mar 9 2010

Birmanie : la junte se prépare des élections législatives sur mesure

source : Le Parisien

Elections… quoi ? Libres ? Ah bon !

La junte birmane s’est arrogée un contrôle absolu sur la commission chargée des législatives, dans une loi de nature à renforcer les doutes de la communauté internationale sur la crédibilité du premier scrutin depuis vingt ans.
Le pouvoir militaire a publié mardi dans les médias officiels le contenu de la première des cinq lois promulguées la veille, relatives aux élections promises par la junte pour cette année.


Mais leur date précise reste à déterminer et devrait venir ultérieurement de la toute nouvelle commission électorale. “Les partis auront environ six mois pour faire campagne après la promulgation de la loi électorale”, a pronostiqué un responsable birman.
Selon la “Loi sur la commission électorale de l’Union”, signée du généralissime Than Shwe, numéro un de la junte, l’organe sera composé de cinq personnes au moins, désignées par le Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement (SPDC, nom officiel de la junte).
Chaque membre devra avoir plus de 50 ans, être “considéré par le SPDC comme une personnalité éminente”, avoir “intégrité et expérience”, faire preuve de “loyauté envers l’Etat et ses citoyens” et ne “pas être membre d’un “.
La commission sera chargée de désigner les circonscriptions, compiler les listes d’électeurs et “superviser les partis politiques pour qu’ils agissent conformément à la loi”.
Elle pourra par ailleurs “reporter ou annuler l’élection dans des circonscriptions si des élections libres et justes ne peuvent se tenir, suite à une catastrophe naturelle ou à cause des conditions locales de sécurité”, selon le texte.
La junte conserve ainsi, sans surprise, le contrôle total des opérations vingt ans après les élections de 1990, au cours desquelles la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante Aung San Suu Kyi avait triomphé.
Refusant d’abandonner le pouvoir à sa pire ennemie, la junte avait refusé de reconnaître les résultats et a, depuis, privé de liberté la prix Nobel de la paix pendant plus de 14 ans.
La dissidente a vu récemment sa dernière assignation à résidence confirmée par la justice et n’est libérable au plus tôt qu’en novembre, sans doute après les élections.
La constitution de 2008, approuvée juste après le passage du dévastateur cyclone Nargis (138.000 morts ou disparus) l’exclut de toutes façons de cette élection en écartant toute personne mariée à un étranger. L’époux de Mme Suu Kyi, le Britannique Michael Aris, est décédé en 1999.
Autant de conditions qui ne laissent guère de doutes sur l’issue de la consultation. “C’est évidemment de mauvais augure pour la crédibilité des élections”, a estimé Debbie Stothard, militante pro-démocratie à Bangkok. “C’est une élection organisée par le régime, pour le régime”.
Certains analystes se voulaient pourtant moins négatifs, relevant que les élections allaient porter au pouvoir, dans les assemblées nationales et régionales, une nouvelle génération de militaires.
”A moyen et long terme, toute évolution du statu quo doit avoir un aspect positif, ne serait-ce que parce qu’il est difficile d’imaginer, au moins du point de vue des droits de l’Homme, comment ça pourrait être pire”, relève Benjamin Zawacki, pour Amnesty International.
Aung Naing Oo, analyste birman à Chiang Mai (nord de la Thaïlande), s’intéresse, au delà des élections, à l’apprentissage de tout un peuple.
”Les élections sont importantes car nous n’en avons pas eu depuis 20 ans, et il est essentiel que les Birmans apprennent à exercer leurs droits. Nous n’obtiendrons pas la démocratie du jour au lendemain, mais c’est une étape importante quand même”.


mar 6 2010

Le Canada renouvelle son appui aux réfugiés Birmans et aux personnes déplacées

source : www.acdi.gc.ca

Saskatoon (Saskatchewan) ― Au nom de la ministre de la Coopération internationale, l’honorable Beverley J. Oda, Kelly Block, députée de la circonscription de Saskatoon-Rosetown-Biggar, a annoncé aujourd’hui que le Canada renouvelait son appui aux réfugiés birmans et aux personnes déplacées vivant dans les zones frontalières de la Birmanie.

