», écrivait-il en 2008.

«Accoutrement bleu clair de bagnard»

Homme chaleureux dont la vie de célibataire et de «moine» politique a épousé les soubresauts de l’histoire birmane, Win Tin était souvent sur la brèche. Il recevait chez des amis, près de l’immense centre pénitencier d’Insein (dans le nord de Rangoun) ou bien au premier étage de la Ligue Nationale de la démocratie près de la pagode Shwedagon. Toujours prompte à répondre aux questions, à livrer un commentaire, à témoigner, à raconter.

Crinière d’argent et regard souriant sous des lunettes rectangulaires, Win Tin se faisait un point d’honneur à apparaître le plus souvent dans une chemise bleue. C’était l’«accoutrement bleu clair de bagnard» qu’il avait arraché à ses geôliers à sa sortie de prison le 23 septembre 2008. Au grand dam des autorités birmanes qui avait bataillé ce jour-là pour lui faire signer un texte renonçant à toute activité politique, lui faire accepter le «pardon» des généraux et récupérer la chemise bleue. Le bras de fer durera dix heures. La junte perdra sur tous les tableaux avant de se résoudre à libérer l’opposant cactus. Win Tin sort tête haute après des années de sévices et d’humiliations. «J’ai été régulièrement torturé de 1989 à 1996,racontait Win Tin à Libération en 2008Parfois, ils m’empêchaient de dormir pendant cinq jours. Toutes les heures, des interrogateurs se relayaient pour poser les mêmes questions sur mes amis et mes activités politiques. L’hiver, ils me laissaient des nuits entières dehors, pieds et mains liés. Ils me mettaient une cagoule, me faisaient asseoir et me battaient. Je ne voyais pas les coups venir.»

En dépit des attaques cardiaques, d’une hernie discale, de la perte de dents, d’audition et de mémoire, il dit «avoir eu de la chance. Les gardiens étaient bien plus violents avec les jeunes». Certains lui ont décrit le supplice du vol quand le détenu est pendu par les pieds, puis ballotté au hasard des coups des geôliers. D’autres lui ont fait part du calvaire de la moto: obligé de singer un bruit de moteur, le prisonnier doit rester accroupi en équilibre sur la pointe des pieds, sans flancher car des clous sont disposés sous ses talons.

«Pacifiques mais pas silencieux»

«C’est un homme de fer. Il ne montre jamais de signe de dépression», aurait confié un gardien d’Insein. Win Tin a 60 ans quand il est incarcéré le 4 juillet 1989 pour «avoir donné asile à un délinquant faisant l’objet d’un mandat d’arrêt», selon le code pénal. Il s’agissait d’une jeune femme qui venait d’avorter, acte interdit en Birmanie. Le régime militaire au pouvoir depuis le coup d’état de 1962 tient l’occasion pour s’emparer de ce journaliste franc-tireur et influent, pourfendeur de la caste au pouvoir et ancien compagnon de route du Parti communiste dans les années 50-60. En arrêtant Win Tin, la junte compte également isoler Aung San Suu Kyi avec qui il a fondé la LND quelques mois plus tôt. La jeune femme, revenue l’année précédente au chevet de sa mère mourante, a pris la tête d’une opposition qui demande des élections, des meilleures conditions de vie. Le journaliste anglophone Win Tin, passé par les rangs de l’AFP, est à ses côtés. Win Tin connaît bien la famille Aung San.

Il a 15 ans quand sa route croise celle du général Aung San, futur père de l’indépendance du pays et de Suu Kyi. Bogyoke, le «grand chef » mène la résistance à l’occupant japonais. Membre des Jeunesses d’Asie, l’adolescent formé dans les monastères bouddhistes se voit en soldat de troupes traquant l’ennemi nippon. «Nous ne manquons pas de combattants pour faire la guerre. Tu devrais continuer à aller à l’école», lui suggère Aung San qui sera assassiné en 1947. Cette rencontre est le «détonateur à une carrière de journaliste», écrira Win Tin dans son autobiographie Une vie de dissident (Michel Lafon).

Les élections de 2015

Formé à la non-violence de Gandhi («Nous serons pacifiques jusqu’au bout mais pas silencieux», disait-il) et à la «désobéissance civile» du poète philosophe Henry David Thoreau, le journaliste Win Tin découvre le socialisme soviétique, chinois et nord-coréen et constate les ravages du parti unique sur les sociétés terrorisées. Peu dupe, il devine ce qui attend son pays converti à la«voie birmane vers le socialisme». Très vite, il devient impubliable. L’intellectuel épris d’art et de poésie est devenu trop critique, trop ironique pour dépeindre la longue «agonie» de son pays dont se sont emparés les généraux en 1962. Dix ans durant, entre 1978 et 1988, il est blacklisté, censuré.

Quand les émeutes de la vie chère mettent le feu au régime des généraux en 1988, Win Tin participe au mouvement en faveur de la démocratie. Il fait la connaissance d’Aung San Suu Kyi. Fonde avec elle la LND avant d’être arrêté. Il ne reverra la Dame qu’en 2010 quand celle-ci est libérée à son tour après des années d’assignation à résidence. La Birmanie s’ouvre, le régime s’amende. Mais Win Tin n’y croit pas vraiment. Il n’assistera pas aux élections générales de l’année prochaine, promises comme justes et équitables par un régime civil soucieux de reconnaissance. Désormais, Win Tin est «silencieux».