« Le Canada renouvelle son soutien dans la foulée des résultats appréciables obtenus dans les zones frontalières de la Birmanie. Au cours des cinq dernières années, l’ACDI a financé des initiatives de soins de santé qui ont permis de traiter près de 1 million de personnes atteintes de paludisme, d’infections respiratoires aiguës, de tuberculose et de malnutrition sévère. De plus, le financement de l’ACDI a permis d’apporter une aide alimentaire à environ 145 000 réfugiés et de fournir des services de soins de santé à près de 500 000 réfugiés, a déclaré la ministre Oda. Ces résultats, ainsi que l’appui donné aux organismes communautaires qui œuvrent dans les domaines de l’environnement et des droits de la personne, illustrent la façon dont le soutien du Canada aide les personnes dans le besoin. »

Mme Block a quant à elle déclaré : « Par cet appui, le Canada vise essentiellement à répondre aux besoins des personnes qui vivent dans les zones frontalières. Le financement accordé contribuera à renforcer les capacités de la population birmane, tout en assurant la prestation de services de base ― notamment en santé ― et la distribution de nourriture aux réfugiés et aux collectivités voisines. »

Le nouveau financement annoncé aujourd’hui totalise 15,9 millions de dollars sur cinq ans. Cette somme s’ajoute aux 12,4 millions de dollars que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) a dépensés au cours des cinq années précédentes pour apporter une aide dans la région. L’ACDI continue d’apporter un soutien à la région par l’intermédiaire d’Inter Pares Canada, une organisation non gouvernementale canadienne qui appuie de nombreuses organisations, notamment le Thailand-Burma Border Consortium (un consortium de la frontière birmano-thaïlandaise) et la clinique Mae Tao.


mar 2 2010

Oscar Hope High for ‘Burma VJ’

source : The Irrawaddy

The documentary “Burma VJ” is in the running for an Oscar for best feature-documentary at the 82nd Annual Academy Awards show which will be broadcast worldwide on Sunday night in the United States.

“If “Burma VJ” receives the Oscar, it will be the first time in history that a whole nation’s population will receive the Oscar,” said Jan Krogsgaard, the originator and scriptwriter of the film. “I think even the generals of Burma would like to see this happen, deep inside themselves, and find peace within their own life.”

A monk at a protest in Burma is recorded by a member of a group of clandestine journalists.

Burma VJ: Reporting from a Closed Country” tells the story of how Burmese video journalists took to the streets and filmed the September 2007 mass demonstrations in Rangoon. It is among five documentaries nominated this year.

Other nominees are “The Cove,” about a hidden dolphin slaughter in a Japanese town; “Food, Inc.,” a story of the horrors of factory farms, slaughterhouses and meat plants in the US; “The Most Dangerous Man in America: Daniel Ellsberg and the Pentagon Papers,” the story of a high-level Pentagon official and Vietnam War strategist who in 1971 concluded that the war was based on decades of lies and leaked top secret documents to The New York Times; and “Which Way Home,” a film that follows unaccompanied child migrants on their journey through Mexico as they try to reach the United States.

Burma VJ” has already won 33 awards—including World Cinema Documentary Film Editing and Golden Gate Persistence of Vision prizes.

Most of the material for the film was shot by Burmese video journalists at great personal risk and smuggled out of the country to the Norway-based Democratic Voice of Burma (DVB). A Danish professional film-maker, Anders Østergaard, directed the film, which was released to wide acclaim this year.

In an interview on the Oscar official Web site, producer Lise Lens-Moller said: “Burma had almost vanished from the global consciousness when we started working on the film in 2004 and the VJ’s main motivation for risking their lives and their freedom everyday was to try and bring attention to their situation. I hope the Oscar nomination will keep the Burmese people’s struggle alive and supported around the world.”

The live announcement of the Oscar winner will attract Burmese communities around the world.

“It must be a historical milestone,” said Khin Maung Win, the deputy executive director of the Democratic Voice of Burma. “Even if Burma VJ does not win the prize, the film will bring attention to our democracy movement.”

Related article: Behind the Lens


fév 27 2010

Aung San Suu Kyi : Brown “consterné et attristé”

source : AFP Le figaro

Le Premier ministre britannique Gordon Brown s’est dit “consterné et attristé” par la décision aujourd’hui de la cour suprême birmane de confirmer la condamnation de l’opposante Aung San Suu Kyi à 18 mois d’assignation à résidence.

”Je suis consterné et attristé que l’appel d’Aung San Suu Kyi contre la condamnation imposée par le régime ait été rejeté”, a déclaré M. Brown, reconnaissant que ce n’était “malheureusement pas une surprise”.

”Du début à la fin, le seul objectif de cette parodie de procès a été d’empêcher Mme Suu Kyi de prendre part aux élections”, les premières depuis 20 ans, promises dans les prochains mois, a-t-il estimé.

”Dans ma lettre ouverte à Aung San Suu Kyi en décembre, je lui disais que cela devrait être une année historique pour la Birmanie”, a-t-il relevé. “Des élections libres, équitables et ouvertes au plus grand nombre permettraient au pays d’avancer, de tracer une voie nouvelle.”

”Mais tant qu’elle est tenue à l’écart de la vie politique et tant que 2.100 autre prisonniers de conscience restent incarcérés, les élections organisées par le régime ne seront pas reconnues et n’obtiendront aucune légitimité internationale”, a averti M. Brown.

La cour suprême a rejeté le recours des avocats d’Aung San Suu Kyi. La lauréate du prix Nobel de la paix, 64 ans, avait été condamnée en août 2009 à trois ans de réclusion et de travaux forcés pour avoir brièvement hébergé un Américain qui avait réussi à nager jusqu’à son domicile, situé sur les rives d’un lac.

La sanction avait été immédiatement commuée en une prolongation de la résidence surveillée à laquelle elle est astreinte sans discontinuer depuis 2003. Une cour d’appel a confirmé la sentence en octobre. Mme Suu Kyi a été privée de liberté pendant plus de 14 des 20 dernières années.


fév 26 2010

Birmanie : les élections voulues par les généraux mettent en péril l’avenir du pays

source : lemonde.fr - Frédéric Debomy

En libérant Tin Oo, vice-président de la Ligue Nationale pour la Démocratie de Madame Aung San Suu Kyi, le régime militaire birman a une nouvelle fois cherché à contenter une communauté internationale toujours tentée de  reconnaître les gestes de bonne volonté d’un régime qui compte pourtant parmi les plus brutaux de la planète. La levée de l’assignation à résidence du militant de 83 ans, en détention depuis 2003 pour subversion politique, ne peut être qu’une bonne nouvelle. Mais si le numéro 2 du principal parti d’opposition est désormais libre, Aung San Suu Kyi ne connaîtra pas le même sort. La “dame de Rangoun”, lauréate du prix Nobel de la paix 1991, ne semble pas devoir être libérée avant l’organisation par les généraux des élections législatives promises pour cette année (et qui selon certaines sources pourraient se tenir en octobre). La cour suprême vient en effet de rejeter le recours déposé par ses avocats et de confirmer sa condamnation à dix-huit mois d’assignation à résidence. Une donnée qui devrait convaincre, si c’était encore nécessaire, la communauté internationale du peu de crédibilité du processus mis en place par la junte.

L’enjeu électoral a récemment mobilisé toute la stratégie de généraux passés maîtres dans l’art de souffler le chaud et le froid. La libération de Tin Oo, survenue le 13 février, n’a pas empêché le régime de condamner quatre opposantes birmanes à deux ans de prison le jour même de l’arrivée à Rangoun du Rapporteur de l’ONU sur les droits de l’homme en Birmanie, M. Tomas Ojea Quintana. Ces partisanes d’Aung San Suu Kyi avaient été arrêtées en octobre 2009 pour avoir distribué des textes religieux à des moines bouddhistes, un acte qui leur vaudra l’accusation d’avoir troublé l’ordre public. En les condamnant ce 15 février aux travaux forcés, le régime a cherché comme toujours à tester les réactions de la communauté internationale pour savoir jusqu’où il pouvait aller. Il faut espérer qu’en privant Aung San Suu Kyi de tout rôle au moment des élections il soit désormais allé trop loin.

Constant objet du mépris d’une junte qui reste cependant attentive à ses réactions, la communauté internationale a dans une large mesure voulu croire que le processus de “feuille de route vers une démocratie disciplinée” initié par le régime pouvait constituer une chance à saisir.

Les étapes précédentes de ce processus censé culminer avec l’organisation d’élections sont pourtant éloquentes quant aux véritables intentions du régime. Lors du référendum de mai 2008 – auquel il était interdit de voter non – la junte faisait approuver par 92,4% une nouvelle constitution permettant aux militaires de s’assurer du contrôle des ministères stratégiques, de 25% des sièges du futur parlement, et de l’immunité judiciaire pour tous les officiers en poste. Son adoption par référendum s’est faite au terme d’une campagne marquée par la répression politique et l’intimidation et à l’aide de pressions massives, de fraudes grossières et de radiations à grande échelle, notamment des moines qui avaient eu le tort de prendre part à la “révolution safran” de septembre 2007.

Surtout, la constitution ne prévoit aucun espace d’autonomie ou de reconnaissance culturelle aux nombreuses minorités que compte le pays (environ un tiers de la population birmane). Le schéma de domination du groupe ethnique dominant – birman - sur le reste de la population, à l’origine de tous les problèmes que connaît le pays, est ainsi reconduit. La constitution, de ce fait, met en péril la stabilité nationale. Une erreur que n’aurait jamais faite Aung San Suu Kyi, qui doit une grande partie de sa popularité à l’attention qu’elle a toujours portée aux revendications des minorités.
La “dame de Rangoun” est cependant restée pragmatique. S’abstenant d’exclure définitivement toute participation de son parti aux élections, elle s’était récemment contentée de déclarer qu’il était prématuré de se prononcer sur un boycott de celles-ci.

Mais peut-être Aung San Suu Kyi savait-elle aussi combien la marge de manœuvre des démocrates birmans est étroite. Malgré leur constant appel au dialogue, ceux-ci sont régulièrement vilipendés pour leur radicalité. On en oublierait presque qu’ils font face à un régime qui torture ses opposants, recourt au travail forcé et use du viol comme d’une arme de guerre dans les zones de Birmanie où vivent les minorités nationales.

La communauté internationale est désormais lasse de ce dossier difficile qui ne constitue une priorité que pour les voisins de la Birmanie. Aung San Suu Kyi écartée des élections, faut-il encore craindre qu’elle se satisfasse d’un processus qui entend jouer sur les formes démocratiques pour permettre aux militaires de se maintenir au pouvoir?

La position de fermeté de l’Union européenne à l’égard des généraux a récemment paru menacée. Aung San Suu Kyi n’avait pourtant pas demandé qu’il soit mis fin à toute politique de pression sur le régime. L’opposante avait certes proposé au général Than Shwe de coopérer avec la junte en vue d’une possible levée des sanctions qui la visent. Mais si elle n’a pas pris le risque, à ce jour, d’en appeler directement à cela, c’est qu’elle sait bien que la faible pression mise sur le régime constitue une préoccupation pour les généraux désireux de normaliser leurs relations avec la communauté internationale. Le maintien des mesures existantes, contribuant à priver la junte de la reconnaissance à laquelle elle aspire, l’éloigne ainsi d’une victoire totale sur les forces démocratiques.

Le Parlement européen, par sa résolution du 11 février 2010, n’a pas attendu la décision du régime concernant le maintien en détention d’Aung San Suu Kyi pour indiquer que les circonstances actuelles ne permettaient pas de considérer les élections prévues par le régime militaire birman en 2010 comme libres et transparentes. Il a en outre marqué son soutien à un dialogue tripartite réunissant le régime militaire, les forces démocratiques et les représentants des minorités nationales. Il reste à espérer que son exemple soit suivi par la communauté internationale. La France en particulier peut renforcer son soutien aux démocrates birmans. La réception du premier ministre du gouvernement birman en exil par le président de la République française en plein cœur de la révolution safran de septembre 2007 avait été un geste important, qui peut être renouvelé. Notre pays doit renforcer ses liens avec le mouvement d‘opposition, tant il est évident que la solution au problème birman n’est pas de suivre docilement le calendrier du régime, mais d’écouter davantage les forces démocratiques.

Frédéric Debomy est président d’Info Birmanie,

Stéphane Hessel est ambassadeur de France, corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme


fév 25 2010

La Cour suprême de Birmanie se prononce vendredi sur un recours de l’opposante Aung San Suu Kyi

source : AP

La Cour suprême de Birmanie se prononcera vendredi sur un recours de l’opposante birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, contre sa condamnation à 18 mois d’assignation à résidence.

Nyan Win, avocat de la dissidente et porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), s’est dit optimiste. “Nous croyons vraiment qu’Aung San Suu Kyi sera acquittée”, a-t-il déclaré à l’Associated Press. “Nous avons présenté des arguments juridiques solides” devant la Cour suprême, a-t-il ajouté.

Aung San Suu Kyi, 64 ans, a été condamnée en août 2009 à trois ans de réclusion et de travaux forcés, peine commuée en une prolongation de 18 mois de sa résidence surveillée et confirmée en appel, ce qui l’exclut de facto des élections prévues en 2010. Elle a passé 14 des 20 dernières années en détention.

Son parti avait remporté les élections organisées en 1990 mais la junte militaire au pouvoir en Birmanie depuis 1962 a refusé de céder le pouvoir et a depuis constamment entravé les activités de la LND. AP


fév 24 2010

« Que Total arrête de verser 700 à 800 millions à la junte birmane »

source : enviro2B.com

Jean-Philippe Demont-Pierot, journaliste d’investigation. Au moment même ou le groupe pétrolier est au cœur de l’actualité en raison d’une grève nationale qui paralyse l’approvisionnement des stations essence, l’auteur de « Total(e) impunité » publie aux éditions Respublica, un véritable réquisitoire contre Total, et ses pratiques souvent « inacceptables » en France comme à l’international : corruption, financements de dictatures, atteintes à l’environnement, management, etc…

Votre livre dresse un tableau édifiant des pratiques de Total, de la Birmanie aux sables bitumeux canadiens, en passant par l’Afrique ou encore le site toulousain d’AZF, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans votre enquête ?

Ayant vécu en Asie du Sud-Est, j’ai été confronté à certaines conséquences de la présence de Total dans cette région du monde. Au départ, je voulais écrire un livre sur Total en Birmanie, mais je me suis vite rendu compte qu’il serait difficile de ne pas traiter ce groupe de manière plus globale. Je me suis donc intéressé aux affaires de Total en France comme à l’international. Selon moi, la présence de Total en Birmanie est particulièrement contestable, plus que dans beaucoup d’autres pays.

Vous évoquez le financement plus ou moins direct par Total de la junte militaire birmane et des pratiques sociales inavouables, mais n’est-ce pas le lot de beaucoup de multinationales dans ce type de pays ?

L’objectif de Total est de fabriquer du bénéfice pour ses actionnaires, et accessoirement de fournir de l’énergie. Mais en Birmanie notamment, son activité provoque des dommages collatéraux et environnementaux. La logique voudrait que Total arrête de verser 700 à 800 millions de dollars à la junte birmane, finançant ainsi l’armée et l’argent de poche des généraux au pouvoir.

Toujours sur la présence polémique de Total en Birmanie, vous revenez sur le rapport bienveillant de Bernard Kouchner, qui a exonéré le pétrolier d’accusations notamment de travaux forcés…

Bernard Kouchner a remis à son client Total, un rapport de complaisance sur Total en Birmanie. On peut parler de corruption morale sur une personnalité comme Bernard Kouchner, apôtre des droits de l’homme. Toutes les personnes qui se sont intéressées à cette affaire ont considéré ce rapport comme plus que contestable, et c’est un euphémisme.

Pourquoi votre livre débute-t-il par une anecdote sur les « amis du Fouquet’s » réunis au soir de la victoire de Nicolas Sarkozy à la Présidentielle ?

L’idée est de montrer que les dirigeants de Total sont là uniquement pour mettre en musique la stratégie définie par les grands financiers du groupe, à savoir le belge Albert Frère et le canadien Paul Desmarais, présents à cette soirée du Fouquet’s, des amis proches de Sarkozy. A titre d’exemple, j’évoque le rapprochement dans les métiers du gaz entre Gaz de France et Suez, qui correspondait parfaitement aux intérêts notamment d’Albert Frère.

Pourquoi affirmez-vous que les milliardaires canadien Paul Desmarais et belge Albert Frère sont les vrais patrons de Total ?

A eux deux, ils disposent de 6% des actions du groupe et à ce titre d’une minorité de blocage. Toutes les grandes décisions stratégiques du groupe et notamment les grandes nominations ne peuvent se faire sans leur approbation.

Les formidables bénéfices réalisés chaque année par le groupe pétrolier ne rapporteraient que très peu d’impôts à la France, avez-vous des chiffres à ce sujet ?

Total bénéficie d’une disposition fiscale qui s’appelle le bénéfice mondial consolidé. Ce régime fiscal permet à cette multinationale de déclarer qu’il paye déjà des impôts dans d’autres pays sans avoir à justifier leurs montants, pour des raisons de confidentialité, ce qui permet à Total de payer très peu d’impôts sur les bénéfices.

Total a-t-il réagi à la rédaction et la publication de votre livre ?

Il n’y a eu aucune réaction officielle. Il y a eu un débat d’organisé avec des responsables de Total mais qui a dû être annulé car ils ont refusé de venir. Il y a eu certaines grandes publications qui ont voulu parler du livre mais qui ont finalement renoncé après que Total leur ait rappelé qu’il était leur annonceur, et le groupe représente beaucoup d’argent pour certains titres.

Avez cherché à contacter des responsables de Total pour obtenir leur point de vue ?

Non, le livre propose des informations avérées et difficilement contestables sur le plan des faits par Total.

Vous terminez votre livre en évoquant la nationalisation souhaitable de Total, pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Je préférerai en effet que les octogénaires très puissants qui sont à la manœuvre chez Total soient remplacés par la puissance publique, afin d’orienter positivement la stratégie du groupe. Sur le plan de la valeur économique du groupe, c’est-à-dire sa capacité à produire du pétrole à partir de ses réserves, Total est en fin de vie, en ayant devant lui qu’une trentaine d’années devant lui.

Ce qui est regrettable, c’est que les investissements de Total qui se montent à environ 150 milliards d’euros pour les 10 prochaines années ne soient pas orientés en direction de la pérennité de l’entreprise, c’est-à-dire des sources d’énergie renouvelables.

Pourtant les dirigeants de Total ne sont pas suicidaires, leur stratégie est seulement différente en misant notamment sur le nucléaire ?

Total investit encore très peu dans les énergies renouvelables, seulement 2 milliards d’euros dans les 10 ans à venir en comparaison des 150 milliards, c’est rien du tout. Le groupe ne fait pas les choix courageux alors qu’il s’agit de construire dès maintenant l’après-pétrole, qui ne pourra passer que par les énergies renouvelables.

Après avoir travaillé en Asie, Jean-Philippe Demont-Pierot se consacre à l’écriture de romans et d’ouvrages engagés sur des sujets de société. “Total(e) Impunité” est son 4ème ouvrage.  Il est également l’auteur “d’Ulysse et les OGM,” un thriller parut le mois dernier aux éditions Les portes du Soleil qui aborde le problème de l’utilisation des OGM en agriculture à travers les aventures du personnage principal Ulysse; et de deux autres romans “L’Ambassade” (L’Harmattan, 2007) et “Réchauffement climatique” (Kirographaires, 2008).


fév 23 2010

Burma VJ ce soir sur Arte

source : Le Figaro

Tourné clandestinement, ce film sur les émeutes de 2007, pendant lesquelles les bonzes avaient défié la dictature birmane, est nominé aux Oscars.

Arte pourrait décrocher une victoire symbolique aux Oscars si ce film tourné par des reporters clandestins, consacré à la répression en Birmanie, obtenait la récompense dans la catégorie «meilleur documentaire» où il est nominé. En attendant le verdict, prévu le 11 mars prochain, la chaîne a l’excellente idée de programmer aujourd’hui cette enquête maintes fois primée lors de festivals internationaux, orchestrée par le Danois Anders Ostergaard et baptisée Burma VJ, dans le cadre d’une soirée Thema passionnante dédiée à la «révolution safran». Une époque durant laquelle les bonzes avaient courageusement appelé à la révolte contre la dictature en place, exhortant pacifiquement la population à les rejoindre dans leur combat, sous l’impulsion de journalistes prêts à ébranler les autorités militaires et à braver tous les dangers. «Plus de deux ans après les événements, que reste-t-il de cette éphémère résistance ?», interroge Arte, qui proposera, dans une seconde partie, un portrait de la célèbre opposante Aung San Suu Kyi.

En 2007, un reporter, Joshua, qui condamne la politique de terreur mise en place, sillonne son pays, muni de caméras cachées. La junte birmane prend conscience de la menace. Finalement repéré, Joshua est contraint de fuir vers la Thaïlande. Loin d’abandonner la lutte, il coordonne le réseau appelé «DVB» (Democratic Voice of Burma) composé de «vidéojournalistes ». Le soutien des bonzes leur apporte une lueur d’espoir, mais le pouvoir riposte. Pire, les arrestations des manifestants s’enchaînent. C’est «pour rendre justice à leur combat» que le réalisateur, Anders Ostergaard, s’est lancé dans un minutieux travail d’archiviste. Il a fait appel à Joshua, qui explique au jour le jour son rôle de courroie de transmission entre les opposants et l’opinion publique.

«Le monde nous oublie»

Entre ses interventions, les principales étapes de résistance défilent, avec leur lot d’images impressionnantes, comme celles des moines tabassés par des forces de l’ordre sans pitié. Même intensité dans les déclarations du narrateur, qui détaille le sens de sa démarche : «J’ai l’impression que le monde nous oublie.C’est pour ça que je suis devenu vidéojournaliste. Pour essayer au moins de montrer que la Birmanie existe encore.»

Au fil du document, les contacts qu’il entretenait avec ses correspondants sont soigneusement décortiqués, tout comme les sentiments multiples qui l’habitaient pendant les émeutes. Aux moments de doute et de peur répliquaient les instants de joie. La mobilisation générale décrétée par les bonzes - ils sont 400 000 en Birmanie - demeure sûrement le moment le plus émouvant. L’un d’eux l’avait prévenu : «Nous avons lancé un ultimatum. Si les généraux ne répondent pas à nos exigences, nous sommes prêts. Nous manifesterons dans tout le pays. Le monde entier saura que les moines sont en grève !» Une chronique captivante, en même temps qu’une ode subtile et profonde dédiée à la liberté.


fév 22 2010

Birmanie : l’émissaire de l’ONU a achevé vendredi un voyage de cinq jours sans voir Aung San Suu Kyi

source : tsr.ch
La visite d’un émissaire de l’ONU en Birmanie s’est achevée vendredi sur un double échec. Aucun signe d’ouverture n’a été donné par la junte avant les élections promises cette année et l’incapacité de l’ONU à peser sur la dictature militaire a été confirmée. Tomas Ojea Quintana, rapporteur sur les droits de l’Homme en Birmanie, a passé cinq jours à rencontrer officiels, détenus et membres de l’opposition. Mais l’Argentin, n’a pas pu s’entretenir avec la figure de proue de l’opposition, Aung San Suu Kyi. Et il a été superbement ignoré par le généralissime Than Shwe, numéro un du régime.


fév 19 2010

Birmanie : un moine bouddhiste écope de 7 ans de prison

source : La Croix

Un moine bouddhiste birman a écopé de sept ans de prison notamment pour association illégale, a indiqué vendredi un membre de l’opposition alors que le Rapporteur de l’ONU pour les droits de l’Homme concluait une visite de cinq jours dans le pays.

Gaw Thita avait été arrêté en août dernier en revenant de Taïwan. Il a été condamné mercredi par un tribunal spécial de la prison d’Insein de Rangoun, selon Aung Thein, un avocat proche de l’opposition radié du barreau par la junte l’an passé.

Le religieux a été condamné à trois ans de prison pour infraction aux lois sur l’immigration, deux ans pour association illégale et deux ans pour utilisation interdite de devises étrangères. “Il doit purger les peines l’une après l’autre”, a ajouté le juriste.

Sept autres moines avaient été arrêtés en même temps que lui, le 26 août 2009, à l’aéroport international de Rangoun mais tous avaient été relâchés. Son avocat fera appel de sa condamnation, a précisé Aung Thein.

La junte birmane avait emprisonné des dizaines de moines après les manifestations de 2007 emmenées par les religieux du pays et surnommées depuis la “révolte Safran”.

Au moins 31 personnes avaient été tuées lors de la répression du mouvement, considéré comme la menace la plus importante contre le régime militaire depuis près de 20 ans.

Cette nouvelle condamnation intervient alors que le rapporteur de l’ONU sur les droits de l’Homme en Birmanie, Tomas Quintana, devait conclure vendredi une mission de cinq jours pour faire le point sur sur la situation des droits de l’Homme en Birmanie avant les élections promises cette année.